23 11 08

La touche Groult

GROULTAprès l'énorme succès de La touche étoile, Benoîte Groult, du haut de ses quatre-vingts ans, nous brosse avec lucidité et humour le tableau de presque un siècle de rapports entre hommes et femmes. Sa propre histoire. Celle d'une femme qui n'avait pas le droit de vote et à peine celui de disposer d'elle-même avant la guerre.
J'ai adoré ce livre. J'adore cette femme.

  BENOITE GROULT - Nicky Depasse 1
  BENOITE GROULT - Nicky Depasse 2
  BENOITE GROULT - Nicky Depasse 3

ATT45780
Mon évasion, Benoîte Groult, Grasset, 2008, 333p., 18€50.

Photo : Alain Trellu

23 11 08

Les barreaux de sable

HAZETTE_barreauxLa Belgique possède aussi ses ministres écrivains. Pierre Hazette a trouvé l'inspiration au Sénégal où l'ancien ministre des Arts et des Lettres a représenté la Communauté française de Belgique. L'Afrique n'est pas seulement un continent, un appel au voyage, un objet de fascination. C'est avant tout une expérience humaine.
Après Les taxis de Dakar, l'histoire continue avec Les barreaux de sable, un merveilleux titre qui a l'intelligence de marier beauté et danger.

  PIERRE HAZETTE - Brice Depasse 1
  PIERRE HAZETTE - Brice Depasse 2

HAZETTE_DakarLes barreaux de sable, Pierre Hazette, Ed Luc Pire, octobre 2008, 272p., 18€00.

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23 11 08

Ca ne s'arrange pas

KROLLLe plus grand best seller annuel de l'édition en Belgique vient de sortir : titré "Ca ne s'arrange pas", le nouvel album de Pierre Kroll va encore réunir les Belges autour de la caricature de l'actualité. Selon le Liégeois le plus populaire du royaume, on y rira encore de l'absence de vrai gouvernement, du conflit communautaire, de Leterne Milquet, Reynders et Di Rupo. Et on se réjouira Carla et Nicolas qui s'aiment, du Standard champion, et de George Bush qui s'en va.
Au traditionnel agenda de Kroll s'ajoute cette année celui d'un de ses homologues français, Charb. Nicky a rencontré les deux dessinateurs sur la Grand Place de Bruxelles.

  KROLL & CHARB - Nicky Depasse 1
  KROLL & CHARB - Nicky Depasse 2

CHARBKROLL_2009
Ca ne s'arrange pas : Petits dessins 2008, Pierre Kroll, Luc Pire, octobre 2008, 20€00.

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22 11 08

"America ! America !"

MELANDRIBrillant universitaire français, Pierre Melandri est un spécialiste des relations internationales contemporaines en général et de la politique étrangère yankee en particulier.
Il vient de faire paraître à Bruxelles chez André Versaille une volumineuse Histoire des États-Unis contemporains qui fera date, dans les divers sens du terme. D’abord parce qu’il situe en 1865 la naissance des États-Unis actuels, à l’issue de la Guerre de Sécession et après la défaite du Sud agricole, individualiste et esclavagiste face au Nord industrialisé, abolitionniste et affairiste. S’ensuivra jusqu’en 1897 une croissance économique foudroyante qui marquera l’avènement de l’Amérique contemporaine. Cet « Âge doré » sera balayé par la rébellion, à partir de 1898, des couches patriciennes et des classes moyennes de la société contre le big business d’une ploutocratie sans cesse plus âpre au gain, et par leur volonté de créer un nouvel ordre mondial rompant avec l’isolationnisme traditionnel des USA. Novembre 1918 et mai 1945 combleront leurs vœux en consacrant la chute à plus ou moins court terme des empires centraux en Europe et des empires coloniaux de par le vaste monde
(à l’exception de ceux d’Amérique latine, chasse gardée de l’Oncle Sam). Entre-temps, la crise de 1929 avait rebattu les cartes et l’attaque japonaise de Pearl Harbor donné à l’Amérique l’occasion d’assurer un leadership international compatible avec sa suprématie économique et militaire. On connaît la suite : guerre froide, course aux armements, torpillage politique de l’Union européenne,
« American way of life », guerres innombrables et bien souvent calamiteuses (Corée, Vietnam, Irak, Afghanistan…), chute du mur de Berlin en 1989, retour de l’affairisme et accession du pays de George W. « Caligula » Bush au statut de superpuissance unique, avec son lot d’heurs et de malheurs.
Publié en septembre 2008, c’est-à-dire peu de temps avant la déconfiture financière du pays de Tonton Picsou, cet ouvrage remarquablement sérieux et formidablement documenté débouche sur une vision prémonitoire, exprimée en termes diplomatiques : « Cependant, alors que l’Amérique peut croire accompli son “destin exemplaire”, les événements internationaux de ces dernières années montrent qu’elle n’est vraisemblablement qu’en train de vivre “un éphémère moment unipolaire” ».
Sic transit gloria mundi…
Bernard DELCORD

Histoire des États-Unis contemporains par Pierre Melandri, Bruxelles, André Versaille éditeur, collection « Références », 2008, 990 pp., 34,90 €

22 11 08

Un phare de la culture

LANTERNEDans son essai intitulé La Lanterne sourde (1921-1931) paru chez Racine, la jeune romaniste de Liège Mélanie Alfano retrace une passionnante aventure culturelle internationale partie du cercle des étudiants de l’Université de Bruxelles dirigé au lendemain de la Grande Guerre par Paul Vanderborght. D’abord modeste revue ainsi baptisée par Charles Plisnier, La Lanterne sourde animée par Pierre Bourgeois et par Paul Vanderborght ne tardera pas à recevoir les éloges d’André Gide et la collaboration de plumes talentueuses ou de conférenciers illustres : Erik Satie, Georges Duhamel, Le Corbusier, Stefan Zweig, Louis Jouvet,
les Pitoëff, Jules Romains, Charles Vildrac, Rabindranath Tagore, Blaise Cendrars, Maurice Martin du Gard, Georges Bernanos, Jules Supervielle, Paul Valéry et James Ensor, entre autres et excusez du peu ! Tout en s’ouvrant sur Paris, Le Caire, Athènes, Barcelone, Jérusalem ou Londres et en ouvrant des tribunes, parfois de manière surprenante comme, le 16 février 1924, au grand sachem « White Elk » (Élan blanc), par ailleurs universitaire remarquable, qui s’exprima en français (!) sur la vie artistique, religieuse et sociale des Indiens d’Amérique du Nord. On retrouve, bien évidemment, mis en lumière par cette machine éclatante (une lanterne sourde était un instrument de projection lumineuse), quelques Belges d’envergure, comme le poète E.L.T. Mesens, l’architecte Henry Van de Velde, l’écrivain Georges Eekhoud, le peintre bruxello-parisien Pierre-Louis Flouquet, les pianistes de jazz John Ouwerx et Stan Brenders, le poète flamand Paul van Ostaijen… tous unis dans l’espoir d’une paix définitive en Europe, favorisée par l’expression des idées et l’éclosion de l’art propres à la jeunesse d’alors, ouvertement internationaliste. Quelques années à peine avant la Seconde Guerre mondiale, hélas !
Bernard DELCORD

La Lanterne sourde (1921-1931) par Mélanie Alfano avec la collaboration d’André Doms, Bruxelles, Éditions Racine, 184 pp., 19,95 €

20 11 08

90 ans après

LACAMPDans le Grand Morning de ce mardi, je suis revenu sur deux nouveaux romans qui ont pour décor la Première Guerre mondiale. Les formidables carnets de guerre de Victorien Mars par Maxence Fermine, tout d'abord (cliquez sur la couverture du livre pour lire la chronique du 11 novembre), et ensuite Le jongleur de nuages d'Ysabelle Lacamp. L'auteure d'Une jeune fille bien comme il faut y évoque le destin d'un des 140.000 Chinois qui vinrent travailler en France pendant la guerre 14-18 pour remplacer les ouvriers partis au front mais aussi pour "nettoyer" les tranchées.

  GRAND MORNING - Maxence Fermine & Ysabelle Lacamp

FERMINELes carnets de guerre de Victorien Mars, Maxence Fermine, Albin Michel, novembre 2008, 192p., 15€ env.

Le jongleur de nuages, Ysabelle Lacamp, Flammarion, octobre 2008, 394p., 21€00.

et aussi Le feu, Henri Barbusse, Livre de poche, 1988, 6€50.

BARBUSSE

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20 11 08

Tôlards & Cie

HONDELATTEAu moment où d’aucuns, prenant des vessies pour des lanternes, s’ébaubissent devant les prétendus exploits
d’un Jacques Mesrine dont « l’instinct de mort » n’était, somme toute, animé que par des mobiles crapuleux, ou bien s’extasient devant les crimes infects d’un Bertrand Cantat dont les noirs désirs n’étaient finalement
que la part d’ombre imbibée d’une célèbre petite frappe camée et sans grand talent, le journaliste français Christophe Hondelatte parraine, aux Éditions Hors Collection à Paris, un passionnant compendium (en grand format et fort intelligemment illustré) des affaires traitées dans la célèbre émission "Faites entrer l’accusé" qu’il présente sur France 2 depuis 2002.
Intitulé Les grandes histoires criminelles, cet ouvrage traite aussi bien de la mort de Pierrot le fou, le chef du gang des tractions avant, que de l’affaire d’Outreau
et des exploits de son juge d’instruction minable, en passant par le célèbre « Omar m’a tuer » qui valut tant
de désagréments au dénommé Omar Raddad ou par les retentissantes affaires Besnard, Dominici et Grégory qui ont laissé sur leur faim les amateurs de vérité autre que judiciaire, sans oublier l’acquittement de Patrick Dils le 24 avril 2002 après 15 ans d’emprisonnement ni le « casse
du siècle », aux relents romantico-voyous, opéré à Nice en 1976 par Albert Spaggiari et ses complices, et il fait revivre une quarantaine de grands dossiers qui, depuis 1945, ont défrayé la presse ou agité les prétoires hexagonaux. Sans évoquer pourtant l’affaire Cantat et le meurtre de Marie Trintignant, ce qui est bien dommage… Un oubli (in)volontaire qui, espérons-le, sera réparé dans la prochaine édition de ce livre appelé à un grand succès !
Bernard DELCORD

Les grandes histoires criminelles présentées par Christophe Hondelatte et rédigées par Bruno Heckmann, Danièle Dulhoste et Emmanuel Caenn, Paris, Éditions Hors Collection, 192 pp. au format 23 x 30 cm, 29,90 €

20 11 08

Un OVNI littéraire

decorationDès le début des années 1950, une belle amitié s’est nouée entre Salvador Dali, l’artiste catalan aux talents multiples, et son éditeur français Michel Déon, qui publia sa Vie secrète en 1951 aux Éditions de la Table Ronde à Paris, avant Les cocus du vieil art moderne chez Fasquelle en 1956, puis le Journal d’un génie, à nouveau à la Table Ronde, en 1964.
Entre les deux, le peintre de et à moustaches lui avait confié, consigné dans un cahier d’écolier ligné, le manuscrit d’une nouvelle surréaliste intitulée Trifolie, que Déon adapta en vue de la publier sous le titre de L’Esputnic du Paubre, avant que le manuscrit ne s’égare… Il a été retrouvé tout récemment, mal classé qu’il était avec d’autres documents, et les Éditions de la Table Ronde viennent de le faire paraître dans une édition en fac-similé du plus bel effet, complétée d’un extrait d’Un bagage pour Vancouver, le livre de souvenirs de Déon paru en 1985, et de pièces d’archives de la maison d’édition (projets de couvertures, rapports de lecture, maquettes et courriers internes divers…). Il en résulte un ouvrage inclassable et inrésumable, surprenant et agaçant, truffé de fautes d’orthographe et de traits de génie, parfaitement dalinien, dans lequel les déchets terrestres finissent par se retrouver dans un satellite lunaire. Le texte commence par un vibrant « Olé ! Tu es belle parce que tes yeux sont plus grands que tes pieds ! » et il se conclut sur un retentissant « Seul Dieu pouvait intervenir, et il intervint comme toujours dans ces moments de pitié cosmique, avec le miracle de la guérison, car à ce moment-là, on aurait dû encore attendre les services des psychopathologues…! » Du grand art (?) (!)
Bernard DELCORD

L’Esputnic du Paubre par Salvador Dali, Paris, Éditions de la Table Ronde, 169 pp.
au format 21 x 31 cm, 45,00 €

19 11 08

Quelle(s) merveille(s) !

ART_NOUVEAUOn sait à quel point l’Art nouveau a fait florès en Belgique au XIXe siècle, essaimant à Paris puis à travers le vaste monde. Et si l’on connaît encore quantité d’œuvres, architecturales et sculpturales surtout, on a bien souvent oublié le nom des artistes qui les ont produites, réduits qu’ils sont pour la plupart à ne laisser trace de leur patronyme que sur les plaques des rues et des avenues de la capitale de l’Europe.
C’est à ressusciter le travail, les idées et l’atelier de 34 d’entre eux que s’est attaché Benoît Schoonbroodt dans un magnifique essai superbement et très intelligemment illustré, paru tout récemment à Bruxelles aux Éditions Racine. Il s’intitule Artistes belges de l’Art nouveau et donne à comprendre et à admirer l’œuvre de Victor Horta et de Paul Hankar, mais aussi de peintres comme Théo Van Rysselberghe, Georges Lemmen ou Armand Rassenfosse, d’affichistes et d’illustrateurs comme Auguste Donnay ou Gisbert Combaz, de sculpteurs comme Victor Rousseau, Égide Rombaux ou Charles Van der Stappen, d’orfèvres comme Philippe Wolfers ou Léopold Van Strydonck, de femmes artistes comme Lina Cauchie ou Gabrielle Canivet-Montald, de peintres décorateurs comme Adolphe Crespin ou Maurice Langaskens, de maîtres verriers comme Raphaël Evaldre, d’artisans céramistes comme Guillaume Janssens et d’artistes polymorphes et géniaux comme Privat Livemont (auquel notre auteur a d’ailleurs consacré une magnifique monographie, parue l’année dernière chez le même éditeur)… Bravo, les artistes !
Bernard DELCORD

Artistes belges de l’Art nouveau par Benoît Schoonbroodt, Bruxelles, Éditions Racine, 2008, 272 pp. au format 24,50 x 29 cm, 59,95 €

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17 11 08

Le triomphe de d'Ormesson

dormessonSi C'était bien, Voyez comme on danse et Une fête en larmes ont été pour Jean d'Ormesson des récits et romans de bilan, Qu'ai-je donc fait ? revient avec plus de détails sur un passé que ses lecteurs croient connaître tant l'écrivain a mêlé son histoire (ses histoires) à la fiction. Ses amours (bonheurs et regrets), ses ennemis, ses maîtres, sa famille, Au plaisir de Dieu.
Mais les clés ne sont pas uniquement littéraires et biographiques. D'Ormesson ne peut pas envisager son existence autrement que dans l'ensemble de l'Histoire, de l'Humanité, pire ou mieux, de l'Univers dans lequel on n'est finalement et seulement rien.
Mais ce rien n'est rien à côté de ce que nous aurons été au cours de cette vie. Ce que, en définitive, rien ni personne ne pourra nous enlever : nous aurons vécu.
Merci, Jean.
Brice & Nicky

  JEAN d'ORMESSON - Nicky Depasse 1
  JEAN d'ORMESSON - Nicky Depasse 2

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