21 05 13
D'encre et de sang
C'est dans son sang russe - sa grand-mère, Natacha Koltchine de Rosnay est née à Saint-Pétersbourg - que Tatiana de Rosnay puise l'encre de son nouveau roman. Un roman cligné d'éléments autobiographiques, aisément identifiables.
A savoir.
" Il avait écrit son roman à la main, dans des cahiers, comme celui qui se trouve sur ses genoux, vierge."
Une vie qui s'enlise, attente d'une rédemption : " Pour écrire son nouveau roman, Nicolas sait qu'il devra tremper sa plume dans l'encre russe."
A l'encre russe, Tatiana de Rosnay, roman, Ed. Héloïse d'Ormesson, mars 2013, 350 pp, 22 €
Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Tatiana de Rosnay | Commentaires (0) |
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20 05 13
Pour se venger des casse-pieds...
Dans son petit ouvrage intitulé 150 idées pour emmerder le monde paru chez First à Paris, Laurent Gaulet propose une centaine et demie de ripostes plus ou moins sournoises aux agressions des casse-pieds et des importuns qui nous pourrissent la vie parfois sans même s'en rendre compte et donnent tout son poids à l'assertion bien connue de Jean-Paul Sartre dans Huis clos : « L'enfer, c'est les autres ».
Pour aider le lecteur à se transformer à son tour en démon, l'auteur suggère, par exemple, de reculer d'une heure les horloges de son lieu de travail, de s'entêter à appeler une femme « monsieur » ou un homme « madame », de bâiller d'ennui quand on nous parle, de sortir le doigt de son nez juste avant de serrer la main de quelqu'un, d'enduire tous les interrupteurs des toilettes de son entreprise avec du yaourt au chocolat, de faire parler pendant une heure un démarcheur téléphonique sans rien lui acheter, de céder sa place à une femme sous prétexte qu'elle est enceinte alors qu'elle ne l'est pas, de transférer tous ses mails publicitaires à une personne que l'on vise ou encore, en voiture, imiter le GPS durant tout un parcours lorsqu'on est passager.
Ambiance garantie !
Bernard DELCORD
150 idées pour emmerder le monde par Laurent Gaulet, Paris, Éditions First, collection « Le petit livre », mars 2013, 160 pp en noir et blanc au format 8,5 x 12 cm sous couverture brochée en couleurs, 2,99 € (prix France)
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18 05 13
Parce que
Question plus que de propos en cette année où nous fêtons - le 7 novembre précisément - le centenaire de la naissance, en Algérie, d'un écrivain majeur du XXe siècle.
Un être à multiples facettes. Qui peut se targuer de le cerner vraiment? Journaliste, philosophe, écrivain engagé, dramaturge, essayiste, novelliste, conteur même à ses heures, ...Albert Camus était sur tous les fronts, de tous les combats. Quand il n'optait délibérement pour le silence.
Il était surtout d'une sincérité fondamentale. Sa révolte ne peut se comprendre que sous le prisme de son intégrité.
Son décès inopiné, le 4 janvier 1960, l'accident fatal qui lui coûta la vie et celle de Michel Gallimard éteignit une voix qui avait encore tant à dire.
Nous reviendrons largement sur le sujet, début novembre, à l'occasion de la semaine d'anniversaire qui lui sera consacrée sur ce blog, ...notamment
Ce qui n'empêche de nous pencher déjà sur ce collectif de lecteurs qui, sous la direction d'Eduardo Castillo, nous propose une série d'angles d'approche divers et motivés du grand homme, tant de raisons de l'aimer davantage.
Un être complexe, toujours à la recherche de vérité.
Pourquoi Camus?
"Parce qu'il nous parle encore aujourd'hui et d'aujourd'hui; parce que chaque nouvelle génération le découvre et ne cesse de s'approprier ses écrits. Son succès populaire, la passion de ceux qui se sont penchés sur l'homme et son art m'ont donné envie de rassembler des points de vue divers, riches, contradictoires et toujours renouvelés sur l'homme et son oeuvre, dans la volonté de faire partager et de transmettre , à travers les textes, la flamme camusienne." [ Eduardo Castillo]louis.jadoul@skynet.be
Témoin de son temps, "touche-à-tout talentueux" et acteur d'un monde qu'il eût souhaité meilleur, Albert Camus marquera le parcours de nombreux intellectuels. Extraits d'écrits, de lettres et de discours camusiens à l'appui, les auteurs de ce collectif tracent des passerelles avec les révoltes actuelles d'Afrique du Nord, celle des Indignés, .. l'opposent à son meilleur ennemi, Jean-Paul Sartre.
Tranchant quelque peu par un parti-pris décapant, sincère et surprenant, Alexis Jenni (Prix Goncourt 2011, L'Art français de la guerre) admet qu'il s'ennuie parfois à la lecture de La Peste .... Raidi par une lutte intérieure, brillant penseur, Camus aurait gagné à n'être que romancier...
Un collectif bien intéressant.
Apolline Elter
Pourquoi Camus ? , collectif d’auteurs sous la direction d’Eduardo Castillo, Ed. Philippe Rey, mars 2013, 300 pp, 19 €
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18 05 13
Un Panthéon des lettres françaises
En se penchant, dans Quolibets paru aux Éditions L'Âge d'Homme à Lausanne, sur l'œuvre des 68 auteurs français qui comptent à ses yeux, l'essayiste belge Christopher Gérard a fait preuve d'un goût très sûr manifesté sur un ton bellement anticonformiste, résolument à contre-courant de la bien-pensance actuelle considérée à juste titre comme décadente par notre chroniqueur passionné de liberté et en vénération devant la langue française la plus pure.
C'est donc avec délectation que l'on découvre ses considérations à fleuret moucheté, par le biais de commentaires parfois insolents mais faisant toujours mouche, à propos de corsaires et d'irréguliers de la littérature d'hier et d'aujourd'hui, dont certains sentent le soufre : Jules Barbey d'Aurevilly, Jean-Baptiste Baronian, Henry Bauchau, Jacques De Decker, Michel Déon, Ghislain de Diesbach, Pierre Drieu la Rochelle, André Fraigneau, Corinne Hoex, Ernst Jünger, Jacques Laurent, Jean Mabire, Félicien Marceau, Michel Mohrt, Philippe Muray, Roger Nimier, Jean Raspail, Jacqueline de Romilly, Dominique de Roux, Stendhal, Pol Vandromme, Dominique Venner, Émile Verhaeren, Vladimir Volkoff, Paul Willems...
Mais aussi de talents trop peu connus, comme ceux de Jacques d'Arribehaude, d'Olivier Bardolle, d'Alain Bertrand, de Bernard du Boucheron, de Bruno Favrit, de Jean Forton, de Marc Hanrez, de David Mata, d'Anne Richter, d'Éric Werner, entre autres.
Une passionnante mise en perspective de la considération que nous livra jadis Robert Poulet, prince des critiques s'il en fut : « Dans la littérature française contemporaine, bien souvent les idées sont à gauche et le talent à droite... ».
Bernard DELCORD
Quolibets Journal de lectures par Christopher Gérard, Lausanne, Éditions L'Âge d'Homme, mai 2013, 224 pp. en noir et blanc au format 12,5x 19 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 14 €
Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Littérature générale | Commentaires (0) |
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16 05 13
Devoir de mémoire?

"La vie des morts célèbres est pleine de rebondissements. Le repos éternel est devenu une véritable illusion dans leur cas et Françoise, pour sa part, n'eut guère la paix que pendant une saison."
Devoir de mémoire? D'amitié conclue sur le tard?
L'enquête minutée, minutieuse à laquelle se livre la journaliste Alix de Saint-André, soutenue par Caroline Eliacheff, fille de Françoise Giroud et de sa famille en général, vise à trouver la vérité de la célèbre journaliste. Une vérité souvent occultée par l'intéressée-même, trahie, selon les dires d'"A.S.A." par la biographie que rata Chistine Ockrent, et celle, approximative, de Laure Adler.
Elles nous avaient pourtant passionnée toutes deux..
Revenant avec force détails sur l'affaire des lettres anonymes rédigées par une femme en souffrance et une judéîté non assumée, Alix de Saint-André décide de tirer les faits au clair, les situer dans leur exact contexte et fédérer autour de son enquête l'adhésion de toute une famille.
Sa rencontre initiale avec Françoise Giroud date du 2 décembre 1987, époque de la publication de la biographie d'Alma Malher:
" Jeanne-Marie Darblay [NDLR: rédactrice en chef d'Elle ] me donna mission, si j'avais envie de l'interviewer, de lui rentrer dans le chou."
Mais "On ne tire pas sur une ambulance". Françoise Giroud apparut, vieille, fragile et affable, pénalisée par une "brume chimique" probable conséquence de la prise d'anti-dépresseurs. La sympathie entre les deux femmes fut inéluctable . Et les rencontres de se multiplier. Et Alix de Saint-André de s'investir garante de la vérite posthume de la grande dame, écorchant sans ménagement Chrsitine Ockrent, Madeleine Chapsal, première épouse de Jean-Jacques Servan-Schreiber et avec une moindre hargne, Laure Adler. Et de passer de longs et laborieux jours d'enquête et de copies auprès de l'IMEC, d'abbaye normande qui contient les archives privées de Françoise Giroud, Marguerite Duras et autres personnalités illustres.
C'est alors qu'elle découvre les deux versions de l'Histoire d'une femme libre, rédigé par Françoise Giroud, au mitan de sa vie, après sa tentative de suicide avortée. Versions échappées à la vigilance des précédentes biographes, qui, mises en perspective et établies, nous offrent la belle publication dont nous vous parlions en début d'annéée. Nous ne pouvons que vous inviter à en retrouver le compte rendu: http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/archive/2013/02...
AE
Garde tes larmes pour plus tard, Alix de Saint-André, récit, Ed. Gallimard, janvier 2013, 290 pp, 20 €
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15 05 13
Pour s'y retrouver facilement...
Ayant planché en 2007 (mais l'ouvrage, régulièrement réimprimé, est toujours disponible) pour les Éditions Averbode sur les Grands courants de la littérature française, Georges Legros, Michèle Monballin et Isabelle Streel ont produit un petit vade-mecum d'une belle pertinence et d'une grande clarté.
C'est qu'en quelques pages illustrées d'extraits parfaitement exemplaires, ils vont à l'essentiel de l'Humanisme, du Baroque, du Classicisme, des Lumières, du Romantisme, de la Modernité, du Symbolisme, du Surréalisme ainsi que de la culture contemporaine dans ses expériences et ses contradictions (Existentialisme, Théâtre de l'absurde, Nouveau Roman, Oulipo, Francophonie littéraire, Postmodernité...) dont ils remettent les idées en place avec une maestria digne de tous les éloges.
Une référence incontournable pour tous les lecteurs, étudiants ou pas !
Bernard DELCORD
Grands courants de la littérature française par Georges Legros, Michèle Monballin et Isabelle Streel, Éditions Averbode, 2007, 64 pp. en noir et blanc au format 20,8 x 29,3 cm (accompagnées d'une frise de 4 pages en quadrichromie) sous couverture brochée en couleurs, 12,90 €
Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Histoire de la littérature | Commentaires (0) |
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15 05 13
Ils sont fous ces Belges
Leur dernier reportage "Bienvenue chez les p'tits" vient d'être diffusé en télévision. Julien Oeuillet et Philippe Dutilleul, un des pilliers de l'émission Strip Tease, publient "Ils sont fous ces Belges", un ouvrage qui vous propose un grand tour de la belgitude.
Des valeureux Liégeois aux francophones de Flandre, des castors wallons aux rockers bruxellois en virée, Philippe Dutilleul et Julien Oeuillet vous offrent un voyage inédit dans une Belgique atemporelle, multiculturelle et excentrique. Ils sont fous ces Belges ! vous apprendra la meilleure façon de marcher droit dans ce pays de petites chapelles et de perpétuelles désunions. Vous suivrez le pas cadencé d'une procession wallonne arborant les uniformes d'antan ou la course entre deux trains des infortunés «navetteurs» qui rallient Bruxelles chaque matin. Un tableau impressionniste agrémenté d'un énorme sourire malgré les magouilles et les querelles en tous genres. De quoi vous transformer en fin connaisseur de la Belgique ! Les deux plumes déjantées d'un Wallon de souche et d'un Bruxellois cosmopolite racontent leurs périples dans ce pays si proche de la France et si différent, où une foule de personnages bigarrés jouent, sur une scène bien réelle, la folle comédie humaine made in Belgium.
Entretien réalisé par Brice à la librairie Filigranes le 26 avril.
Écrit par Nicky Depasse dans Belge, Brice Depasse, Vidéos | Commentaires (0) |
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14 05 13
Retour à Nohant
" Je me lève pour allumer le lampadaire. Chien et loup: l'heure où j'ai toujours un peu froid. L'heure de la méfiance, de la défiance, demi-domestiquée, demi-sauvage, qui fait tanguer l'âme au soir."
Quelle mouche pique Jean-Marc, psychiatre, psychanalyste patenté, qui l'amène à s'angoisser de manifetations occultes, celles-mêmes que son esprit, rationnel, avait rejetées jusqu'à présent.
" Et si je sortais plus souvent de mon cabinet? Et si je m'éloignais de cette bibliothèque constituée avec autant d'orthodoxie que de ferveur, qui veille sur moi comme je veille sur elle."
Mandé pour une conférence à Nohant, le narrateur est saisi de trouble, découvrant qu'il connaît chaque recoin de la demeure de George Sand...
Simple paramnésie?
L'aide de Louise, la complicité de sa fille Valérie , lui permettront-elles de surmonter cette crise au bénéfice d'une sensibilité accrue dans sa pratique médicale?
C'est tout l"enjeu de ce roman , son questionnement. Et l'attrait de Nohant, si cher à notre blog.
AE
Madame George , Noëlle Chatelet, roman, Ed. Seuil, avril 2013, 238 pp, 19 €
Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter | Commentaires (0) |
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12 05 13
Ruades dans les brancards
L'ouvrage intitulé Rebelles et subversifs de nos régions des Gaulois jusqu’à nos jours, paru à Charleroi chez Couleur livre en 2011 mais toujours disponible, a été rédigé par un groupe d'historiens engagés (comprenez très à gauche) du Nord comme du Sud du pays, placés sous la houlette d'Anne Morelli pour remettre en mémoire quelques-unes des luttes qui agitèrent jadis et naguère notre (petite) terre d'héroïsme.
C'est que la rébellion contre le pouvoir du plus fort est, quoiqu'on en dise, une composante fondatrice de notre histoire : contre Jules César (plus par sauvagerie et par goût de la zizanie que par esprit de résistance, il faut bien l'avouer...), contre les seigneurs terriens et les puissants des villes au Moyen Âge, contre l'Église catholique et ses tenants à la Renaissance, contre les Hollandais et les riches en 1830, contre les bourgeois en 1848, contre les patrons quelques années plus tard, contre le réformisme syndical en 1932, contre le gouvernement Pierlot en 1944, contre Léopold III en 1950, contre la loi unique en 1960, contre la royauté aujourd'hui...
Car l'amour de la castagne n'est plus incarné de nos jours dans Ce Pays que par le parti flamingant et fascistoïde dirigé par l'ex-gros qui sévit désormais aux destinées d'Anvers...
Ô tempora ! Ô mores !
Bernard DELCORD
Rebelles et subversifs de nos régions des Gaulois jusqu’à nos jours, ouvrage collectif sous la direction d'Anne Morelli, Charleroi, Éditions Couleur livres, février 2011, 288 pp. en noir et blanc au format 15x 22 cm sous couverture brochée en couleurs, 24 €
Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Histoire | Commentaires (0) |
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11 05 13
Embarquement magique

" Ce livre part à la recherche de l'émotion qui les saisit à la lecture du nom de Marseille sous les plus belles plumes. Les écrivains ont été éloquents, profitons-en; Marseille a été l'embarcadère des lettres, partons les retrouver sur la jetée."
Natif de Marseille, haut fonctionnaire, Rémi Duchêne a imaginé les premières pages de ce recueil, tandis qu'il vivait... sous nos cieux belges.
Passionné de littérature et érudit en la matière, il nous propose de visiter sa ville natale sous l'angle patriote, passionné, ému, surréaliste, féminin, poétique, aimant ou (franchement) hostile d'écrivains majeurs, qui y sont nés ou y ont séjourné durant la première moitié du XXe siècle. Albert Camus, Albert Cohen, Guillaume Apollinaire, André Breton, Paul Eluard, René Char, Louis Aragon, Antonin Artaud, Jean Cocteau, Colette, Simone de Beauvoir, André Malraux, Paul Valéry, Valéry Larbaud, Henry de Montherlant, Jean Giono, André Gide, André Gaillard, Blaise Cendrars, Jules Supervielle, Jean Genet, Eugène Ionesco, Roger Martin du Gard et Céline voient ainsi leurs oeuvres analysées sous le prisme de la cité phocéenne et d'une mise en perspective magistrale.
" Bien des voyageurs de la première moitié du XXe siècle, avant que l'avion ne vienne bouleverser ces repères maritimes, ont saisi cet instant magique où la porte de Marseille s'ouvrait sur les mondes lointains: Méditerranée orientale et Maghreb, mais également Afrique noire, océan Indien, Extrême-Orient, Amériques...."
Rendue aisée et lumineuse par la fluidité d'écriture de l'auteur, la lecture de l'essai est riche d'enseignement. On ne pouvait concevoir meilleur hommage à la Capitale culturelle de 2013.
Apolline Elter
L'embarcadère des lettres. Marseille et les écrivains, Rémi Duchêne, essai, JC Lattès, avril 2013, 514 p, 23 €
Billet de faveur
AE : Bel hommage à la ville qui vous a vu naître et que vous aimez, Rémi Duchêne, l’essai opère une sorte de réhabilitation par rapport à une Marseille « souvent écrasée par sa caricature » et même « brocardée ». Le travail opéré , l’érudition impressionnante qui parcourt les pages , leur académie vivante, allègre et nuancée sont aussi un hommage à feu votre père, le professeur Roger Duchêne . Aviez-vous évoqué ensemble le projet ?
Rémi Duchêne : Nous n’en avons hélas pas eu le temps, sa disparition fort brutale nous a privés de ce plaisir. Mais il est vrai que bien des éléments ramènent vers lui cet essai : le penchant enthousiaste pour la littérature et l’amour de Marseille sont bel et bien mon plus précieux héritage - avec le goût de la vie de famille ! Je me suis efforcé aussi de m’inspirer de sa passion pour le travail bien fait et de son envie de partager le fruit des recherches avec le plus grand nombre.
AE : Vous semblez habité par les auteurs que vous évoquez, tant vous en connaissez les œuvres, parcours, place au sein de la littérature. Une pareille somme, c’est le travail de toute une vie…
Rémi Duchêne : aimer la lecture, c’est en effet un bonheur qui dure toute une vie, comme vous le savez bien et le faites partager vous-même à vos abonnés et fidèles ! Je n’ai pas étudié la littérature à l’Université, cependant j’ai toujours figuré dans la catégorie des bons lecteurs… Pour cet ouvrage, cinq ans ont été nécessaires entre le premier projet, conçu… à Bruxelles, puis les visites à Marseille, les recoupements et mises en perspective, enfin la rédaction, avec une attention portée à la construction d’un récit (tous ces écrivains prestigieux qui se bousculent, si j’ose dire, sur l’embarcadère, avec chacun une histoire étonnante !), ainsi qu’à la précision des références.
AE : « Quel mouvement dans ce Marseille ! Paris paraît morne à côté. » écrit Colette à la Duchesse de Morny, son amie. Nous sommes en 1909. Partagez-vous ce point de vue, plus de cent ans après ?
Rémi Duchêne : On retrouve ce jugement sous quelques autres plumes prestigieuses, comme Éluard ou même Camus, pour qui le monde méditerranéen, d’une façon générale, représentait la vraie vie. Cocteau, Montherlant, Cendrars, Beauvoir… sont sous le charme. Au XXIème siècle, Marseille garde cet attrait subtil, à la fois brutal et pudique, sensuel et poétique. Et le mouvement qui plaisait tant à Colette est toujours là, celui des navires dans la rade, celui des populations métissées, celui des arts et de la créativité, et, par-dessus tout, une puissante aspiration au bonheur et à la liberté.
Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Documents, récits, essais | Commentaires (0) |
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