16 03 10
L’éblouissement de la poésie !
par Jacques MERCIER
Nous sommes de plus en plus nombreux à le dire et à le redire : la poésie est essentielle, c’est le langage par excellence. « La poésie n’a rien à voir avec la littérature » ose même Sollers ! Ou ailleurs, le même : « L’enfer aujourd’hui, c’est le non-accès à la poésie elle-même. » C’est dire si l’arrivée d’un livre de Lucien Noullez peut être saluée avec grand bonheur. Le titre « Impasse des Matelots » fait référence à une minuscule venelle près du Quai au Foin à Bruxelles. L’auteur explique : « Ces poèmes, écrits dans la vie, regardent flotter les matelots des villes et des mers. » Dès le premier vers, nous sommes emportés : « La lenteur arrivait à marée basse. » Dites-le à voix haute, répétez-le et vous en goûterez tout le suc ! Une première partie du recueil nous parle donc de la lenteur et, d’une manière mystérieuse, tous les textes nous sont donnés dans la lenteur, tel « A quatre pattes, le boxeur – entend des oiseaux de cristal. » Il est question ensuite d’un « ramasseur d’oiseaux » : « … Tu ramasses la joie parfaite – comme on écoute un merle noir. » Comment dire mieux ? Dans le chapitre (et comme Lucien Noullez est belge de toute son âme ! Le capitaine Haddock n’est pas loin…) « Mille sabords », on lit : « Mais la coque du monde – est pleine de bois et de trous… » Tant d’instants encore… Prenez « Un poète », rien à jeter comme le chantait Brassens : « Des pluies parfois – nous disent que le ciel est bleu – et des marins – transpercent le gris du regard. – Mais le lecteur – met une poutre dans son œil. – Il ne voit rien.- Il me ressemble. » Et puis sachez qu’il s’agit bien d’un poète d’aujourd’hui (« On n’est plus tellement présent au monde. – On presse des boutons – et quelque chose advient. » ou « Avant, il faudra payer l’Amérique – et les pannes d’ordinateur. ») La musique, qui a précédé le langage, est partout dans « Impasse des Matelots » : Messiaen, Mahler, Brahms… mais aussi son père (qui lui a sûrement donné le sens de la poésie, lui qui utilisait l’expression « les loups fument » pour désigner les colonnes de brume qui montaient des coupe-feux taillés dans les bois des collines mosanes, nous explique Lucien !) On y parle aussi d’anges, de baisers, de la langue grecque et de petits chiens ; ce que nous serions selon saint Marc. J’adore ça ! Et puis, pour vous donner le désir de la poésie, encore un dernier vers magnifique à propos des chiens : « Lancez des coquillages, ils apportent la mer » !
Impasse des Matelots par Lucien Noullez. Ed. L’âge d’homme. Collect. La petite Belgique. 2010. 96 pp. 14 euros.
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