30 11 09

Révélation de Sacha Sperling

SPERLINGUn compère me parlait avant- hier soir d’un jeune écrivain de dix-huit ans qu’il fallait lire absolument, LE phénomène du moment, une espèce de Sagan au masculin, dont il était question l’autre matin sur France-Culture.
Or, je me méfie de ce genre de « révélations», surtout que Beigbeder y serait déjà allé de son coup de clairon, mais je vais voir sur la grille de France-Culture, sans rien y trouver. Puis mon compère l’identifie en librairie hier après-midi: son nom est Sacha Sperling, et le titre de son roman: Mes illusions donnent sur la cour. Du coup, je lui dis de l’acheter, et dès son retour à La Désirade je commence de lire Mes illusions donnent sur la cour, beau titre à la Carver, dont la première page me rappelle, par sa netteté mélancolique et son objectivisme sensible, les premières pages de Moins que zero de Bret Easton Ellis. Puis cela devient autre chose : cela devient un récit personnel au ton unique, délicat et subtil, précis et poreux, très mûr de perception émotive et pour ainsi dire implacable par son regard et ses constats, comme un regard d’enfant découvrant l’énormité fragile du monde et que quelque chose va basculer dans sa vie; et de fait on est bientôt pris par ce qui se passe, d'un constat à un autre constat, dans ce roman de Sacha Sperling qu’on sent aller, de phrase nette en phrase nette, avec une espèce de tendre et lancinante honnêteté, vers la vie comme elle est quand on y entre - et maintenant, réellement pris, comme on dit: scotché par le premier roman de ce grave gamin, après avoir noté cette phrase de la page 31, «Un jour j’ai arrêté de considérer ma mère comme ma mère. Je ne sais pas comment ça s’est fait. Ce jour-là, j’ai véritablement commencé de l’aimer… », j'ai poursuivi ma lecture, achevée tout à l'heure.
Il ne faut pas oublier, dès la première phrase de ce livre, que s'y exprime un adolescent de 14 ans: "Je n'avais aucune idée de la mélancolie que pouvait m'inspirer un ciel d'été, si bleu soit-il. Le silence est trop lourd quand on attend quelqu'un, certain que cette personne ne viendra pas, ou pas vraiment.
Un gosse de 14 ans peut-il s'exprimer ainsi ? Un adolescent peut-il dire "certain que cette personne ne viendra pas, ou pas vraiment ?" La question implique aussitôt la vraisemblance psychologique de cette confession d'un enfant du siècle, qui traite d'une matière vécue par Sacha Winter à 14 ans et que transcrit Sacha Sperling à 18 ans, en indiquant précisément, à la fin du roman, que le récit de Sacha Winter est peut-être un "mensonge" qui lui permet d'affronter sa vie.
Ladite vie pourrait être résumée à la dérive d'un jeune en mal d'amour, plus ou moins rejeté par un père qui a raté son Mai 68 sans réussir à assumer sa paternité, et qui n'entrera jamais dans la vie de Sacha, et une mère adorable qui lui donne tout, à commencer par une affection sans bornes, sans l'empêcher de s'enfoncer peu à peu dans l'angoisse nihiliste, puis dans la coke et l'autodestruction. Un seul appui existentiel permet à Sacha Winter d'affronter la réalité: sa complicitié amicale, puis amoureuse, avec son alter ego Augustin, qui flotte comme lui entre fêtes et baises confuses, plaisirs improbables et nuits magnétiques scandées par la drogue et la violence musicale.
Dans les grandes largeurs, le roman évoque le milieu et les comportements des Kids de Larry Clark, avec une scène qui rappelle presque photographiquement la dernière séquence de sexe "innocent" de Ken Park où les deux garçons se partagent la même fille. Le même climat d'innocence acide et de déspérance baigne d'ailleurs Mes illusions donnent sur la cour, rappelant aussi les nouvelles d'Informers, premier recueil de Bret Easton Ellis traduit sous le titre de Zombies, dont on retrouve notamment les observations portées par le narrateur sur ses relations avec son père.
À la fin du récit de Sacha Winter, le romancier le vire gentiment pour se retrouver avec le lecteur auquel il dit ceci: "Sachez que ce qu'il vous a raconté est probablement faux puisque la vérité l'a toujours effrayé. Il est plus facile pour lui de romancer une réalité médiocre".
Or, si la réalité ressaisie par le romancier est effectivement "médiocre", comme tant de confessions de jeunes écrivains déballant leur feuilleton imbibé de sexe, de drogue et de rock'n'roll, la modulation littéraire de ces thèmes, l'écriture à proprement parler, le "montage" du roman, et plus encore la vérité de celui-ci, les sentiments qu'il filtre avec une incomparable attention, les dialogues qui en découlent avec tant de justesse, et le point de vue de Sacha (Sacha Winter autant que Sacha Sperling) sur le monde, l'expression du manque d'amour de toute une prime jeunesse riche et frustrée à la fois, inassouvie en dépit de sa liberté, formatée pour jouir mais trop souvent à vide - toutes ces composantes sont ressaisies avec une rigueur et une justesse, du point de vue de l'expression formelle, qui impressionne et réjouit.
On ne criera pas au chef-d'oeuvre, crainte de ne pas être juste, précisément. Sacha Sperling n'est pas le nouveau Radiguet ni le nouveau Sagan non plus, même si ses coups de sonde dans le coeur humain et les mécanismes sociaux dénotent une pénétration aussi aiguë que ces deux autres romanciers si précoces. Il est à espérer qu'il résiste au succès plus que probable de son livre, mais le sérieux de son travail, sans une fausse note me semble-t-il, fait augurer de la meilleure évolution.
Enfin il faut signaler la poésie profonde de ce roman, et ses échappées de lyrisme urbain, rappelant là aussi quelques Américains, tels Raymond Carver ou John Cheever, en plus fragile évidemment: "Les jeunes aux yeux vermillon se sont arrêtés. Ils regardent le ciel avec angoisse. Un instant on peut sentir le poids du monde sur leurs épaules. Le trop grand poids du monde. À l'heure où tout devient plus sombre, il nous faut rapidement nous regarder en face.".
Or ce "regarder en face", sur un ton plus cassant, lui fera dire un peu plus loin: "Tes plaisirs sont des trêves, faciles et rapides. Tu as tout et pourtant tu te retrouves peu à peu le coeur vide et la tête pleine d'images violentes qui seules peuvent te rappeler que tu es en vie".
Et quelle force, quelle finesse et quelle justesse une fois encore, notamment dans la déchirante évocation finale de l'amer constat de tout ce qui sépare désormais Sacha et Augustin, sur fond de veulerie et de drogue, d'enfance fracassée. Au demeurant, si Sacha Winter en tire l'amer constat: "Devenir adulte, c'est admettre qu'on va mourir, non ?", il n'est pas certain (d'ailleurs rien n'est certain dans ce roman de l'hésitation) que ce soit le dernier mot de Sacha Sperling, qui n'a jamais quitté le "côté de la vie"...
Jean-Louis KUFFER

Sacha Sperling, Mes illusions donnent sur la cour, Sacha Sperling, Fayard, août 2009, 265p., 18€90.

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29 11 09

Une braque sur l'océan et sur la table de chevet

QuignardOn pourrait dire que c'est le plus dense et le plus beau des livres de cette rentrée française, si Pascal Quignard ne faisait pas figure d'auteur hors saison et hors norme, reliquait d'une société lettrée en voie de disparition. Mais s'il est plus proche de Montaigne ou de Walter Benjamin que d'un Michel Houellebecq ou que d'une Christine Angot, l'essayiste-conteur-poète-penseur nous réinstalle bel et bien au coeur du temps avec sa constellation de fragments méditatifs parfois frottés de lyrisme achoppant à l'origine des mots, tels le mot cercueil, le mot solitude, le mot élargissement, le mot suicide, le mot liberté, ainsi de suite. Sixième tome du cycle de Dernier royaume, dont le premier (Les Ombres errantes) a obtenu le Prix Goncourt 2002, ce nouveau livre est de ceux qu'on emporte partout avec soi comme un viatique pour le consulter et l'annoter, y revenant à tout moment.
Jean-Louis KUFFER

La Barque silencieuse, de Pascal Quignard, Seuil, setmebre 2009, 17€10.

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29 11 09

La fin du monde tombe un jeudi

drimmJ'ai 13 ans moins le quart et je suis le seul à pouvoir sauver le monde.
Si je veux.

Peut-être aurez-vous reçu le slogan sur votre portable, si vous avez opté pour l'abonnement des 61 épisodes de Thomas Drimm, diffusés en avant-première quotidienne depuis le mois de juin...
Pour ce premier tome d'une saga destinée aux jeunes de 12 à 112 ans, Didier Van Cauwelaert entraîne le lecteur dans un monde futuriste, régi par des politiques absurdes, aux côtés de Thomas Drimm. Jeune ado, Thomas promène  solitude, obésité et passion pour le cerf-volant, dans un quotidien coincé entre un père alcoolique et une mère, psychologue- en chef - de casino. Le meurtre accidentel d'un éminent savant et la réincarnation de sa puce en ourson de peluche créera entre Thomas et Léo Pictone une relation...obligée.
L'enjeu du thriller est le simple salut de l'Humanité: il s'agit de détruire le Bouclier antimatière créé par le savant, qui, récupérant l'énergie contenue dans les puces des morts, empêche les âmes de quitter l'attraction terrestre , partant, les désincarnations de l'au-delà de nous aider en se réincarnant. CQFD.
Si le lecteur perçoit d'emblée le côté initiatique du récit qui permet à Thomas d'entrer dans le monde des adultes , l'humour qui pousse certaines de nos pratiques contemporaines au comble de leur absurdité, il retrouve un Didier Van Cauwelaert passionné des modes de communications para-normales et puissances vibratoires,  qui avaient fait le piment d'une certaine Madeleine du Méridien (http://editionsdelermitage.skynetblogs.be/post/5676773/)
C'est ça le drame de mon invention! Dès qu'un photon approche, le pictonium crée aussitôt un antiphoton qui le repousse! Or ce sont les photons qui véhiculent notre conscience après la mort! Si tu ne m'aides pas à détruire le Bouclier pour libérer les âmes prisonnières de leurs puces, Thomas, l'espèce humaine va disparaître!
En filigranes et pudiquement cachée sous le couvert de l'humour et d'une action soutenue , une attachante histoire d'amitié entre un ado et une vieille éminence, et les prémisses de l'amour porté à  la belle Brenda,  de 10 ans son aînée.
Chaque fois qu'on croit agir pour le bien de l'humanité, on fait son malheur.
A suivre, donc.
Apolline Elter

Thomas Drimm, 1. La fin du monde tombe un jeudi, Didier van Cauwelaert, Albin Michel, oct.2009, 396 pp, 18 €

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29 11 09

Au crépuscule du Premier jour

LEVY PREMIER JOURAlors que la suite du Premier jour sortira le deux décembre en librairies, je vous propose de revenir sur ce best seller de l'été avec une interview de Marc Lévy, en exclusivité pour la Belgique, un mois avant la venue de l'auteur dans notre pays. Entretien réalisé de Mac à PC : grâce à la technologie skype, c'est l'après-midi pour moi à Bruxelles et le matin pour Marc Lévy à New York. Veuillez donc pardonner la qualité sonore par moment légèrement défaillante de l'entretien qui, comme le dira Marc, est tributaire du nombre d'utilisateurs de ce génial système qui relie les gens gratuitement à travers le monde et annihile les distances.
Nicky Depasse

  MARC LEVY - Nicky Depasse 1
  MARC LEVY - Nicky Depasse 2
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  MARC LEVY - Nicky Depasse 6

20091211- MarcMarc Lévy, Le premier jour, juin 2009, La première nuit à paraître en décembre 2009, Robert Laffont.

Photo : Nicolas Wibaut.

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27 11 09

Suivez ce guide !

Delta Belgique 2010 (cover fr)Recensant 2030 restaurants, hôtels et salles de séminaire, l’édition 2010 du Guide Delta Belgique et Luxembourg, qui s’appuie sur une expérience plus que trentenaire, s’est enrichie d’un cahier supplémentaire par rapport à la version précédente, bien qu’elle comptabilise 20 références de moins, la crise étant aussi passée par le secteur Horeca). C’est parce que le millésime 2010 inclut 125 nouveaux restaurants et 650 nouvelles chroniques, mais aussi la proposition de 12 idées d’escapades et de découvertes pour un jour ou pour un week-end, permettant à l’utilisateur de joindre aux plaisirs des papilles celui de la découverte d’endroits agréables ou récréatifs. En plus des innombrables visites opérées dans l’anonymat par les inspecteurs du guide durant l’année écoulée, le secrétariat de rédaction a contacté chacun des 2030 établissements sélectionnés, afin d’en obtenir la mise à jour des informations pratiques, comme le nombre de couverts en salle, l’existence d’un salon, d’un fumoir, d’un bar, d’une cave, d’une terrasse, d’un parking, de la wifi, d’un menu enfant à la carte, de commodités pour les personnes moins valides, l’acceptation de cartes de crédits, la possibilité de venir accompagné d’un animal, la prestation d’un orchestre, les jours de fermeture, la moyenne des prix pratiqués, l’énoncé d’une préparation typique de la maison, la présence d’un lunch et de formules plus élaborées à la carte, l’origine des vins, etc., etc. Ajoutez à cela un classement par ville et par province, par ordre alphabétique général, par type de cuisine, en raison de la présence de salons VIP ou de la possibilité d’organiser des séminaires, mais aussi en fonction des coups de cœur de l’équipe Delta qui a également attribué ses appréciations, inclus ses commentaires et sanctionné les excellentes maisons de recommandations et de louanges, voire de toques (jusqu’à quatre), et mis en garde contre les pratiques parfois douteuses ou l’amateurisme de certaines enseignes médiocres. Cela donne in fine, de l’aveu même de la profession tout entière, le guide « belgo-luxembourgeois » le plus complet et le plus efficace actuellement sur le marché, en ce compris les poids lourds de l’édition parisienne. Et, comme chaque année, un palmarès a été proclamé, qui couronne cette année du Delta d’Or le Prieuré Saint-Géry à Solre Saint-Géry (chef : Vincent Gardinal) et Folliez à Malines (Marc Clément), du Delta d’Argent Ô de Vie à Juprelle (Olivier Massart) et Sel Gris à Knokke (Frederik Deceuninck) et enfin du Delta de Bronze La Table de Maxime à Paliseul (Maxime Collard) et Rabelais à De Haan (David Delys).
Le gratin 2010 de la gastronomie belge !
Bernard DELCORD

Guide Delta 2010 Belgique et Luxembourg, Bruxelles, Les Guides Delta, novembre 2009, 592 pp. en quadrichromie au format 15 x 21 cm sous couverture en couleur à rabats, 24,75 €. Existe en version néerlandaise.

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26 11 09

Dieu, que c'est beau !

Larousse des cathédralesŒuvres souvent géniales et parfois démesurées, les cathédrales sont un des miroirs les plus scintillants de l’histoire occidentale et mondiale. Prouesses techniques autant qu’expression d’une foi plus ou moins éthérée, elles ont été bâties avec des pierres parce que le Christ en avait fait les fondements de son Église en affublant le principal de ses disciples d’un prénom « pétrifiant ». Tournées vers la Jérusalem terrestre, elles se voulaient bien souvent avant-goût de la Jérusalem céleste et, parce que « Dieu est lumière », elles se sont ouvertes de vastes baies décorées au moyen de vitraux quelquefois stupéfiants. C’est aussi sur leurs chantiers que naquit le compagnonnage, cet éclaireur de la franc-maçonnerie. D’Aix-la-Chapelle à Brasilia, de Saint-Denis à Cracovie, de Saint-Pierre de Rome à Montréal, de Notre-Dame de Paris à Prague, en passant par Compostelle, Pise, Canterbury, Vienne, Bruges, Mexico, Melbourne ou Tokyo, elles ont fait la grandeur de la chrétienté d’hier et l’étonnement des architectes d’aujourd’hui, ou quelquefois l’inverse. C’est à leur présentation et à leur décryptage que s’est attelé l'historien d'art Gérard Denizeau dans un magnifique Larousse des cathédrales paru récemment et abondamment illustré, qui dépeint le monde des cathédrales et recense les cathédrales du monde à travers 300 illustrations splendides, judicieusement choisies et habilement commentées. Expression du génie humain, ces monuments ont (pour la plupart) triomphé des outrages du temps, en dépit des opinions philosophiques ou religieuses des hommes, et ils ouvrent à la méditation sur leur devenir. Quelles que soient d’ailleurs leurs croyances personnelles…
Bernard DELCORD

Larousse des cathédrales par Gérard Denizeau, Paris, Éditions Larousse, septembre 2009, 311 pp. en quadrichromie au format 23,5 x 29,5 cm sous couverture cartonnée en couleur, 39,90 €

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26 11 09

Le cauchemar américain

Dashiell Hammett RomansL’écrivain Dashiell Hammett (1894-1961) est à la littérature américaine ce que Louis-Ferdinand Céline est au roman français : l’inventeur d’un genre tout à la fois épique, cynique, novateur et dévastateur. Car l’enfant pauvre de Baltimore, après une carrière de 6 ans à Philadelphie au sein de la célèbre agence Pinkerton de détectives privés, a créé dès 1929 le roman noir, (qualifié dans son pays de « Hard-boiled School », que l'on pourrait traduire par l'« école des durs à cuire ») avec ses romans Moisson rouge et Sang maudit dans lesquels il invente les archétypes du genre : détectives privés à la ramasse, starlettes médiocres, aventuriers équivoques, drogués mondains, hommes d’affaires retors et mafieux, assassinats dramatiques, arrestations douteuses… C’est avec Le Faucon maltais (1930) qu’il connaît le triomphe, confirmé en 1941 par l’adaptation cinématographique du roman par John Huston, dans laquelle Humphrey Bogart incarne le détective Sam Spade avec un brio incomparable. Le tournage par Stuart Heisler de La Clé de verre (1931) suivra en 1942, avec Veronica Lake. Auparavant, L’Introuvable, paru en 1934, était sorti la même année sur les écrans, réalisé par W. S. Van Dyke, et avait surpris en raison du rôle central qu’y jouait… la consommation d’alcool. La carrière littéraire de Dashiell Hammett s’interrompit après la publication de l’ouvrage. Il ne fait pas de doute que cet auteur fut, par son réalisme et la crudité de son style dépouillé (une sorte de behaviorisme) l’un des fossoyeurs du « rêve américain » tel que ses contemporains se plaisaient à l’imaginer. Communiste et patriote (il prétendait que les deux moments les plus exaltants de sa vie avaient été ses engagements dans l’armée durant les deux conflits mondiaux…), autodidacte et cultivé (c’était un grand lecteur d’oeuvres européennes), il sombra dans les geôles où l’avait jeté le maccarthysme des années cinquante, miné par la dépression, l’alcoolisme et la tuberculose, et il mourut à New York en 1961. Son œuvre romanesque (il est aussi l’auteur de courtes nouvelles), que les Éditions Gallimard ont eu l’excellente idée de rassembler dans une nouvelle traduction française sous le titre générique de Romans, fut encensée par André Gide et marqua durablement celles de Raymond Chandler (son cadet de 10 ans), d’Ernest Hemingway et de Georges Simenon. Excusez du peu…
Bernard DELCORD

Romans (Moisson rouge, Sang maudit, Le Faucon maltais, La Clé de verre & L’Introuvable) de Dashiell Hammett, traduction nouvelle par Pierre Bondil et Natalie Beunat, Paris, Éditions Gallimard, collection « Quarto », octobre 2009, 1064 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en bichromie, 27,50 €

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26 11 09

À mourir de rire !

Une réplique qui tue par jour

















L'article ci-dessous a paru dans la livraison du 25 novembre 2009 de l'hebdomadaire satirique PAN à Bruxelles :

Vincent Perrot, ci-devant sociétaire des célébrissimes « Grosses Têtes » de Philippe Bouvard sur RTL, en connaît un fameux rayon question cinoche. Rien d’étonnant, par conséquent, à ce que les Éditions du Chêne à Paris lui ont demandé de composer un calendrier perpétuel regroupant 365 citations cinématographiques, petit festival de défouraillages en tous genres fort réussi et particulièrement réjouissant, question de rendre l’avenir de nos contemporains postmodernes un peu moins morose ou un peu plus radieux (selon qu’ils en aient à gauche et votent à droite ou rêvent d’une vie moins maladroite et votent à gauche, par exemple). Florilège : « Vous vous mariez à l’église ? Vous avez raison ! Tant qu’à faire une connerie, autant la faire en musique ! » (Le Zèbre, 1992).
« –T’as pas la télévision, toi ? –Ah non ! Comme cinéma à domicile, j’ai ma femme ! » (Marie-Octobre, 1959). « Je ne me suis jamais servi de mon intelligence, j’étais fonctionnaire ! » (Carré de valets, 1947). « –Ton père et moi, tu nous feras mourir de chagrin ! –Tant mieux, comme ça on ne retrouvera pas l’arme du crime ! » (Mélodie en sous-sol, 1963). « Quand on fera danser les couillons, tu seras pas à l’orchestre ! » (Marius, 1931). « Vous vous excusez ! Eh bien ! dites donc ! Je vous donne asile, vous couchez avec ma fille, vous disparaissez avec elle et quatre mois plus tard, vous vous excusez d’interrompre ma sieste ! » (Les Yeux de l’amour, 1959). « Deux milliards d’impôts nouveaux ! Moi, j’appelle plus ça un budget, j’appelle ça de l’attaque à main armée ! » (La Chasse à l’homme, 1964). « C’est avec les épouses tristes qu’on fait les veuves joyeuses ! » (La Nuit fantastique, 1942). « Mais enfin ! C’est un baiser que j’ai demandé, pas un car wash ! ». (Absolument fabuleux, 2001). « J’vais te dire une chose. J’ai jamais eu qu’une femme… Et puis c’était la tienne. » (La Soupe aux choux, 1981). « J’suis ancien combattant, militant socialiste et bistro. C’est dire si dans ma vie j’ai entendu des conneries ! » (Un Idiot à Paris, 1967). « Le mariage est comme une ville assiégée. Ceux qui sont dehors veulent y entrer et ceux qui sont dedans veulent en sortir. » (Mariages, 2004). « Je n’ai pas de sentiments, Walter, et si j’en ai un jour, ils ne triompheront pas de mon intelligence ! » (La Pianiste, 2001). « Ce n’est pas qu’on méprise les gens qui n’ont pas d’argent, c’est qu’on ne comprend pas pourquoi ils n’en ont pas… Ils n’ont qu’à en acheter ! » (Jet Set, 2000). Si l’adage est vrai, selon lequel « rire chaque jour fait vivre des vieux
jours », cette pinte de bon sang intitulée Une réplique qui tue par jour devrait être remboursée par la Sécu…
PANTHOTAL

Une réplique qui tue par jour par Vincent Perrot, Paris, Éditions du Chêne, septembre 2009, 365 pp. en bichromie au format 13 x 10 cm sous couverture brochée à rabats en deux couleurs, 14 €

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25 11 09

Spirou et les keekefretters

Kastar des MarollesOn sait tout le bien que nous pensons de la bande dessinée de Schwartz et Yann intitulée Le Groom vert-de-gris narrant avec beaucoup d’humour et d’à-propos les aventures de Spirou et Fantasio à Bruxelles sous l’occupation allemande durant la Seconde Guerre mondiale. Or voilà que cet album est devenu Le Kastar des Marolles, par la grâce de ses géniteurs à qui s’est adjoint l’éminent savant ès lettres bruxelloises Georges Lebouc, ci-devant auteur d’une multitude d’ouvrages traitant de la langue française telle que la parlaient les keekefretters (« mangeurs de poulets », surnom populaire des habitants de la capitale de l’Europe) de bonne extraction comme le célébrissime Manneken-pis ou l’accorte Madame Chapeau, la si désirable pin-up des « strotjes » dans Bossemans et Coppenolle, une pièce de théâtre de fort joyeuse mémoire. Très compréhensible par les non-initiés et enrichie d’un lexique bruxello-français, d’un dossier historico-anecdotique et d’un portfolio à la manière des making off du cinéma, la bande dessinée de nos trois compères s’avère encore plus hilarante et décapante, saveur du terroir langagier oblige, que sa version parue naguère en français de France, et prouve ainsi, si besoin en était encore, que la belgitude constitue un espace comique illimité…
Bernard DELCORD

Le Kastar des Marolles, par Schwartz et Yann, traduction bruxelloise de Georges Lebouc, Marcinelle, Éditions Dupuis, novembre 2009, 72 pp. en quadrichromie au format 24,5 x 32 cm sous couverture cartonnée en couleur à dos toilé, 29 €

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25 11 09

Un récit d'aventures...

Rimbaud (Baronian)Dans son essai sobrement intitulé Rimbaud, un inédit qui vient de paraître chez Gallimard à Paris dans la collection de poche « Folio biographies », l’écrivain Jean-Baptiste Baronian, l’un des fleurons de l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, a entrepris de suivre, jour après jour et sans a priori, les phases solaires et lunaires de la courte vie (1854-1891) de l’un des plus grands poètes français de tous les temps : celles de l’écolier précoce, de l’adolescent rebelle, du poète génial, de l’époux aux côtés de Verlaine, du grand voyageur autour du monde, du négociant en Abyssinie, de l’estropié à la suite d’une chute de cheval et du cancéreux moribond... Le récit est d’une fluidité remarquable, aux antipodes des jargons à la mode, et fourmille d’informations concrètes, parfois peu ou mal connues (en particulier, mais pas seulement, relatives au séjour belge de Rimbaud, comme la publication en août 1873 de l’édition princeps d’Une saison en enfer à compte d’auteur par Jacques Poot, le patron de l’Alliance typographique à Bruxelles, un proche des communards parisiens exilés dans la ville, qui ne fut pas payé pour les 400 exemplaires fabriqués et n’en livra qu’une douzaine à l’auteur, en guise de services de presse. L’ouvrage, façonné sur du mauvais papier au format in-12, est une mince plaquette de 53 pages, dont 17 ne sont pas imprimées, rassemblées sous une couverture blanche portant le titre en capitales rouges ; inutile de dire que les bibliophiles se l’arracheraient aujourd’hui…). Les documents cités par l’auteur sont nombreux et éclairants, voire hallucinants, à l’instar du rapport établi par les médecins de l’hôpital Saint-Jean à la demande du juge d’instruction Théodore t’Serstevens et fournissant la « preuve objective » de l’homosexualité de Verlaine et, partant, de Rimbaud. Cette biographie se lit comme ce qu’elle est : un passionnant récit d’aventures, riche en rebondissements divers et en péripéties exaltantes ou affreuses, que l’on ne lâche pas après en avoir commencé la lecture. Du grand art à propos d’un grand artiste, en somme…
Bernard DELCORD

Rimbaud par Jean-Baptiste Baronian, Paris, Éditions Gallimard, collection « Folio biographies », octobre 2009, 286 pp. en noir et blanc + 8 pp. de photographies et d’illustrations en quadrichromie au format 11 x 18 cm sous couverture brochée en couleur, 7,60 €

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