31 05 06

Tout le monde en parle : c'est fini !

La seule émission populaire de grande audience à accueillir encore des écrivains (même s'ils ne sont pas légion) va s'arrêter fin juin, Thierry Ardisson refusant la clause d'exclusivité sur France 2 imposée par Patrick de Carolis. Nous ne connaîtrons jamais avec certitude la responsabilité ultime de l'un et de l'autre puisqu'ils se renvoient la balle mais peu m'importe. La seule chose qui compte pour moi, c'est que ces deux hommes étaient les seuls qui m'amenaient à regarder la télévision. Tant pis pour elle. Finalement, ce n'est qu'un meuble !

Je vous invite toutefois à parcourir l'intégralité de la lettre que Thierry Ardisson a écrite à Patrick de Carolis :

«Cher Patrick,

Je t'ai téléphoné un dimanche matin, il y a 15 jours, et je t'ai laissé un message. Je te proposais de nous rencontrer pour discuter une sorte de "paix des braves" destinée à sauver l'avenir de "Tout le monde en parle". Tu ne m'as pas rappelé. Le week-end dernier à Cannes, je n'ai pas pu te voir non plus, même à la soirée France Télévisions. Je n'étais pas invité. Alors, j'ai décidé de t'écrire.

D'abord pour te dire que j'ai bien reçu vendredi dernier la lettre recommandée de France 2 dans laquelle le directeur général, Philippe Baudillon, m'annonce officiellement que tu considères désormais Paris Première comme une chaîne "généraliste hertzienne" au même titre que TF1, M6 ou Canal +. Mon contrat avec France 2 m'interdisant de travailler sur d'autres chaînes "généralistes hertziennes", ton appréciation te conduira donc dans les jours qui viennent à ne pas le renouveler, bref, à supprimer "Tout le monde en parle".

Ce contrat prend en compte le fait que lorsque j'ai commencé "Tout le monde en parle", je travaillais déjà sur Paris Première où je présentais "Rive Droite / Rive Gauche". (Je ne suis donc pas un animateur de France 2 qui est allé sur Paris Première, mais un animateur de Paris Première qui est allé sur France 2). Ce contrat m'autorise à travailler avec des chaînes "thématiques du câble et du satellite". Paris Première est désormais diffusée sur la TNT payante. Cela en fait-il pour autant, comme tu le dis, une chaîne "généraliste hertzienne" dans l'acception du terme usité à l'époque où j'ai signé mon premier contrat "Tout le monde en parle" renouvelé à l'identique depuis 8 ans ? Cela en fait-il pour autant une chaîne concurrente de France 2 pour la saison prochaine ? Je ne le crois pas. D'autant plus que mon émission pour Paris Première, "93, Faubourg Saint Honoré" y est diffusée en crypté, donc payante, et sa réception ne concerne que quelques milliers de téléspectateurs potentiels. Mais, c'est comme ça, tu en fais un principe intangible : "93, Faubourg" sur Paris Première, c'est comme "93, Faubourg" sur TF1 ! Bien sûr, cette interprétation terminologique de l'alinéa 7.1 de mon contrat pourrait être arbitrée par les tribunaux, mais il n'y aura pas de procès de ma part. Le seul procès dans cette affaire sera celui que te feront les téléspectateurs le premier samedi de septembre à 23 heures 15.

Le problème dans toute cette histoire, c'est que l'exclusivité totale des animateurs du Service Public ne figurait pas dans ton audition devant le CSA lors de ton élection à la présidence.
Le problème, c'est que ni toi ni France 2 ne m'avez averti oralement ou par écrit de ce que tu considérais désormais Paris Première comme une chaîne "généraliste hertzienne".
Le problème, c'est que France 2 ne m'en avait pas plus averti lors de la signature du dernier contrat alors que Paris Première était déjà une chaîne de la TNT. Comment imaginer que France 2 n'ai rien dit pendant plus d'un an si je violais chaque semaine mon contrat ?
Le problème, c'est surtout qu'avant de resigner mon contrat avec Paris Première, j'en ai averti Philippe Baudillon, le directeur général de France 2, qui ne m'a pas dit de ne pas le faire.
Bref, le problème, c'est que tu changes la règle au milieu du match.

Alors, bien sûr, je pourrais rompre mon contrat avec Paris Première. C'est ce que France Télévisions me conseille de faire. Le budget de "Tout le monde en parle" étant 6 fois supérieur à celui de "93, Faubourg Saint Honoré", France Télévisions comprend mal que je ne le fasse pas. Mais je n'ai pas pour habitude de renier ma signature. Et pourquoi trahirais-je Paris Première ? En 1995, quand l'un de tes prédécesseurs m'avait déjà viré de France 2, Paris Première m'a donné du travail. J'y ai fait "Paris Dernière", puis "Rive Droite / Rive Gauche" et "93, Faubourg". (Je suis revenu sur France 2 en 1998 pour animer "Tout le monde en parle", ce qui explique mon exclusivité "hertzienne" et pas "totale" avec France 2).

Quand j'ai appris, par hasard, il y a un mois que tu considérais Paris Première comme une chaîne "généraliste hertzienne", j'avais donc déjà resigné mon contrat avec Paris Première. J'ai donc proposé à France 2 que cette "double appartenance" soit prolongée d'une saison, ce qui aurait sauvé "Tout le monde en parle". J'étais prêt à m'engager par écrit avec France 2 pour une exclusivité "totale" dès la saison suivante. Tu as refusé. Rien n'y a fait. Malgré l'insistance des cadres de France 2. Tu as préféré engager un remplaçant.

Ta première grande décision de président du Service Public aura donc été de supprimer "Tout le monde ne parle". Bravo. C'est pourtant l'émission qui incarne me semble-t-il le mieux la ligne éditoriale que tu as fixé lors de ton élection : "rendre l'intelligence intelligible". "Tout le monde en parle", l'émission qui vend le plus de livres en France est aussi un succès populaire. "Tout le monde en parle", l'émission qui programme Sirin Ebadi, Elie Wiesel ou Philippe De Gaulle le samedi soir face à 4 séries américaines bien trash sur TF1 termine en effet une saison exceptionnelle à 27% de parts de marché, soit 8 points de plus que la moyenne de la chaîne. C'est un miracle que tu fusilles.

Ce miracle, c'est avant tout du travail. Celui d'une équipe professionnelle et motivée qui en échange de ses bons et loyaux services ira pointer aux Assedic. Et le mien, au rythme de mes journées de 14 heures et de mes nuits blanches. Pour fournir une émission de 3h, alors que le contrat n'en exige que 2.

Mais, rassure-toi, Patrick, mes origines sociales m'ont fait côtoyer des travailleurs au chômage, et je ne vais pas faire le coup du nouveau pauvre. Je ne vais pas aller me plaindre de mon sort dans tous les médias du pays. Cette lettre suffira à expliquer l'incroyable dysfonctionnement de tes services et cette non moins incroyable rigidité. Je sais depuis longtemps qu'aucun animateur n'est propriétaire de sa case. Je vais aller chercher du travail ailleurs. Sur mon CV, il y a la liste des émissions que j'ai produite et/ou animées pour France 2 : "Lunettes Noires pour Nuits Blanches", "Double Jeu", "Frou Frou", "Tout le monde en parle", "On a tout essayé"… Tout le mal que je te souhaite, c'est que mon remplaçant en fasse autant pour la chaîne.

Bonne chance, Patrick, à toi et à France Télévisions.

Thierry Ardisson

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30 05 06

Deux petites filles en bleu

Je vous invite à écouter la chronique rapido par Christophe Corthouts du dernier roman de l'incontournable Mary Higgins Clark, laquelle sera bientôt son invitée dans Lire est un plaisir.

MARY HIGGINS CLARK - Christophe Corthouts

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30 05 06

Le complot contre l'Amérique

En 1940, lors des présidentielles, il fut un temps envisagé par les républicains de lancer dans l'investiture Charles Lindbergh, un des héros de l'Amérique. Devenu extrêmement populaire depuis sa traversée de l'Atlantique en avion sans escale, Lindbergh aurait pu battre le démocrate Roesevelt aux élections.
Philip Roth se revoit enfant, entouré de sa famille et de ses copains dans une Amérique conduite par le président Lindbergh. Cet homme qui ne cachait ni son antisémitisme, ni son non-interventionisme (son isolatiosnisme post-wilsonien) ne va pas entraîner les Etats-Unis dans le conflit mondial. Coup de génie du romancier : tous les personnages historiques sont vrais mais l'Histoire prend une autre direction. Des ministres nazis sont reçus à la Maison Blanche et des pogroms anti-juifs ont lieu à Washington.
Nouveau grand Philip Roth, "Le complot contre l'Amérique" est aussi touchant que son "J'ai épousé un communiste" car l'Histoire à laquelle il donne un souffle épique, le grand écrivain l'incarne dans les petites histoires d'une famille : la sienne.

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30 05 06

Citation du jour : Alexandre Jardin

"Seule la fiction peut sauver de l'affreux désespoir d'être né."
"Le jour où ton ennemi refuse vraiment ton argent, tu as un problème".

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29 05 06

Le prince ou le festin des fous

Jacques Chancel est la quatrième grande figure de France Inter à me rendre visite ces dernières semaines. Il ne s'agit pas cette fois de la publication d'un de ses entretiens mais bien d'un roman. Oui, un premier roman signé Jacques Chancel. Etonnant. Dépaysant aussi. Le prince est un roman d'aventures prétexte à la réflexion sur l'utopie et le destin, un livre très agréable à lire, au propos on ne peut plus humaniste.

JACQUES CHANCEL - Brice Depasse 1
JACQUES CHANCEL - Brice Depasse 2

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29 05 06

Jacques Chancel répond à vos questions

  JACQUES CHANCEL - Brice Depasse 3
  JACQUES CHANCEL - Brice Depasse 4

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29 05 06

Citation du jour : Gérard de Cortanze

"Mon père ne m'a rien laissé : un couteau, une règle en acajou, un coupe-papier, ... En somme, rien pour l'éternité.
Papa n'a pas disparu ; il est un disparu."

Je viens de me rappeler que Gérard m'avait lu ce très beau texte. Voici le podcast que je retrouve à l'instant :

GERARD de CORTANZE - Brice Depasse 5

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29 05 06

DVD : l'insoutenable légèreté de l'être

Sortie en DVD double - édition spéciale (etc, etc, on connaît la chanson des éditeurs) du très beau (très long) métrage de Philip Kaufman d'après le livre de Milan Kundera dont je vous conseille la lecture même après avoir vu le film. Seule ombre au tableau : j'aurais bien aimé une interview de l'auteur dans les bonus.

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28 05 06

Nous ne descendons pas du singe, nous sommes des singes

Le singe n'imite pas l'homme mais l'homme imite-t-il le singe ?
Frans de Waal est une des sommités mondiales parmi les primatologues. Fort d'une longue observation de nos "cousins" les chimpanzés et les bonobos, De Waal arrive à la conclusion que l'homme puise une bonne partie de ses comportements supérieurs chez ceux-ci.
L'empathie et l'antipathie ne sont pas des exclusivités de la race humaine. Une pierre de plus (et pas des moindres) à l'édifice de la connaissance vulgarisée de notre comportement.

  FRANS DE WAAL - Brice Depasse 1
  FRANS DE WAAL - Brice Depasse 2

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28 05 06

Vous vous en souveniez, de celui-là ?

  FRANS DE WAAL - Brice Depasse 3

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