25 10 14

Le bateau livre...

Dictionnaire Rimbaud.JPGGrand spécialiste de la vie et de l’œuvre de Charles Baudelaire (1821-1867), de Paul Verlaine (1844-1896) et d’Arthur Rimbaud (1854-1891) – ses biographies de ces trois poètes sorties naguère (chez Folio/Gallimard) ont fait date –, l’académicien belge Jean-Baptiste Baronian a dirigé avec maestria les 35 spécialistes internationaux qui l’ont assisté dans la publication d’un Dictionnaire Rimbaud paru chez Robert Laffont dans la prestigieuse collection « Bouquins », un ouvrage pour lequel il a lui-même rédigé de nombreuses notices.

Voici ce qu’il nous dit de cette somme extraordinaire :

« Avec Victor Hugo et Charles Baudelaire, Arthur Rimbaud est probablement le poète français sur lequel on a le plus écrit. On ne compte plus les livres, les brochures et les articles qui lui ont été consacrés depuis la fin du XIXe siècle. Mais en dépit de ce flot ininterrompu de commentaires, de réflexions, de controverses et d’interprétations que son personnage, sa destinée et son œuvre ont suscité, il n’existait à ce jour aucun ouvrage tel que ce Dictionnaire, dont l’ambition est de faire un large "état des lieux rimbaldiens" et d’opérer la synthèse de tout ce qui a été dit d’important ou d’incongru, voire de fantaisiste à leur propos.

Ce Dictionnaire Rimbaud se veut un outil de référence pour approcher au plus près le poète dans sa vie et dans ses écrits (lesquels comprennent ses devoirs d’écolier et sa correspondance), pour connaître les auteurs qu’il a lus ou qui l’ont peu ou prou influencé, les personnes qu’il a connues et qu’il a rencontrées en France et ailleurs, les lieux les plus mémorables où il s’est rendu et où il a séjourné, les écrivains, les critiques et les exégètes qui se sont intéressés à lui.

Les multiples facettes de l’homme et de ses œuvres sont étudiées dans des perspectives tour à tour biographiques, littéraires, analytiques, historiques, politiques et géographiques. Le Dictionnaire aborde aussi des sujets souvent négligés dans ce genre d’entreprise, comme l’influence du poète dans la chanson française, le rock ou la bande-dessinée : autant d’approches inédites qui démontrent le rayonnement de Rimbaud à travers le temps et par-delà les modes.

Les entrées du Dictionnaire s’organisent autour de quatre axes : les noms, les lieux, les œuvres et les thèmes. Ceux-ci sont divisés en deux catégories. La première a trait aux grands sujets, aux principales notions et idées qu’on trouve chez le poète et à leur interprétation (la Commune, les pastiches ou la sexualité) ; la seconde aux divers aspects de la postérité ou de l’héritage littéraire de Rimbaud (à travers la peinture, le surréalisme ou les revues littéraires).

Cet ouvrage fait ainsi le tour le plus exhaustif possible de l’univers rimbaldien. »

Une bible que s’arracheront tous les fans de l’auteur du Bateau ivre, de Voyelles et d’On n’est pas sérieux quand on a dix-sept ans !

Bernard DELCORD

Dictionnaire Rimbaud sous la direction de Jean-Baptiste Baronian, Paris, Éditions Robert Laffont, collection « Bouquins », septembre 2014, 768 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,8 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 29,50 € (prix France)

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25 10 14

Bons mots...

Bouvard de A à Z.jpg

Le texte ci-dessous a paru dans la livraison du 24/10/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

On ne présente plus Philippe Bouvard, journaliste, écrivain, mémorialiste et moraliste prolixe, qui vient de faire paraître chez Flammarion, sous le titre Bouvard de A à Z, un abécédaire de 2 000 réflexions thématiques bien ficelées, fruit de sa longue expérience d'homme des médias et d'homme tout court.

Florilège :

Artisanat : production locale de récipients divers, souvent laids et heureusement fragiles.

Congé : intervalle compris entre un arrêt maladie et une grève.

Envoyé (spécial) : journaliste qui, à l'occasion d'un événement important, va interviewer le correspondant local avant d'écrire son papier.

Idéologies : convictions de l’adversaire.

Parti : indispensable pour arriver.

Tante : mot péjoratif qui a longtemps désigné un homme changeant souvent de neveu.

Urètre : canal qui prolonge ceux de Venise lors des nuits de noce.

Les aphorismes d’une grosse tête bien faite et bien pleine !

Bernard DELCORD

Bouvard de A à Z par Philippe Bouvard, Paris, Éditions Flammarion, septembre 2014, 430 pp. en noir et blanc au format 15,2 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 19,90 € (prix France)

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Humour | Commentaires (0) |  Facebook | |

25 10 14

Suffocant

l-amour-et-les-forets-504078.jpg"Quand, dans dix ans, on évoquera devant moi le printemps 2006, ce ne sera pas comme des accords plaqués sur un harmonium, mais plutôt comme les grandes orgues de Notre-Dame. Le 9 mars 2006, entre treize heures et dix-neuf heures, l'apothéose de ma jeunesse."

Persécutée par un mari pathologiquement possessif, Bénédicte Ombredanne vit avec Christian, rencontré au hasard d'une recherche sur un site de rencontres, une après-midi  en tout point fabuleuse.La réintégration du foyer conjugal n'en est que plus infernale, la pousse à se confier à un écrivain dont la lecture lui fait du bien, un certain...Eric Reinhardt.

Fusionnant les témoignages édifiants de lectrices, victimes de harcèlement conjugal, en un tableau effroyable de torture psychologique, Eric Reinhardt se (con) fond dans la peau d' un narrateur aussi interdit qu'impuissant face à la tragédie intime qu'il découvre lentement. Dans le même temps, il interroge son propre processus d'écriture;

"Si bien que ce roman, je n'en puis plus douter maintenant qu'il est fini, est un peu comme un tombereau monumental, majestueux, en pierre de taille (et magnifique, diront certains) , le tombeau de celui que j'ai été durant deux ans et demi et qui doutait de lui au point d'en mourir."

Une écriture dense, précise au phrasé par moment, incontestablement  proustien.

Il pourrait lui valoir un beau prix de cette fin d'année..

AE 

L'amour et les forêts, Eric Reinhardt, roman, Ed. Gallimard, août 2014, 367 pp 

 

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23 10 14

Déracinement

 

Couv Jacob, Jacob.jpg

"(...) ils disent d'où ils viennent, ils ne savent pas où ils vont, ils jouent à être des soldats fringants, mais la chaleur sous la bâche les alourdit et leur impose le silence qui a déjà gagné ceux qui se taisent, ceux qui savent qu'ici n'est pas leur place, pas parmi ces jeunes gens , pas dans l'armée, qu'elle soit française ou non , mais ils ont honte même de le penser, ils rouleront plusieurs heures entre le ciel et les rochers, dans un paysage désolé qui les assigne à leur solitude nouvelle."

Tel est le sort que partage Jacob Melki, jeune Juif de Constantine. Agé de 19 ans, il est enrôlé dans l'armée française, en cet été de 1944 qui suit le débarquement des Américains en Normandie.Enlevé à sa mère Rachel dont il est le dernier, tant aimé  et à une famille écrasée sous le despotisme  d'Haïm, le patriarche, Jacob entend libérer cette France dont il admire la culture.

Fresque lumineuse d'un certain pan de la Libération, du déracinement, du choc des cultures et des attentes avortées, le roman de Valérie Zenatti nous fait vibrer d'empathie, au diapason d'un phrasé harmonieusement cadencé.

Une écriture magistrale.

AE

Jacob, Jacob,  Valérie Zenatti, roman, Ed. de l'Olivier, août 2014, 166 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Rentrée littéraire | Commentaires (0) |  Facebook | |

21 10 14

Un râleur de génie...

Émile Bernard cover.jpgLe superbe catalogue (paru chez Flammarion) de l’exposition Émile Bernard - La peinture en colère qui se tient au musée de l’Orangerie à Paris jusqu’au 5 janvier 2015 – et qui sera également présentée à la Kunsthalle de Brême, du 7 février au 31 mai 2015 – est une magnifique occasion de découvrir l’œuvre picturale largement méconnue d’une personnalité majeure dans l'élaboration de l'art moderne, qui fut également peintre, graveur, critique d’art, écrivain et poète.

Écoutons les commissaires de ce grand événement :

« À la fin des années 1880, il inaugure le style cloisonniste, dont on sait l'importance qu'il revêtira chez Gauguin et Van Gogh, mais aussi chez les Nabis. Après la controverse sur l'invention du symbolisme en peinture, qui l'oppose violemment à Gauguin, Bernard s'installe au Caire où il reconsidère la stylisation schématique et la recherche de primitivisme symboliste. La découverte des maîtres anciens l'incitera cependant à renouer avec la tradition.

De retour en France, il publie des témoignages fondamentaux sur Cézanne et des écrits esthétiques remettant en cause les avant-gardes au nom de la tradition picturale. Mais, loin de se définir par un traditionalisme suranné, son art porte toujours la marque d'une personnalité curieuse et tourmentée, à la recherche de l'absolu artistique. » 

 

Émile Bernard (Chiffonnières – Clichy).jpg

Chiffonnières – Clichy (1887), musée de Brest.

Ajoutons que le titre de l’exposition s’explique par le fait qu’Émile Bernard, qui explora aussi la création symboliste, tachiste et orientaliste, était doté d’un fameux caractère qui marqua ses échanges – néanmoins fructueux – avec les plus grands artistes de son temps…

Bernard DELCORD

Émile Bernard, 1868-1941, ouvrage collectif, Paris, Éditions Flammarion, septembre 2014, 248 pp. en quadrichromie au format 22 x 28,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 39 € (prix France)

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Émile Bernard (1868-1941), Après-midi à Saint-Briac (1887),

huile sur toile, Aarau, Aargauer Kunsthaus© Jörg Müller, Aarau.

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21 10 14

Insoutenable ?

 

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  Le roman  n'est pas nouveau, il fut publié en 1982 dans sa version thèque originale, en 1984 en français, avec le succès phénoménal qu'on lui connaît.

Ce qui est neuf - et magnifique- c'est la lecture qu'en opère Raphaël Enthoven. Le philosophe, animateur radiophonique, écrivain, .. possède une tessiture vocale chaude, sobre et idoine à la lecture d'un texte qui mêle en une succession infinie de plans, les rapports passionnels, purs, libertins, graves ou frivoles qu'entretiennent Tomas, Tereza, Franz et Sabrina.

Et quand toutes les trahisons sont permises, la vie ne revêt-elle pas une légèreté insoutenable? 

Une façon de revisiter le mythe de Don Juan

AE

L'insoutenable légèreté de l'être, Milan Kundera,  roman, 1982, traduit du tchèque par François Kérel, Gallimard, 1894 nombreuses rééditions - Ecoutez lire, Gallimard, 11 septembre 2014 - 2 CD MP3 - lu par Raphaël Enthoven, 10h30 d'écoute

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18 10 14

Une amitié d'autrefois

 Vienne, 1938

S'il enjoint ses disciples, membres de la Société psychanalytique de Vienne, à fuir les méfaits du nazisme qui déjà fait rage dans la capitale autrichienne, le célèbre psychanalyste répugne à faire de même.

Il est pourtant grand temps: dépêché par les nazis, le "Kommissar" Anton Sauerwald opère une perquisition en son domicile, avec pour ambition marquée de le confondre d'un placement de fonds à l'étranger, délit majeur dans le chef des Juifs.

Pressé par l'amitié que lui porte la Princesse Mathilde Bonaparte, l'une de ses patientes, et les fonds qu'elle met à sa disposition pour lui permettre de gagner la France, accablé des horribles douleurs que suscite son cancer de la mâchoire et ses opérations répétées,  Sigmund Freud redoute par dessus tout que soit révélée au grand jour la raison de la brusque interruption de son amitié avec le docteur Wilhem Fliess et,  partant, le secret enfoui dans l'abondante  correspondance qu'il lui a adressée, primordiale pour la connaissance du génie de la psychanalyse.

"(...) les missives qu'il lui avait adressées ne contenaient pas seulement de longs échanges théoriques par lesquels il construisait son oeuvre et sa méthode, elles cachaient également des secrets. Des révélations intimes, des confidences, des confessions - de celles qu'on ne fait à personne. Même pas à sa femme. Même pas à soi-même."

Si elle habille de fiction les dialogues, l'accès aux pensées intimes de Freud, Eliette Abécassis nous ouvre une percée claire et passionnante sur sa biographie, son entourage et quelques concepts-clefs de ses théorie et pratique psychanalytiques. Elle nous révèle surtout - le point est primordial pour un blog comme le nôtre - la passion épistolaire du grand homme.

Une lecture hautement recommandée

Apolline Elter

Un secret de Freud, Eliette Abécassis, roman, Ed. Flammarion, août 2014, 196 pp, 18 €

Billet de faveur

AE : L’amitié, la relation épistolaire sont au cœur de ce superbe roman.  Un débat, aussi, celui de savoir si la lettre est propriété de celui qui l’écrit ou de celui qui la reçoit.  Quelle est votre position à ce sujet, Eliette Abécassis ? 

Eliette Abécassis : C'est tout le problème. Surtout quand il s'agit d'un homme de la stature de Sigmund Freud, dont les écrits ont marqué l'histoire de l'humanité. Je crois que ses lettres lui appartiennent intimement, et en même temps, elles appartiennent au patrimoine de l'humanité. C'est quelque chose qui lui échappe, comme son génie. Mais ses secrets lui appartiennent. C'est la part romanesque de ce roman.

AE : votre maman, Janine Abécassis, enseigne et professe la psychanalyse.  Quelle part a-t-elle pris dans l’élaboration de ce récit? 

Eliette Abécassis : Une grande part. Elle est à l'origine de ce roman. D'une certaine façon, elle en est aussi la destinataire. Elle m'a beaucoup aidé concernant la documentation. Elle m'a initiée à Freud dès mon plus jeune âge. Elle le connaît intimement, comme s'il était un personnage de la famille. Elle le fait vivre à mes yeux. C'est une grande psychanalyste et une grande psychologue qui m'a beaucoup inspirée pour écrire ce roman et qui m'a captivée depuis toujours par sa passion pour Freud, les enfants et la psychothérapie. En plus d'être une excellente clinicienne, elle est aussi un professeur d'université qui  a marqué ses élèves par la qualité de son enseignement et de ses recherches.Dans ce roman, je lui rends hommage. 

 

 

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16 10 14

Surprenant..

Conférencier et passionné d"histoires curieuses" de la grande Histoire, Daniel-Charles Luytens révèle, au gré d'un essai ponctué de chapitres courts et alertes, le secrets de quelques énigmes liées, principalement à Adolf Hitler, mais aussi à la seconde guerre mondiale, à Mussolini et même à Staline, dont on apprend que des sosies dûment drillés l'ont remplacé lors de certaines manifestations publiques...

Premier amour autrichien du Fûhrer, ses maîtresses, vraies et fausses, ses admiratrices...  confirment le pouvoir hallucinant de séduction du dictateur (rappelez-vous la lecture du premier essai de Diane Ducret, Femmes de dictateurs - Ed. Perrin, 2011) .

Le témoignage de fidèles de Berchesgarten et des derniers moments d'Hitler  en son bunker, l'auto-analyse de sa défaite à laquelle il se serait livré trois mois avant sa mort.. sont tant de chapitres sidérants. Ils mettent à bas certaines légendes dont celle qui voulait que le Führer ne fût pas mort mais simplement enfui: Heinz Linge, son valet, affirme avoir brûlé son corps, ainsi que celui d'Eva Braun, sitôt après leur mort, devant le fameux Fürherbunker.

Les + étonanntes histoires du IIe Reich, D-C Luytens, essai, Ed. La boîte à Pandore, juillet 2014, 246 pp

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15 10 14

Pacotille

" Seul dans son silence, Antoine ploie sous cette existence à reconstruire, sous le poids de ce qu'il doit accomplir pour retrouver l'ancrage qui était le sien dans la société, il ploie parce qu'il n'a pas envie. Pas envie de retrouver du travail, pas envie de tout recommencer, pas envie de courir encore après un prestige de pacotille. Pas envie. Le visage calé dans sa main droite, il considère ses erreurs de jugement, ses égarements, ses emportements, il soupèse dix ans, dix ans et le vide étourdissant."

 Cadre jeune, dynamique, Antoine perd son job et les repères d'une réussite insolente, par trop focalisée sur les aspects matériels , les poncifs d'une vie réglée d'avance.  Il décide peu à peu de rompre avec ce schéma existentiel et la vie de couple toute tracée qu'il mène aux côtés de Mélanie: 

" Empêtrée dans une vie professionnelle chronophage, conditionnée par un esprit revanchard, obsédée par un idéal de vie aussi médiocre que fantasmagorique, Mélanie s'absout de tout."

Subtile radioscopie d'un conformisme de vie, des réflexes qui l'emprisonnent et de l'insidieux effritement d'un couple, le roman de Jennifer Murzeau  - le deuxième de sa plume - affiche une vraie maîtrise d'écriture: il allie oralité, style indirect et celui de l'écrit en un cocktail savoureux, bien négocié, tragi-comique, délicieusement rythmé.

Une belle révélation.

 AE

Il bouge encore, Jennifer Murzeau, roman, Ed. Robert Laffont, août 2014, 256 pp

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14 10 14

Dromomanie

De séjour à New York durant l'été 2012, la narratrice se prend d'intérêt et de fascination pour le cas d' Albert Dadas (1860-1907) , un " fou fugueur", atteint, en d'autres termes, de "dromomanie", pathologie qui se manifeste par  des "poussées de marches", un constant, irrépressible besoin de se déplacer, de voyager. 

L'investigation la mène rapidement à évoquer son père, exilé du Vietnam à Paris, dans les années 60. Ingénieur informatique, père modèle et aimant,  il a vu périr, en son pays, sa proche famille, père, grand-père et même fratrie. Il a enfoui toutes ses images en lui, n'offrant aux siens que le silence dans lequel il veut enfermer ses souvenirs. De son métier, enregistreuse de sons, Line, la narratrice, tente de décoder le silence paternel, de le faire parler.

Reviennent à la surface des souvenirs de toute une vie, d'une jeunesse malmenée par les conflits incessants qui secouent le Vietnam de l'époque, depuis la fin de la domination française d'Indochine, jusqu'à la chute de Saïgon en 1975.

 Récit d'exils successifs et de la quête d'identité  et du "chez moi" corollaires,  le roman de  Minh Tran Huy résonne comme un vibrant hommage au destin de son propre père.

"L'impression née de ce premier voyage ne m'a jamais quittée: par la suite, je me suis demandé si mon père, enfant réfugié, parent pauvre, étudiant étranger, travailleur expatrié, touriste en son propre pays, s'était jamais senti à sa place quelque part."

Voyageur malgré lui, Minh Tran Huy, roman, Ed. Flammarion, août 2014, 240 pp

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