05.09.2010

Le roi du Pop Art n’est pas mort !

Warhol Vies multiples.jpgSi, conquis par la fabuleuse exposition « Le Grand monde d'Andy Warhol » qui s’est tenue dans la Ville-lumière en 2009 au Grand Palais (cf. notre billet du 24 mars 2009 : http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2009/03...), vous souhaitez parfaire votre connaissance d'Andrew Warhola, je vous recommande l'ouvrage de Pierre-Paul Puljiz et de Jean Michel Vecchiet intitulé Warhol Vies multiples, qui vient de paraître aux Éditions du CNRS à Paris.

En marge de documentaires effectués pour France Télévision, les réalisateurs ont consigné et rassemblé thématiquement des extraits de vingt-quatre entretiens menés auprès d'intimes de l'artiste : ses frères, Paul et John, son neveu James, ses assistants, des artistes et journalistes de son entourage.

De L'enfance de l'art au Crépuscule new-yorkais et à la mort, en passant par la Factory et l'attentat de 1968 qui faillit lui coûter la vie, les témoignages s'enchaînent qui parfois divergent. Et c'est ce qui en rend l'approche –et l'ouvrage– particulièrement intéressante.

 

« Il était voyeur, il laissait tourner la caméra et les gens faisaient ce qu'ils voulaient. (...) Il savait flatter les gens pour les faire sortir d'eux-mêmes et donner quelque chose qu'à froid ils n'auraient peut-être pas donné. » (Karl Lagerfeld)

 

« Warhol, c'était la colle cosmique de la Factory et tout le monde convergeait vers lui » (Ultra Violet)

 

« Ce qui a tout tué, c'est le traumatisme de la blessure infligée à Andy. » (Billy Name)

 

Une orchestration polyphonique, agréablement illustrée, des voies d'accès à une figure énigmatique, géniale et éminemment  provocatrice du XXsiècle.

Apolline ELTER

 

Warhol Vies multiples par Pierre-Paul Puljiz et Jean Michel Vecchiet, Paris, CNRS éditions, septembre 2010, 224 pp. en quadrichromie au format 19,6 x 22 cm sous couverture brochée en couleur, 29 €

 

12:58 Écrit par Brice dans Arts | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note |  Facebook

02.09.2010

Le mouvement perpétuel

On n’arrête pas la connerie.gifL'article ci-dessous a paru le 1er septembre 2010 dans le premier numéro du magazine satirique on-line Satiricon.be (www.satiricon.be).

 

Le recueil intitulé On n’arrête pas la connerie paru tout récemment au Cherche midi à Paris constitue l’intégrale des textes, répliques et pensées de Jean Yanne (1933-2003), agrémentée de nombreux inédits, une véritable somme de réflexions vachardes sur les soubassements, les élévations et les fioritures de la nature humaine. Car durant toute sa vie et de son propre aveu, cet humoriste provocateur, ce cinéaste délirant et cet acteur de génie a été captivé par la connerie, qu’il trouvait plus fascinante que l'intelligence, parce que sans limites. Véritable entomologiste de la bêtise qu’il débusquait jusque dans ses manifestations les plus anodines, il a compilé ses observations dans des formules qui, pour être lapidaires, n’en sont pas moins des abîmes de réflexion sur les pauvres de nous.

Florilège : « Tout le monde veut sauver la planète, mais personne ne veut descendre les poubelles » ; « Aujourd’hui, le poisson est considéré comme pourri dès qu’il sent le poisson, et la viande comme avariée dès qu’elle sent la viande » ; « L’amour est aveugle… La preuve ? En le faisant, il y a des gens qui braillent » ; « Les moutons ont quand même cet avantage sur l’homme qu’on les conduit à l’abattoir sans leur parler patriotisme ou promesse d’un monde meilleur » ; « Dieu a enlevé une côte à Adam pour créer Ève, et Ève a fait manger de la pomme à Adam… C’est fou, ça, on ne donne pas à manger à quelqu’un qui vient d’être opéré ! » ; « Si les triangles avaient un Dieu, il aurait trois côtés » et « Si Dieu a fait l’homme à son image, il est moche ! »…

Il avait par ailleurs une façon assez particulière de répondre aux questions des journalistes : « Comment voyez-vous la France depuis les États-Unis [où il résidait] ? Désolé, on ne voit pas la France de là-bas » ; « Que pensez-vous des programmes scolaires ? On progresse : on arrivera bientôt à Marignan 1514,78 ! » ; « Quand vous mourrez, que voulez-vous emporter dans votre cercueil ? Un deuxième costume, on ne sait jamais ! » ; « Quelle est votre vision du monde ? Celle d’un proctologue doublé d’un peintre abstrait »…

On le voit, notre homme était un joyeux anarchiste (il inventa même en 1968 sur RTL le fameux slogan « Il est interdit d’interdire »…), ce qu’avait d’ailleurs parfaitement compris l’écrivain Gilles Durieux, qui lui consacra en 2005 une remarquable biographie sous le titre Jean Yanne : ni dieu ni maître (même nageur)...

PÉTRONE 


 

On n’arrête pas la connerie  par Jean Yanne, préface d’Olivier de Kersauzon, Paris, Éditions Le cherche midi, collection « Les Pensées », avril 2010, 486 pp. en noir et blanc au format 16 x 20 cm sous couverture brochée en couleur, 18,50 € (prix France)

 

« Vive la France, et les joueurs d’accordéon… »

La France que j'aime.jpgPierre Bonte aime la France et, à mon sens, elle le lui rend bien. La France rurale, celle du terroir et des rencontres avec des personnalités pittoresques, authentiques, en un mot, attachantes.

« Tous les lieux que je vais évoquer sont beaux. Mais il y a tant de jolis coins en France que c'en est presque banal. Ils sont beaux mais pas seulement... Les miens ont quelque chose en plus qui les rend uniques. » 

Sur le mode du Petit Prince voire de Jean Ferrat, Pierre Bonte, dans La France que j’aime qui paraît aujourd’hui à Paris aux Éditions Albin Michel, nous mène du Nord au Sud, de la côte d'Albâtre à Castigniccia (Haute-Corse), nous offrant pour escales Camembert, Chavignol, le village d'Astérix... et une étape en Drôme provençale (Grignan, Valaurie...) qui ne pouvait me laisser insensible. Et l'auteur de faire un juste écho au festival de la correspondance et aux initiatives du maire de Grignan, Bruno Durieux, en matière de modernité. Une virée à Richerenches – Enclave des Papes – nous livre quelques secrets de derrière les truffes et une description intéressante du célèbre marché qui s’y tient chaque année, de novembre à mars.

Les chapitres se concluent de quelques adresses soigneusement choisies où je gagerais que l'on peut se rendre les yeux fermés...

Apolline ELTER

 

La France que j'aime par Pierre Bonte, Paris, Éditions Albin Michel, 2 septembre 2010, 266 pp en noir et blanc sous couverture brochée en quadrichromie, 18 €

 

30.08.2010

Alain Corneau : dernière projection privée

alain_corneau.jpg

Un des plus grands cinéastes du XX° siècle disparaît comme l'artiste qu'il a été : en pleine représentation. Alors que Crime d'amour est à l'affiche, le réalisateur de Police Python et de Tous les matins du monde (pour ne citer que ceux-là) nous abandonne. Il va nous priver de son art, de sa bonne humeur, de sa gentillesse et de son intelligence.

Je n'aime pas faire la nécro de quelqu'un que j'admire et/ou que je connais car je déteste fermer un livre que j'ai aimé. Il n'y aura pas de The end. Je reverrai les films d'Alain Corneau et relirai son livre, Projection privée, que (je l'espère) son éditeur va remettre en librairie.

Allez voir Crime d'amour : il est dans toutes les salles.

Bonjour Alain.

 

26.08.2010

Terre… à taire !

À taire et à planter.gif

 

« La terre, le taire, c'est tout comme. Des lieux où enfouir le grain, les mots, les morts.

Poèmes à taire, plutôt qu'à boire et à chanter.

Poèmes à terre, coupés, tombés – la Belle ira les ramasser.

Poèmes à planter, poèmes de poche, poèmes en pot, poèmes bonsaï qui grandiront juste de quoi meubler l'alcôve ou la margelle. Poèmes qui se rêvent grains de sénevé. »

Benoît Vermander est jésuite. Ethnologue et spécialiste du chinois, il vit en Chine continentale où il enseigne.

Après la publication, cette année, d'un essai sur « la sortie de religion" »en Chine, intitulé, L'Empire sans milieu (aux Éditions Desclée de Brouwer), il nous offre avec À taire et à planter (qui paraît ce jour chez le même éditeur) un recueil de méditations, de poèmes et même de comptines et jeux de mots... spirituels, ouvrant les innombrables portes qu'une confrontation nourrie entres les cultures littéraires et sa spiritualité lui inspirent.




Clarinette de la pénombre

et nos souvenirs mélangés.

Des enfances imaginées,

leurs amours ardentes et sombres.


Il est à noter que l'illustration de couverture est signée Benoît Vermander, également peintre de son (bien riche) état.

Apolline ELTER

 

À taire et à planter par Benoît Vermander, recueil, Paris, Desclée de Brouwer, collection « Littérature ouverte », 26 août 2010, 254 pp en noir et blanc au format 11 x 21 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 17 € (prix France).

 

« Et tout ça fait d’excellents Français ! » (air connu)

Mots d'excuse.gifUn directeur d’école français, Patrice Romain, a enseigné durant 20 ans dans des établissements scolaires de la banlieue parisienne et de province. C’est dire s’il en a vu des vertes et des pas mûres ! Avec ses élèves, certes, mais aussi avec leurs parents… Et on sait dans le métier que ceux-ci sont souvent bien pires que ceux-là, à qui il reste l’excuse de la jeunesse et de l’insouciance. Sans doute pour garder le moral, notre disciple de Socrate a conservé par-devers lui la correspondance parentale qui lui était destinée (ainsi qu’à certains de ses collègues), du moins celle qui relevait du pittoresque… Cela donne aujourd’hui un recueil fort drôle, intitulé Mots d’excuse et publié à Paris chez François Bourin Éditeur. Les poulets y sont présentés dans leur orthographe originelle, sans correction ni modification de la part de l’auteur, seuls les noms des protagonistes ayant changé.

 

Florilège :

 

– « Je refuse de signer une note aussi mauvaise. Thomas ma dit qui devrait avoir la moyenne. Merci de bien vouloir corrigée la note pour que je la signe » ;

– « Monsieur, OK mon fils a était en retar hier. Mais quand ces un prof vous lui demandé aussi un mot ? »

– « Monsieur, Jonathan me dit que vous l’avez encore engueuler. Ferez vous pareil si il mesurait 2 m et qui pesai 100 kilos ? En revoire. »

– « Monsieur, Maintenant sa sufi laché mon fils ca comensse a bien faire. C’est moi son père et ses mon problème. Je préfère pas me déplassé car le juge ma di qui fallait plu que je m’énerve. »

– « Monsieur, Dans le but de ne pas creusé la sécurité social, je n’ai pas amené Cyril au médecin. Je le remplace donc en m’escusant pour cause de diarée. »

– « Monsieur, Si Pascal est un peu dérangé en ce moment, ce n’est pas sa faute. Mon mari a en effet eu l’outrecuidance de mettre mon honneur à mal, ce qui a des conséquences fâcheuses sur notre vie quotidienne. J’étudie donc les différentes possibilités avec mon avocat. Je vous tiendrai au courant. Je suis sincèrement désolée et vous salue respectueusement. »

– « Madame, Je vous écrit ces quelques phrases en toute confidentialité (c’est pour ça que l’enveloppe était scotché) pour vous dire qu’en ce moment à la maison c’est chaud bouillant car mon mari est un monstre assoiffé de sexe qui saute sur tout ce qui bouge. Notre fils en subit évidemment les conséquences et ne travaille plus en classe. Ne vous en faite pas, quand je l’aurai dégagé, il ira chez ses pétasses et tout ira mieux pour Yann. Merci pour votre discrétion. »

– « Monsieur, Pouvez-vous SVP m’appeler au 06 01 02 03 04 car je n’ai plus de crédits. Merci. »

– « Monsieur, De quel droit vous permettez-vous de dire que mon fils est mal élevé ? Je ne vous salue pas. »

– « Monsieur, Merci de faire la police dans votre cour de récréation avant que je ne vienne le faire. Mon fils a le droit d’uriner tranquillement dans les toilettes sans qu’on l’arrose. Je me demande quelle société on construit pour plus tard. »

 

Excellente question, en vérité !

 

Bernard DELCORD

 

Mots d’excuse, Les parents écrivent aux enseignants par Patrice Romain, Paris, François Bourin Éditeur, août 2010, 128 pp. en noir et blanc au format 12,7 x 20,4 cm sous couverture cartonnée en bichromie, 14 €

 

22.08.2010

Un St Emilion pour deux Grands Crus : Guenassia et Savage

GUENASSIA.jpg

Le prix St Emilion récompense cette année deux nouvelles voix dans la littérature mondiale. Sam Savage et Jean-Michel Guenassia ont en effet publié leur premier roman à l'heure où nombre d'hommes prennent leur retraite. "Il est des livres dont il faudrait interdire la lecture en dessous d'un certain âge, interdit de lecture avant d'avoir vécu" écrit en substance Guenassia au détour d'une phrase de son roman fleuve Le club des incorrigibles optimistes. Il doit, je pense, en être de même pour les auteurs. Il souffle dans les pages de son livre, un vent de sagesse que seules les années peuvent provoquer. Ce livre qui mêle si habilement et naturellement le Paris du début des années 60, la Russie de Staline, la guerre d'Algérie, l'émoi des amours adolescentes côté rive gauche, la passion de la littérature et des femmes restera, sans nul doute, une des grandes oeuvres du début du siècle. La lecture qu'en fit François Marthouret au jury et public réunis à la galerie Gimpel &  a ému.
Récompenser Sam Savage et son grignoteur de livres était une autre évidence pour ceux qui ont lu son Firmin, le rat de librairie qui naquit dans des pages de James Joyce. Ce Ratatouille au pays des livres et des hommes est une histoire d'une rare beauté au style intelligent et léger dont on ne peut que recommander la lecture. SAVAGE.jpg
Pour la neuvième fois, Marie-Josèphe Guers et son jury, dont j'ai aujourd'hui le plaisir de compter parmi les membres, a remarqué deux individualités fortes au parcours étonnant et à l'oeuvre réjouissante (comme l'excellent Cheval blanc auquel nous avons eu droit).
Brice Depasse

Le club des incorrigibles optimistes, Jean-Michel Guenassia, Albin Michel, août 2009, 756p., 23€90.
Firmin, Sam Savage, Babel (Actes Sud), juin 2010,  201p., 7€50.


 

 

 

Les cadenas de Moccia envahissent les capitales d'Europe

MOCCIA.jpgPeut-être avez-vous ces milliers de cadenas taggés de mots d'amour et de serments d'éternité accrochés aux ponts de Paris, Moscou, Florence et Rome. Si ce n'est pas le cas, regardez ce reportage de Paris TV, vous verrez que l'origine de ce mouvement d'amoureux se trouve dans quelques lignes du best-seller de Federico Moccia, J'ai envie de toi.

Les romanciers n'ont pas fini d'inspirer la vie quotidienne (juste retour) et de faire rêver.

 

J'ai envie de toi, Federico Moccia, Livre de poche, juin 2008, 573p., 2008.

 

13:23 Écrit par Brice dans Poche | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note |  Facebook

21.08.2010

Un autre son de cloche

Mémoires noires.jpgLe recueil de témoignages intitulé Mémoires noires, Les Congolais racontent le Congo belge 1940-1960 qui vient de paraître chez Racine/RTBF à Bruxelles sous la plume du journaliste François Ryckmans, petit-fils du dernier gouverneur général du Congo belge et du Ruanda-Urundi, donne exclusivement la parole à des Congolais de statuts sociaux divers (du maçon au futur ministre et de l'employé de la grande ville au militant radical de province) pour évoquer le système colonial belge et leurs relations avec les Blancs. Ils se remémorent avec précision le Congo « colonie modèle », Léopoldville coupée en deux par un apartheid de fait, avec la ville blanche et la cité noire, le soulèvement de la future Kinshasa en janvier 1959, la montée des revendications sociales puis politiques et, bien entendu, le jour de l'indépendance et les événements dramatiques qui ont suivi. Des souvenirs marqués par des blessures, mais aussi des moments de bonheur, de fierté et de dignité, et qui contribuent à un bilan sans complaisance mais nuancé de la colonisation belge.

Rédigé, pour l'essentiel, à partir d'interviews réalisées pour une série d'émissions radio de la RTBF, cet ouvrage qui ne manque pas d’intérêt consacre aussi des pages d’une grande clarté aux étapes principales de la colonisation et de la décolonisation du Congo. Un livre qui pousse incontestablement à la réflexion...
Bernard DELCORD


Mémoires noires, Les Congolais racontent le Congo belge 1940-1960 par François Ryckmans, Bruxelles, Éditions Racine/RTBF, mai 2010, 304 pp. en noir et blanc au format 15 x 23 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 19,95 €

 

19.08.2010

Patrick Cauvin & Claude Klotz sont partis

CAUVIN2.jpgL'auteur de E=mc², mon amour mais aussi de Hors Jeu et Pythagore, je t'adore, Patrick Cauvin, n'est plus. Il emporte avec lui son ombre Claude Klotz, auteur de polars noirs dont Les innomables.

Je regrette la disparition de cet homme dont la compagnie était aussi agréable que la lecture de ses oeuvres.

Nous n'oublierons pas sa collaboration au cinéma dont Monsieur Papa et Le mari de la coiffeuse sont encore dans toutes les mémoires.

Comme à chaque (triste) départ, je me répète. Le meilleur hommage à rendre au disparu est de lire ses écrits. Les plus récents comme Venge-moi ou Belange sont aussi hautement recommandables.

Je ne reverrai plus Patrick Cauvin mais je le lirai toujours.

Brice Depasse

 

CAUVIN.jpg