19 11 09
Sorbonne, sorbonnards, sorbonagres et sorbonnicoles...
Historien des rues et des quartiers de la capitale française qu’il explore à travers des photographies anciennes, Philippe Mellot s’est penché dans son nouvel ouvrage sur le quartier le plus célèbre de Paris, le Quartier latin ainsi nommé parce que c’est celui de la Sorbonne, l’une des plus anciennes universités du monde, avec celles de Coimbra, de Salamanque et de Louvain. Elle tire son nom du théologien du XIIIe siècle Robert de Sorbon, fondateur du collège de Sorbonne, dédié à la science qu’il enseignait. Le prestige de cette institution était grand aussi, à la Renaissance, Rabelais, qui professait à l’université de Montpellier, s’amusa-t-il à railler ses collègues parisiens en les traitant de « sorbonnagres » (ânes de la Sorbonne) et de « sorbonnicoles » (singes de la Sorbonne, qui montent aux arbres)…
Bien avant de devenir le quartier à la mode qu’il est aujourd’hui, le Quartier latin fut longtemps peuplé de poètes, d’étudiants, d’ouvriers, de petits artisans, de petits bourgeois, de professeurs « sorbonnards », d’escarpes, de révoltés et autres braillards qui y menaient une vie mouvementée loin des splendeurs rutilantes des grands boulevards. Chaque place, ruelle et cul-de-sac rappelle ces existences agitées : la place Maubert et sa potence, son bûcher et son marché aux mégots ; la rue Galande et ses bouges à faire frémir ; la rue Mouffetard et son marché pouilleux, repaire de chiffonniers et de clochards, ou encore le boulevard Saint-Michel (boul'Mich pour les habitants du cru) et ses terrasses où coexistaient joyeusement fêtards rupins et artistes sans le sou. Dans les cafés, avec Verlaine comme porte-étendard, écrivains et chansonniers avaient le verbe haut, admirés par de pauvres poètes faméliques s'essayant à la vie de bohème alors que dans la rue, ou du haut de leurs fenêtres, les prostituées racolaient quelque provincial en goguette ou l'ombre furtive d'un pauvre bougre en mal d'amour.
Riche de nombreux et saisissants témoignages illustrés par des centaines de photographies et documents rares, La vie secrète du Quartier latin de Philippe Mellot qui vient de paraître aux Éditions Omnibus propose une virée inédite à travers ces rues parfois inquiétantes qu'arpentèrent passionnément pendant des siècles des générations d'étudiants, d'artistes et de misérables dans l’attente de lendemains meilleurs...
Bernard DELCORD
La vie secrète du Quartier latin par Philippe Mellot, Paris, Éditions Omnibus, 15 octobre 2009, 240 pp. en quadrichromie sous couverture à rabats brochée en couleur, 29 €
Écrit par Brice dans Histoire | Commentaires (0) |
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