06 02 16

César Ritz

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"Chez les Ritz, on naît dans le Valais et on y meurt depuis quatre siècles. Même les ancêtres, les Rissi, les Ritsio, les Rizzo, ne viennent pas de bien loin: le Piémont ou la Lombardie. L'Italie du Nord n'est qu'à trois cents kilomètres. Il n'y a eu qu'un aventurier dans la famille, Laurent Ritz, qui s'est installé à Brigue, à vingt-cinq kilomètres de là, autant dire à l'autre bout du monde. La vallée est un goulet d'étranglement. Personne n'y entre, personne n'en sort. A peine passe-t-on d'une rive à l'autre du jeune Rhône."

 Le ton est donné. Celui d'une épopée hors du commun,  biographie romancée, qui voit un jeune paysan valaisan gravir les échelons de la hiérarchie hôtelière,  donc sociale,  avec une détermination sans faille, une vision des attentes d'une clientèle huppée, un génie des moyens de les prévenir. L'homme se nomme César Ritz, il fonde l'hôtel  parisien éponyme mais ne profite guère de sa gloire, usé  mentalement par le rythme d'une vie par trop effréné. 

Pour un premier roman, on peut dire que c'est un coup de maître: Pauline-Gaïa Laburte a le style vif, judicieusement assaisonné, elle fait monter en neige, métaphores et formules bien frappées, campant, on ne peut mieux, l'atmosphère de l'époque, la psychologie,  l'ambition du protagoniste, qui "veut inscrire son nom au Panthéon de l'hôtellerie", sa rencontre avec Auguste Escoffier et le tandem professionnel infaillible qu'ils constituent.

" Auguste, César, deux empereurs se jugent, se jaugent et se reconnaissent égaux. Chacun son pays, hôtelier, cuisinier, au sein d'un même empire."

 Construction maîtrisée, plume qui ne l'est pas moins... on ne peut que s'incliner devant ce bijou de lecture dont la parution coïncide avec la réouverture du palace de la place Vendôme, ce proche printemps...

Ritzy, Pauline-Gaïa Laburte, roman, Ed Albin Michel, février 2016, 202 pp

Billet de faveur

AE : Pauline-Gaïa Laburte, vous signez un premier roman … fabuleux : certaines scènes relèvent du cinéma tant leur rendu est précis, vivant, éloquent. Quelles furent vos sources d’écriture ? Le Ritz vous a-t-il ouvert la porte de ses archives, mémoires hôtelières ?

Pauline-Gaïa Laburte : Avant de commencer l’écriture d’un texte, je commence toujours par une longue phase de recherches. Pour Ritzy, je me suis plongée dans des archives sur le Paris de l’époque, je me suis inspirée de photos des années 1900, de l’Exposition Universelle et surtout j’ai relu Zola, qui a été une vraie mine d’or ! Il y a des hommages à sa Curée dans Ritzy, et une connivence certaine entre César Ritz et les personnages d’Au Bonheur des Dames, cette rage de réussite, cette passion de l’ascension sociale. Pour les scènes dans les palaces, j’ai fait des recherches 2.0. Beaucoup de grands hôtels à travers le monde ont des sites Internet qui retracent leur histoire. L’histoire, pour les hôtels, a une vraie valeur patrimoniale ! J’ai ainsi pu retrouver des photos de ces lieux en 1880, 1890.

Pour le Ritz, je me suis appuyée sur la biographie – très fleur bleue – écrite par Marie-Louise Ritz, la femme de César, et sur l’ouvrage bien plus sérieux de Claude Roulet, qui a travaillé pour le Ritz pendant 25 ans et a eu accès à leurs archives. Pour le reste, j’ai laissé faire mon imagination, car je ne voulais surtout pas écrire une biographie ! En tant que romancière, je laisse mon esprit se promener dans les scènes que je créée. Vraiment, j’ai en tête le décor, la rue, les immeubles, ou les intérieurs, avec leurs détails, la couleur de la tapisserie, les meubles, l’espace, et je vois les personnages évoluer dans ce cadre. Je prends le temps de me dire « ok, que se passe-t-il dans cette scène, le personnage est à la montagne, le soleil se lève, comment est l’ambiance ? il fait froid, les oiseaux ne chantent pas encore, l’herbe est humide et la rosée trempe le pantalon, quelqu’un tousse derrière lui ».

Rendre un lieu vivant par l’écriture, ce n’est pas seulement planter le décor, c’est faire sentir l’ambiance, et surtout ce que ressent le personnage, c’est lui qui donne l’étincelle de vie aux lieux. J’essaye de vraiment m’attacher à retranscrire le décor par ses yeux. Par exemple, quand César Ritz débarque de son petit village suisse à Paris, il voit la capitale comme un formidable endroit de découvertes. Il a 17 ans, il a envie de tout voir, l’écriture doit retranscrire cette soif d’aventure, les journées à 100 à l’heure, il y a des envolées lyriques. Par contre, lorsqu’il atteint la quarantaine, qu’il est épuisé par tous ses voyages, les phrases se raccourcissent. C’est le personnage qui modèle le décor à son image et l’écriture est au service de ça.

 

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05 02 16

Passeuse pour notre temps

téléchargement.jpgCartographe- géographe universitaire, Joëlle Désiré-Marchand  contacte Marie-Madeleine Peyronnet,  la secrétaire perpétuelle d'Alexandra David-Néel , en 1987,  pour opérer le tracé précis de l’expédition au Tibet de la célèbre exploratrice

Marie-Madeleine Peyronnet lui laisse accès aux documents originaux d' Alexandra David- Néél , décédée en 1969 ; une amitié naît entre les deux femmes. Joëlle Désiré-Marchand  écrit  alors une biographie   de la "femme aux semelles de vent"  et quelques ouvrages traçant ses itinéraires géographiques et spirituels.

Elle aurait pu en rester là.

Fort heureusement pour nous, la biographe est contactée par les éditions "Le Passeur" et accepte  commande et  cahier de charges d’une collection qui s’intéresse à l'héritage, aux messages délivrés par les grands personnages.

"La série des « passeurs pour notre temps» ayant pour objectif de montrer en quoi la vie ou l'œuvre d'une personnalité remarquable reste éclairante pour les lecteurs
d'aujourd'hui, Alexandra David-Néel méritait assurément d'y figurer. Son cas apparaît même exemplaire car l'incroyable audace de ses voyages se mêla toujours avec sa recherche intérieure. Et son talent d'écrivaine lui permit d'associer les anecdotes vécues sur les pistes risquées du Toit du monde à l'évocation toujours claire des religions orientales."

L'éclairage est donc des plus intéressants. Assurément,  la vie d'Alexandra David-Néel est éloquente, inspiratrice, aujourd'hui toujours, d'expéditions - pensons à celle de Priscilla Telmon. Alerte d'esprit, la vieille  dame écrit encore à l'âge de 95 ans. Sa mémoire et son sanctuaire de Samten-Dzong sont depuis lors entretenus par Marie-Madeleine Peyronnet, dans le pur respect de ses volontés. Notons à cet égard que cette dernière fut la seule, avec Alphur Yongden, fils adoptif d'Alexandra David-Néel à partager sa vie ... et son caractère haut en couleurs...!

Avec son focus géographique, l'analyse des expéditions, de leurs risques et empreintes sur la mentalité de cette féministe éclairée, de sa spiritualité mâtinée de bouddhisme... l'ouvrage offre le meilleur des arguments pour la perpétuation de son rayonnement.

En annexe, la publication de quelques articles, révélateurs de l'écriture maîtrisée et de la casquette de journaliste que revêtit, entre autres, l'écrivain ADN...

Une lecture conseillée

Alexandra David-Néel, passeur pour notre temps, Joëlle Désiré-Marchand, essai, Ed. Le Passeur, janvier 2016, 272 pp

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04 02 16

Nous existons...

_lavelle ontologie.jpgDans les premières pages du livre « Introduction à l'ontologie » de Louis Lavelle, on peut lire : « Ici le philosophe est le frère du poète, ils ont la même quête : tenter de restituer la vibration de la conscience alors qu'elle se sent portée par un élan créateur dont la générosité et l'innocence la ravissent et l'exaltent. »

Qu'est-ce que l'ontologie ? Une branche de la philosophie concernant l'étude de l'être, de ses modalités et de ses propriétés.

C'est un essai qui est clair, exaltant, passionnant, même s'il faut s'appliquer à sa lecture, comme pour tout livre qui n'est pas superficiel. Mais le voyage en vaut la peine, croyez-moi !

Je ne vais pas détailler ici le propos, mais vous picorer quelques phrases, qui indiquent la direction.

« Notre liberté est en effet exposée à deux tentations dans lesquelles elle tend le plus souvent à se perdre : abandonner et opter pour la passivité, ou à l'inverse faire le choix d'une activité insatiable et acharnée entièrement tournée vers la conquête du monde. »

« En confondant l'avoir et l'être, nous glissons dans la spirale de l'insatisfaction et de la démesure. »

« Les trois fonctions de la conscience : la volonté, l'intelligence et l'amour – ne travaillent pas de concert et vivent dans un déséquilibre permanent, chacune s'efforçant de se subordonner les deux autres. »

A propos de l'être :

« A l'égard de toute existence, l'être peut être défini comme un infini de possibilité auquel elle participe selon la capacité de sa nature ou le degré de sa liberté. »

A propos de la réalité :

« Il n'y a donc que l'existence qui soit engagée dans le temps : mais l'être l'est au-dessus, bien qu'il le contienne, ce que l'on exprime en disant qu'il est éternel et la réalité est au-dessous, bien qu'elle y entre comme un instant qui n'aurait lui-même ni passé ni avenir, ce que l'on peut exprimer en disant qu'elle est évanouissante. »

A propos de l'acte :

« Si l'être est acte, il porte tout entier en lui sa propre raison d'être ou sa propre suffisance, dont la perfection elle-même n'est qu'un autre nom. »

 

La grande question à laquelle tente de répondre l'ontologie, en général, est « Pourquoi y a-t-il quelque chose et non pas plutôt rien ».

 

Jacques MERCIER

 

« Introduction à l'ontologie », essai, Louis Lavelle, Préface de Philippe Perrot, édition Le félin 2008, 206pp, 10,90 euros

02 02 16

Prodigieuse H.J.Lim

411nxZ9dhbL._AA160_.jpg" Ce qui compte, c'est le silence intérieur. Le piano est seulement le passeur."

"H.J. Lim" (Hieon Jeong Lim) naît à Anyang, près de Séoul, en Corée du Sud, le 26 octobre  1986.  Un taemong - " rêve prémonitoire de naissance" - révèle à sa mère que le destin de sa cadette se fera hors de Corée. Dès lors cette maman aimante mettra tout en oeuvre - et en confiance- pour que s'exprime en sa fille le langage de la musique qui la saisit dès la prime enfance.

" J'ai dans mon coeur la clarté indigo du courage"

Débarquée à Compiègne à l'âge de douze ans,  seule et sans bagage linguistique - elle ne parle pas  un mot de français-  l'enfant se heurte d'emblée à l'hostilité jalouse d'une "tante",  mère d'accueil bien mal nommée. Sa passion pour la musique, son don inné, rapidement remarqué et des rencontres bienveillantes  la mènent bientôt à Rouen, Paris, Waterloo- en la prestigieuse chapelle musicale Reine Elisabeth -  et Neuchâtel, en Suisse, où elle réside désormais, au coeur de l'Europe mélomane.

Une rencontre fortuite, dans le métro bruxellois, avec le compositeur, interprète russe, Alexandre  Rabinovitch-Barakovsky, le "Maestro Céleste" va se révéler fondamentale, orienter drastiquement sa pratique pianistique, l'allégeant de l'insidieux embourgeoisement dans lequel s'enfoncent ses vingt ans pour  une quête toujours en cours de - lumineuse - liberté intérieure.

La "radicalité" de son rapport à la musique et son indissociable spiritualité nous évoque à plus d'un point celle d'Hélène Grimaud.  Il serait intéressant de comparer les parcours, soif d'absolu des deux prodiges, cette "communication d'âme à âme" que représente un art, porté par toutes deux au nirvana de l'interprétation.

Un témoignage merveilleux - une lecture que je vous conseille vivement, assortie de l'écoute de l'intégrale des Sonates pour piano de Beethoven, interprétées par l'artiste... (EMI, 2012)

Le son du silence, Hieon Jeong Lim, témoignage rédigé avec la collaboration de Laurence Nobécourt, Ed. Albin Michel, février 2016, 186 pp

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01 02 16

« Et qui pardonne au crime en devient complice. » (Voltaire)

Flic maison.jpgDashiell Hammett (1894-1961) est un écrivain américain, unanimement considéré comme le fondateur du roman noir avec des histoires dans lesquelles les notions de bien et de mal n'ont plus cours et comme le créateur de la figure du détective privé que popularisera Humphrey Bogart à l'écran dans le rôle de Sam Spade.

La contribution de Dashiell Hammett à la littérature américaine et mondiale est d'une importance capitale et des auteurs tels qu'Ernest Hemingway, Raymond Chandler ou Georges Simenon ont reconnu son influence sur leur propre travail.

Détective chez Pinkerton pendant six ans, Dashiell Hammett s’est lancé dans l'écriture dès 1922 avant de publier des nouvelles dans le fameux magazine Black Mask en 1924. En tout, il publiera soixante-cinq nouvelles et cinq romans : L’Introuvable, La Moisson rouge, Sang maudit, La Clé de verre et Le Faucon de Malte qui sera adapté quatre fois au cinéma [1].

Il laisse aussi un roman semi-autobiographique et inachevé, Tulip (1966, publication posthume).

Rassemblant sept nouvelles noires [2] de cet auteur magistral au style sec, visuel et sans fioritures – elles ont paru dans des pulps [3] entre 1922 et 1926 –, le recueil intitulé Flic maison publié chez Omnibus à Paris dans la collection de poche « Bibliomnibus » fait découvrir la réalité brutale qui régnait aux États-Unis à l’époque de la Prohibition et de l’expansion du crime organisé, dans des récits au cadre violent, où les activités de la mafia et la corruption des politiciens et des officiers de police sont omniprésentes. [4]

Frissons garantis !

Bernard DELCORD

Flic maison par Dashiell Hammett, traductions nouvelles ou révisées de Marie-Christine Halpern et Jean F. Amsel, Paris, Éditions Omnibus, collection « Bibiomnibus Polar », avril 2015, 205 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 10 € (prix France)

 

[1] Le Faucon maltais de Roy Del Ruth (1931), Satan Met a Lady de William Dieterle (1936), Le Faucon maltais de John Huston (1941) et Target: Harry de Roger Corman (1969).

[2] L'éléphant vert (1923) ; Flic maison (1923) ; Qui a tué Bob Teal ? (1924) ; Au fer à cheval d'or (1924) ; Le Velu (1925) ; Pièges à filles (1925) et Le complice (1926).

[3] Pour « pulpe » : nom donné au mauvais papier imprégné de morceaux de bois sur lesquels ces ouvrages étaient imprimés.

[4] Source : https://fr.wikipedia.org/wiki/Dashiell_Hammett

01 02 16

« Des moutons dirigés par un lion sont plus redoutables que des lions dirigés par un âne. » (Douglas MacArthur)

Les bourdes militaires.jpgLe troisième numéro de la revue « Folle Histoire » dirigée par Bruno Fuligni aux Éditions Prisma à Gennevilliers est consacré aux Bourdes militaires et il s’avère parfaitement réjouissant tout en donnant une fois de plus raison à Georges Clemenceau qui assurait que « la guerre est une chose trop grave pour être confiée à des militaires » !

Écoutons Bruno Fuligni :

« Des guerres ont été déclenchées pour un seau, un cochon, une taxe sur le whisky ou un match de football. Une bombe atomique a rasé Hiroshima à cause d'une mauvaise traduction. La principauté du Liechtenstein fut envahie par erreur. Et si la guerre anglo-zanzibarite n'a duré que trente-huit minutes, celle qui opposa les îles Sorlingues aux Pays-Bas s'étala sur 335 ans, si bien que plus personne ne se souvenait du conflit en cours quand des érudits proposèrent de signer le traité de paix qui y mettrait fin, en 1986.

Stratèges fous, tacticiens idiots, putschistes maladroits, assassins en uniforme, inventeurs d'engins délirants : l'art militaire présente une fantastique galerie de modèles à ne pas suivre.

Autant d'histoires qui paraîtraient risibles, si elles n'avaient causé des millions de morts ! »

Une pierre blanche dans le jardin des pacifistes !

Bernard DELCORD

Les Bourdes militaires, ouvrage collectif sous la direction de Bruno Fuligni, Gennevilliers, Éditions Prisma, mai 2015, 210 pp. en noir et blanc au format 15,4 x 23 cm sous couverture brochée en couleurs, 17,50 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié ces quelques lignes écrites par Bruno Fuligni :

La guerre des Gâteaux (1838-1839) – La France se sucre

Indépendant en 1821, le Mexique est perpétuellement secoué de révoltes et de pronunciamientos. Les finances du nouvel État, désastreuses, ne permettent guère de régler les engagements internationaux et, quand la France du roi Louis­ Philippe demande en plus qu'on indemnise les ressortissants français dont les biens ont été détruits dans les émeutes, c'est non.

Paris exige 600 000 pesos pourtant, et ne veut pas céder. Un pâtissier français de Veracruz, en particulier, se trouve lésé, si bien que la flotte française, en mars 1838, fait le blocus du port. Les tractations s'éternisant, c'est la poudre qu'on fera parler : le 27 novembre 1838, les canonniers français bombardent le fort de Saint-Jean-d'Ulloa, qui doit se rendre.

Cette canonnade demeurera le seul fait d'armes de la guerre des Gâteaux, ainsi qu'on surnomme bientôt cette action de recouvrement en faveur d'un pâtissier. Elle fera quatre-vingt-quinze morts du côté mexicain, douze chez les Français, ainsi que des centaines de blessés. Parmi ceux-ci, le général Antonio López de Santa Anna, l'ancien dictateur, le vainqueur d'Alamo. Après avoir échoué à conquérir le Texas, il a perdu la faveur des Mexicains, mais ce fin politique a décidé de se refaire en prenant le commandement des troupes mexicaines de Veracruz. Il laisse une jambe dans la bataille, membre martyr qu'il va enterrer en grande pompe, avec les honneurs militaires. Héros national pour sa résistance aux Français dans la guerra de los Pasteles, il sera de nouveau porté au pouvoir en 1840.

La France, entre-temps, aura obtenu, le 3 septembre 1839, la signature d'un traité de paix garantissant le versement par le Mexique d'une indemnité de réparation. Pour les vétérans de la guerre des Gâteaux, la Monnaie de Paris émettra une médaille commémorative – même pas en chocolat.

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Histoire, Humour | Commentaires (0) |  Facebook | |

31 01 16

« C’est singulier, on peut dire : je serai guillotiné, tu seras guillotiné, mais on ne peut pas dire : j'ai été guillotiné. » (Danton)

Raccourcis.jpg« La mécanique tombe comme la foudre, la tête vole, le sang jaillit, l’homme n’est plus », déclara le Dr Joseph-Ignace Guillotin (1738-1814), député du Tiers-État de la ville et des faubourgs de Paris aux États Généraux de 1789 et humaniste convaincu, devant l’Assemblée nationale française le 1er décembre de la même année.

Il n'imaginait pas que cinquante mille personnes allaient périr sur sa planche fatale…

Se penchant sur leur cas dans Raccourcis Dernières paroles stupéfiantes et véridiques devant la guillotine, un recueil de paroles de condamnés à mort célèbres ou anonymes (prononcées entre la Révolution française et l’abolition de la peine de mort en 1981) paru aux Éditions Prisma à Gennevilliers, Bruno Fuligni, diplômé de Sciences-Po, régent du Collège de Pataphysique et auteur prolixe autant que passionnant, a rassemblé nombre de pieds de nez face à la mort, de cris du cœur et d’adieux grinçants qui composent un saisissant traité d'humour noir.

Écoutons ce qu’il en dit :

« Princes, tribuns ou simples truands, quelques-uns ont trouvé l'énergie d'un ultime coup de griffe ou d'un dernier coup de gueule. Soucieux de soigner leur sortie, les guillotinés ont parfois fait assaut d'esprit et de panache, de passion et d'orgueil, de défi et de gouaille, avant de basculer dans le néant.

Les plus cabots ont multiplié les prises de parole, aux différentes étapes de leur calvaire : au réveil, à la toilette, devant l’aumônier, en paraissant devant la populace avide de sang frais, ou bien, pour les mieux trempés, sur la machine elle-même. »

Un ouvrage à couper la chique !

Bernard DELCORD

Raccourcis Dernières paroles stupéfiantes et véridiques devant la guillotine par Bruno Fuligni, Gennevilliers, Éditions Prisma, avril 2015, 192 pp. en quadrichromie au format 15 x 23 cm sous couverture brochée au format inédit en biais couleur acier façon guillotine, 13,95 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié ces mots d’avant le grand plongeon :

« Quel fatal désir que la renommée, j’ai voulu être quelque chose. » (Olympe de Gouges, femme de lettres et féministe, exécutée à Paris le 3 novembre 1793)

« Canaille imbécile, qui meurs de faim, va donc à la section chercher tes quatre onces de pain : moi, je m’en vais le ventre plein ! » (Antoine Quentin Fouquier-Tinville, accusateur public du Tribunal révolutionnaire, exécuté à Paris le 7 mai 1795)

Ayant goûté son verre d’eau-de-vie : « Ce n’est pas ça, ce n’est pas digne de Poncet ; il m’en faut de meilleure. » (Barthélemy Poncet, bagnard évadé, voleur et assassin, exécuté à Versailles le 8 février 1866)

Ayant bu le verre de rhum : « Je voudrais bien encore une cigarette. » (Aimé-Thomas Barré, maître-chanteur, voleur et assassin d’une femme, exécuté à Paris le 7 septembre 1878)

À la foule : « C’est beau, n’est-ce pas, l’agonie d’un homme ! » (Raymond Callemin alias Raymond-la-Science, membre de la « bande à Bonnot », exécuté à Paris le 21 avril 1913)

Refusant la cigarette et le verre de rhum : « Vous savez bien que je n’ai jamais été buveur ni fumeur… et puis, c’est mauvais pour la santé. » (Henri-Désiré Landru, assassin de dix femmes et d’un adolescent, exécuté à Versailles le 25 février 1922)

Au procureur qui le réveille : « – Ta gueule ! – N’avez-vous pas de déclaration à faire ? – Je viens de la faire ! » (Marcel Petiot, médecin et assassin d’au moins vingt-sept personnes, lui-même revendiquant soixante-trois victimes, exécuté à Paris le 25 mai 1946)

« Ah ! c’est ce truc-là ! » (Louis Mathiau, assassin, exécuté à Paris le 24 janvier 1956)

« Où que c’est-ce qu’il est, le bourreau ? Où que c’est-ce qu’il est, le bourreau ? » (Roger Bontemps, meurtrier d’un gardien de prison et d’une infirmière pris en otage avec son complice Buffet, exécuté avec celui-ci à Paris le 28 novembre 1972)

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31 01 16

Venez nombreux !

Joyeuses tribus et grandes tablées.jpgAprès une formation aux Beaux-Arts en Design et Espace, Anne Loiseau a travaillé quelques années dans la communication événementielle.

Créatrice avant tout, elle a rapidement développé un petite gamme d’objets décoratifs et d’accessoires, au rythme des saisons et de ses envies.

Elle met aujourd’hui au service de la presse, de l’édition et des marques ses idées et ses créations, la plupart du temps proches du monde du loisir créatif, de l’enfance ou de la gourmandise et elle collabore très régulièrement avec la photographe Emanuela Cino.

Pour les Éditions Larousse à Paris, elles ont conçu un fort beau recueil de recettes culinaires joliment illustré et intitulé Joyeuses tribus & grandes tablées qui fourmille d’idées salées et sucrées pour recevoir 8, 12 ou 16 convives, et même plus, réalisables dans toutes les cuisines.

La variété de propositions est grande : fougasse à l’origan et aux olives vertes, velouté de moules au curry, gaspacho de betterave à l’huile de noix, acras de cabillaud, terrine de lapin à la citronnelle, brie aux figues et fruits secs, pastilla de confit de canard, quiche à la fourme d'Ambert et à la pancetta, choucroute de poisson, risotto crémeux d’épeautre aux langoustines, rôti de lotte au haddock et au citron, cocotte de bœuf fondant à l'orange, travers de porc laqués, légumes farcis à l’agneau et au muesli, poitrine de veau roulée aux herbes, bœuf en croûte de sel, tian de légumes au thym, châtaignes rôties au sésame, taboulé boulgour-quinoa aux herbes et aux noisettes grillées, salade tiède de légumes-racines et pesto d’épinard, amandes caramélisées au sel, brochette d'ananas rôti, gaspacho fraise-pastèque, crumble pomme gingembre, tiramisu à la rhubarbe, mousse au chocolat au piment d’Espelette, tarte meringuée aux groseilles, vin de pêche à la menthe…

Le tout agrémenté de listes de courses spécialement adaptées et de conseils astucieux pour réussir à tous les coups.

Un ouvrage grandement festif !

Bernard DELCORD

Joyeuses tribus & grandes tablées – 8, 12, 16 gourmands ou plus ! par Anne Loiseau, photographies d’Emanuela Cino, Paris, Éditions Larousse, septembre 2015, 242 pp. en quadrichromie au format 26,4 x 31,6 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 24,95 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié la recette suivante, fort conviviale :

Cuisses de poulet laquées miel-citron-coriandre

Pour 8 personnes

Préparation : 15 minutes

Cuisson : 40 à 50 minutes

Repos : 12 heures

Ingrédients :

8 cuisses de poulet

Le jus de 3 citrons

5 cuillers à soupe de miel liquide

5 cuillers à soupe de sauce soja

5 gousses d’ail

1 bouquet de coriandre

Recette :

Dans un petit bol, mélangez le jus de citron avec le miel, la sauce soja et les gousses d’ail hachées.

Recueillez la pulpe des citrons et ajoutez-la à la marinade avec la moitié du bouquet de coriandre hachée.

Étalez les cuisses de poulet dans un grand plat allant au four et recouvrez-les de marinade en remuant le poulet pour bien l’enrober.

Réservez au frais pendant une nuit (12 heures).

Préchauffez lz four à 240°C (thermostat 8) et enfournez pour 40 à 50 minutes de cuisson.

Veillez à retourner régulièrement le poulet pour qu’il soit bien doré.

Servir aussitôt avec le reste de coriandre effeuillée.

Et si vous êtes plus nombreux ?

Pour 12 personnes :

12 cuisses de poulet

Le jus de 4 citrons

8 cuillers à soupe de miel liquide

8 cuillers à soupe de sauce soja

8 gousses d’ail

1 bouquet de coriandre

Pour 16 personnes :

16 cuisses de poulet

Le jus de 6 citrons

10 cuillers à soupe de miel liquide

10 cuillers à soupe de sauce soja

10 gousses d’ail

1 bouquet de coriandre

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30 01 16

Lettres de Mme de Rémusat

téléchargement (5).jpgIl faut  convenir que je suis une bien bonne personne. Je t’ai un peu grondé avant-hier, et cela m'a mise mal à l'aise toute la journée d'hier, et cependant j'avais raison d'être mécontente, et, mon ami, c'était mal à toi de m'avoir causé ce petit chagrin. Après tout, c'est toi qui m'as rendue si difficile, qui m'as habituée à tant de délicatesse dans l'amour, à tant de  de confiance. Dans une union comme la nôtre, tout est senti, tout est apprécié; et les légers nuages qui s'élèvent entre nous seraient, à coup sûr, le beau temps de tous les autres »

Ainsi s'exprime Claire de Vergennes, comtesse de Rémusat qui,  d'Aix la Chapelle, ce 12 août 1808, gourmande  son époux, Auguste, Premier Chambellan de l'empereur Napoléon. Précipité à travers l'Europe entière, à la suite de ce dernier, Auguste de Rémusat sera séparé de son épouse plus de dix ans durant.

Du vouvoiement au tutoiement, la comtesse lui conte les petits riens du quotidien,  les impressions sociologiques d'une Cour dont elle s'écarte au fil des années. Dame de Palais de l'impératrice Joséphine, Claire de Rémusat était réputée femme austère; le ton de sa correspondance nous la révèle autrement chaleureuse.

Témoin d'un nouveau mode de relations entre conjoints en ce début de XIXe siècle, sa plume court, raffinée, magistrale, à la rencontre de l'homme aimé.

Une belle révélation

Apolline Elter

 " Je vous dirai, cher ami..." Lettres de Madame de Rémusat à son mari (1804- 1813), édition établie, présentée et annotée par Hannelore Demmer, Ed. Mercure de France, janvier 2016, 364 pp

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28 01 16

Le merveilleux "LUDICTIONNAIRE"

_ludictionnaire.jpgOn en n'attendait pas moins de Bruno Coppens : un merveilleux Ludictionnaire, qui propose des définitions de noms propres, de noms communs, d'expressions latines et françaises. Je qualifiais souvent sur antenne Bruno Coppens, habitué des délires verbaux, de "nouveau Raymond Devos". Je maintiens, mais il va plus loin que son maître : alors que Devos jouait autour de quelques jeux de mots pour en faire un sketch, Bruno ne cesse de penser en mots, en les triturant, en leur faisant dire plus que ce qu'ils sont, mais toujours avec un humour fou. Il fait partie, comme Geluck, de ces personnes qui font des gags qu'on aurait aimé faire, mais surtout auxquels ont s'en veut de ne pas avoir pensé avant eux ! Voici quelques exemples, au hasard :

Adulte : Adolescent ayant mis l'acné sous le paillasson.

Alzheimer : Magasin d'efface et à trappes.

Humour : Essuie-glace que l'on actionne lorsqu'on roule dans une tempête de neige. Cela ne supprime pas la tempête mais cela permet d'avancer.

Et un petit nom propre pour la route !

Obama (Barack) : Vedette de la série télé "Desperate house white", l'histoire d'un couple errant dans la Maison Blanche et suscitant les plus grands espoirs. Dans les saisons 1 et 2, Obama réussira à débarrasser la planète de ben Laden, à rafler le prix Nobel de la paix et à négocier un accord avec l'Iran. Il n'y aura hélas pas de troisième saison. Mais le couple demeure charismatique au point qu'on l'appela "le couple le plus belge de la planète, les "Barack Michelle" !

Vous pouvez retrouver Bruno sur scène et à la radio dans "Un samedi d'enfer" ou "les Cafés serrés".

Jacques MERCIER

Ludictionnaire, Bruno Coppens, Ed. racine, 160 pp. 14,95 euros.

Écrit par Jacques Mercier dans Belge, Dictionnaires, Humour, Jacques Mercier, Langues | Commentaires (0) |  Facebook | |