14 03 10
Salut, l’artiste !
Seule biographie du poète (et unique à ce jour, Jean Ferrat : de la fabrique aux cimes par Bruno Joubrel paru en 2008 aux Belles Lettres à Paris étant le texte remanié d'une thèse de doctorat de musicologie), le Jean Ferrat de Jean-Dominique Brierre paru en 2003 aux Éditions de l’Archipel à Paris revient sur le devant de la scène avec les adieux définitifs à l’auteur, compositeur et interprète décédé le 13 mars 2010 à Aubenas en Ardèche, où il s’était retiré dès 1973. Benjamin de quatre enfants, il était né le 26 décembre 1930 à Vaucresson (Hauts-de-Seine) d’une mère fleuriste et d’un père bijoutier. Celui-ci, d’origine juive (le vrai nom de Ferrat était Tenenboom), fut déporté à Auschwitz où il est mort le 5 octobre 1942. Ce drame de l’enfance, et le fait qu’il a été caché par l’un des responsables de la résistance communiste en région toulousaine, marqueront au fer rouge le cœur et la conscience du chanteur qui, s’il connut le succès dès 1960 avec Ma Môme, a crevé les plafonds en 1963 avec Nuit et Brouillard, un hommage formidable aux victimes de la barbarie nazie. Compagnon de route du parti communiste, partisan des révolutions russe et cubaine (Potemkine, Oural ouralou, Camarade, Cuba si), interprète inspiré d’Aragon (Les yeux d’Elsa, C’est si peu dire que je t’aime, Les lilas, Heureux celui qui meurt d'aimer), admirateur de Lorca et de Neruda, il fut lui aussi un grand chantre de l’amour (C’est toujours la première fois, Nous dormirons ensemble, Tu ne m'as jamais quitté) et un poète sensible à la vie quotidienne des petites gens (La Montagne, On ne voit pas le temps passer, Sacré Félicien) en même temps qu’un militant politique de gauche (Ma France, En groupe en ligue en procession, La Commune, Pauvre Boris [en hommage à Vian]) et un défenseur du féminisme (La femme est l'avenir de l'homme, Une femme honnête n’a pas de plaisir). Progressivement revenu du communisme après l’écrasement du Printemps de Prague en 1968 (Au printemps de quoi rêvais-tu ?, Le bilan), il s’est retiré dans un village lointain d’où il prenait de temps à autre la plume pour enguirlander les instances ministérielles françaises en raison de leur manque de soutien aux jeunes artistes non commerciaux. C’était un homme généreux, fidèle en amour et en amitié, discret dans sa vie privée, qui traîna à jamais la mort injuste de l’auteur de ses jours. L’une de ses dernières chansons, enregistrée en 1991, s’intitule d’ailleurs Nul ne guérit de son enfance. Il est même hélas des enfances qui vous tuent à jamais…
Bernard DELCORD
Jean Ferrat par Jean-Dominique Brierre, Paris, L’Archipel, 2003, 281 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 17,95 €
Ce livre n’était plus disponible mais l'éditeur en ressortira une version mise à jour avec nouvelle couverture le 31 mars 2010.
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