03 04 07
Les chants de jalousie
Disparu en l’an 2000 à l’âge de 63 ans, Göran Tunström fut un des grands auteurs suédois du XX° siècle. Il connut la gloire dans son pays grâce à son premier roman, « L’oratorio de Noël » qu’Actes Sud publia en Français il y a une vingtaine d’années.
Mais sa muse était poétique. Le présent recueil de poèmes (qui paraît chez Léméac/Actes Sud), Tunström l’a consacré à sa femme. Les pages, superbes, se succèdent. Elles parlent de l’amour, de la jalousie (surtout) et de la folie de son épouse (boulversant).
Je m'y suis perdu.
Brice Depasse
Extraits : « Tu nages telle une carpe contre la vitre
Tes gestes las sont du faire-semblant :
ton habit d’or brille tellement
Le chant du soir est terminé, la neige
revient : jour après jour
tu seras emprisonnée par mon corps
lui-même emprisonné
par ma possession de toi. »
« De la benne
pointe, tel un périscope, un bonnet
il est à ma femme
Elle reçoit ces jours-ci bien des pensées
étranges et grandement errantes
et le diable n’a pas toujours accès
à sa complexion
Là, son visage !
Il rayonne, je l’aime
Des profondeurs elle fait monter
chromos, tables, vieilles encyclopédies
avec des planches couleurs de "Littorina purpurea"
précisément le coquillage dont elle a besoin
Quand les étoiles lancent en l’air
leurs fantasmagories
bien des choses lui parviennent
Voyez, autour des pommettes, de ses cheveux, cette aura !
En elle, même moi j’ai droit
A des choses très étonnantes. En prêt.
Je suis l’époux de la sorcière
Dans ma serviette j’apporte nos numéros de sécurité sociale
une liste de noms : la crèche et les amis proches
Un époux de sorcière reste deux pas en retrait
Ma bassesse l’empêche de voler
Ma logique est son entrave
Je reflète un discours social
Et lui fais beaucoup de tort
Maintenant on va continuer.
Écrit par Brice dans Poésie | Commentaires (0) |
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