16 05 15

Il est minuit moins le quart

téléchargement.jpg«  Depuis quinze ans, je mène une double vie. On m’aperçoit sur les plateaux de télévision assurant la promotion de ma littérature et m’esclaffant trop ; mais dans mon quotidien, derrière cette pavane, je rejoins ma vocation, j’agis. Tandis qu’une part de mon cerveau fuit dans l’écriture, l’autre cherche de manière obsessive les moyens de contourner l’inertie politique qui me crève le cœur. »

 C'est à une "révolution civique et collaborative" que nous convie le célèbre romancier, Un réveil sociétal propre à contrer l'apathie de l'appareil étatique,  fédérer en "bouquets de solutions citoyennes "  les initiatives de tout bord, de toute ampleur,  visant au bien commun.

 Place aux Faizeux qui, aussi brouillons soient-ils, tentent quelque chose. Je vous le dis avec vigueur, lucidité et solennité : une société sans espoir est, qu’on le veuille ou non, un grand danger pour elle-même. Il est minuit moins le quart. Nous ne nous battons plus en temps de paix mais dans les derniers mois qui nous restent avant que Marine Le Pen fasse, peut-être, main basse sur l’un des plus grands peuples de I’ Histoire. Cette hypothèse ne peut plus être écartée dans un soupir hautain. Désormais tout est possible

Utopique pensez-vous? 
Pas tant que cela.

" La France regorge de solutions inexploitées qui n'ont rien de chimérique, de gens hors du commun qui face aux déficiences du politique, se conduisent en garants de l'intérêt général."

 Le constat est simple. Il est politique. Français en son analyse, universel en son effet:

" Profondément affecté par l'indécente léthargie du centre, de la gauche et de la droite supposément du gouvernement (on se pince pour ne pas rire de désespoir, j'ai donc décidé de sortir du cadre de ma vie tranquille pour aider à ce que se lève de partout en France, dans le sillage des Faizeux [NDLR: ceux qui agissent, à l'inverse des diseux qui se contentent de paroles] une vague d'espoir concret. Opérationnel. En investissant dans mon action le pécule de mon crédit de militant associatif." 

 C'est qu'il est sacrément convaincant le tout frais quinquagénaire, porte-flambeau d'un combat généreux. Il porte si flamboyante plume qu'on ne peut qu'adhérer à la lecture... et qui sait..adorer..  Les réalisations pratiques pullulent qui prouve que l'apostolat jardinesque ne relève pas du pur esprit.

«  Partout s’éveille donc dans ce pays ébranlé, excédé de règles, un esprit de responsabilité qui conduit les  uns et les autres à sortir du cadre, puisque le cadre institutionnel ne fonctionne plus. Chacun sent bien qu’il faut réparer soi-même la société, en usant moyens à sa portée

Il m'importe de faire la part belle, de relayer, passé l'étonnement premier, la ferveur d'extraits...  à infuser.

Confiance en ses concitoyens, enthousiasme pour la France et la grandeur de son destin, joie de lui appartenir et de vivre sont maîtres-mots de ce manifeste très engageant.

Apolline Elter

Laissez-nous faire ! On a déjà commencé, Alexandre Jardin, manifeste, Ed. Robert Laffont, avril  2015, 208 pp

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07 12 13

Jouer, défier, jouir

mes-trois-zebres-alexandre-jardin-9782246804550.gifS'il se fait "une joyeuse idée de la France" c'est parce qu'Alexandre Jardin revendique une triple paternité dans ses choix d'existence. Trois zèbres , trois "maîtres à oser " incarnés par Sacha Guitry,  Charles de Gaulle et Giacomo Casanova. Trois lumineuses illustrations des verbes "jouer, défier et jouir " qui conditionnent la vie de  l'écrivain  et un triple parti-pris qu'il entend partager avec le lecteur.

" Ce trio d'enchanteurs prouve que l'on peut s'engendrer soi-même au lieu de se contenter d'être né. "

 De Sacha Guitry, le lecteur retiendra l'être démesuré, fou à ...faire exploser les zygomatiques,  qui conçut sa vie comme une scène dramatique,  garde- fou quotidien de l'ennui;  l'être décalé, aussi, qui durant l'Occupation, persista à afficher un luxe, une sympathie vichyste qui lui seront durement reprochée à la Libération.

"Charles de Gaulle est mon plus grand secret.

Mon angle mort le mieux préservé, ma fièvre.

Mon vrai père"

 Figure plus austère que celle du Général, mais également fascinante: 

" Ce gentilhomme de l'effronterie a fait de moi, dans le plus grand secret - oui, sans que les miens y aient eu quelque part- , un type hautement allergique à la fatalité, haïssant toutes les formes de statisme. Un militant associatif qui chaque matin entend l'appel permanent du 18 juin, cette invitation à nager contre tous les courants de la renonciation à soi." 

Sa passion pour Giacoma Casanova, la  parfaite anti-thèse gaulliste,  Alexandre Jardin la justifie, par cette jubilation sans borne que le Vénitien traduit, irradie, tandis qu'il taste et  tâte,  sans vergogne, tous les plaisirs de l'existence.

 Et le lecteur de savourer le brio d' une plume magnifiquement inspirée, une nouvelle fois 

Apolline Elter

 Mes trois zèbres,  Une joyeuse idée de la France, Alexandre Jardin, essai, éd. Grasset, oct. 2013, 332 pp, 20 €

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25 12 12

Sans angle mort

 

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"Le commissaire Kermeur avait pour habitude, et pour méthode, de ne jamais rater les dates anniversaires des familles dont il n'avait pas sondé les opacités. Rien ne l'intéressait comme ces moments où la clarté tombe dans les esprits et où les loyautés se rompent. Le mutisme des fratries l'avait toujours inquiété, même si celle-ci, en trompe l'oeil et si singulière, paraissait avoir inventé la gaieté."

 Noël , fête de naissance, d'avénement à la vérité...


Réuni sur l' île bretonne patriarcale, à l'occasion de Noël et de l'anniversaire  de Gwen, sa doyenne, le clan Diskredapl  ( " Impensable" en breton) est saisi d'une fulgurante levée de tabous, sorte de transe collective d'aveux de secrets enfouis. L'instigatrice de l'événement se nomme  Norma: "étrange vestale de la transparence", elle a décidé de vivre sa vie sans angle mort et entend mettre à nu, les exactions commises par les "Impensables",  aïeuls,  membres de la famille et pièces rapportées.

L'épopée de cette famille jardinesque, écho flagrant des Gens très bien dont l'écrivain avait levé le secret, au prix d'un récit courageux et percutant (voir notre chronique sur ce blog) permet à ce dernier de renaître des cendres, de la mort littéraire qu'avait suscitée la révélation de son propre passé familial.

"Vivre pour ces gens-là, c'était exagérer. Et vaincre la normalité, en concassant les habitudes. Peut-être était-ce pour cela qu'ils circulaient pieds nus sur leur île, en été surtout mais aussi en hiver - équipés de sandalettes ou de chaussons-, comme s'ils avaient confondu cette île et leur domicile. De même refusaient-ils de mettre des points sur les i lorsqu'ils envoyaient des cartes postales, pour signifier leur mépris de la clarté."

Autopsie d'une tribu qui vit à la surface de dénis accumulés et qui paie de morts l'expression de la vérité.

Eloge  de la vérité dont Alexandre Jardin affirme qu'il lui a été inspiré par la vraie rencontre de Norma, au cours d'une séance de signature et de la démonstration sidérante d'une intégrité inaltérable.

Et toujours la  quête de l'expression juste, la maîtrise du style , le recours aux métaphores neuves et suggestives qui trempent d'encre précieux la plume de l'écrivain.

Une lecture recommandée.

AE

Joyeux Noël, Alexandre Jardin, roman, novembre 2012, 298 pp, 19,8 €


 

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20 05 08

Jardin de femmes

JARDINCeux qui ont raté l'épisode du Roman des Jardin et qui ignorent donc que l'Alexandre Jardin du Zèbre et de Fanfan n'est plus, ne manqueront pas d'être saisis par les propos qu'il tient (admirablement) dans ce Chaque femme est un roman. Les autres trouveront un éclairage supplémentaire au changement de cap sentimental de celui qui fut l'écrivain de l'Amour unique, du romantisme sentimental bien écrit.
A travers le portrait de la multitude de femmes qu'il a croisées dans sa vie, Jardin Jr (bonjour, Alain Delon) continue son auto-analyse avec brio, humour et lucidité. Peu m'importe de connaître la part de réalité et de romanesque, cette La Bruyèrade germanopratine m'a enchanté du début à la fin avec ses vérités sur l'expérience amoureuse de l'homme et de la femme sans cesse réinventée, jamais apprise, jamais comprise.
Cinq étoiles.

  ALEXANDRE JARDIN - Brice Depasse 1
  ALEXANDRE JARDIN - Brice Depasse 2
  ALEXANDRE JARDIN - Brice Depasse 3

A. Jardin03

Chaque femme est un roman , Alexandre Jardin, Grasset, avril 2008, 295p., 19€80.

Commander « Chaque femme est un roman »

Photo : Alain Trellu

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18 02 06

Mes excuses à Alexandre Jardin

Vingt minutes d'entretien absolument extraordinaires dans lesquelles l'auteur s'est livré sur son fameux "Roman des Jardin". Malheureusement mon DAT portable m'a lâché et nous n'avons pu sauver que les deux dernières minutes. Las !

ALEXANDRE JARDIN - BRICE DEPASSE

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