29 07 08

Des (pas) bêtes de scène

GIDELHenri Gidel est un grand spécialiste de l’histoire culturelle de la France à la fin du XIXe siècle et durant la première moitié du XXe, de la scène en particulier. À ce titre, il a rédigé de nombreuses biographies très informées, de Cocteau, Coco Chanel et Picasso notamment. Les Éditions Omnibus à Paris ont regroupé, dans un gros volume, trois d’entre elles dont une double : Les Deux Guitry (prix Goncourt 1995 de la biographie), Feydeau et Sarah Bernhardt, passionnantes d’un bout à l’autre.
De la première se dégage une force considérable, celle de la description scrupuleuse d’un amour quasi fusionnel entre deux hommes longtemps brouillés : un père à l’ego surdimensionné, Lucien Guitry (1860-1925), monstre sacré avant l’heure, acteur adulé et couvert de femmes, et un fils de génie, Sacha (1885-1957), qui le surpassa en tout par l’effet d’une admiration sans borne masquant, sans la panser, la blessure profonde d’avoir déplu à l’auteur de ses jours.
De Georges Feydeau (1862-1921), horloger du vaudeville, on apprend beaucoup, mais sans connaître vraiment. Et pour cause ! D’origines incertaines (trois hommes auraient pu revendiquer sa paternité), ce créateur à la vocation artistique indéfinie (il fit autant pour la peinture que pour le théâtre) et aux amours fluctuantes périt à l’asile, complètement fou, des suites d’une syphilis. Mais quel talent ! Ses pièces, chose rare, sont toutes de pures merveilles dans leur genre, fonctionnant sur une logique à la fois drôle et imparable quoiqu’un peu (voire beaucoup) délirante. Citons, au hasard et parmi bien d’autres, La Dame de chez Maxim, Le Dindon, On purge bébé, La puce à l’oreille
Quant à Sarah Bernhardt (1844-1923), tragédienne immense, première star mondiale de l’histoire (sa tournée aux USA en 1880 remporta un succès inouï), fille d’une courtisane de nationalité inconnue, elle excellait dans les rôles de travesti (L’Aiglon d’Edmond Rostand, certes, mais aussi Hamlet ou Pelléas), avait le sens de la publicité (elle fit dessiner ses affiches par Mucha ou enregistrer sa voix par Edison) et craignait fort de se laisser surprendre par la mort (son cercueil l’accompagnait partout…). Sa vie pleine de rebondissements est un roman picaresque qui se lit d’une traite. Et, comme pour le reste de l’ouvrage, on en clôt le récit debout et sous les acclamations !
Bernard Delcord

Henri GIDEL, Gens de théâtre, Paris, Éditions Omnibus, 2008, 1079 pp., 30 €.

Écrit par Brice dans Théâtre | Commentaires (0) |  Facebook | |

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