18 09 08
Russie blanche & rouge sang
Viktor Vavitch est une des grandes sensations de l'automne, une aventure éditoriale. Nous assistons à l'exhumation, à la publication d'un roman qui devrait être à l'heure actuelle déjà considéré comme un classique. Oeuvre de Boris Jitkov, écrivain pour la jeunesse reconnu même par les soviets d'avant guerre, ce roman aurait dû être publié en 1941, trois ans après la mort de son auteur. La censure stalinienne le condamnant au pilon avant sa mise en rayon, l'imprimeur en garde quelques exemplaires.
Viktor Vavitch plonge alors dans un oubli dont il ne sortira qu'à la fin du siècle dernier. Edité en Russie en 1999, sa version française voit enfin le jour. Louons le geste de l'homme qui a sauvé cet impressionnant roman choral de la destruction.
Premières lignes, première découverte : un style résolument, incroyablement moderne. Jitkov fait sonner le verbe comme son contemporain Chostakovitch faisait résonner les notes. Sèchement. Simplement. Minimalistement. Ouvrez ce livre. Lisez la scène d'introduction. Vous y êtes ?. Eblouissant, non ? Jitkov est un vrai génie, vous l'avez compris. Et si vous adorez Dostoïevski ou Gogol, vous êtes déjà comblé et heureux de la perspective d'avoir devant vous un roman fleuve à savourer.
La suite. Un foisonnement d'histoires parallèles puis accidentellement concordantes et enfin sécantes.
1905. La révolution. L'annihilation de vies, d'espoirs et de destinées des quidams qui se retrouvent face à face. Comme Zola le démontre admirablement dans La fortune des Rougon ou La débâcle, les gens ne sont rien face aux remouds de l'histoire qu'ils soient imbéciles comme Viktor Vavitch ou artistes comme le brave flûtiste juif éperdument amoureux.
Epique, magnifique, désespéré. Entre Tolstoï et Céline.
Brice Depasse
Viktor Vavitch, Boris Jitkov, Calmann-Lévy, 2008, 732p., 25€.
Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (0) |
Facebook | |






Écrire un commentaire
NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.