23 04 07

Les prédateurs de Maxime Chattam

CHATTAML’année dernière, pour son « best-seller annuel » Maxime Chattam s’était éloigné du monde des tueurs en série pour entrer de plein pied dans celui des grands complots et de la manipulation aux dimensions planétaires. Pour réussi qu’il fut sur le plan du suspense (avec un final particulièrement surprenant) "Les Arcanes du Chaos" péchait peut-être par excès de naïveté : les théories développées par le roman n’avaient rien de particulièrement original, trouvant leur sources dans les nombreux « black books » et autres « conspiration theory » qui alimentent pas mal de sites Internet depuis une décennie.
Cette année, retour aux territoires sombres du serial-killer pour Maxime, avec ce « Prédateurs » qui joue à fond le jeu de l’épure pour entrer loin, très loin dans la réflexion sur le mal et sa présence en chacun de nous.
« Epure » est le premier mot qui m’est venu à l’esprit lorsque j’ai refermé ce nouvel opus chattamesque, puisqu’au travers d’un choix littéraire qui provoquera sans doute quelques froncements de sourcils, Prédateurs prend place dans une sorte de « réalité désincarnée » où les repères temporels et géographiques n’ont pas cours. Ainsi, l’intrigue se déroule à l’aube d’un débarquement indispensable à la réussite d’une stratégie de guerre, mais jamais il ne sera fait mention des côtes normandes, des armées alliées ou des forces du Reich. En outre, les technologies de pointe mises en branle aujourd’hui lors de la moindre affaire de meurtre semblent absentes… mais les réflexions psychanalytiques sur les origines du mal, les traumatismes, le rapport à la violence semblent fortement influencées par les avancées menées par les spécialistes en criminologies durant ces trente dernières années. Alors quid ? Où sommes-nous ? Quand sommes-nous dans "Prédateurs" ? Finalement peu importe… Ce qui compte par-dessus tout c’est cette atmosphère d’intense violence entre les peuples qui plonge les hommes dans un désarroi toujours plus grand. Un « background » qui brouille un peu plus chaque jour la frontière entre le bien et le mal. Si le meurtre se voit justifié, en masse, par la nécessaire résolution d’un conflit politique, comment l’individu peut-il repousser ses propres pulsions ? Quelle différence entre le soldat tuant pour la patrie, réduit à l’état de chair à canon, et le tueur en série qui voit tout ses semblables comme les pions d’un jeu macabre, quelque soit le drapeau sous lequel ils servent ? La guerre déshumanise … et le tueur n’étant déjà plus lui-même tout à fait un homme, s’y ébat comme un poisson dans l’eau ! Opposé à ce tueur diabolique conduit par d’étranges pulsions (à ce propos d’ailleurs, certaines des scènes de meurtres ne sont pas piquées de hannetons) Maxime nous présente une figure torturée dont il a le secret, soldat de la police militaire au passé trouble, qui flirte avec la mort et comprend trop bien peut-être, le langage du tueur. A ses côtés, Ann Dawson, jeune infirmière qui rêve de regarder le monstre dans les yeux au risque de sa propre vie. Avec "Prédateurs", Maxime Chattam renoue avec la force de la trilogie qui a fait son succès, mais s’avance plus loin encore sur le territoire du mal, se débarrassant des « filtres » que constituent un décor contemporain, des procédures policières trop classique ou des détours de plus en plus usités par l’incontournable laboratoire des « experts » de service. Sur un canevas réduit à sa plus simple expression, tissé de références évidentes, Chattam nous propose de suivre un mano à mano entre le mal incarné et… non pas le bien, mais des adversaires heureusement plus complexes : des êtres humains. Une réussite incontestable.
Dr Corthouts

Écrit par Brice dans Maxime Chattam | Commentaires (0) |  Facebook | |

Les commentaires sont fermés.