06 09 17

Le génie du coeur

Ah ! frappe-toi le coeur, c'est là qu'est le génie.
C'est là qu'est la pitié, la souffrance et l'amour; 

 s'exclame le jeune Alfred ( de Musset 1810-1857) dans une de ses Premières poésies, adressée à un mystérieux Edouard B.Frappe-toi-le-coeur.jpg

Un (presque) hémistiche que la célèbre romancière fait sien, projetant le lecteur au...coeur d'un des romans les plus impitoyables qu'elle ait écrits.

Un roman qui commence tel un conte de fées, autour de Marie, une jeune beauté provinciale de 19 ans - en 1971 - convaincue que ses atouts la destinent  à un avenir aussi jouissif que la jalousie qu'elle suscite en son entourage.

Le jour neuf promettait des événements dont elle ignorait la nature. Elle chérissait cette impression d'imminence." 

Mariée un peu trop hâtivement à Olivier,  jeune et beau pharmacien du cru, Marie accouche tout aussi prestement d'une ravissante Diane et d'une indifférence abyssale envers le fruit de ses entrailles.

" C'est fini . J'ai 20 ans et c'est déjà fini. Comment la jeunesse peut-elle être si courte "

Et la jeune femme de développer, en même temps qu'un certain bovarysme,  une insidieuse et féroce jalousie envers sa délicieuse petite fille, laquelle nourrit  a contrario envers sa "déesse"-mère un sentiment d'amour absolu.

Les naissances de Nicolas mais surtout de Célia que Marie étouffe d'un amour démesuré vont exacerber le sentiment d'injustice, la souffrance infligés à son aînée:

"  Diane cessa d'être un enfant à cet instant. Pour autant, elle ne devint ni une adulte ni une adolescente: elle avait 5 ans. Elle se transforma en une créature désenchantée dont l''obsession fut de ne pas sombrer dans le gouffre que cette situation avait creusé en elle."

 Peut-on survivre à une telle carence affective, à un tel manque d'amour maternel? 

La réponse est oui.

Devenue cardiologue, Diane offre ses brillantes aptitudes au service d'Olivia Aubuisson, maître de conférences dont elle booste la carrière, tandis qu'elle emploie tout son coeur à entourer celui de Mariel Aubuisson, la fillette chêtive et délaissée du futur professeur de cardiologie.  La boucle de l'enfant trop peu, si mal aimé est ainsi scellée, celle de la jalousie aussi et des relations hautement toxiques dont Diane est l'inévitable cible.

Il est des coeurs frappés d'aucun génie

Qui dans leur vaine béance

N'offrent de nid qu'à la jalousie

Ou la cruelle indifférence.

Apolline Elter

Frappe-toi le coeur, Amélie Nothomb, roman, Ed. Albin Michel, août 2017, 170 pp

23 08 17

Frappe-toi le coeur !

couve ntohtomb.jpgAmélie Nothomb a le chic pour trouver le beau titre insolite. Cette fois, il s'agit de la phrase d'Alfred de Musset : « Frappe-toi le coeur, c'est là qu'est le génie ». Comme depuis le tout premier ouvrage de l'écrivaine, j'ai adoré !

Dès le début, après quelques lignes, cette incroyable attirance dans l'histoire, le livre, les phrases. On est hyptonisés par le récit, la curiosité titillée.Vous trouverez des analyses fouillées du futur nouveau succès un peu partout, je vous distille donc ici quelques phrases qui m'ont frappé.

Vous le savez, Amélie a toujours adoré la recherche de prénoms incroyables pour ses personnages. Alors, cette fois, elle prend le contrepied pour nous surprendre :

« Marie aimait son prénom. Moins banal qu'on ne le croyait, il la comblait. Quand elle disait qu'elle s'appelait Marie, cela produisait son effet. « Marie », répétait-on, charmé. »

Et puis ceci, toujours à propos des noms :

« C'est mon vrai nom. Mes parents s'appellent Monsieur et Madame Deux. Et comme ils ne manquent pas d'humour, ils m'ont baptisée Elisabeth. » 

Quelques courts moments :

« Quel plaisir d'être cent fois respirée, mille fois convoitée, jamais butinée ! »

« Elle était si heureuse qu'elle se croyait amoureuse. »

« Tous les enfants prient sans forcément savoir à qui s'adresser. »

« Je ne suis pas cultivée, vous savez. Mais j'ai toujours aimé lire. »

« Elle travailla tellement que le temps ne contenait plus de pulpe. »

« Chaque jour était le trognon d'un jour et ce n'était pas elle qui en croquait la chair. »

Le talent d'Amélie est aussi d'allier la belle écriture au monde actuel, comme dans ce passage :

« A l'âge où les filles trouvent trop cool d'arriver en classe avec un jean troué et une chemise de bûcheron, elle portait les tenues strictes des danseuses classiques à la ville.

-Tu es limite chiante, lui dit Karine qui se considérait comme son amie la plus lucide.

-Pourquoi limite ? Fut l'éclairante réponse de Diane. »

C'est aussi un récit d'amour et d'amitié, qui m'a parfois fait songer au trouble que j'avais ressenti, adolescent, à la lecture du « Rempart des béguines » d'une autre Belge, Françoise Mallet-Joris.

 

Jacques MERCIER

 

« Frappe-toi le coeur », Amélie Nothomb, Albin Michel, 180 pp, 20X1,8X13,5 cm, 16,90 euros, parution Parution le 24 août 2017

22 12 16

An american dream

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C'est un beau roman, c'est une belle histoire...

Bien davantage

Un roman émouvant, frais, entraînant, poignant .. qui voit le rêve de Jende Jonga, un Camerounais trentenaire, de sa femme Neni, leur demande conjointe d'asile en territoire américain, heurter le refus larvé d'autorités passablement débordées.

Nous sommes en 2007.

Le couple est courageux. Jende est chauffeur de Clark Edwards , un richissime homme d'affaires de Manhattan qui va sombrer avec la faillite de Lehman Brothers  Neni, enceinte de leur deuxième enfant, étudie d'arrache-yeux afin de devenir pharmacienne...  Ils ont confié leur sort à Boubacar, un avocat, prétendu spécialiste des obtentions d'asile...

"L'Amérique donnait à tous, Noirs ou Blancs, les mêmes chances de devenir ce qu'ils voulaient devenir." 

L'attente se vit au rythme du service de la famille Edwards, Clark, Cindy et leurs fils Vince et Mighty, de la découverte émerveillée de l'univers de luxe dans lequel ils gravitent. Le rêve américain qu'ils incarnent laisse pourtant percer un malaise grandissant dans leurs relations familiales.

Un mal-être dont les Jonga feront les frais.

Portée par le prisme d'un regard étranger, neuf et pur sur la société new yorkaise, un rythme, un parler finement exotique,  le roman évite l'écueil des poncifs. Il  confronte les mentalités, rapproche subtilement les êtres de bonne foi, promeut la dignité humaine

Une leçon de vie

Apolline Elter

Voici venir les rêveurs, Imbolo Mbue, roman traduit de l'anglais (Cameroun) par Sarah Tardy, août 2016, 300 pp

  

Écrit par Apolline Elter dans Amélie Nothomb, Rentrée littéraire | Commentaires (0) |  Facebook | |

15 08 16

Riquet à la houppe, le nouveau roman d'Amélie Nothomb

 

 

amelie-riquet-houppe.jpgVoici le 25e roman d'Amélie Nothomb : « Riquet à la houppe » ; et voici donc 25 ans que nous nous connaissons ! Entre autres, en étant chaque année une invitée exceptionnelle du « Jeu des Dictionnaires ». On connaît mon enthousiasme pour ses écrits, mais j'ajoute que je n'ai jamais été déçu par eux. Cette re-création du conte de Charles Perrault (paru en 1697!) se joue sur le thème de la laideur et de la beauté ; un thème qui apparaît si souvent dans les romans d'Amélie.

« Le très laid suscite parfois un peu de compassion ; le très beau irrite sans pitié. La clef du succès réside dans la vague joliesse qui ne dérange personne. »

« Elle savait d'expérience combien le monde haïssait la beauté et ne demandait qu'à la traduire en sottise. »

Et de citer Barbey d'Aurevilly : « Le profil est l'écueil de la beauté ou son attestation la plus éclatante.»

 

Il s'agit de l'histoire parallèle de deux enfants, un laid : Déodat et une beauté : Trémière.

 

Et bien sûr voici les caractéristiques habituelles des romans de Nothomb : Le choix des prénoms tout d'abord.

« La mère de Rose s'appelait Passerose, autre nom de la rose trémière. »

« Pour qui aime, découvrir que l'aimée porte un prénom admirable équivaut à un adoubement. »

 

On découvre aussi quelques mots inusités, que l'auteure parsème toujours dans ses livres :

« Sardanapalesque », digne de Sardanapale par le caractère luxueux et débauché.

« Des chausse-trapes » (avec un seul p, comme se doit de l'écrire toute bonne académicienne !)

« Le tadorne de Belon », le plus grand des canards en France.

Et le retour des gossettes, de l'enfançon et de la déréliction, ce sentiment de solitude et d'abandon, que l'on retrouve souvent sous sa plume.

En passant, on saura tout sur les roses, sur l'arrivée du langage dans le cerveau (« Toute intelligence est aussi faculté d'adaptation. »), sur sa lecture récente de tous les volumes de la Comédie humaine de Balzac, sur l'amitié («L'amitié n'apparaît pas pour combler un appétit. Elle surgit quand on rencontre l'être qui rend possible cette relation sublime. »)...

 

J'aime aussi ses réflexions sur les oiseaux :

« Pourquoi inventer la figure de l'ange alors que l'oiseau existe ? »

« Il y aurait une thèse à écrire sur le besoin qu'a éprouvé le français de ridiculiser ces animaux splendides. (Dinde – en anglais turkey ; canard – en japonais kamo ; grue, en japonais tsuru) »

« De tous les animaux sauvages, l'oiseau était le seul que l'on côtoyait au quotidien, chaque jour de l'année. »

 

J'aime aussi son avis éclairé sur la télévision :

« (Devant le téléviseur) Il suffisait de se laisser emporter par ce tapis volant de lumière et de son, on était embarqué dans un monde peuplé de personnages fabuleux, dont les péripéties étaient racontées à une vitesse supersonique, avec des onomatopées étranges et des refrains au goût de bonbon. Au nom de quoi le privait-on de cet enchantement ? »

« Et il n'exclut pas que l'omniprésence de la télévision ait joué un rôle dans cette affaire. Non que les programmes soient forcément en cause. C'était comme si l'appareil lui-même avait capturé la volonté d'Axel. »

 

Enfin, cette phrase, pour clore ces quelques lignes destinées à vous inciter à la lecture de ce nouveau roman :

« Il détestait se sentir orphelin de livres, comme si aucun bouquin n'avait voulu de lui : il demeurait persuadé que c'était les ouvrages qui adoptaient leurs lecteurs et non le contraire. »

 

Jacques MERCIER

 

« Riquet à la houppe », Roman, Amélie Nothomb, Albin Michel, 190 pp, 16,90 euros.

 

 

02 09 14

Convignité

Elle signe présente, à chaque rentrée littéraire, combinant la rigueur d'agenda du métronome, l'élégance jubilatoire d'une plume rompue aux plus belles tournures syntaxiques,  le pétillant champenois d'un imaginaire incongru quand il n'est délirant.

Avec Pétronille, Amélie Nothomb publie un 23e roman ...gémellaire.

"Pendant des années, j'ai bu comme tout le monde, au gré des soirées, des choses plus ou moins fortes, dans l'espoir d'atteindre la griserie qui aurait rendu l'existence acceptable: (...)"

Soucieuse de se trouver un(e) complice, "convignon ou convigne" avec qui partager la "si agréable société" de ses griseries au champagne, la narratrice - très confondue en  la célèbre écrivain -  fait, fin 1997,  la connaissance de Pétronille Fanto, une étrange gamine, lectrice et même correspondante, lors d'une séance de dédicaces en librairie.

"Je me trouvais dans le cas où la découverte du physique du destinataire ne nuit pas à la correspondance. Relire les lettres de vieille philosophe ténébreuse de Pétronille Fanto, en sachant qu'elles avaient été écrites par un petit garçon bagarreur aux yeux vifs, les rendait formidablement piquantes."

S'instaure une relation amicale que - ô surprise et intérêt du roman - Pétronille semble  d'emblée dominer, nantie d'un caractère bien trempé..de champagne.

"Je la regardais avec l'admiration stupide qu'ont les gens de mon espèce quand ils rencontrent un prolétaire véritable."

Fenêtre d'une amitié-fantôme, fantasmée  ou  fantastique selon l'interprétation donnée au patronyme de Pétronille, le roman invite le lecteur à (re)découvrir une face touchante d'Amélie Nothomb,  celle de l' humilité, de l'asservissement en amitié. Ajoutez une bonne dose d'auto-dérision - ça on le savait - noyée dans les meilleures coupes champenoises, ...ce n'est pas un scoop non plus et prêtez attention à ces pistes nombreuses que l'écrivain fournit sur son mode de fonctionnement. De questionnement. De vie, tout simplement.

Beaucoup de réflexions, miroirs d'une gémellité décidément "convigne", amicale et littéraire.

Apolline Elter

Pétronille, Amélie Nothomb, roman, Albin Michel, août 2014, 170 pp

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Parue conjointement avec la publication du livre, la version Audiolib de Pétronille, est un petit bijou d'écoute, tant la voix, l'intonation de Pulchérie Gadmer - cela ne s'invente pas - se prêtent idoines aux propos de l'écrivain.

Audiolib, août 2014,  2 CD (Mp3) , durée: 2h27

04 09 13

Nostalgique, mais heureuse !

index.jpgVous êtes déjà nombreux à avoir lu les avis sur le nouveau roman d'Amélie Nothomb, mais laissez-moi y ajouter quelques phrases extraites d'une lettre que je lui ai envoyée au moment de la lecture de l'avant-première du roman "La nostalgie heureuse" en juillet...

"Cette fois, comme toujours, le livre me surprend par le thème et le récit. Un roman sur le reportage d'une équipe de télévision. Tu dois deviner combien j'y retrouve les défauts, les tics, les envahissements, mais aussi l'invention que cela représente.

L'air de rien, tu déculpabilises les nostalgiques en faisant la part des choses : Proust et les romantiques, par exemple. Tu joues avec cette re-visitation du passé, qui est le grand moteur de nos vies. Le cerveau recycle et efface en permanence nos souvenirs : c'est la désormais fameuse résilience de Boris Cyrulnik...

J'aime tout : De la première phrase que tu mets en exergue et qui explique ta démarche littéraire jusqu'aux descriptions subtiles de l'air et du silence !

Picorées dans le livre, comme je le fais sur Radio-Judaïca avec Nicky Depasse, voici quelques phrases :

"Qu'est-ce qu'une caméra peut percevoir de ce qui se passe en moi ?"

"Nos villes européennes, où le temps s'est arrêté"

"Cette stèle qui annonçait le tsunami, il y a mille ans !

"Il n'y a pas d'avenir pour ce qui n'est que poétique ?"

Et j'adore cette définition de la ville de Paris : une armoire mal rangée dont on reçoit le contenu sur la tête !"

Bonne lecture ! Fan absolu d'Amélie, je suis toujours ravi de pouvoir témoigner que mon bonheur de découvrir son roman ne s'érode pas et n'est jamais déçu !

 

Jacques MERCIER

 

"La nostalgie heureuse" roman, Amélie Nothomb, Edition Albin Michel, 158 pp.16,5 Euros.

 

26 08 13

natsukashii

"Tokyo, c'est d'abord un rythme: celui d'une explosion parfaitement maîtrisée. Quand on y revient après une longue absence, on doit s'isoler quelques secondes en une sorte d'apesanteur pour réaterrir dans le tempo. Dès que les pieds sentent la pulsation, on y est."

 

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 Notre compatriote, célèbre romancière, prolixe épistolière, chère à notre blog  et à des millions de lecteurs ne manquerait son rendez-vous de la rentrée, sous aucun prétexte. Une hygiène de vie...et de courtoisie.

Quelle est donc cette nostalgie heureuse, cette natsukashii proustienne, qui saisit la narratrice de ce récit d'inspiration largement biographique ? 

"Je n'avais plus mis les pieds au pays du Soleil levant depuis décembre 1996. Nous étions en février 2012. Le départ était fixé au 27 mars"

Invitée par une équipe de télévision française à réaliser un reportage sur le Japon, terre de sa prime enfance, la narratrice sera percutée de plein fouet par un tsunami de souvenirs, de sensations, d'émotions difficiles à gérer.

"Tout le monde connaît cette expérience cruelle: découvrir que les lieux sacrés de la haute enfance ont été profanés, qu'ils n'ont pas été jugés dignes d'être préservés et que c'est normal, voilà."

Retrouvailles avec Nishio-san,  sa nounou, Rinri, son ex-fiancé, son pays d'adoption,  génèrent chez cette prêtresse du paradoxe, de l'hyperbole, une foule d'observations, un  déferlement d'affects sitôt décortiqués, soupesés, analysés, étudiés,  calfeutrés, ...avec une précision chirurgicale et cette courtoisie nippone, teintée d'humour, de dérision,  qui fait le sel de son écriture.

" Si je suis japonaise, c'est en cela: quand je sens que ma réaction émotionnelle va être trop forte, je me raidis. Mon corps rigide déambule dans la rue. On tend le micro vers moi, je dis une formule creuse sur l'écoulement du temps."

Au bonheur de lecture s'ajoutera la sensation d'avoir partagé un moment vrai, une conversation de l'âme avec la narratrice.

Apolline Elter

La nostalgie heureuse, Amélie Nothomb, roman, Ed. Albin Michel, août 2013, 156 pp, 16,5 €

25 04 13

Mardi-Gras

 

51aOfHSd-2L._SL500_AA300_.jpg" Ce fut ainsi que, presque par accident, Megan Pierce était passée de ce qu'on pourrait appeler un cloaque immonde au concentré du rêve américain."

Mariée à Dave, un avocat charmant, mère de deux enfants, Kaylie et Jordan, Megan ne parvient à se satisfaire de la vie bourgeoise qu'elle a construite, sur le mensonge d'un passé sulfureux, celui de Cassie, strip-teaseuse dans une boite d'Atlantic City.

Elle revient, après dix-sept ans, sur les lieux de ses exploits et se trouve mêlée, à... son corps défendant, à une affaire de meurtres en série: une sorte de justicier massacre chaque mardi-gras des êtres violents et glauques.

" Les "si" continuaient à dresser leurs têtes hideuses. Si Megan n'avaient pas pris la fuite à l'époque. Si elle était restée pour voir ce qui était arrivé à Stewart Green, tous ces "hommes du Mardi gras" - ces hommes disparus sans laisser de traves, depuis Stewart jusquà Carlton Flynn - seraient-ils encore en vie? "

Associant  suspens, cruauté, fauxangélisme, amour,  humour, humanité  et  psychologie en un cocktail savamment dosé, le maître du thriller prend le lecteur aux rêts d'une lecture qui ne souffre l'interruption.

 

AE

Ne t'éloigne pas, Harlan Coben, thriller, traduit de l'américain par Roxane Azimi, Ed. Belfond noir, mars 2013, 370 p, 19,90 €

Écrit par Apolline Elter dans Amélie Nothomb, Harlan Coben, Thriller, Polar | Commentaires (0) |  Facebook | |

19 11 12

Amélie Nothomb dans Café de Flore

AMELIE_JACQUES_MOI-1.jpgAmélie Nothomb était l'invitée de Nicky Depasse et Jacques Mercier dans Café de Flore en septembre dernier. En voici le podcast intégral. Au programme : Barbe bleue (dernier roman d'Amélie Nothomb), J'adore ce chapeau (Tornade), Charles Baudelaire (Pléïade), Le bruit du coeur de Jens Christian Grondhal (Folio), La petite fille sans allumettes (Seuil Jeunesse). 

Et bien sûr le Mémo de Jacques Mercier consacré à L'éloge du sublime de Philippe Sollers (Pocket).

Photo : Gianni Candido

Café de Flore, le lundi et le jeudi de 13 à 13.30 sur Radio Judaïca (90.2FM)

23 08 12

Champagne

9782226242969.jpgIl n'est de champagne sans bulles, d'Univers sans Saturne, de rentrée littéraire ..sans Amélie Nothomb.

Rien de plus juste, partant, que d'amorcer le plateau des chroniques de la rentrée avec le nouvel opus de notre compatriote de génie. La célèbre écrivain n'a pas ménagé sa peine, qui offre à notre dégustation une fontaine de coupes (ma)thématiques, effervescentes comme ce champagne qui inonde les chapitres: amour, couleur, confiance,  fascination, folie, lumière, or, aristocratie et grandesse espagnole, haute couture, érotisme, religion, photographie, table, sacrifice, mort,  transgression ... sans oublier le thème  - majeur- de l'oeuf et de son cloître autistique.

" Je vous vois venir. Vous me considérez comme un fou qu'il faut mettre hors d'état de nuire.

- Le penser d'un homme qui a tué huit femmes pour des motifs chromatiques serait un jugement hâtif."

Admise comme colocataire de don Elemirio Nibal y Milcar, richissime grand d'Espagne, Saturnine tente de percer le mystère de ce personnage énigmatique, fascinant, volontairement cloisonné dans son luxueux appartement parisien.  Dotée d'un solide sens de la provocation et peut-être du sacrifice, elle entend épargner aux femmes, le sort des colocataires qui l'ont précédée: " Aussi longtemps que je suis là, il ne risque pas de zigouiller une nouvelle femme"

Bâti autour du célèbre conte de Barbe bleue et de la transgression d'un interdit - en l'occurrence, une chambre noire - le roman profile les ombres de Landru,  Henri VIII, des  docteur Petiot,  Petit Prince, Adam & Eve  et de... Pretty Woman. Les thèmes défilent plus fantas(ti)ques les uns que les autres, nourris avec brio de dialogues  vifs, toniques, pétillants.

Et le lecteur, saturnin,  de pénétrer cette chambre noire dans l'euphorie d'une irrépressible fascination.

AE

Barbe Bleue, Amélie Nothomb, roman, Albin Michel, août 2012, 170 pp, 16,5 €