04 03 15

L'Absent

9782246856085-X_0.jpg"Ni ma famille, ni mes plus proches amis ne savent ce qui m'est arrivé au printemps 1984. Honte, gêne, tristesse..je n'ai jamais raconté comment, par accident, je suis entrée dans le monde des adultes."

Récit court,  sobre et factuel, radioscopie d'une grossesse-surprise survenue quand elle avait..dix-sept ans et de son interruption volontaire, le témoignage de Colombe Schneck frappe avant tout par son honnêteté.

" J'étais si insouciante. J'avais un corps de femme, c'était nouveau, je ne savais pas encore que ce corps limite gestes, mouvements, libertés, impose des règles. Il ne vous appartient pas entièrement, peut devenir celui d'un autre. Je me suis sentie trahie par lui. Il m'a dépossédée de ma liberté."

De cette liberté dont ses parents confiants, aimants, forgés aux principes de mai '68 et à la loi Weil, la laisse user à sa guise. 

Pratiqué dans les meilleures conditions, l'avortement n'est cependant jamais un acte anodin. Il laisse des traces indélébiles - celle de l'Absent, de l'enfant qui n'aura pas de prénom - aîné d'une fratrie, aimée et vivante.

Evoquant les réactions des lecteurs au cours l'émission "Livrés à domicile" (La Deux- RTBF) dont elle était l'invitée, ce lundi 23 février,  Colombe Schneck s'étonnait du nombre de témoignages masculins déplorant ce même absent, cet enfant qui leur fut parfois refusé de façon unilatérale, par la seule décision de leur partenaire.

Enfant sacrificiel, enfant remercié, l'Absent  révèle cette"expérience humaine totale de la vie et de la mort, du temps, de la morale et de l'interdit."(L'Evénement) 

Dix-sept ans, Colombe Schneck, récit, Ed. Grasset, janvier 2015, 94 pp

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03 03 15

Le système Poutine

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"Il y a oligarchie quand les détenteurs de la fortune ont l'autorité suprême dans l'Etat." 

D'entrée de jeu et d'exergue - empruntée à La Politique d'Aristote - la célèbre journaliste campe le propos: il s'agit d'analyser l'émergence d'une nouvelle classe, celle  des oligarques russes, de leurs fortunes colossales sauvagement constituées dans les années '90 et le chaos qui succède au démantèlement de l'URSS. L'accession de Vladimir Poutine au pouvoir suprême, en 2000, sonnera le glas  de la récréation, des ambitions politiques de cette classe de nouvoricci.

"Voilà vingt-cinq ans, depuis l'écroulement du système communiste, qu'ils doivent leur fortune aux richesses souterraines de leur immense pays, aux privatisations sauvages, à l'élasticité - pour ne pas dire à l'absence - de toute règle de droit.(...) Vingt-cinq ans que lui, Vladimir Poutine, né à Leningrad dans la misère, ancien officier du KGB, les observe, les craint, les combat, les flatte, les rabroue et les utilise."

Tout est dit. 

A la classe rebelle, exposée,  des oligarques Boris Berezovski, Mikhaïl Khodorkovski, Roman Abramovitch, ..., malins fonceurs dotés de flair qui ont fait main basse sur les entreprises que l'Etat, en déroute,  soldait,  et constitué partant, des fortunes exponentielles durant les années 1990-2000 (ère de Boris Eltsine) se greffe un peloton  sage, "orthodoxe ,patriote, cadrée par Vladimir Poutine, désormais Maître du Kremlin.  Le message est clair: Interdiction formelle de se mêler de politique. Ceux qui ne l'ont pas compris à temps le paieront de la confiscation de leurs biens, du bagne et de l'exil - c'est le cas de Mikhaïl Khodorkovski - ou même de leur vie.

Brossant avec brio le portrait de personnalités hors normes et en filigranes, celui de l'énigmatique Président russe, Christine Ockrent  dévoile les arcanes, interactions économiques, judiciaires, internationales.... de cette partie d'échecs gigantesque orchestrée par un grand maître en la matière. Partant, elle nous révèle les enjeux de la crise ukrainienne et cette incompréhension majeure qui fausse notre interprétation de l'âme russe.

Un essai passionnant.

 Les oligarques, Christine Ockrent, essai, Ed. Robert Laffont, oct. 2014, 376 pp

Christine Ockrent sera, ce mardi 3 mars, midi  l'invitée du déjeuner littéraire rassemblant une centaine de lecteurs du magazine L'Eventail. J'aurai l'honneur de l'interviewer.

Copyright photo: Jeff Lanet

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03 03 15

SNCB Mon amour !

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 Voilà un livre qui nous change les idées dans ce monde un peu embrumé ! Voilà un rayon de soleil jubilatoire !

Nancy Vilbajo nous fait vivre sa vie de « navetteuse » (un terme bien belge, par ailleurs!), celle qui fait aller-retour tous les jours en train entre Binche, sa ville, et Bruxelles, où elle travaille. « SNCB, mon amour », ce sont les mémoires d'une navetteuse avec des illustrations remarquables et drôles de François Bouton.

Cela commence par une joyeuse nomenclature des passagers habituels de tels trains : le narcoleptique, le bio-bobo-antidéo, etc. Avec chaque fois « Mon conseil » à mourir de rire !

Cela continue avec, comme les statuts sur Face Book (qu'on retrouve parfois d'ailleurs), sous une forme quotidienne de petit rapport, suivi du « Hashtag »... Le tout illustré, entrecoupé de réflexions, d'explications, de digressions les plus insolites et amusantes les unes que les autres.

Quelques exemples :

JUL 8 : Nancy V : le train est arrivé avec une minute D'AVANCE ! Ca annonce une invasion extra-terrestre, croyez-moi ! H : fermezlesvolets.

JUL 11 : Nancy V : Entendu à l'instant même dans le train : « Terminus... La température au sol est de 28 degrés centigrades ! » Malin, va... H : KennedyAirPort

AUG 5 : Nancy V : va rimer, attention... « Tous ces trains à l'heure, c'est comme au bon vieux temps de la vapeur ! » H : çarimeçarame

OCT 17 : Nancy V : Nous avions la Bataille de l'Yser. Nous avions Sarajevo. Nous avions le Darfour. Aujourd'hui, nous avons la ligne Bruxelles-Binche ! Pour mes compagnons de combat et moi : courage et abnégation. H : commeen14

NOV 27 : Nancy V : La SNCB est très consciencieuse : elle s'entraîne déjà pour les perturbations de demain : H : admiration

NOV 28 : Nancy V : A la SNCB, c'est déjà Noël ! Tu arrives à l'avance pour ne pas rater ton train et tu sautes in extremis dans le train précédent qui vient d'arriver très en retard. H : espacetemps

Et puis, j'aime cette émotion décrite quand, changeant de boulot et se servant dorénavant de sa voiture, Nancy se trompe et se rend à la gare, l'émotion !

Un excellent petit livre à lire dans le train et partout !

 

Jacques MERCIER

 

« SNCB mon amour », « Mémoires d'une navetteuse », Nancy Vilbajo, illustrations Fraçois Bouton, Editions du Basson, 6001 Marcinelle. Www.editionsdubasson.com 14X20,5. 120 pp. 18 euros.

 

 

 

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02 03 15

Légitime démence, pas qu'un joli titre !

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C'est passionnant quand dans un roman, on découvre de telles phrases : « Donc l'amour n'est pas juste une histoire de sentiments, mais bien un incident qui doit tomber à un moment précis dans la vie. Le coup de foudre, d'accord, mais pas n'importe quand ! » ou celle-ci : « Je ne crée pas pour pouvoir me dire que je suis génial, mais parce que je suis satisfait qu'à chaque intervention une chose nouvelle naisse. Transporté de bonheur à l'idée d'accoucher une oeuvre ! »

Elles se trouvent dans « Légitime démence » de Nathalie Marly.

On se souvient du charisme de l'auteur lorsqu'elle présentait « Appel à témoins » sur la RTBF. Depuis, elle est spécialiste dans la transmission des entreprises familiales et en communication d'entreprise et dirige sa propre société. Mais Nathalie écrit aussi... et bien ! J'avais aimé « Au nom du père » en 99 et « Instants frivoles » en 2010. J'aime le langage vrai, vivant, de ce nouveau roman.

Et même parfois un dialogue comme celui-ci : « Hé, Msieur Loïc, ça ba ? / ! Todo bien Juanito ! Y tu qué tal ? »

Une relation d'amour qui tourne mal : Loïc et Julie. Trois jours de tsunami conjugal et pour nous, lecteurs, des questions, des plongées dans nos propres existences !

Isabelle Lemaire dans « La Libre » comparait ce roman à « Lune de fiel » de Pascal Bruckner. « En moins trash ! » Un beau compliment !

 

Jacques MERCIER

 « Légitime démence », Nathalie Marly, roman,. Editions Dricot. 226 pp. 15 euros.

 

 

 

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01 03 15

Utérus en folie…

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Pour l’aider à rédiger le deuxième numéro – Les grandes hystériques – de la revue « Folle Histoire » qu’il dirige et qui est publiée par les Éditions Prisma à Gennevilliers, l’historien Bruno Fuligni a réuni une belle brochette de spécialistes pour croquer en quatre chapitres [1] le portrait de personnes aussi diverses que Vasthi (Ve siècle avant J.-C.), Zénobie (IIe siècle avant J.-C.), Boadicée (l’épouse de Vercingétorix, vers 25-61), l’impératrice Théodora (VIe siècle de notre ère), Sœur Jeanne des Anges (1602-1665), Lady Stanhope (1776-1839), Adèle Hugo (1830-1915), Bernadette Soubirous (1844-1879), Lou Andreas-Salomé (1861-1937), Camille Claudel (1864-1943), Ma Baker (1871-1935), Marie Bonaparte (1882-1962), Gala (1894-1982), Joan Crawford (1905-1977), Violette Leduc (1907-1972), Bonnie Parker (1910-1934), Vivien Leigh (1913-1967), Eva Perón (1919-1952), Janis Joplin (1943-1970), Karen Greenlee (dite « la nécrophile de Sacramento », 1958-1989) et bien d’autres encore…

« Femmes politiques et grandes criminelles, religieuses exaltées et créatrices d'avant-garde, les grandes figures féminines de l'Histoire oscillent perpétuellement entre génie et folie, écrit Bruno Fuligni. Le professeur Charcot, en théorisant l'hystérie [2], avait cru trouver la réponse, mais toute femme un tant soit peu rebelle devenait une hystérique en puissance dans son système... »

La présente livraison se penche sur leur cas et leur rend justice avec autant d’allant que d’humour souvent décalé…

Avant de s’attaquer, dans le numéro 3 – Les bourdes militaires –, à une catégorie fracassante de grands hystériques masculins.

On en rit déjà !

Bernard DELCORD

Les grandes hystériques in « Folle Histoire », revue historique sous la direction de Bruno Fuligni,Gennevilliers, Éditions Prisma, n°2, janvier 2015,208 pp. en noir et blanc au format 15,2 x 23 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 17,50 € (prix France)


[1] « Femmes politiques », « Femmes criminelles », « Femmes inspirées » et « Femmes artistes ».

[2] Le terme est dérivé du mot grec ὑστέρα, pouvant signifier les entrailles, la matrice ou l'utérus. Les travaux de Jean-Martin Charcot (1825-1893) sur l'hypnose et l'hystérie, à l'origine de l'École de la Salpêtrière, préfigurent les études de psychopathologie de son successeur Pierre Janet et, à l'opposé, ont déterminé1 Sigmund Freud, qui fut brièvement son élève et un de ses premiers traducteurs, à inventer la psychanalyse. (Source : Wikipédia)

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01 03 15

Pour devenir un grand chef… ou le rester !

La cuisine de référence.jpgAuteur prolifique (de Travaux Pratiques de cuisine et sa traduction Practical kitchen work, de Technologie culinaire, de Cuisine de Référence, de Technologie culinaire 1re et 2e année, de BEP technologie culinaire, de la première édition de La Cuisine de Référence qui existe aussi en version espagnole et portugaise, de Techno culinaire BAC PRO… qui ont reçu le grand prix du meilleur ouvrage de l'Académie Nationale de Cuisine), Michel Maincent-Morel est professeur chef de cuisine honoraire du lycée technologique des métiers de la restauration et de l'hôtellerie Jean Drouant à Paris (17e) et ancien élève du lycée hôtelier de Rouen ainsi que de l'ENNA de Toulouse.

Il est également coauteur de nombreux ouvrages professionnels et destinés au grand public (notamment du Dictionnaire gastronomique chez Larousse) tout en exerçant comme chef consultant en France (en Martinique, à La Guadeloupe, à La Réunion) et à l'étranger (Maurice, Maroc, Tunisie, Turquie...).

Il a fait paraître en janvier 2015, chez son éditeur de prédilection (BPI à Clichy), une nouvelle version revue et augmentée de La Cuisine de Référence, la bible pour la préparation des examens et des concours en France et à l'étranger, car 500 techniques de base y sont exposées avec simplicité et décrites pas à pas au moyen de 3000 photos à valeur pédagogique, pour que l'utilisateur puisse les mettre en œuvre aisément.

L’ouvrage contient aussi 1000 fiches techniques de recettes intemporelles – dont les 100 plats préférés des Français –permettant la réalisation de nombreuses préparations dérivées ainsi que le calcul des prix de revient, un référentiel d’auto-évaluation de son apprentissage, un lexique du vocabulaire professionnel et, grande nouveauté, un accès à 118 vidéos pédagogiques.

Sans nul doute l’ensemble pratique le plus clair et complet dans son domaine !

Bernard DELCORD

La cuisine de référence. Techniques et préparations de base, fiches techniques de fabrication (nouvelle édition avec accès à des vidéos) par Michel Maincent-Morel, préface de Dominique Loiseau, Clichy, Éditions BPI, collection « Enseignement - Formation – Restauration - Hôtellerie », janvier 2015, 1 152 pp. en quadrichromie au format 21 x 29,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 33 € (prix France)

Pour vous, nous avons repris dans cet ouvrage très professionnel la recette suivante :

Potage ou soupe au pistou

Pour 8 personnes

Préparation : 1h30

Cuisson : 25 minutes

Ingrédients :

Éléments de base :

400 g de carottes

400 g de courgettes

100 g de céleri

400 g de poireaux

200 g de gros oignons

200 g de haricots verts

400 g de grosses tomates

100 g de haricots blancs frais

100 g de haricots rouges frais

400 g de pommes de terre (bintjes)

100 g de pâtes (coquillettes)

Pour le pistou :

40 g d’ail

½ botte de basilic

2 dl d’huile d’olive

40 g de parmesan

Pour la garniture :

80 g de parmesan

Sel et poivre du moulin

Technique de réalisation :

1. Mettre en place le poste de travail – 5 minutes

Denrées, matériels de préparation, de cuisson et de dressage.

2. Préparer tous les légumes – 20 minutes

Éplucher et laver très soigneusement tous les légumes.

Réserver les pommes de terre dans de l'eau froide.

Ne pas éplucher les courgettes, les ébouter et les laver seulement.

Dégermer l'ail.

3. Monder, épépiner, concasser et réserver les tomates –10 minutes

4. Cuire les haricots verts, les haricots frais blancs et rouges séparément à l'anglaise – 10 minutes (ou les utiliser appertisés, dans ce cas, ils sont ajoutés quelques minutes avant la fin de la cuisson du potage).

5. Tailler tous les légumes – 20 minutes

Les tailler en dés réguliers d'1 cm de côté.

6. Marquer le potage en cuisson – 10 minutes

Porter 1,5 1 d'eau à ébullition, saler au gros sel.

Ajouter les légumes par ordre de durée de cuisson (carottes, navets, céleri, oignons, poireaux, courgettes).

Terminer par les pommes de terre et les tomates (les coquillettes peuvent être cuites séparément ou ajoutées 12 minutes avant la fin de la cuisson).

7. Réaliser le pistou – 10 minutes

Piler dans un mortier l'ail et les feuilles de basilic.

Incorporer petit à petit l'huile d'olive, puis ajouter quelques petits dés de tomates et de pommes de terre prélevés dans le potage.

Travailler à l'aide du pilon afin d'obtenir une pâte homogène.

Ajouter un peu de parmesan et assaisonner.

8. Dresser la soupe au pistou – 5 minutes

Vérifier la cuisson et l'assaisonnement.

Dresser la soupe brûlante dans une soupière.

Servir à part en saucière le pistou et le parmesan râpé. (Le pistou peut être ajouté dans le potage au moment de l'envoi).

Potages similaires :

Potage minestrone

Réaliser un potage cultivateur en ajoutant un morceau de poitrine fumée blanchi ou un talon de jambon fumé.

En cours de cuisson, ajouter des tomates concassées, des petits haricots blancs cuits au préalable, des spaghettis coupés en tronçons de 3 cm de longueur, un hachis très fin de lard gras, d'ail et de basilic.

Servir avec du parmesan.

Potage bonne-femme

Potage parisien beurré et crémé au moment de l'envoi.

Servir à part des rondelles de baguette séchée.

Potage maraîchère

Ajouter au potage bonne-femme du vermicelle, une chiffonnade d'oseille, de laitue et d'épinards.

Garnir de feuilles de pourpier et de pluches de cerfeuil.

Potage normande

Suer au beurre une paysanne de carottes et de poireaux.

Ajouter après mouillement des petits flageolets frais et une paysanne de pommes de terre.

Beurrer et crémer au moment de servir.

Remarque : ces potages peuvent être mouillés avec du consommé blanc (marmite) ou avec du consommé blanc et du lait.

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01 03 15

Ténèbres et lumière…

Congo – L'autre histoire.jpgDans un fort essai remarquablement étayé et intitulé Congo – L'autre histoire. De Léopold II, fer de lance de l'antiesclavagisme à l'esclavagisme des multinationales, notre compatriote Charles Léonard s’est lancé dans l’entreprise ô combien complexe de remettre de nombreux points sur les i de l’histoire du Congo belge et de la RDC.

Il est vrai que notre homme, qui maîtrise parfaitement le lingala et voue une amitié sans bornes au Congo et à son peuple, ne manque pas de biscuit puisqu’il œuvra dans ce pays de 1953 à 1993 et qu’il fut la cheville ouvrière des 26 numéros de Conjoncture Économique du Zaïre, la revue de référence en la matière à l'époque, qu'il rédigea de 1961 à 1987.

« Mais, écrit son éditeur, s’agissant de l’histoire coloniale du Congo, Charles Léonard en a eu un jour assez des écrits orientés ainsi que du mea culpa profondément chrétien et frisant le masochisme de la presse européenne en général et belge en particulier.

Cette pensée anticoloniale politiquement correcte, mais loin de l'être toujours historiquement, est le fruit d'auteurs n'ayant souvent jamais vécu en dehors des frontières belges ni au Congo belge. Elle a, nombre de fois, exaspéré les anciens d'Afrique dont les mises au point et protestations ne furent pratiquement jamais prises en considération par les médias belges.

Alors, à 82 ans, il décide de prendre la plume et de raconter le Congo sous un autre angle : oui, la colonisation belge a fait un travail extraordinaire et fut l'une des plus remarquables en Afrique ; non, les Blancs ne sont pas tous d'infâmes exploiteurs ; oui, le Roi Léopold II fut un homme hors du commun, certes pas un saint, mais bien le reflet de la vision de son époque mise en œuvre avec volonté, persévérance et intelligence.

Parce qu’il fut victime de la calomnie anglaise d'abord, belge et internationale ensuite, ce livre veut lui rendre le mérite auquel il a droit : entre autres exploits, Léopold II mit fin à l'esclavagisme arabe en Afrique centrale et promulgua dès 1885 une ordonnance instaurant les bases d'un remarquable code de procédure civile, prélude du futur “Codes et Lois du Congo belge”, seul en son genre à l'époque, et respectueux du droit coutumier de surcroît. Il donna aux Congolais, qui le reconnaissent eux-mêmes, un véritable empire au cœur de l'Afrique, empire doté d’un sous-sol parmi les plus riches au monde.

Ensuite, Charles Léonard raconte l'évolution d'un pays : de l'indépendance aux Kabila père et fils en passant par Kasavubu, Mobutu, les deux guerres à l'Est et jusqu'aux exploiteurs actuels du pays, les nouveaux maîtres du monde que sont les multinationales. »

Ajoutons que le style est alerte, la réflexion subtile, la documentation abondante et les illustrations remarquablement choisies.

Cet ouvrage aux opinions parfois tranchantes – et que nous ne partageons pas forcément – ne pourra que déplaire aux tenants actuels de la pensée unique, à qui il fera pousser des cris d’orfraie.

Ce qui lui donne un attrait supplémentaire !

Bernard DELCORD

Congo – L'autre histoire. De Léopold II, fer de lance de l'antiesclavagisme à l'esclavagisme des multinationales par Charles Léonard, Bruxelles, Éditions Masoin, septembre 2014, 416 pp. + 32 pp. de photographies en noir et blanc au format 16 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 30 €

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01 03 15

Le fantôme du plat pays…

Tout est bon dans le Belge.jpg« Il y a, en Belgique, des Wallons et des Flamands ; il n’y a pas de Belges », assurait l'homme politique socialiste Jules Destrée (1863-1936) dans sa Lettre au Roi Albert 1er à la veille de la Première Guerre mondiale.

Et pourtant, comment ne pas se reconnaître dans les dessins qu'Edgar Kosma et Pierre Lecrenier consacrent chaque semaine dans Le Vif/L'Express et sur www.lebelgebd.com à ce Belge qui n’existe pas, et dont un deuxième recueil est paru chez Delcourt à Paris sous le titre Tout est bon dans le Belge ?

Car, comme le disent ces deux compères, le Belge est souvent d'origine étrangère, ou alors c'est la même chose ; il supporte les Diables rouges et la N-VA ; il veut que les choses changent, mais rechigne à aller voter ; il ne croit plus en Saint-Nicolas, mais ne manque jamais de fêter Noël, le carnaval et l’Assomption (mais pas la Saint-Valentin !) ; il a une brique dans le ventre ; il fait fonctionner l'économie locale et, malgré qu'il souffre des embouteillages quotidiens, il associe toujours voiture et liberté.

Les auteurs prennent un malin plaisir à souligner ces petits riens qui font la saveur de la vie et dans lesquels le lecteur se reconnaît et se brocarde. Le dessin, inspiré de la ligne claire, est épuré, sympathique et maîtrisé. Détail non négligeable, les seules couleurs utilisées sont celles du drapeau national.

Ce deuxième tome propose cependant quelques dessins et commentaires inédits, ainsi qu'une préface de Stéphane De Groodt lui-même, qui vaut à elle seule le détour.

Si bien que de la lecture de ces bandes dessinées, on peut conclure que s'il n'y a pas de Belges, c'est parce que le Belge est un peu comme tout le monde…

Frédéric SEVERINO

Tout est bon dans le Belge par Edgar Kosma et Pierre Lecrenier, préface de Stéphane De Groodt, Delcourt, novembre 2014, 96 pp. en quadrichromie au format 17,5 x 23,8 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 13,90 €

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28 02 15

Louis II de Bavière- Un portrait attachant

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De ce monarque sensuel, mélomane, mégalomane,  homosexuel et fantasque, Isaure de Saint-Pierre dresse un portrait attachant, en tous points fabuleux.

Quelque peu dépassé par son tempérament, ses affections, folles dépenses et constructions pharaoniques, ce souverain romantique était néanmoins très investi de sa fonction,  attaché au bien de ses sujets bavarois, qui en majorité lui en savaient gré: il était très aimé.

Soucieux de construire le mieux possible l'indépendance de la Bavière, de lui préserver la paix, composant avec l'autorité centralisatrice inéluctable d'un Bismarck, Louis II apparaît sous un jour plus favorable que prévu, plus sincère aussi.

 C’est à contre-cœur qu’il se voit entraîner dans la guerre de 1870 aux côtés de la Prusse, pour  combattre ces Français dont il admire la culture.  Louis II écrit à son cousin, le Kronprinz Frédéric de Prusse: 

"Je pense pouvoir être assuré encore, par le jugement éclairé de ton auguste père, qu'il est aussi dans sa volonté de conserver à la Bavière, à l'égard de la tendance "nationale-allemande", son intégrité gouvernementale, que cette guerre ne doit en aucun cas entamer, mais au contraire fortifier." 

 Mais il n’aura pas gain de cause : le nouvel empire allemand, auréolé de sa victoire sur la France,  inclura la Bavière parmi les 25 états qui le composent.

"C'est aujourd'hui ma première chevauchée de vassal"  confie le roi, déconfit, à son secrétaire.

Platoniquement épris du génie de Richard Wagner, divin mentor placé sur son chemin, le jeune roi fera au compositeur  quinquagénaire en déroute, un pont d'or pour ses créations.  Plus tard, il le soutiendra dans sa grande entreprise de Bayreuth. Fougueux dans ses passions successives – ses amants sont des hommes- Louis II est aussi lié d'une grande affection à sa cousine, l'impératrice Sissi, de huit ans son aînée.

Abondamment étayée de correspondances, la biographie du royal résident de Berg, Hohenschwangau, Neuschwanstein, Linderhof et de Herrenchiemsee, ...se dévore comme un roman passionnant.

 Je vous en recommande vivement la lecture.

Apolline Elter

Le roi des rêves, Louis II de Bavière, Isaure de Saint-Pierre, biographie, Ed. Albin Michel, février 2015, 236 pp

 

Billet de faveur

 AE: Nous l'évoquions, le fil de la narration se nourrit d'abondants extraits de correspondances, avec Wagner, Sissi,  la baronne von Leonrod, .... Quelles ont été vos sources?  En avez-vous opéré vous-même les traductions? 

 Isaure de Saint Pierre: J'ai une bonne bibliothèque concernant Louis II, Sissi, Napoléon III, j'ai déjà d'ailleurs écrit plusieurs bouquins sur cette période, dont "La dame de cœur", mettant en scène un amour de Napoléon, la très belle comtesse de Castiglione, et "L'impératrice aux chimères", retraçant la vie tragique de Charlotte de Belgique devenue impératrice du Mexique. Et j'ai été chaque fois frappée par l'extrême sensiblerie de cette époque. On emploie des termes excessifs, on verse des torrents de larmes à tout propos, mais nul n'égale en ce domaine les excès épistolaires de Louis II. J'ai donc glané dans tous les livres que je cite dans ma bibliographie ses lettres et ai gardé les plus significatives. Ne parlant hélas pas un mot d'allemand, je me suis fiée aux traductions existantes.

  

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26 02 15

Enigma

9782221156193.jpg "Il n'est jamais trop tard pour la vérité. Alan mérite cette reconnaissance posthume"

Retrouvé mort en 1954 dans sa chambre d'hôtel, une pomme - empoisonnée au cyanure- croquée,  laissée à  son chevet, Alan Turing est Le génial inventeur de l'ordinateur. Le logo bien connu d'Apple serait une allusion directe mais non assumée à ce drame.

Il a aussi aidé les services secrets alliés, durant la guerre à décoder les messages secrets allemands, cryptés sous le nom d' Enigma et à déjouer partant les plans de l'ennemi.

Portant ces faits avérés à la rédaction d'un roman futuriste, d'espionnage et de réhabilitation historique, Laurent Alexandre et David Angevin, allient médecine et journalisme d'investigation scientifique pour revisiter le portrait - malmené- du génie des mathématiques, sujet britannique de sa Royale Majesté

Un roman qui se dévore tel un thriller

AE

L'homme qui en savait trop, Laurent Alexandre et David Angevin, roman, Ed. Robert Laffont, janvier 2015, 336 pp

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