21 10 14

Un râleur de génie...

Émile Bernard cover.jpgLe superbe catalogue (paru chez Flammarion) de l’exposition Émile Bernard - La peinture en colère qui se tient au musée de l’Orangerie à Paris jusqu’au 5 janvier 2015 – et qui sera également présentée à la Kunsthalle de Brême, du 7 février au 31 mai 2015 – est une magnifique occasion de découvrir l’œuvre picturale largement méconnue d’une personnalité majeure dans l'élaboration de l'art moderne, qui fut également peintre, graveur, critique d’art, écrivain et poète.

Écoutons les commissaires de ce grand événement :

« À la fin des années 1880, il inaugure le style cloisonniste, dont on sait l'importance qu'il revêtira chez Gauguin et Van Gogh, mais aussi chez les Nabis. Après la controverse sur l'invention du symbolisme en peinture, qui l'oppose violemment à Gauguin, Bernard s'installe au Caire où il reconsidère la stylisation schématique et la recherche de primitivisme symboliste. La découverte des maîtres anciens l'incitera cependant à renouer avec la tradition.

De retour en France, il publie des témoignages fondamentaux sur Cézanne et des écrits esthétiques remettant en cause les avant-gardes au nom de la tradition picturale. Mais, loin de se définir par un traditionalisme suranné, son art porte toujours la marque d'une personnalité curieuse et tourmentée, à la recherche de l'absolu artistique. » 

 

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Chiffonnières – Clichy (1887), musée de Brest.

Ajoutons que le titre de l’exposition s’explique par le fait qu’Émile Bernard, qui explora aussi la création symboliste, tachiste et orientaliste, était doté d’un fameux caractère qui marqua ses échanges – néanmoins fructueux – avec les plus grands artistes de son temps…

Bernard DELCORD

Émile Bernard, 1868-1941, ouvrage collectif, Paris, Éditions Flammarion, septembre 2014, 248 pp. en quadrichromie au format 22 x 28,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 39 € (prix France)

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Émile Bernard (1868-1941), Après-midi à Saint-Briac (1887),

huile sur toile, Aarau, Aargauer Kunsthaus© Jörg Müller, Aarau.

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21 10 14

Insoutenable ?

 

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  Le roman  n'est pas nouveau, il fut publié en 1982 dans sa version thèque originale, en 1984 en français, avec le succès phénoménal qu'on lui connaît.

Ce qui est neuf - et magnifique- c'est la lecture qu'en opère Raphaël Enthoven. Le philosophe, animateur radiophonique, écrivain, .. possède une tessiture vocale chaude, sobre et idoine à la lecture d'un texte qui mêle en une succession infinie de plans, les rapports passionnels, purs, libertins, graves ou frivoles qu'entretiennent Tomas, Tereza, Franz et Sabrina.

Et quand toutes les trahisons sont permises, la vie ne revêt-elle pas une légèreté insoutenable? 

Une façon de revisiter le mythe de Don Juan

AE

L'insoutenable légèreté de l'être, Milan Kundera,  roman, 1982, traduit du tchèque par François Kérel, Gallimard, 1894 nombreuses rééditions - Ecoutez lire, Gallimard, 11 septembre 2014 - 2 CD MP3 - lu par Raphaël Enthoven, 10h30 d'écoute

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18 10 14

Une amitié d'autrefois

 Vienne, 1938

S'il enjoint ses disciples, membres de la Société psychanalytique de Vienne, à fuir les méfaits du nazisme qui déjà fait rage dans la capitale autrichienne, le célèbre psychanalyste répugne à faire de même.

Il est pourtant grand temps: dépêché par les nazis, le "Kommissar" Anton Sauerwald opère une perquisition en son domicile, avec pour ambition marquée de le confondre d'un placement de fonds à l'étranger, délit majeur dans le chef des Juifs.

Pressé par l'amitié que lui porte la Princesse Mathilde Bonaparte, l'une de ses patientes, et les fonds qu'elle met à sa disposition pour lui permettre de gagner la France, accablé des horribles douleurs que suscite son cancer de la mâchoire et ses opérations répétées,  Sigmund Freud redoute par dessus tout que soit révélée au grand jour la raison de la brusque interruption de son amitié avec le docteur Wilhem Fliess et,  partant, le secret enfoui dans l'abondante  correspondance qu'il lui a adressée, primordiale pour la connaissance du génie de la psychanalyse.

"(...) les missives qu'il lui avait adressées ne contenaient pas seulement de longs échanges théoriques par lesquels il construisait son oeuvre et sa méthode, elles cachaient également des secrets. Des révélations intimes, des confidences, des confessions - de celles qu'on ne fait à personne. Même pas à sa femme. Même pas à soi-même."

Si elle habille de fiction les dialogues, l'accès aux pensées intimes de Freud, Eliette Abécassis nous ouvre une percée claire et passionnante sur sa biographie, son entourage et quelques concepts-clefs de ses théorie et pratique psychanalytiques. Elle nous révèle surtout - le point est primordial pour un blog comme le nôtre - la passion épistolaire du grand homme.

Une lecture hautement recommandée

Apolline Elter

Un secret de Freud, Eliette Abécassis, roman, Ed. Flammarion, août 2014, 196 pp, 18 €

Billet de faveur

AE : L’amitié, la relation épistolaire sont au cœur de ce superbe roman.  Un débat, aussi, celui de savoir si la lettre est propriété de celui qui l’écrit ou de celui qui la reçoit.  Quelle est votre position à ce sujet, Eliette Abécassis ? 

Eliette Abécassis : C'est tout le problème. Surtout quand il s'agit d'un homme de la stature de Sigmund Freud, dont les écrits ont marqué l'histoire de l'humanité. Je crois que ses lettres lui appartiennent intimement, et en même temps, elles appartiennent au patrimoine de l'humanité. C'est quelque chose qui lui échappe, comme son génie. Mais ses secrets lui appartiennent. C'est la part romanesque de ce roman.

AE : votre maman, Janine Abécassis, enseigne et professe la psychanalyse.  Quelle part a-t-elle pris dans l’élaboration de ce récit? 

Eliette Abécassis : Une grande part. Elle est à l'origine de ce roman. D'une certaine façon, elle en est aussi la destinataire. Elle m'a beaucoup aidé concernant la documentation. Elle m'a initiée à Freud dès mon plus jeune âge. Elle le connaît intimement, comme s'il était un personnage de la famille. Elle le fait vivre à mes yeux. C'est une grande psychanalyste et une grande psychologue qui m'a beaucoup inspirée pour écrire ce roman et qui m'a captivée depuis toujours par sa passion pour Freud, les enfants et la psychothérapie. En plus d'être une excellente clinicienne, elle est aussi un professeur d'université qui  a marqué ses élèves par la qualité de son enseignement et de ses recherches.Dans ce roman, je lui rends hommage. 

 

 

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16 10 14

Surprenant..

Conférencier et passionné d"histoires curieuses" de la grande Histoire, Daniel-Charles Luytens révèle, au gré d'un essai ponctué de chapitres courts et alertes, le secrets de quelques énigmes liées, principalement à Adolf Hitler, mais aussi à la seconde guerre mondiale, à Mussolini et même à Staline, dont on apprend que des sosies dûment drillés l'ont remplacé lors de certaines manifestations publiques...

Premier amour autrichien du Fûhrer, ses maîtresses, vraies et fausses, ses admiratrices...  confirment le pouvoir hallucinant de séduction du dictateur (rappelez-vous la lecture du premier essai de Diane Ducret, Femmes de dictateurs - Ed. Perrin, 2011) .

Le témoignage de fidèles de Berchesgarten et des derniers moments d'Hitler  en son bunker, l'auto-analyse de sa défaite à laquelle il se serait livré trois mois avant sa mort.. sont tant de chapitres sidérants. Ils mettent à bas certaines légendes dont celle qui voulait que le Führer ne fût pas mort mais simplement enfui: Heinz Linge, son valet, affirme avoir brûlé son corps, ainsi que celui d'Eva Braun, sitôt après leur mort, devant le fameux Fürherbunker.

Les + étonanntes histoires du IIe Reich, D-C Luytens, essai, Ed. La boîte à Pandore, juillet 2014, 246 pp

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15 10 14

Pacotille

" Seul dans son silence, Antoine ploie sous cette existence à reconstruire, sous le poids de ce qu'il doit accomplir pour retrouver l'ancrage qui était le sien dans la société, il ploie parce qu'il n'a pas envie. Pas envie de retrouver du travail, pas envie de tout recommencer, pas envie de courir encore après un prestige de pacotille. Pas envie. Le visage calé dans sa main droite, il considère ses erreurs de jugement, ses égarements, ses emportements, il soupèse dix ans, dix ans et le vide étourdissant."

 Cadre jeune, dynamique, Antoine perd son job et les repères d'une réussite insolente, par trop focalisée sur les aspects matériels , les poncifs d'une vie réglée d'avance.  Il décide peu à peu de rompre avec ce schéma existentiel et la vie de couple toute tracée qu'il mène aux côtés de Melissa: 

" Empêtrée dans une vie professionnelle chronophage, conditionnée par un esprit revanchard, obsédée par un idéal de vie aussi médiocre que fantasmagorique, Mélanie s'absout de tout."

Subtile radioscopie d'un conformisme de vie, des réflexes qui l'emprisonnent et de l'insidieux effritement d'un couple, le roman de Jennifer Murzeau  - le deuxième de sa plume - affiche une vraie maîtrise d'écriture: il allie oralité, style indirect et celui de l'écrit en un cocktail savoureux, bien négocié, tragi-comique, délicieusement rythmé.

Une belle révélation.

 AE

Il bouge encore, Jennifer Murzeau, roman, Ed. Robert Laffont, août 2014, 256 pp

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14 10 14

Dromomanie

De séjour à New York durant l'été 2012, la narratrice se prend d'intérêt et de fascination pour le cas d' Albert Dadas (1860-1907) , un " fou fugueur", atteint, en d'autres termes, de "dromomanie", pathologie qui se manifeste par  des "poussées de marches", un constant, irrépressible besoin de se déplacer, de voyager. 

L'investigation la mène rapidement à évoquer son père, exilé du Vietnam à Paris, dans les années 60. Ingénieur informatique, père modèle et aimant,  il a vu périr, en son pays, sa proche famille, père, grand-père et même fratrie. Il a enfoui toutes ses images en lui, n'offrant aux siens que le silence dans lequel il veut enfermer ses souvenirs. De son métier, enregistreuse de sons, Line, la narratrice, tente de décoder le silence paternel, de le faire parler.

Reviennent à la surface des souvenirs de toute une vie, d'une jeunesse malmenée par les conflits incessants qui secouent le Vietnam de l'époque, depuis la fin de la domination française d'Indochine, jusqu'à la chute de Saïgon en 1975.

 Récit d'exils successifs et de la quête d'identité  et du "chez moi" corollaires,  le roman de  Minh Tran Huy résonne comme un vibrant hommage au destin de son propre père.

"L'impression née de ce premier voyage ne m'a jamais quittée: par la suite, je me suis demandé si mon père, enfant réfugié, parent pauvre, étudiant étranger, travailleur expatrié, touriste en son propre pays, s'était jamais senti à sa place quelque part."

Voyageur malgré lui, Minh Tran Huy, roman, Ed. Flammarion, août 2014, 240 pp

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11 10 14

Avant le retour des beaux jours…

Bruxelles occupée.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 10/10/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

À l’occasion des 70 ans de la Libération de Bruxelles (le 3 septembre 1944), Georges Lebouc a fait paraître chez 180° éditions un passionnant Bruxelles occupée rassemblant nombre de témoignages oraux et écrits de la vie quotidienne dans la ville durant les quatre années de l'Occupation nazie, un sujet jamais vraiment traité jusqu’ici.

Avec la verve qu’on lui connaît, Georges Lebouc ressuscite donc le marché noir de la rue des Radis (né des pénuries et des faiblesses du ravitaillement), le bombardement de l'avenue de la Couronne, la fermeture de l'ULB en raison d'une parodie d'étudiants (celle de l’échec de l’invasion de l’Angleterre par une attaque du Chalet Robinson au Bois de la Cambre), le mitraillage du siège de la Gestapo par l’aviateur Jean de Sélys Longchamps, l’épisode fameux du « faux Soir », le Secours d'Hiver, les coupures de gaz et d'électricité, le faux enterrement d'Hitler dans les Marolles, l'incendie du Palais de Justice, la collaboration, la Résistance, les mesures antisémites et la fuite des Allemands, mais aussi la vie sportive et culturelle (presse, radio, cinéma, théâtre, cirque, chansonniers…) d’une cité à l’esprit résolument frondeur et rigolard.

Une belle œuvre mémorielle !

Bernard DELCORD

Bruxelles occupée ou la vie quotidienne sous l’occupation allemande par Georges Lebouc, Bruxelles, 180°éditions, septembre 2014, 234 pp. en noir et blanc au format 23,7 x 31 cm sous couverture brochée en couleurs, 17 €

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11 10 14

Bienvenue à Scenarii !

Maria – La Malibran.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 10/10/2014 de l'hebdomadaire M... Belgique qui a succédé à l'édition belge du magazine Marianne :

Saluons en fanfare la naissance d’une nouvelle maison d’édition belge de langue française, SCENARII, qui se donne pour vocation de publier des scénarios de longs métrages de fictions non encore réalisés.

« Des scénarios qui partent à la rencontre de leurs lecteurs grâce à leurs réelles qualités littéraires, de belles histoires qui ont mieux à vivre que de rester dans des tiroirs… », assurent les deux passionnés de littérature et de cinéma qui se sont lancés dans cette belle aventure éditoriale.

À leur catalogue, deux premiers titres, Maria – La Malibran par Christian Alvarez, diplômé de lettres modernes à Paris et de cinéma à Santiago du Chili et à La Havane, et Djem par Mustafa Balci, un Belgo-turc diplômé en cinéma par l’INSAS – une référence internationale, donc –, né en Belgique en 1972 et qui a passé son enfance dans les Ardennes et les Cantons de l’Est.

Le premier texte tourne autour des dernières années de vie de la mezzo-soprano espagnole Maria Malibran (1808-1836), qui épousa en secondes noces le violoniste belge Charles-Auguste de Bériot et dont la célébrité était mondiale. Elle mourut des suites d’une chute de cheval et son corps repose au cimetière de Laeken. L’occasion pour Christian Alvarez de se livrer à une réflexion originale sur les rapports entre l’artiste et son art.

Le deuxième texte, un conte initiatique et poétique – l’auteur a subi les influences du soufisme et du chamanisme –, constitue le récit du retour forcé au village familial d’un jeune Turc de Bruxelles qui trouvera dans ses racines Djem.jpgla réponse à bien des questions sur le sens de la vie.

De bien belles lectures, que l’on souhaite ardemment voir un jour portées à l’écran !

Bernard DELCORD

Maria – La Malibran,long-métrage de fiction. Un scénario de Christian Alvarez, Bruxelles, Éditions Scenarii, mai 2014, 163 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 20,5 cm sous couverture en bichromie, 12 €

Djem,long-métrage de fiction. Un scénario de Mustafa Balci, Bruxelles, Éditions Scenarii, mai 2014, 100 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 20,5 cm sous couverture en bichromie, 12 €

11 10 14

Il est plus tôt que tu ne le crois

 

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Les romans de Marie-Sabine Roger ont un petit air de fête. On sait qu'on y trouvera ce cocktail délicieux d'humour, de tendresse et de fantaisie. Ce loufoque mâtiné de vraie convivialité humaine.  Réjouissez-vous chers visiteurs, vous ne serez pas déçus...

" Dans ma famille paternelle non seulement les garçons (un exemplaire unique à chaque génération) sont affligés d'une espérance de vie de serf pestiféré au coeur du Moyen Age, mais leurs prénoms commencent par "Mor", de la même façon que les prénoms de leurs soeurs , s'il y en a, commencent par "Vi"."

Tel est le  destin de Mortimer Decime, le narrateur: issu d'une lignée d'hommes tous morts à 11 heures, le jour de leur 36e anniversaire, il se prépare d'entrée de narration à cette funeste échéance. Pour ce faire, il a revêtu son plus beau costume, mis en ordre tous ses papiers, vidé son frigo et mis un terme à son bail d'appartement. Il est fin prêt à croiser... sa fin.

Analysant, avec une jubilation confondante, toutes les facettes d'un tel déterminisme  - si l'on connaît la date de son décès, on est forcément invincible, avant ! - la romancière nous régale. Elle pimente son propos de métaphores acrobatiques, images inédites et tellement éloquentes.

Un souffle d'air frais, espiègle et tendre.

On en redemande

Apolline Elter 

Trente-six chandelles, Marie-Sabine Roger, roman, Ed. du Rouergue (coll. brune), août 2014, 288 pp

 Billet de faveur

AE: votre héros, le narrateur, est programmé pour mourir à 36 ans. Vous pensez que ce serait une bonne chose de connaître l'heure exact de notre trépas?

Marie-Sabine Roger: Je pense que ce serait une chose réjouissante si la date annoncée était très lointaine, mais que la situation tendrait à devenir de plus en plus inconfortable au fur et à mesure qu’on se rapprocherait de la date butoir! (Sans jeu de mots, ou bien avec - comme vous préférez). A moins, bien entendu, d’avoir une solide force morale, et une grande sérénité, ce qui n’est pas à la portée de tout le monde.

Notre étrange condition d’humain boitille entre une certitude : nous allons mourir, et une ignorance : nous ne savons pas quand. 

En attendant le jour fatidique, nous avons à cœur de faire comme si de rien n’était. C'est légitime, car si le passé est passé, le futur, par définition, n’existe pas encore ... Ce qui fait de notre existence une succession d’instants présents, durant lesquels nous pouvons tout à fait nous prétendre immortels.

Vu sous cet angle là, mourir semble un peu plus vivable, non?  

 

AE: votre langue est vivante, votre style très imagé. Il est rythmé çà et là, d'alexandrins discrets.

Tel " Les secrets de famille sont de noires araignées qui tissent autour de nous une toile collante. "  en qui résonnent les célèbres vers du « Sonnet des correspondances » :

"La nature est un temple où de vivants piliers

Laissent parfois sortir de confuses paroles"

Vous avez conscience de cet aspect étonnamment  "baudelérien" de votre plume? 

 Marie-Sabine Roger: "Baudelérien", comme vous y allez ! C’est un très bel hommage, en tout cas. Complètement immérité, sans aucun doute, mais j’en suis tout de même ravie.  

Lorsque j’étais jeune (hier, donc), j’ai commencé par écrire des poèmes, comme beaucoup d’adolescents. 

J’en ai gardé une tendance à travailler « à l’oreille », à jouer avec les rimes, les cadences, surtout dans mes albums jeunesse. Mais je glisse parfois sournoisement quelques alexandrins - ou des octosyllabes - dans mes romans et mes nouvelles, aussi. Mine de rien. 

Je ne recherche pas cette écriture, elle est naturelle. Il a même fallu que je me discipline, pour ne pas me laisser déborder constamment par cette musique qui, de légère, aurait fini par devenir omniprésente, lancinante, et peut-être un peu… somnifère? 

 

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09 10 14

70e anniversaire

_cfimg-3081288704452845291.jpg Paru à l'occasion du 70e anniversaire  de la Libération de la capitale belge, l'essai de Georges Lebouc, nous fait revivre, nourrie de nombreux témoignages et anecdotes - parfois drôles - le quotidien de ses habitants , selon une séquence thématique et chronologique, qui va de l'exode de mai 1940 à la Libération.

Rationnements  - plutôt que famine - phobie de la pénurie,  transformations de jardins en potagers, sentiments variés vis-à-vis de l'Occupant, faits de collaboration ou de résistance - telle la célèbre parution, le 9 novembre 1943 du faux Soir,  création du "Grand Bruxelles" englobant en son territoire 17 autres communes, dérivatifs et divertissements, ... sont présentés dans leurs contextes d'époque et de géographie.

"On raconte aussi que les Bruxellois s'amusaient à brûler à la cigarette les beaux (? ) uniformes des militaires allemands lorsque les trams étaient bondés. Ceci aurait incité les occupants à faire "tram à part", ce dont je n'ai pas eu confirmation"

nous révèle  Georges Lebouc, conscient de l'urgence qu'il y a à consigner ces récits de témoins vivants des événements.

Bruxelles occupée ou la vie quotidienne sous l'occupation allemande, Georges Lebouc, essai, 180° éditions, sept.2014, 236 pp

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