24 09 16

Mathilde et Pierre

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"S'intéresser à Marthe, c'est entrer dans la peinture, se soûler de peinture"

 Quand le jeune peintre Pierre Bonnard pénètre la boutique du fleuriste Trousselier,  il ignore - et l'ignorera quelque trente ans encore - que la jeune fille qui obsède son regard , assiège son coeur, ne s'appelle pas Marthe de Méligny. Elle n'a pas seize ans -  en compte huit de plus -  n'est ni orpheline ni dépourvue de famille.

 Pierre Bonnard a 26 ans. Solitaire et réservé, il a trouvé en Marthe - as Maria Boursin - et son corps de rêve,  la nue de son oeuvre, la compagne de sa vie. Peu importe qu'il ne la présente à sa famille, qu'il ignore tout de son passé, qu'il prenne pour monnaie comptante son identité fantaisiste.

 Interpellée par cette saisissante imposture, Françosie Cloarec, écrivain, psychanalyste et peintre met à profit sa triple compétence et  tente de percer le "Mystère Marthe Bonnard" : " Je cherche la Maria qu'elle a voulu taire dans les toiles, dans sa famille, dans les livres, dans les articles. "

 Pour ce faire, Françoise Cloarec opère un travail de dépouillement d'archives, d'articles, ... et de rencontres colossal, une enquête des plus minutieuse, qu'elle nous livre avec intégrité. Elle nous convie au coeur de sa démarche, proposant pistes et déductions pour ce qu'elles sont, sans céder à la tentation romanesque de combler les zones d'ombre par des assertions non vérifiées. Un travail d'introspection également, empreint de bienveillance, qui plutôt que confondre Marthe s'est donné  pour mission de la comprendre, de mesurer son impact dans la vie et l'oeuvre du "peintre du bonheur".

 L'anti-conformisme de leur idylle libère d'emblée Pierre des pressions de son milieu. Grâce à Marthe, il peut oser cette liberté à laquelle il aspire de son être, de son art.  "Nabi",  membre de la Revue blanche,  proche de mouvances liées à l'anarchisme, il ose aussi afficher l'érotisme de leur vie privée. Avec, en 1899, l'exposition chez Durand-Ruel d'un nu très audacieux de Marthe,  Femme assoupie sur un lit  également titré ... L'Indolence  Pierre Bonnard inaugure une riche série,  exhibe la contribution majeure que sa compagne apportera à son art.

Un artiste qui est rarement satisfait de son travail et qui sans cesse le remet sur le métier, retouchant çà et là, détails, couleurs et perspectives.

 Subtile et délicate radioscopie de l'intimité d'un couple et de son impact sur l'histoire de l'art, l'essai nous fait vivre, avec une remarquable acuité, le milieu dans lequel il gravite, l'atmosphère de l'époque, du marché de l'art et du procès-fleuve que valut la succession du  grand peintre, décédé en 1947.

 A découvrir de toute urgence.

De toute évidence

 Apolline Elter

  "L'indolente, - Le mystère Marthe Bonnard, Françoise Cloarec, essai, Ed. Stock, septembre 2016, 350 pp

 

Billet de ferveur

AE : Marthe offre à Pierre Bonnard cette liberté que son milieu ne lui permet pas. Elle lui offre son corps, sa nudité.   Ce sont là éléments essentiels  pour Bonnard, pour l’évolution de son art.  Pouvons-nous en déduire  que l’imposture  d’âge, d’identité, qu’elle commet …relève plutôt du détail, de l’accessoire ?

Françoise Cloarec :  Oui, vous avez bien vu, ces non-dits, ces vérités déguisées, très déguisées sont accessoires. 

L’essentiel est ailleurs, je ne sais pas trop où, mais comme pour n’importe quel couple, ce qui lie deux personnes entre elles a des ressorts inconscients. Marthe et Pierre ont trouvé une entente, ils ne savent même peut-être pas eux même de quoi elle est faite. Mais ce qui nous réjouit c’est qu’elle s’exprime dans l’oeuvre.

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 Françoise Cloarec est invitée du Salon Ecrire L'Histoire  (à Bruxelles) , samedi 19 novembre (PM)  et d'un café littéraire que j'aurai grande joie d'animer. (horaire encore à préciser)  Plus d'informations sur le site du salon :www.ecrirelhistoire.com et, bientôt, sur votre blog préféré

 

 

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21 09 16

Une fresque révolutionnaire

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"Le saccage de la folie Titon fut considéré comme un désastre. On compta le moindre bouton de porte disparu, chaque pelle à feu, chaque pincette, le plus petit morceau de tapisserie arraché, les nappes déchirées, les oreillers crevés, les tasses de porcelaine ébréchées, les vestes de soie en lambeaux, le satin en confetti, les innombrables gilets de toile, les déshabillés de madame, les morceaux de mouchoirs brûlés, tout cela fit l'objet d'un compte précis, inventaire méticuleux où les chiffres s'empilent, neuf mille livres par-ci, sept mille par-là, dix-neuf mille livres par-ci, deux mille cinq cents par là. Mais le nombre des morts parmi les habitants du Faubourg, en revanche, resté vague, indécis. "

 Prémices de la célèbre prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, la mise à sac, le 28 avril précédent,  de la Folie Titon, siège de la manufacture royale de papier peint,  signe le mécontentement des ouvriers du Faubourg Saint-Antoine. Jean-Baptiste Réveillon,  propriétaire de la  manufacture, leur a,  en effet "proposé" une diminution de salaire aux fins de lutter contre la concurrence étrangère.

 " La nuit du 13 juillet 1789 fut longue, très longue, une des plus longues de tous les temps. "

 Cette nuit, la journée qui suit, l'écrivain-cinéaste a décidé de nous les faire vivre depuis la foule des anonymes, de "raconter ce qui n'est pas écrit. "Il rend ainsi noms, faits, gestes, distribue les rôles  parmi les acteurs du peuple, les agence en un fondu enchaîné saisissant, bruyant, presque odorant, ..restituant, d'un lyrisme jubilatoire, la marche exaspérée, inexorable de la masse vers la conquête de ses droits. 

 Une fresque puissante, pétrie de verve et d'éloquence.

 Apolline Elter

 14 juillet , Éric Vuillard, récit, Ed. Actes Sud, août 2016, 208 pp

 

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17 09 16

Une efflorescence millénaire de la musique et des arts

1000 ans de rayonnement artistique liégeois.jpgC’est dans une nouvelle collection dirigée par votre serviteur que les Éditions de la Province de Liège ont publié le dernier opus en date du prolifique historien d’art belge Bernard WODON [1], un beau livre intitulé 1000 ans de rayonnement artistique liégeois, abondamment illustré, dans lequel il fait le tour de l’une des régions les plus riches d’Europe sur le plan de l’histoire de l’art.

Voici le texte de la quatrième de couverture :

« “Cité ardente” ou “Cité aux cent clochers”, Liège, chef­-lieu d'une province de 4 000 km2 et d'un million d'habitants environ, offre aujourd'hui de multiples visages.

De 985 à 1795, elle fut la capitale d'une principauté épiscopale de 6 000 km2 au diocèse trois fois plus étendu.

Ce “flori-Liège”, où l'ancien côtoie le nouveau en générant le futur, actualise et synthétise pour le grand public l'évolution chronologique des formes plastiques (architecture, sculpture, peinture, décor quotidien) et des formes phoniques (musique vocale et instrumentale).

Une abondante illustration permettra aux œuvres jalons d'y scintiller aux côtés de l'énumération de celles de Dame Musique “sans qui les choses ne seraient que ce qu'elles sont”, pour reprendre le dernier vers de l'Hymne au Soleil d'Edmond Rostand. »

L’auteur y rend accessible à tous et dans une langue française admirable– chose ô combien rare de nos jours… – les œuvres du patrimoine largement méconnu et pourtant incroyablement riche de ce qui fut une principauté épiscopale relativement démocratique avant de passer la main, après la Révolution française et ses remous, à une province belge particulièrement riche et dynamique sur de nombreux plans.

Une promenade historique qui mène le lecteur à la découverte des trésors de la cathédrale de Liège jusqu’à la gare de Santiago Calatrava en passant par la collégiale Sainte-Gertrude de Nivelles, le château de Bouillon, la cuve baptismale de la collégiale Saint-Barthélemy (une œuvre majeure du Moyen Âge occidental, fondue par Renier de Huy), l’évangéliaire d’Averbode, les œuvres du Maître de Flémalle, le reliquaire de Charles le Téméraire, le palais des Princes-Évêques, le château de Jehay, les tableaux de Lambert Lombard, le château de Modave, le palais de Jean Curtius, la statue de Louis XIV en empereur romain par Jean Warin (elle est conservée au château de Versailles), le Perron liégeois, la Crucifixion d’Englebert Fiesen, la cage d’escalier du château d’Aigremont, les compositions musicales de Jean-Noël Hamal, d’Antoine-Frédéric Gresnick et d’André-Ernest-Modeste Grétry, le célèbre Portrait de Napoléon Premier Consul peint par Jean-Auguste-Dominique Ingres, la synagogue de Liège, la promenade dite des « Sept Heures » à Spa, le studio d’Eugène Ysaÿe, le Musée des Beaux-Arts de la Boverie et ses collections magnifiques, le Faune mordu de Jef Lambeaux, la tour Schöffer, le Musée de la Vie wallonne, le bâtiment rénové de l’Opéra royal de Wallonie, le Plongeur d’acier, statue d’Idel Ianchelevici, et la très contemporaine tour des Finances…

Et d’innombrables autres merveilles !

Bernard DELCORD

1000 ans de rayonnement artistique liégeois par Bernard Wodon, Liège, Éditions de la Province de Liège, septembre 2016, 285 pp. en quadrichromie au format 21,8 x 26,7 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 39 €

 

[1] Docteur en philosophie et lettres de l’Université catholique de Louvain (Département archéologie, histoire de l'art et musicologie), Bernard Wodon a enseigné à l'Université de Liège et à l'Institut des hautes études des communications sociales de Bruxelles (I.H.E.C.S.). Le Service public de Wallonie l’a requis pour les procédures de classement et la rédaction des notices de divers inventaires du patrimoine monumental.

Écrit par Brice dans Arts, Bernard Delcord, Histoire | Commentaires (0) |  Facebook | |

17 09 16

Le drame de Loudun

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" J'ai compris vite, monsieur le bailli, que les tout premiers événements étaient une préparation, et que cette fois, vraiment, le couvent des Ursulines est la proie d'une possession maléfique tout à fait redoutable."

Il est des premiers romans qui ne sont pas des coups d'…essai tant le style s'affirme fluide, élégant, maîtrisé.

Essayiste, marcheur, philosophe, professeur de pensée politique à Sciences-Po Paris, Frédéric Gros s'est emparé d'un fait historique, le drame  des "possédées de Loudun" qui, déclaré en 1632, assorti d'une cabale contre le curé Urbain Grandier,  mènera ce dernier au bûcher.

Cloîtrées en leur couvent des Ursulines de Loudun, la supérieure Jeanne des Anges et quelques autres soeurs sont victimes d'hallucinations, frappées d'obsessions, saisies de convulsions, convaincues de possession. Le coupable est habilement suggéré, tôt désigné, le suppôt de Satan est Grandier.

Beau, brillant,  séduisant, un tantinet arrogant, le jeune curé de la bourgade engrosse Estelle Trincant, l'élève à laquelle il enseigne le latin. Il enclenche de la sorte une persécution implacable qui fera de lui la victime expiatoire, emblématique,  de l'avènement de la Contre-Réforme. 

Certes, il n'est pas un enfant de choeur: tandis qu'il rédige un traité contre le célibat des prêtres,  il succombe aux charmes de Maddalena et lui conçoit pareillement un enfant - qu'il ne connaîtra pas.  

Jusqu'à son dernier souffle, il nie le pacte satanique qui lui est attribué, croit pouvoir déjouer l'implacable machination ourdie contre lui.

Fresque saisissante, le roman de Frédéric Gros nous fait vivre les faits et vibrer de l'effroyable résurgence de l'Inquisition.

Un événement de la rentrée littéraire

Apolline Elter

 Possédées, Frédéric Gros, roman, Ed. Albin Michel, août 2016, 300 pp

 

Billet de ferveur

 

AE : Parmi les  pièces à charge contre Urbain Grandier, figure la « Lettre de la cordonnière », pamphlet contre Richelieu, attribué (faussement) au Curé Grandier. En avez-vous eu lecture ?

Frédéric Gros : Oui, et du reste il existe en fait au moins versions de cette lettre (avec le même titre Lettre de la cordonnière de la reine-mère à M. de Baradas) : une première version donne une vision sombre de la situation nationale, propose des réformes, dénonce des abus et met en garde le Roi contre « ce vautour affamé qui ronge les entrailles de ses sujets » : chacun reconnaît là une mise en cause violente de Richelieu. La police ne parviendra à mettre la main que sur l’imprimeur (Jacques Rondin) qui sera durement châtié, mais pas sur l’auteur.

   Une autre lettre, plus acide et méchante, commencera à circuler après la première (il est possible que d’autres encore aient été écrites).

Urbain Grandier, qui connaissait personnellement la « cordonnière » (Catherine Hammon, de Loudun) a été soupçonné d’avoir écrit  la première lettre, pleine de finesse et rédigée dans un style élégant, mais sans preuve. Au moment de son arrestation, le commissaire Laubardement trouve un exemplaire dans sa bibliothèque.

   Pour certains historiens, Richelieu aurait été persuadé de l’implication de Grandier dans cette affaire au point où sa mort pourrait être considérée comme un effet direct de sa vengeance. Je pense pour ma part que cette affaire n’a été qu’un élément à charge parmi d’autres, une manière pour « inviter » Richelieu à une sévérité sans concession.

 

AE : Son sacerdoce n’a pas empêché Urbain Grandier de concevoir deux enfants. Reste-t-il des traces de sa descendance ?

Frédéric Gros : Il se pourrait que le premier enfant de la fille du procureur du roi, Philippe Trincant, (je la nomme Estelle dans le roman), soit de Grandier. Après « l’affaire » de l’engrossement par Grandier de la fille de Philippe (si on admet la véracité de cette affaire), il y a sans doute eu un mariage  « arrangé » avec Louis Moussaut (juin 1629), alors que la fille Trincant est encore enceinte, lui « acceptant » l’enfant à naître comme le sien. L’historien Robert Rapley constate avec surprise sur les registres de baptême du petit Louis, les registres portent la demande que l’enfant ne s’appelle pas Moussaut, mais Trincant-Moussaut, comme pour marquer une particularité.

J’évoque dans le livre, à la fin du roman, la grossesse de Maddalena (Madeleine de Brou dans la réalité), mais là c’est pure invention. Aucun témoignage ne va dans ce sens, il est même probable qu’elle ait fini sa vie dans un couvent après la mort de Grandier.

 

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15 09 16

Sacré René

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  " Tous ces mots parfaitement calligraphiés me toisent avec dédain."

 C'est ma consoeur Nicky Depasse - grâce lui soit rendue - qui m'a fait découvrir cette fiction à vocation historique, premier roman de Guinevere Glasfurd.

Placé sous la plume d' Helena Jans van der Storm, une jeune servante hollandaise fascinée par l'écriture et les mots - fait  incongru pour une femme de sa condition en ce début de Grand siècle- le récit dévoile la liaison tenue secrète qu'elle entretient avec le célèbre penseur René Descartes (1596-1650) en séjour à Amsterdam, en 1634, chez Monsieur Sergeant, libraire et patron d'Helena.

Contrainte à quitter Amsterdam, Helena met au monde Francine (Descartes), le 19 juillet 1635; la fillette meurt à cinq ans de la scarlatine, alors même que son père - qui se fait passer pour son oncle - a formé le projet de l'envoyer s'instruire en France 

Nous découvrons une facette méconnue et encore mystérieuse de Descartes en une époque cruciale de sa vie puisqu'il travaille alors le célébrissime Discours de la méthode, publié en 1637.

Apolline Elter

Les mots entre mes mains, Guinevere Glasfurd, roman traduit de l'anglais par Claire Desserrey, Ed Préludes, août 2016,  448 pp

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13 09 16

Un artiste inclassable…

Henri Fantin-Latour (cover).jpgÀ l’occasion de l’exposition Fantin-Latour. À fleur de peau [1] organisée à Paris entre le 14 septembre 2016 et le 12 février 2017 au Musée du Luxembourg par la Réunion des musées nationaux-Grand Palais et le musée de Grenoble, en collaboration avec le musée d’Orsay, les Éditions Gallimard ont fait paraître sous la plume de Leïla Jarbouai [2], dans leur fameuse collection « Découvertes », un magnifique petit opus sobrement intitulé Henri Fantin-Latour.

Écoutons l’auteure :

« Peintre ayant cherché pendant toute sa vie à concilier réalisme et idéal, Henri Fantin-Latour (Grenoble,1836-Buré, 1904) s’essaie à l’autoportrait dès l’âge de 17 ans – une cinquantaine suivront.

Il renouvelle le portrait de groupe avec ses grands tableaux-manifestes Hommage à Delacroix (1864), Un Atelier aux Batignolles (1870) ou Un coin de table (hommage aux poètes parnassiens, 1872).

Véritable portraitiste de fleurs, genre dans lequel il est très prolifique, Fantin-Latour excelle dans l’art de traduire la subtilité des couleurs et des matières.

Ce grand mélomane puise également dans les opéras de Wagner et dans la musique de Schumann, Brahms et Berlioz une partie de son inspiration.

À partir de 1890, il n’expose plus au Salon que des œuvres d’imagination, proches du symbolisme.

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Un coin de table, 1872, Paris, Musée d'Orsay.

Artiste à fleur de peau, Henri Fantin-Latour s’impose, malgré sa discrétion, comme une figure marquante de son siècle. »

Un événement à ne pas manquer !

Bernard DELCORD

Henri Fantin-Latour par Leïla Jarbouai, Paris, Éditions Gallimard et Réunion des Musées nationaux-Grand Palis, hors-série de la collection « Découvertes Gallimard », septembre 2016, 48 pp. en quadrichromie au format 12,5 x 17,5 cm sous couverture Intégra en couleurs, 8,90 € (prix France)

Informations pratiques :

Adresse :

Musée du Luxembourg

19 rue de Vaugirard

F-75006 Paris

Tél. : 00 33 1 40 13 62 00

Horaires :

Ouverture tous les jours de 10h30 à 19h (il n’y a aucun jour de fermeture hebdomadaire).

Nocturne les vendredis jusqu’à 22h.

Ouverture de 10h30 à 18h les 24, 31 décembre.

Fermé le 25 décembre.

Dernière entrée 45 minutes avant l’heure de fermeture.

Début d’évacuation des salles 15 minutes avant l’heure de fermeture du musée.

Tarifs :

Plein : 12 €.

Réduit : 8,5 € (16-25 ans, demandeurs d'emploi et familles nombreuses).

Spécial Jeune : 8,5 € pour deux entrées (du lundi au vendredi à partir de 17h)

Gratuit pour les moins de 16 ans et les bénéficiaires des minima sociaux.

Des audioguides (en 4 langues : français, anglais, espagnol et allemand) sont proposés sur place à la location au tarif de 5 € par appareil.

Suite à la mise en place de l’état d’urgence et au renforcement des mesures de sécurité dans le cadre du plan Vigipirate, un seul sac par personne (type sac à main format A3 maximum) sera autorisé dans l’enceinte du Musée du Luxembourg. Aucun sac, cabas, bagage ou objet encombrant ne sera admis, y compris au vestiaire.

 

[1] Première rétrospective de l’œuvre de Henri Fantin-Latour à Paris depuis l’exposition de référence consacrée au peintre dans les galeries nationales du Grand Palais en 1982.

[2] Elle est conservatrice au musée d'Orsay.

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13 09 16

« L'heure de la fin des découvertes ne sonne jamais. » (Colette)

Claudine à Paris.jpgAuteure d’un essai (paru en 2004) intitulé Colette et la Belgique coédité par les Éditions Racine à Bruxelles et l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, Jeanne Augier a fait paraître chez Avant-Propos à Waterloo le texte d’une pièce inédite, Claudine à Paris, adaptée par Willy (Henry Gauthier-Villars, 1859-1931) et Luvey (pseudonyme d'Aurélien Lugné-Poe, 1869-1940 et Charles Vayre, 1873-1941) du roman de Willy et Colette (Sidonie Gabrielle Colette, 1873-1954, alors épouse de Willy – jusqu’en 1905) paru en mars 1901.

Cette comédie en trois actes (avec un prologue, Claudine à l'école) fut créée au Théâtre des Bouffes-Parisiens en 1902, avec, dans le rôle-titre, une légendaire vedette·du café-concert, Polaire (Émélie Marie Bouchaud, 1874-1939). Colette interprétera elle-même Claudine sur des scènes à partir de 1908.

Voici l’argument de Claudine à Paris :

« Claudine et son père ont quitté leur village de Montigny pour s’installer à Paris, où la jeune fille se remet d’une maladie qui lui a coûté ses beaux cheveux longs. Lorsqu’elle reprend des forces, c’est pour relater dans son journal les exploits de sa chatte Fanchette, ses explorations dans la capitale et, surtout, ses nouvelles rencontres. Elle fait ainsi la connaissance de sa tante Cœur, de son neveu Marcel, dont elle se fait rapidement un ami, et du jeune père de ce dernier, Renaud, qui ne la laisse pas indifférente. » [1]

Ce texte « qui avait mystérieusement disparu », est complété d'un dossier rassemblé par Jeanne Augier qui retrace le parcours des romans et de la pièce jusqu'à ses adaptations pour l'écran, notamment les téléfilms réalisés en 1978 par Édouard Molinaro.

Rappelons au passage que les liens de Colette avec la Belgique furent nombreux, puisqu’elle fit éditer en 1923 un texte du jeune Georges Simenon (La petite idole) qui le lança en France, qu’elle a été une amie intime de la reine Elisabeth à partir de 1931 et qu’elle fut membre de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique de 1935 jusqu’à son décès.

C’était une immense styliste littéraire.

Bernard DELCORD

Claudine à Paris par Willy et Luvey (d'après Willy et Colette), dossier réuni par Jeanne Augier, Waterloo, Éditions Avant-Propos, mai 2016, 176 pp. en quadrichromie au format 17 x 23,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 22 €

 

[1] https://fr.wikipedia.org/wiki/Claudine_%C3%A0_Paris...

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11 09 16

La confiance et la peur

_massin.jpgLe titre de ce superbe essai du docteur Christophe Massin, psychiatre, est Une vie de confiance ; mais le sous-titre est important : Dialogues sur la peur et autres folies.

Il s'agit d'un original dialogue avec un couple qui s'interrogent sur leurs blocages. L'idée est de passer de la peur à la confiance. On assiste donc à une expérience tout au long de ce livre qui a des résonances multiples en nous.

Voici quelques phrases extraites du livre et retirées de leur contexte, mais qui vous donneront le ton du livre.

« La peur animale apparaît en situation de danger réel et présent, avec une intensité adaptée.... La peur psychologique, elle, se déclenche à l'idée d'un danger qu'elle projette, ou alors elle amplifie considérablement la peur animale. »

« Ce qui compte, c'est de reconnaître les tiennes (ses peurs) et à quel registre elles appartiennent. En schématisant, elles touchent trois domaines, toi-même, ta relation avec les autres, ta relation avec la vie. »

« Souviens-toi que la méfiance est contagieuse. »

« Nous confondons souvent la vie et nos congénères, et notre méfiance envers la vie concerne en réalité l'espèce humaine. »

« Tu ne te tortures plus dans l'angoisse du futur, tu sais qu'en te détendant maintenant, tu te rends au mieux disponible pour le moment et pour celui qui va suivre. »

« Tu ne peux surpasser tes capacités intellectuelles ou physiques, mais tu peux être indéfiniment plus confiant, plus aimant ! »

Et cette extraordinaire phrase, qui devrait diriger toute notre vie :

« Prends le risque de te montrer, si tu veux être aimé pour ce que tu es. »

 

Jacques MERCIER

« Une vie de confiance », Dialogues sur la peur et autres folies, Essai, Dr Christophe Massin, Odile Jacob, 2016, 172 pp. 20,90 euros

 

 

10 09 16

Grand roman

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Retenez ce nom, retenez ce titre: ce roman fabuleux, de large inspiration autobiographique, va faire couler beaucoup d'encre d'émotion,  de larmes de tendresse. Il imprégnera votre esprit de ce vécu si bien rendu, par le prisme de Gaby, un enfant d'onze ans, soudain projeté dans une séquence d'effroyables événements.

Vous songez aux Cerfs-volants de Kaboul? [NDLR: Khaled Hosseini, 2003)

Vous n'avez pas tort

C'est encore plus fort.

Mais encore:

«  Le bonheur ne se voit que dans le rétroviseur »

 L'implosion du couple des ses parents - Yvonne est Rwandaise tutsi, Michel, Français, dirige des chantiers, au Burundi  - introduit une première brèche dans l'enfance dorée de Gaby et de sa jeune soeur Ana. L'assassinat, en octobre 1993 de Melchior Ndadaye, président burundais, le génocide rwandais, l'embrasement de la région des Grands Lacs, préludes à quinze années de guerre civile, vont faire exploser le paradis que constitue l'impasse où il vit, sur fond de violence inouïe.

"On ne doit pas douter de la beauté des choses, même sous un ciel tortionnaire."

Le récit est tragique. Certes. Mais il est surtout lumineux, avivé de fraîcheur par ce regard d'enfant, qui s'accroche au cocon de ses relations familiales  - joyeuses et colorées -  amicales-  de ce club des cinq, formé avec Armand, Gino, les jumeaux, voisins de l'impasse- , avec Innocent, Donatien, les boys, Madame Economopoulos, vieille et généreuse Grecque qui laisse dévaliser ses manguiers et les livres innombrables d'une riche bibliothèque ...

En filigranes, le passage initiatique de l'enfance à un monde adulte particulièrement bousculé...

Un premier roman fort. Très fort.

Apolline Elter 

Petit pays, Gaël Faye, roman, Ed. Grasset, août 2016, 220 pp

 

 

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09 09 16

Prophète de malheur…

L'Accusateur ou La Comédie étranglée.jpgHomme de radio et de télévision, professeur, artiste plasticien, Pascal Vrebos est tout cela, mais il est aussi dramaturge (il a rédigé une trentaine de pièces de théâtre [1] dont certaines ont été jouées en Belgique, en France, en Allemagne, au Congo et aux États-Unis et ont été traduites en néerlandais, en allemand, en anglais et même en roumain).

Il a fait paraître à Marcinelle, aux Éditions du CEP, le texte de L'Accusateur ou La Comédie étranglée, un « soliloque menaçant » (c’est le sous-titre de la pièce) qui a été joué au Théâtre de Poche à Bruxelles en mai dernier.

On y voit une sorte de prophète apocalyptique prénommé Jean et qui prétend parler au nom du Créateur éternellement silencieux lancer des imprécations contre l’espèce humaine, ses fourberies, ses bassesses, son égoïsme, sa bêtise, sa méchanceté, son hypocrisie, ses fausses croyances, sa morale étriquée, ses idéologies dévastatrices, son inertie, sa haine de l’autre, sa finitude, sa crasse physique et morale, mais aussi contre l’univers tout entier, en proclamant avec force que la fin est proche, à la manière du professeur Philippulus de Tintin et l’étoile mystérieuse.

Mais si ce frère de Bardamu, l’imprécateur du Voyage au bout de la nuit, casse joyeusement la baraque, c’est malgré tout avec l’espoir ténu que le jour puisse se lever, car sa dernière phrase lancée au public est : « À vous de jouer maintenant ».

À qui perd, perd, comme disait Coluche…

Bernard DELCORD

L'Accusateur ou La Comédie étranglée par Pascal Vrebos, Marcinelle, Les Éditions du CEP, collection « Signatures et Théâtre », mai 2016, 58 pp. en noir et blanc au format 11 x 17,7 cm sous couverture brochée en couleurs, 8 €

 

[1] 23 d’entre elles ont notamment été réunies dans un ouvrage paru en 2009 aux Éditions Le Cri à Bruxelles sous le titre Œuvre théâtrale complète et nous en avions vanté les mérites à l’époque : (http://lireestunplaisir.skynetblogs.be/tag/vrebos...)

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