31 05 10

Mots doux

Femmes du XVIIe siècle en verveLe petit recueil qui vient de paraître aux Éditions Horay à Paris sous le titre Femmes du XVIIe siècle en verve s’avère fort réjouissant, et à plus d’un titre ! C’est que l’esprit y abonde à chaque page, mais à fleuret moucheté, sous la plume d’auteures pour qui la vie et l’amour n’avaient plus de secrets et qui tenaient le haut du pavé dans la société des hommes qu’elles connaissaient sur le bout des doigts : « Un jaloux trouve toujours plus qu’il ne cherche » et « L’amour est je ne sais quoi, qui vient je ne sais où et qui finit je ne sais comment… » assurait Mlle de Scudéry ; « Vous ne saviez donc pas qu’il est souvent plus difficile de se débarrasser d’une maîtresse que de l’acquérir ? » (Ninon de Lenclos) ; « Les caprices du cœur sont les tyrans de la raison » (Mme de Villedieu) ; « La plupart des mères s’imaginent qu’il suffit de ne parler jamais de galanterie devant les jeunes personnes pour les en éloigner » (Mme de La Fayette) et encore « Il y aura un grand bal, où tous ceux qui disent qu’ils n’ont pas un sou feront des dépenses de deux et trois cents pistoles » (Mme de Sévigné, qui n’avait pas, on le voit, la langue dans sa poche). Et ces dames avaient un joli sens de la métaphore : « Il devint triste et rêveur, la vivacité de son teint se changea en couleur de soucis. » (Mme d’Aulnoy),
« J’écrirais jusqu’à demain ; ma plume, mes pensées, mon encre, tout vole » (Mme de Sévigné).
Ce qui n’empêchait nullement les rosseries entre personnes du beau sexe : « Mme de Saint-Géran est accouchée d’une petite fille sans aucune difficulté ; cela ne valait pas la peine de s’y mettre… » ou
« Mme du Puy-du-Fou est venue me voir. J’avais oublié qu’elle était veuve ; son habillement me parut une mascarade » (Mme de Sévigné, encore, qui se taille la part du lion dans l’ouvrage) ; « Elle était du vieux temps où l’on complimentait tout un jour sur le pied d’une mouche » (Mme d’Aulnoy)… Que tout cela était dit avec élégance, tact et raffinement ! Aujourd’hui, le sens de l’expression demeure, mais les mouches y subissent les derniers outrages…
Bernard DELCORD

Femmes du XVIIe siècle en verve, présentation et choix par Colette Cosnier, Paris, Éditions Horay, mai 2010, 128 pp. en noir et blanc au format 10,5 x 18 cm sous couverture brochée en couleur, 7,50 € (prix France)

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31 05 10

Clap de fin

Mrs ParkingtonParmi les chefs d’œuvre de l’écrivain américain Louis Bromfield, (1896-1956), l’auteur de La Colline aux Cyprès (1924), de Précoce Automne (Prix Pulitzer 1926), de La Mousson (1937), de Les Nuits de Bombay (1940), on compte aussi le fameux Mrs Parkington (1943) que les Éditions Phébus à Paris ont eu l’excellente idée de rééditer au sein de leur belle collection
« Libretto », un ouvrage à la fois cruel et passionnant dans lequel une vieille dame (elle a 84 ans quand le récit commence), riche et veuve, est au centre d’un monde, le sien, qui s’écroule aussi bien dans ses souvenirs que dans le présent. Métaphore de l’Amérique des pionniers, durs au travail mais aussi brutaux et roublards, la société new-yorkaise dans laquelle vit Susie Parkington est opulente, certes, et vertueuse, et forte de ses valeurs morales et boursières acquises dans l’Ouest au prix d’un long labeur. Mais ses soubassements sont minés par la volonté de paraître, l’alcoolisme, l’ennui, la tentation du suicide, le goût du pouvoir, la malhonnêteté… Cette dégringolade fait penser à la chute de l’empire romain ou à celle de l’Europe dans ses colonies, et les nombreux personnages, parfois naïfs, parfois sympathiques, parfois pathétiques, parfois odieux, apparaissent, sous le regard accablé et mélancolique de l’ancêtre, dans toute la crudité de leur sort, englués dans les champs de ruines de tout ce qu’elle avait contribué à bâtir pour eux…
Bernard DELCORD

Mrs Parkington par Louis Bromfield, Paris, Éditions Phébus, collection « Libretto »,
février 2010, 374pp. en noir et blanc au format 12 x 18 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 12 € (prix France)

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30 05 10

Trop vite !

SERVAN SCHREIBERUne seule image illustre bien le propos : En Asie speedée, le bouton le plus usé dans l'ascenseur est celui de la fermeture des portes ! L'envie de vitesse nous est arrivée au XIXe siècle. Elle procure une double satisfaction : au cerveau qui surpasse le corps et à l'homme qui bat l'animal ! Elle s'applique dans les transports et dans la communication. La vitesse est un puissant dérivatif contagieux. C'est elle qui a donné naissance au « court-termisme », analysé de maîtresse façon par Jean-Louis Schreiber. Cet essayiste et journaliste nous avait déjà proposé « L'Art du temps » et « Le Nouvel Art du temps » qui tentaient de nous délivrer du carcan du temps. (Personnellement, j'ai écrit pendant des années un édito dans la Libre, intitulé « Entretemps », où j'essayais de proposer des failles hors du temps : le silence, la musique, etc. ) L'auteur explique : « La recherche du chemin le plus court, la primauté de l'urgence sur l'importance, la pression sur les résultats sont toutes filles de la vitesse. Ensemble, elles ont engendré une situation de court-termisme généralisé dont nous ne sommes même plus toujours conscients » Et de passer en revue les sphères où le court-termisme sévit en faisant tant de dégâts : La politique ( ah ! Ces « procédures d'urgence » ! Car ce qui n'est pas urgent risque l'oubli), la finance avec cette citation de l'économiste André Orléan : « Il faut convaincre à chaque chanson, comme un chanteur de variétés » et plus tragique : « Gérer les firmes en fonction de leur valeur en Bourse était une stupidité », une déclaration d'un des gourous de la classe patronale américaine, l'entreprise et le nouveau mot magique « low cost », la consommation et le duo Internet et téléphone portable. Intéressant aussi le regard porté sur nos rythmes de vie : Assouvir nos désirs au plus vite, c'est retomber en enfance, ne plus se projeter dans l'avenir. Je découvre ainsi avec stupéfaction que la moyenne mondiale de l'accouplement humain est aujourd'hui de 4,2 minutes ! Le dernier chapitre est consacré à l'environnement, qui justement ne peut tabler que sur le long terme pour que notre planète survive. La conclusion est pourtant optimiste : nous pouvons changer les choses. « Les grands changements se sont produits lorsqu'une proportion suffisante d'un ensemble humain était convaincue de leur nécessité » ! Remettons donc tous un peu plus de long terme dans notre vie... Et prenons le temps de lire ce livre vraiment intéressant !
Jacques MERCIER

 Trop vite ! ou  Pourquoi nous sommes prisonniers du court terme , Jean-Louis Servan-Schreiber. Éditions Albin Michel. 2010. 200 pp. 15 euros.

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29 05 10

Excès féminins

LAPIERREAucune mention ne semble ... excessive pour qualifier le coup de cœur contracté à la lecture de cette passionnante biographie. Traçant le destin d'Elizabeth Chudleigh (1720-1788), devenue duchesse de Kingston au prix d'une bigamie tenue secrète,  Alexandra Lapierre nous entraîne, avec brio, dans les hautes sphères de l'aristocratie anglaise et européenne du Siècle des Lumières. Forte de quelques riches amitiés féminines, Augusta, Princesse de Galles, Maria-Antonia, Princesse électrice de Saxe et Catherine II de Russie, Elizabeth enflammera le cœur de nombreux hommes, des effets conjugués de sa beauté et d'un tempérament fort. Elle vivra le grand amour de sa vie aux côtés du richissime duc de Kingston, Pair du Royaume, dont elle est la maîtresse dix-huit ans avant de consentir à l'épouser.
Courte, drôle et saisissante est la devise de cette aventurière, sportive, généreuse, courageuse, scandaleuse, « festoyante », dépensière, entière, sincère et ...imprudente qui se risqua à inventer son destin comme aucun romancier n'aurait osé le faire. Les cabales ne l'épargneront pas qui lui vaudront,  notamment,  un retentissant procès pour bigamie. Toujours, elle rebondira. Avec panache et une ardeur de vivre hors du commun.
Elle restait fidèle à elle-même. Incapable de rancune, incapable de vengeance. Cet ultime retournement n'était que l'illustration des traits qui l'avaient caractérisée toute sa vie. La générosité. Et puis aussi le goût des grands gestes, l'obsession de la lumière, et la passion de la gloire. Le panache.
Un ouvrage brillant, écrit d'une plume précise, imagée, nerveuse et sautillante, telle une polka qui invite à le lire d'une seule traite. Et à regretter de le quitter.
Apolline Elter

L'excessive, Alexandra Lapierre, Plon, mai 2010, 258 pp, 19€50

alexandralapierreEATrois questions (+ 1) à Alexandra Lapierre :

Apolline Elter : Vous l’affirmez, Elizabeth Chudleigh est un personnage romanesque comme on n’oserait l’inventer. La réalité dépasse la fiction. Fut-il pour autant aisé de retracer son histoire ?

Alexandra Lapierre : Oui... Et non. Aisé dans le sens où les actes d’ Elizabeth Chudleigh avaient été relatés par les journaux de l’époque. C’était une « star » avant la lettre, puisqu’elle était duchesse, belle, riche, étonnante et constamment scandaleuse. Pain béni pour les gazettes qui la suivaient à la trace dans tous ses déplacements... Et la Russie, la France, l’Angleterre, l’Italie : elle voyageait beaucoup, elle connaissait l’aristocratie de toutes les cours européennes ! Même Casanova l’évoque dans ses Mémoires... Sans parler des minutes du procès pour bigamie, où toutes les paroles d’Elizabeth sont retranscrites. Il existe donc des masses et des masses de documents. La difficulté a consisté dans leur dépouillement. Et surtout dans la description d’une Elizabeth, vue « de l’intérieur ». Les échotiers, qui relatent sa vie, les interprètent souvent avec les préjugés contre lesquels elle-même s’insurgeait. La difficulté a consisté à lui rendre son âme. Et sa liberté.

Apolline Elter : Une femme de sa trempe a dû susciter bien des inimitiés féminines. Paradoxalement, ce sont les hommes qui se sont vengés d’elle ou l’ont lâchée. Est-ce parce qu’elle portait atteinte à leur respectabilité ?

Alexandra Lapierre : Absolument. Même si Elizabeth se conduit toujours et partout avec une noblesse inouïe, elle était tout sauf «  respectable », dans le sens social du mot... Quand elle devient duchesse de Kingston, une femme aussi libre et dénuée de préjugés menace, par son côté imprévisible, tous les fondements de la société. Je ne vous parle même pas du fait d’épouser deux hommes à la fois !

Apolline Elter : Il est question d’une enfant abandonnée dont elle fait sa filleule et prénomme Elizabeth. Que devient-elle par la suite ?

Alexandra Lapierre : Je suis ravie que vous me posiez la question. J’avais fait beaucoup de recherches sur cette enfant qui grandira auprès de notre héroïne. Mais l’histoire de la jeune fille se termine mal : phtisique, elle disparaît très jeune.

Apolline Elter : Question rituelle de nos billets de faveur : si vous deviez évoquer un plat, une recette qui serait votre « madeleine de Proust », une saveur vous viendrait-elle d’emblée à l’esprit ?

Alexandra Lapierre : Ce serait un petit coup de vin blanc italien, un vin qui pétille, avec de toutes petites bulles qui chatouillent la gorge... Le prosecco ! Sa saveur, son bruit, son parfum m’évoquent Rome et Venise, les apéros qu’on déguste sur les terrasses au pied des églises baroques, le soleil dans les yeux. Comme Elizabeth Chudleigh qui aimait beaucoup boire un petit coup de son vin favori dans les moments de joie. Elle, c’était du madère - en pêchant la truite sous la pluie d’Angleterre - avec son duc amoureux. Le goût du bonheur.

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28 05 10

Le chinois ? Ce n’est pas si chinois que ça…

Bescherelle Le chinois pour tousSe situant au niveau A2-B1 du CECR (Cadre européen commun de référence pour les langues), le tout nouveau Bescherelle le chinois pour tous, rédigé par Joël Bellassen & Arnaud Arslangul et publié à Paris aux Éditions Hatier, complète une longue série de Bescherelle consacrés non seulement au français mais aussi à un grand nombre de langues étrangères (l’anglais, l’allemand, l’espagnol, l’italien, le portugais, l’arabe, le latin et même le néerlandais – ce dernier ouvrage ayant été édité jadis par votre serviteur, tout comme le Bescherelle de français destiné aux néerlandophones d’ailleurs). Ce nouvel ouvrage rassemble divers outils permettant la communication en chinois, à savoir les 125 composants les plus fréquents de l’écriture chinoise, une grammaire traitant les points essentiels avec de nombreux exemples concrets, un répertoire de vocabulaire comprenant 3 000 mots et expressions regroupées en 21 thèmes (l’individu, la famille, le corps, les soins quotidiens et la santé, la nourriture, les voyages, le temps qui passe…) et 105 entrées en français pour trouver le mot juste en chinois. De plus, les utilisateurs du livre bénéficient d’un accès gratuit au site www.bescherelle.com où ils trouveront des exercices et des compléments audio. Un outil formidable pour se lancer avec une relative aisance dans l’apprentissage de la langue la plus parlée au monde !
Bernard DELCORD

Bescherelle le chinois pour tous par Joël Bellassen & Arnaud Arslangul, Paris, Éditions Hatier, juin 2010, 336 pp. en quadrichromie au format sous couverture Intégra en couleur, 12,99 € (prix France)

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27 05 10

Les contes des 1001 jours

Les 1001 jours qui ont changé le mondeCommençant par le big bang qui s’est produit il y a 13,7 milliards d’années et terminant par l’accession de Barack Obama à la présidence des États-Unis, Les 1001 jours qui ont changé le monde, un fort ouvrage de plus de 950 pages rédigé sous la direction de Peter Furtado et publié à Paris aux Éditions Flammarion, passe en revue une foule d’événements qui se sont produits à travers l’histoire sur les cinq continents. Saviez-vous que Rome fut mise à sac par les Wisigoths le
24 août 410 ? Que l’empire inca fut fondé en 1438 ? Que le roi du Congo se convertit au catholicisme en 1490 ? Que les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem furent graciés par Soliman le Magnifique le 1er janvier 1523 ? Que Toyotomi Hideyoshi unifia le Japon par les armes le 12 août 1590 ? Que la Nouvelle-Zélande fut découverte le 13 décembre 1642 ? Que le système métrique décimal fut adopté par les révolutionnaires français le 7 avril 1795 ? Que le servage fut aboli en Russie le 3 mars 1861 ? Que le concile Vatican I déclara le pape infaillible le 18 juillet 1870 ? Que les premières images télévisées furent émises le 26 janvier 1926 ? Que l’ADN a été découvert le 25 avril 1953 ? Que l’avortement a été légalisé aux USA le 2 janvier 1973 ? Qu’un avion de ligne iranien a été abattu par les Américains le 3 juillet 1988 ? Que l’Homo floriesiensis a été découvert le 28 octobre 2004 ? Non ? Eh bien, il est grand temps que vous acquerriez ce livre !
Bernard DELCORD

Les 1001 jours qui ont changé le monde, sous la direction de Peter Furtado, préface de Frédérick Gersal, Paris, Éditions Flammarion, septembre 2009, 959 pp. en quadrichromie au format
16 x 21 cm sous couverture brochée en couleur et à rabats, 32 € (prix France)

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27 05 10

Les grandes batailles verbales

Les 50 discours qui ont marqué la 2e Guerre mondialeLa Seconde Guerre mondiale fut aussi une guerre du verbe, comme le montre avec grand brio l’ouvrage intitulé Les 50 discours qui ont marqué la 2e Guerre mondiale, paru chez André Versaille à Bruxelles et dans lequel l’historien Dominique Mongin a rassemblé et expliqué, en quatre parties distinctes, des textes prononcés, entre 1935 et 1945, par les protagonistes essentiels que furent Blum, Pierre Cot, Chamberlain, Churchill, Daladier, Eisenhower, Franco, de Gaulle, Goebbels, Himmler, Hirohito, Hitler, de Kérillis, Laval, Léopold III, Mussolini, Pétain, Pie XII, Pierlot, le Président suisse Pilet-Golaz, Roosevelt, Haïlé Sélassié, le maréchal sud-africain Smuts, Staline, Truman et Jean Zay, textes qui tous mettent en perspective les enjeux, tenants et aboutissants des diverses décisions et des multiples aléas qui émaillèrent cette époque.
La première partie de l'ouvrage concerne la période 1935-1939 et se penche sur l'échec du système de « sécurité collective ». La deuxième partie s'intéresse aux débuts du conflit (1939-1940) et donne des coups de projecteur sur la guerre-éclair, la « drôle de guerre », la Résistance et la Collaboration. La troisième partie (1941-1942) montre comment d'une guerre « régionale », limitée à l'Europe, on est passé à une guerre mondiale. Quant à la quatrième partie (1943-1945), elle traite de la progression des Alliés vers la victoire finale et l'avènement d'un nouvel ordre international.
Du fameux « Nous ne nous rendrons jamais » de Churchill (juin 1940) au grotesque « testament politique » de Hitler (avril 1945) en passant par le funeste « Nous avons sauvé la paix » de Daladier (octobre 1938), l’indigne « Je souhaite la victoire de L’Allemagne » de Laval (juin 1942) ou le lyrique « La seule chose que nous ayons à craindre, c’est la peur elle-même » de Roosevelt, on va ainsi, de citation historique en phrase d’anthologie, à le redécouverte des grands moments du conflit et de la psychologie de ses acteurs principaux. Qui confine parfois à la mauvaise foi, comme quand, le 25 août 1944, à la libération de Paris, de Gaulle s’écria : « Paris ! Paris outragé ! Paris brisé ! Paris martyrisé ! Mais Paris libéré ! libéré par lui-même, libéré par son peuple avec le concours des armées de la France, avec l’appui et le concours de la France tout entière, de la France qui se bat, de la seule France, de la vraie France, de la France éternelle ! » Sans un mot du Grand Charles pour ses petits Alliés…
Bernard DELCORD

Les 50 discours qui ont marqué la 2e Guerre mondiale, édition établie par Dominique Mongin, préface de Maurice Vaïsse, Bruxelles, André Versaille éditeur, avril 2010, 444 pp. en noir et blanc au format
15,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleur, 24,90 €

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25 05 10

La première favorite

LA VALLIEREDestin hors normes et émouvant que celui de Louise de La Vallière (1644-1710), favorite de la première heure de Louis XIV -  avant Les Montespan et Maintenon - amoureuse de l'homme plutôt que de sa fonction, retirée du monde, les trente-six dernières années de sa vie, sous le nom de "Soeur Louise de la Miséricorde", au sein du (Grand) Carmel de la rue Saint-Jacques, à Paris. Louise était là tout entière: ce mélange de douceur et de fermeté, de fragilité et de force, cette tendre faiblesse, cette calme obstination.
La biographie que lui consacre Jean-Christian Petitfils, analytique et fouillée, est un monument du genre: à travers la personnalité, toute en nuance de l'héroïne, ce sont les relations entre les favorites, les courtisans  et le portrait, humain, finement brossé du souverain solaire qui se dégagent. Pour le plus grand intérêt du lecteur.
Frêle, pâle, de constitution délicate, affublée d'une légère claudication mais d'une très belle voix, Louise devait son charme à sa grâce plutôt qu'à sa beauté quelque peu effacée. Utilisée comme "chandelier" pour masquer les amours d'Henriette d'Angleterre et de Louis XIV, elle enflamme  ingénument le coeur de ce dernier. Petite violette qui se cachait sous l'herbe... dira la marquise de Sévigné, elle se verra peu à peu supplantée par la bouillante Montespan  - de chandelier, elle devient ...paravent de la nouvelle et royale liaison - et élevée au rang de Duchesse de Vaujours. Cadeau de déclin dont le Roi est coutumier.
Lent écartement, plutôt que vraie rupture - Le roi avait horreur des scènes - la défaite de Louise est peu à peu consommée qui la mènera au Carmel. Une des raisons de la défaite de Louise, nous l'avons vu, venait de son incapacité à tenir le rang de favorite. Trop de qualités charmantes, pas assez de cynisme ni d'ambition Alors qu'elle ne songeait qu'à aimer et être aimée, il lui aurait fallu de l'assurance, de la morgue, l'art de faire valoir son crédit et sa fortune, celui d'acheter des créatures, de placer ses pions, de ménager les puissants, d'utiliser à bon escient le cercle des amis et des gens influents, toutes facultés dont Mme de Montespan saura user avec naturel, audace et entrain.
Une crise mystique, survenue une nuit de printemps 1670, la convertit, sitôt l'effroi digéré, à la prière et aux valeurs essentielles de la vie. Restée dans un premier temps dans le monde, pour y témoigner de sa spiritualité, elle se retirera au Carmel de L'Incarnation (rue Saint-Jacques)  pour prendre le voile, le 4 juin 1675, en présence de la majeure partie de la Cour. La correspondance échangée avec son ami, Maréchal Bernardin Gigault de Bellefonds et la publication anonyme, en 1680, des Prières et reflexions sur la miséricorde de Dieu et sur notre misère après une grande maladie (texte reproduit en annexe du livre), rédigée de sa main, et abondamment plagiée,  constituent un précieux témoignage sur les tourments et aspirations de Soeur Louise de la Miséricorde: Attendez, attendez à me corriger que ma conversion soit au moins commencée et que ma pénitence balance un peu votre justice, afin qu'au lieu de me regarder comme une criminelle qui mérite la mort vous me considériez comme un enfant à qui vous voulez faire grâce.
Apolline ELTER

Louise de La Vallière, Jean-Christian Petitfils, éd. Perrin, 1990, 2002 et 2008, 22€50.

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24 05 10

L’Ernest Hemingway français

Reportages, Romans (Kessel)Rassemblant, dans un fort volume de la fameuse collection Quarto, sous la direction de Gilles Heuré et sous le titre générique de Reportages, Romans, une imposante volée de textes du romancier talentueux, du journaliste intrépide, du grand reporter de choc et du voyageur tout terrain que fut Joseph Kessel (1898-1979), les Éditions Gallimard ont fait mouche à plusieurs titres. D’abord parce qu’en redonnant à lire des reportages de celui que ses collègues de la presse écrite surnommaient « L’Empereur », elles ressuscitent de grands moments du XXe siècle, enveloppés dans de très beaux papiers (rédigés à propos des deux guerres mondiales, des révolutions russe et irlandaise, de la situation en Palestine en 1924-26 puis de la naissance d’Israël en 1948, de la montée du nazisme en Allemagne, de la dépression sociale américaine en 1932-33, de la guerre d’Espagne…). Ensuite, parce qu’en mettant ces reportages en parallèle avec les romans que Kessel a tirés de ces événements, elles éclairent la réalité par la fiction, et inversement. Enfin, parce qu’elles mettent en lumière la genèse et l’élaboration de l’œuvre du Hemingway français, dont l’engagement et le courage ont fait un témoin lucide et privilégié. Par exemple, il tira de son expérience de soldat son premier grand succès, L'Équipage, publié en 1923, puis Les temps sauvages (1975), et de ses reportages sur l’IRA, Mary de Cork (1925). De ses voyages en Russie révolutionnaire, il ramena des Mémoires d’un commissaire du peuple (1925), et des débuts de l’Aéropostale, La Ligne (1929). Résistant, il a écrit avec Maurice Druon le Chant des partisans, mais il est aussi l’auteur de L’Armée des ombres (1943), Les Maudru (1945) et Les Mains du miracle (1960). Car assurait-il, « pour moi, le reportage et le roman se complètent, sont étroitement liés. C’est la lignée de Conrad, de Kipling, de Stevenson, de Jack London… ».
Et c’est peu de le dire !
Bernard DELCORD

Reportages, Romans par Joseph Kessel, édition établie et dirigée par Gilles Heuré, Paris, Éditions Gallimard, collection « Quarto », avril 2010, 1288 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, avec 43 photographies, 27,50 € (prix France)

Ce volume contient : 1914-1918 : L'Équipage, « Sous l'Arc de triomphe », Les Temps sauvagesIrlande 1920 : « L’armée clandestine », « La justice du Sinn Fein », « Le sac de Balbriggan », Mary de Cork ■ Russie 1917-1927 : « Le caveau n°7 », Mémoires d'un commissaire du peuple ■ La Ligne :
« Le pénitencier blanc », « Vent de sable » ■ Palestine 1924-1926 : « L’élan vers la Terre promise »,
« L’escalier de Bnéi-Brak », « Les frères de l'Émek », « Le manchot de Port-Arthur », « Déposition au procès Schwartzbard » ■ Allemagne 1932 : « Les forgerons du malheur », « Unterwelt », « La marée brune » ■ États-Unis 1933 : « Les lignes de pain », « L’armée des mendiants », « Les cols blancs » ■ Espagne 1938 : « Réflexion sur la guerre civile » ■ 1939-1945 : « Les hommes des avant-postes »,
« Dunkerque », Les Maudru, L'Armée des ombres, Les Mains du miracle ■ Israël 1948 : « Visa n°1 », « La colline Napoléon », « Le pâtre », « L’arme secrète » ■ Épilogue : « J'aime les gens qui se
dépassent… »

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24 05 10

Antipasti libri avec Didier van Cauwelaert



Spéciale Didier van Cauwelaert
Enregistrée en public à l'hôtel Amigo, Grand place de Bruxelles, le 21 mai
Photos Gianni Candido
Images / Son Xavier Vanvaerenbergh et Flavia Fidolino
Diffusion sur Liberty TV à partir du 8 juin 2010

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