23 05 12
De Sol et de Sel
" Valentin Sol était l'un des plus célèbres raseteurs de Camargue. En véritable artiste, il n'avait pas son pareil pour exciter le taureau, le rendre furieux et, muni d'un crochet aux griffes tranchantes, lui arracher d'un geste vif et précis la cocarde rouge, les glands ou la ficelle placés entre ses cornes et qui constituaient le butin de la course."
Saunier de son métier, raseteur ..de passion, Valentin Sol (Sel..? ) pressent que le raset annuel des fêtes votives d'Aigues-Mortes revêtira pour lui, une dimension destinale....
Fou amoureux d'Isoline Fontanès, le jeune homme se voit refuser le mariage pour une raison obscure. La jeune fille cèdera à un mariage arrangé par son père.
Relation d'un amour tragique et impossible, le nouveau roman de Maxence Fermine (Neige, L'Apiculteur, Opium, Amazone, le Papillon de Siam, Rhum Caraïbes,...) revisite le mythe de Tristan et Iseult, la fiole se fait sel, qui scelle des noces éternelles.
" Le sel est l'or blanc de la Camargue. En été, sous le feu du soleil et le souffle du vent, la concentration en chlorure de sodium est décuplée. la teinte rose si particulière aux cristallisoirs n'est pas due au sel mais à la présence dans les eaux d'une algue microscopique en suspension, la Dunaliella salina."
AE
Noces de sel, Maxence Fermine, roman, Albin Michel, mai 2012, 120 pp, 12,5 €
Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |
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23 05 12
Il faut tout réinventer !
Michel Serres expose, une fois de plus, l'état des lieux de notre civilisation avec lucidité, avec générosité et aussi avec poésie. Jusque dans le titre : "Petite Poucette" faisant allusion au conte mais aussi aux pouces utilisés avec tant de virtuosité par les jeunes utilisateurs des iPhones et autres liseuses ! "Sans que nous nous en apercevions, un nouvel humain est né, pendant un intervalle bref, celui qui nous sépare des années 1970." C'est la troisième grand révolution de la société occidentale que nous vivons en ce moment : après le passage de l'oral à l'écrit, celui de l'écrit à l'imprimerie, nous en sommes à celui de l'imprimerie à l'immatériel. Une nouvelle époque où tous nous avons voix au chapitre ! Michel Serres reprend point par point ce qui bouleverse la société actuelle : Par exemple, la connaissance "Pour le temps d'écoute et de vision, la séduction et l'importance, les médias se sont saisis depuis longtemps de la fonction d'enseignement."... avec une description des lieux qu'il connaît bien, comme professeur à Stanford University : "Les étudiants bavardent, dans un brouhaha, parce que tout le monde a déjà le savoir annoncé. En entier. A disposition. Accessible par Web, Wikipédia, portable, par n'importe quel portail. Expliqué, documenté, illustré, sans plus d'erreurs que dans les meilleures encyclopédies. Nul n'a plus besoin des porte-voix d'antan, sauf si l'un, original et rare, invente" et d'expliquer que tout le savoir est à portée de chacun. "Le seul acte intellectuel authentique, c'est l'invention. Préférons donc le labyrinthe des puces électroniques"! Retenons encore deux choses, pour nous qui sommes abreuvés d'informations et qui sur-consommons de la politique : "Concentrée dans les médias, l'offre politique meurt; bien qu'elle ne sache ni ne puisse encore s'exprimer, la demande politique, énorme, se lève et presse. La voix vote en permanence." Et enfin cette superbe image : "Les grandes institutions, dont le volume occupe encore tout le décor et le rideau de ce que nous appelons encore notre société, alors qu'elle se réduit à une scène qui perd tous les jours quelque plausible densité, en ne prenant même plus la peine de renouveler le spectacle et en écrasant de médiocrité un peuple finaud, ces grandes institutions, j'aime le redire, ressemblent aux étoiles dont nous recevons la lumière, mais dont l'astrophysique calcule qu'elles moururent voici longtemps." Quel magnifique destin que celui de ce philosophe, un Michel Serres qui parvient à mettre en mots, en phrases compréhensibles ce malaise que nous ressentons tous face à l'accélération des moyens de communication, de la mondialisation, de la perte des repères ! Merci.
Jacques MERCIER
"Petite Poucette" par Michel Serres, Edition le Pommier, 2012. 84 pp. 9,50 euros.
Écrit par Jacques Mercier dans Documents, récits, essais, Jacques Mercier, Médias, Philosophie, Société | Commentaires (0) |
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22 05 12
Propos lumineux…
Déiste en dehors des religions constituées et figure emblématique de la France des Lumières, François-Marie Arouet dit Voltaire (1694-1778) livra un incessant combat contre « l’Infâme », nom qu’il donna au fanatisme religieux, et pour la tolérance et la liberté de penser à la lumière de la philosophie.
Intellectuel engagé au service de la vérité et de la justice, il fréquenta les Grands et courtisa les monarques sans dissimuler son dédain pour le peuple, mais il fut aussi en butte aux interventions du pouvoir qui l’embastilla et le contraignit à l’exil en Angleterre ou le mit l’écart de Paris pendant près de 28 ans.
Voltaire aimait le luxe, les plaisirs de la table et de la conversation, qu’il considérait avec le théâtre comme l’une des formes les plus achevées de la vie en société.
De son immense œuvre littéraire, on lit aujourd’hui essentiellement ses contes et romans, où se concentre le meilleur de son talent – la fantaisie, la finesse du trait, le bonheur de l’écriture, l’esprit du philosophe –, mais aussi les Lettres philosophiques, le Dictionnaire philosophique et sa prodigieuse correspondance, plus de 21 000 lettres retrouvées. En revanche, son théâtre, ses poésies épiques, ses œuvres historiques, qui firent de lui l’un des écrivains français les plus célèbres au XVIIIe siècle, sont aujourd’hui largement négligés ou ignorés. [1]
Les Éditions Horay à Paris ont rendu un bel hommage à cet homme des Lumières en faisant paraître récemment un excellent petit Voltaire en verve dans lequel David Alliot a rassemblé et commenté des mots, des propos et des aphorismes du philosophe malicieux et intrépide.
Florilège :
« Les Français ne sont pas faits pour la liberté : ils en abuseraient. »
« C’est dommage que les gens qui pensent soient dispersés, tandis que les sots sont rassemblés en foule. »
« Dieu ? Nous nous saluons, mais nous ne nous parlons pas. »
« L’intérêt que j’ai à croire une chose n’est pas une preuve de l’existence de cette chose. »
« Que répondre à un homme qui vous dit qu’il aime mieux obéir à Dieu qu’aux hommes, et qui, en conséquence, est sûr de mériter le ciel en vous égorgeant ? »
« Il vaut mieux hasarder de sauver un coupable que de condamner un innocent. »
« Le travail éloigne de nous trois grands maux, l’ennui, le vice et le besoin. »
« Les philosophes ne peuvent opposer la force à la force, leurs armes sont le silence, la patience, l’amitié entre les frères. »
L’expression d’une intelligence brillantissime !
Bernard DELCORD
Voltaire en verve, présentation et choix de David Alliot, Paris, Éditions Horay, collection « En verve », mars 2012, 128 pp. au format 10,5 x 18 cm, 7,70 € (prix France)
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22 05 12
Un Teatro sous hangar
" Paris se terrait. Paris, ville fermée. Ma ville, mon seul passé, respirait comme une enfant. J'arrivais des grognements de Corrientes, des ronflements de camions, du capharnaüm brûlé. J'arrivais de la terre atlantique imaginaire, du Teatro sous hangar, de cet homme aux mille services qu'était Jorgé. Je renaissais des Menger."
Parti de Paris sur un de coup de tête, Simon Koëtels débarque à Buenos Aires. Il y rencontre un certain Estaban Menger, un homme riche et un peu étrange, propriétaire d'un hôtel... hors normes, qui entreprend d'insuffler un sens à sa vie.
Un voyage initiatique qui permettra à Koëtels de repenser sa vie, de compenser ses hésitations.
D'une écriture élégante et maîtrisée, ce deuxième roman de Pierre Stasse est une belle découverte, de la sélection opérée par le... jury du deuxième roman
AE
Hôtel Argentina, Pierre Stasse, roman, Flammarion, janvier 2011, 242 pp, 18 e
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20 05 12
Récits de la guerre froide...
Les Éditions Dupuis à Marcinelle ont publié Buck Danny, l’intégrale 5, la compilation de trois BD supplémentaires des aventures du célèbre pilote de chasse américain et de ses compagnons, "NC-22654" ne répond plus, Menace au Nord et Buck Danny contre Lady X, des planches publiées d'abord en feuilleton dans l'hebdomadaire Spirou puis en albums entre 1955 et 1956.
Il s’agit des trois tomes d’un cycle polaire se déroulant au-dessus du détroit de Behring séparant l'Alaska de l'Urss ainsi que sur les bases américaines de Thulé et de Target Zero au Groenland et dans l'Arctique.
L'ouvrage est complété de trois courts récits parus à la même époque dans Risque-tout, « Le journal du cran et de l'enthousiasme », et d'une courte biographie de Jean Mermoz par Jean-Michel Charlier parue dans Spirou en 1950.
L'occasion pour les lecteurs d'alors de découvrir nombre d'innovations technologiques en rapport avec la guerre froide et pour ceux d'aujourd'hui de constater l'étendue du brio des auteurs qui s'entendaient parfaitement à fournir des informations de qualité, sur le plan aéronautique notamment, au détour d'aventures palpitantes.
Une lecture qui réchauffe l'esprit !
Bernard DELCORD
Buck Danny, l’intégrale 5 par Vic Hubinon et Jean-Michel Charlier, Marcinelle, Éditions Dupuis, mars 2012, 207 pp. en quadrichromie au format 22 x 30 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 24 €
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20 05 12
La France de « Mon Général »
Dans Les années de Gaulle 1958-1969 paru tout récemment chez François Bourin à Paris, le journaliste Jean-Louis Marzorati dresse au moyen de 400 documents – affiches, tracts, photographies, caricatures, dessins de presse, notes inédites – le bilan illustré de la vie politique française durant les onze années de présidence de Charles de Gaulle, entre mai 1958 et avril 1969.
C'est en homme providentiel, considéré comme seul capable de résoudre le dramatique conflit algérien, que le résistant du 18 juin 1940 revient sur la scène politique en mai 1958, appelé par le président René Coty. Premier président de la Ve République, il se consacre dès lors à la grandeur de son pays (concrétisée par des projets ou des symboles marquants : le paquebot France, la Caravelle d'Air France, la DS de Citroën, le pont de Tancarville...) et à une politique étrangère exigeante.
C'est l'époque où la télévision commence à s'imposer dans les foyers. La société française, qui évolue plus vite que ses représentants, se métamorphose profondément. Les femmes y assument de nouvelles responsabilités et la pilule transforme radicalement leur vie.
La société de consommation vit alors ses plus belles heures, avant de se voir contestée par une jeunesse idéaliste et bourgeoise révulsée par la guerre du Vietnam. Bientôt, le monde occidental traversera une crise sociale et politique sans précédent, qui donnera naissance à la révolte de Mai 1968.
Un an plus tard, désavoué par un référendum portant sur la création des régions et la réforme du Sénat, De Gaulle annonce sa démission. Une autre ère, celle de Georges Pompidou, est sur le point de s'ouvrir.
L'ouvrage de Jean-Louis Marzorati restitue avec force l'ambiance et les paradoxes des années « yé-yé », entre grands chambardements sociaux et folle effervescence culturelle, qui ont donné naissance à l'époque que nous vivons aujourd'hui.
Une passionnante leçon d'histoire !
Bernard DELCORD
Les années de Gaulle 1958-1969 par Jean-Louis Marzorati, Paris, François Bourin Éditeur, avril 2012, 224 pp. en quadrichromie au format 24 x 32,5 cm sous couverture brochée et jaquette en couleurs, 32,50 € (prix France)
Pour vous, nous avons repris dans ce fort beau livre l'affiche suivante datant de juin 1968 :

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20 05 12
La jeune province flamande
La collection « Histoire et patrimoine des communes de Belgique », coéditée par les Éditions Dexia et Racine à Bruxelles, constitue par le texte et l'iconographie une magnifique carte d'identité des onze provinces belges et le volume consacré à la Province du Brabant flamand répertorie et décrit le patrimoine culturel et naturel des 65 communes [1] de la plus jeune des provinces du Nord de notre pays, née le 1er janvier 1995.
La rédaction, dirigée et supervisée par Omer Vandeputte, en a été confiée à une large palette d’auteurs locaux, différents pour chaque commune, tandis que l’iconographie (400 prises de vue inédites et véritablement superbes) a été spécialement créée pour cette publication par le photographe Johan De Meester.
Une série de thèmes transversaux – les vieux métiers et les industries (presque) oubliées, l'impact des croyances populaires et les principaux courants architecturaux – sont en outre traités par des auteurs spécialisés sous forme d'encadrés hors texte.
Par ailleurs et à cette occasion, l'Institut Géographique National a réalisé, au format du livre, un cahier de cartes de la province du Brabant flamand à l'échelle 1/100 000, reprenant toutes les communes et localités fusionnées.
Last but not least, un index détaillé reprend en fin d’ouvrage, à côté des noms des communes et localités, ceux des principales curiosités et de tous les monuments et sites classés de la province, qu’il s’agisse d’abbayes, d'académies des Beaux-arts, d'aéroports, d'agglomérations, d'arboretums, d'auberges, de bailliages, de basiliques, de bâtiments, de béguinages, de bibliothèques, de bois, de brasseries, de bureaux de poste, de cafés, de casernes, de cathédrales, de centres culturels, de chapelles, de châteaux, de chemins de croix, de cimetières y compris militaires, de cloîtres, de collèges, de cours épiscopales et seigneuriales, de couvents, de croix, de demeures, de domaines, d'écluses, d'écoles, d'écomusées, d’églises, d'étangs, de fermes, de fontaines, de forêts, de forteresses, de forts, de gares, de grands-places, de halles, de hameaux, d'hôpitaux, d'hospices, d’hôtels de ville, de jardins, de lacs, de laiteries, de maisons communales, de maisons communales, professionnelles ou corporatives, de marchés, de mémorial, de monuments, de moulins à vent et à eau, de musées, de nécropoles, d'orgues, d'orphelinats, de palais de justice, de parcs, de ponts, de portes, de presbytères, de prieurés, de puits, de refuges, de remises à calèches ou à chariots, de remparts, de retables, de réserves naturelles, de rues, de statues, de théâtres, de tombes anciennes, de tours, de tumulus romains, de vallées, de villas et, bien entendu, d'université.
D'inépuisables richesses !
Bernard DELCORD
Province du Brabant flamand, ouvrage collectif sous la direction d’Omer Vandeputte, photographies de Johan De Meester, Bruxelles, coédition Dexia/Racine, collection « Histoire et patrimoine des communes de Belgique », octobre 2011, 400 pp. en quadrichromie au format 21 x 29 cm sous couverture cartonnée et jaquette en quadrichromie, 34,95 €
[1] L'arrondissement de Hal-Vilvorde (en néerlandais : Halle-Vilvoorde) est composé des 35 communes suivantes : Affligem, Asse, Beersel, Biévène (en néerlandais : Bever), Kraainem, Dilbeek, Drogenbos, Galmaarden, Gooik, Grimbergen, Hal (en néerlandais : Halle), Herne, Hoeilaart, Kampenhout, Kapelle-op-den-Bos, Leeuw-Saint-Pierre (en néerlandais : Sint-Pieters-Leeuw), Lennik, Liedekerke, Linkebeek, Londerzeel., Machelen, Meise, Merchtem, Opwijk, Overijse, Pepingen, Rhode-Saint-Genèse (en néerlandais : Sint-Genesius-Rode), Roosdaal, Steenokkerzeel, Ternat, Vilvorde (en néerlandais : Vilvoorde), Wemmel, Wezembeek-Oppem, Zaventem et Zemst.
L'arrondissement administratif de Leuven (arrondissement de Louvain) est composé des 30 communes suivantes : Aarschot, Begijnendijk, Bekkevoort, Bertem, Bierbeek, Boortmeerbeek, Boutersem, Diest, Geetbets, Glabbeek, Haacht, Herent, Hoegaarden, Holsbeek, Huldenberg, Keerbergen, Kortenaken, Kortenberg, Landen Zoutleeuw (Léau), Linter, Leuven (Louvain), Lubbeek, Scherpenheuvel-Zichem (Montaigu-Zichem), Rotselaar, Tervuren, Tielt-Winge, Tienen (Tirlemont), Tremelo et Oud-Heverlee.
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19 05 12
Un collier de mots d'auteurs...
Festival de sottises résultant de lapsus calami, bévues, pataquès, anachronismes, catachrèses et autres tournures fautives, le petit livre de Pierre Ferran et Dominique Jacob intitulé Perles de la littérature qui vient de paraître chez Horay à Paris rassurera tous ceux qui rechignent à s'exprimer par écrit parce qu'ils craignent que leurs textes ne seront pas à la hauteur de leurs ambitions.
Car il est tout-à-fait impossible de conserver ses complexes après avoir lu cet ouvrage réconfortant, dont voici quelques extraits puisés chez les classiques :
« Jamais les larmes de mon amie n'arroseront le nœud qui doit nous unir. » (Jean-Jacques Rousseau, La Nouvelle Héloïse, 1761)
« Je m'amusais à voir voler les pingouins. » (François-René de Chateaubriand, Le Génie du christianisme, 1802)
« Ma voix retentit comme la hache des bûcherons dans une forêt. » (Honoré de Balzac, Le Lys dans la vallée, 1835)
« Bientôt arriva la fameuse lettre anonyme signée Gardon. » (Stendhal, Vie de Henry Brulard, 1836)
« L'odeur de vos soupirs nous parfume les vents ! » (Alphonse de Lamartine, Recueillements poétiques, 1839)
« Ah ! Ah ! fit Don Manoel en portugais. » (Alexandre Dumas, Le Collier de la reine, 1849-1850)
« De couleur vert pomme, sa chasuble, que des fleurs de lys agrémentaient, était bleu ciel. » (Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet, 1881)
« Ils s'entendaient si tellement bien entre eux. » (Paul Claudel, Le pain dur, 1914)
« Je mettais dans une balance du plateau... » (Marcel Proust, À l'ombre des jeunes filles en fleurs, 1919)
Sans oublier les boulettes classiques des feuilletonistes comme Ponson du Terrail : « Il avait un pantalon de velours et un gilet de la même couleur ».
Funny, isn't it?, comme on dit à l'Académie française...
Bernard DELCORD
Perles de la littérature par Pierre Ferran et Dominique Jacob, Paris, Éditions Horay, mars 2012, 132 pp. en noir et blanc au format 12 x 12 cm sous couverture brochée en couleurs, 5,99 € (prix France)
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19 05 12
Plongée dans l'eau de là...
Auteure de textes d'une très grande force, comme les formidables romans Ma robe n'est pas froissée et Décidément je t'assassine parus aux Impressions nouvelles à Bruxelles, notre compatriote Corinne Hoex est aussi une poétesse d'une exquise délicatesse et son dernier opus en date, Rouge au bord du fleuve paru chez Bruno Doucey à Paris, en apporte une scintillante démonstration tout en nuances et en raffinement :
Dans l'île avec le vent
et sa caresse aveugle
dans l'île ton châle rouge
et les mains nues du vent
et tu fermes les yeux
et tu entends le fleuve
son grondement sourd
le fleuve moiré d'argent
Écoutons ce qu'en dit son éditeur :
« Le fleuve qu'évoque le recueil de Corinne Hoex est trop puissant pour être emprisonné, trop impétueux pour s'accorder à l'immobile, si lourd de son histoire qu'il porte encore en lui la trace du fauve qu'il était. De fait, son "grondement sourd", ses miroitements "d'acier bleui", cette "odeur de crue", "soif sans patience" rappellent que le fleuve, comme l'amour, court de la source au delta, sans jamais s'attarder au reflet de ses pertes.
Reste cette soie rouge sur la rive d'une attente... »
sous l'eau de la nuit
le ruban d'une algue
glisse sur ta peau
sous l'eau de la nuit
sous son eau profonde
où danse l'herbe noire
au velours mouillé
sous l'eau de la nuit
où l'anguille te frôle
lambeau de ténèbres
Joli, n'est-il pas ?
Bernard DELCORD
Rouge au bord du fleuve par Corinne Hoex, Paris, Éditions Bruno Doucey, collection « Embrasures », janvier 2012, 61 pp. en noir et blanc au format 12 x 15,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 6,20 € (prix France)
Écrit par Bernard Delcord dans Poésie | Commentaires (0) |
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19 05 12
Ils ont dirigé la France...
On apprend dans Les Présidents de la République pour les nuls, paru sous la plume d'Arnaud Folch et de Guillaume Perrault aux Éditions First à Paris, que de Louis Napoléon, élu en 1848, à Nicolas Sarkozy, arrivé au pouvoir suprême en 2007, la France a connu 23 présidents de la République qui, chacun à sa façon, aura marqué son époque au cours du dernier siècle et demi.
Si les plus emblématiques de notre temps furent Charles de Gaulle (1959-1969) et François Mitterrand (1981-1995), en raison du caractère « souverain » de l'exercice de leurs mandats, d'autres hôtes de l'Élysée sont restés dans la mémoire collective pour des raisons diverses : Jules Grévy (1879-1887) parce qu'il fut le premier à être victime d'un scandale, Sadi Carnot (1887-1894) parce qu'il fut le premier à être assassiné, Félix Faure (1895-1899) parce qu'il mourut dans les bras de sa maîtresse, Paul Deschanel (1920) parce que, devenu fou, il tomba d'un train en pyjama, Vincent Auriol (1947-1954) parce qu'il remplit ses fonctions « à la papa », Georges Pompidou (1969-1974) parce qu'il incarnait la France des provinces (il était Auvergnat et on le surnomma « Bougnaparte »), Valéry Giscard d'Estaing (1974-1981) parce que, ayant accédé très jeune à la présidence, il fit souffler un vent de modernité sur la République, Jacques Chirac (1995-2007) parce qu'il se retrouva au second tour d'une élection mémorable face à Jean-Marie Le Pen, et enfin Nicolas Sarkozy (2007-2012) en raison du déluge de critiques qui se sont abattues sur lui, sans d'ailleurs jamais réduire sa « niaque » ni son punch.
L'ouvrage fourmille d'informations et d'anecdotes tout en resituant chaque président dans son contexte historique et politique avec une clarté parfaite, qualité sine qua non il est vrai pour paraître dans la collection « Pour les nuls ».
Un livre d'actualité brûlante !
Bernard DELCORD
Les Présidents de la République pour les nulspar Arnaud Folch & Guillaume Perrault, Paris, Éditions First, collection « Pour les nuls », novembre 2011, 375 pp. en noir et blanc au format 19 x 23 cm sous couverture brochée en couleurs, 22,90 € (prix France)
Pour vous, nous avons recopié dans ce livre instructif les lignes surprenantes suivantes :
Le président... qui ne voulait pas être président !
Après l'assassinat, le 24 juin 1894, de Sadi Carnot par un anarchiste, le pays, sous le choc, réclame un homme à poigne. Les parlementaires de la majorité (centre et droite) se tournent vers Casimir-Perier. Carnot lui-même, arrivé presque au terme de son mandat, et qui avait annoncé qu'il ne se représenterait pas, voyait en lui son successeur.
Mais il y a un « hic » – et de taille : celui que l'on presse d'être candidat ne veut surtout pas être président ! Cas unique dans l'histoire, il refuse d'être adoubé. À ses amis qui insistent, il répond : « Je ne suis pas l'homme de cette magistrature impossible ». Le gros costaud va même jusqu'à... fondre en larmes devant certains de ses solliciteurs ! « Je ne peux pas et je ne veux pas », répète-t-il, convaincu que la charge, réclamant de permanents arbitrages, est aux antipodes de ses compétences : « Je suis une force, dit-il, encore cette force s'évanouirait à l'Élysée ».
Il faudra toute la force de persuasion de sa... mère pour le décider : « Si votre père était là, il dirait : "Accepte" », le sermonne-t-elle. L'argument fait mouche : il se soumet à contrecœur... Le 26 juin, deux jours après l'assassinat de Carnot, une réunion préparatoire au Sénat des membres de la majorité entérine le choix: Casimir-Perier obtient 180 voix sur les 200 votants.
Le lendemain, 27 juin 1894, le Congrès réuni à Versailles l'élit triomphalement dès le premier tour, par 451 voix (sur 851) contre respectivement 195 et 97 voix aux anciens présidents du Conseil Henri Brisson et Charles Dupuy, 53 au général et grand chancelier de la Légion d'honneur Victor Février et 27 au physicien et sénateur Emmanuel Arago.
Le nouveau président met un point d'honneur à ne pas rejoindre Paris en train, mais à prendre la route en voiture découverte – où Carnot fut poignardé – afin que l'on ne puisse le suspecter de craindre un attentat. Son premier message au Parlement est empreint de la rude solennité que l'on attend de lui : « Un pays qui au milieu de si cruelles épreuves se montre capable de tant de vitalité politique, saura unir ces deux forces sans lesquelles les peuples périssent : la liberté et un gouvernement ».
Mais derrière les apparences, l'homme n'a pas changé : les doutes l'assaillent. Sa mission lui pèse. Il n'en dort pas. Président, il ne veut définitivement pas l'être ! « Me voilà prisonnier ! », confie-t-il à son beau-frère, les yeux embués, le jour même de son installation à l'Élysée. Qu'il abandonnera six mois plus tard...
Écrit par Bernard Delcord dans Histoire | Commentaires (0) |
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