02 07 10

Exit Patrick Virelles

Patrick VirellesL’un de nos meilleurs auteurs s’en est allé sur la pointe des pieds, le 30 juin dernier, dans l’indifférence quasi-générale de ses compatriotes, qui devraient s’en mordre les doigts tant l’œuvre de cet « anarchiste sybarite », ainsi qu’il se définissait lui-même, mérite rigolade et respect (ce qui, en Belgique, s’avère conciliable et même complémentaire pour définir le talent).
En quatrième de couverture de son roman Peau de vélin (1993), celui qui fit paraître ensuite Les grilles du parc Monceau (1998), Les pigeons de Notre-Dame (2001), Un puma feule au fond de ma mémoire (2004) et Bestiaire impertinent (2005) donnait un aperçu de son curriculum vitae : « Patrick Virelles, né à Bruxelles en 1939, a été tour à tour conducteur de pousse-pousse, vendeur de fleurs à la sauvette, pion, attaché à la direction d'une importante firme commerciale d'Anvers, conférencier, animateur d'une maison de la culture, administrateur de divers théâtres et cabarets littéraires, directeur d'un musée de figurines historiques, etc. ». Excusez du peu ! À quarante ans, il avait en outre décroché à l'U.C.L. une belle peau d’âne, en l’espèce une brillante agrégation en sciences théâtrales, arts du spectacle et animation culturelle, qui ne donna d’ailleurs aucune apparence pontifiante à ses écrits que l’on peut situer au carrefour de ceux de Michel de Ghelderode, Achille Chavée, Louis Scutenaire, Fernand Crommelynck, Jean Muno et Marcel Moreau.
Membre de la « Confrérie des Chevaliers du Taste-Fesses », Patrick Virelles publia un petit essai en 2004, que nous avons eu le plaisir de recenser à l’époque dans les colonnes de l’hebdomadaire satirique bruxellois PAN, mort lui aussi en 2010…
Nous ne résistons pas au plaisir de recopier ici notre chronique d’alors, en guise d’hommage et de salut à l’un de nos écrivains imaginatifs des plus remarquables – et, hélas, des moins remarqués…
Bernard DELCORD

La chronique ci-dessous a paru le 11/02/2004 dans les colonnes de l’hebdomadaire satirique bruxellois PAN :

Le prose en 555 variationsAyant remarqué qu'il n'existe, en français, qu'une vingtaine d'équivalents du mot « cœur », PatrickVirelles, à qui l'on doit l'extraordinaire Les Grilles du Parc Monceau, a poursuivi ses investigations et découvert 555 appellations... du derrière !
Il nous les détaille ici, force citations d'auteurs à l'appui, et non des moindres : Apollinaire, Beaumarchais, Céline, Froissart, La Fontaine, Paraz, Rabelais, Rimbaud, Verlaine, Villon, Kiki de Montparnasse... Sans oublier Brassens, bien entendu, et Pierre Perret, Alphonse Boudard, Jean Yanne, Victor Hugo... Plus quelques apocryphes comme Jack Lang, le grand Larousse, Pie XII, Néron, Elio Di Rupo... Bref, que du beau slip !
S'ensuit une véritable leçon de gai (!) savoir, où l'on retrouve les assises de la véritable culture, celle des observations sagaces (on peut « avoir le cul rond et faire des étrons carrés »), étymologiques (« se mettre le doigt dans l' œil » n'a pas exactement le sens que l'on croit dans les salons où l'on cause...), historiques (le « bourdalou » est un petit pot de chambre utilisé par les dames de la cour du Roi-Soleil durant les interminables sermons du Père Bourdaloue ; par extension, ce mot désigne le derrière d'une femme de qualité), musicales (Joseph Pujol, dit le Pétomane, avait de la conversation et de la répartie, détaillées par l'auteur), voire politiques (Georges Clemenceau, qui était médecin, s'est
exclamé : « Ma plus belle opération chirurgicale ? J'ai pris vingt trous du cul et j'en ai fait un ministère », ce qui prouve que Guy Verhofstadt n'a rien inventé...).
L'ouvrage est dédié à la mémoire de Léo Campion, l'un des fondateurs de PAN, abondamment cité, et conclu par Jean-Pierre Verheggen, peut-être le plus talentueux de nos écrivains, qui s'est bien évidemment fendu d'un « A posteriori » (qui, à lui tout seul, mériterait l'achat du bouquin !).
Ces deux références valent leur pesant de pain de fesse, non ?
PANTHOTAL

Le prose en 555 variations par Patrick Virelles avec la complicité de Jean-Pierre Verheggen, Bruxelles, Éditions Le grand miroir, janvier 2004, 196 pp. en noir et blanc au format
11 x 19 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 8 € (prix Belgique et France)

Écrit par Brice dans Littérature générale | Commentaires (4) |  Facebook | |

Commentaires

Un bel hommage Qui donne envie de découvrir cet auteur, qi'hélas, je ne connaissais pas...Quelle lacune! Merci Apolline E

Écrit par : Apolline Elter | 04/07/2010

Je ne savais pas que Patrick Virelles était decédé...j'ai lu tous ses livres et pour moi la scène de "l'assaut de la statue d'Henry IV sur le pont Neuf" par le personnage principal de "Peau de vélin" est un morceau d'anthologie...j'ai pleuré de rire dans le train Paris-Bruxelles et tous les gens autour de moi riaient aussi...je ne savais plus m'arrêter !!!
Je demande régulièrement aux libraires si il y a un nouveau livre sur le marché ET PERSONNE ne m'a annoncé sa disparition...Quelle HONTE !!!
J'ai fait lire peau de vélin à un Monsieur qui s'occupait de la critique littéraire du journal La Croix à Paris...il ne m'a jamais répondu...il était pourtant Belge d'origine lui aussi.
Je suis vraiment peinée de ne plus jamais avoir l'occasion de le lire mais il est certain que je re-lirais tous ses livres !!!

Écrit par : Beauclercq chantal | 10/02/2011

Est ce qu'il y a un endroit où on peut trouver Le prose en 555 variations ?

Écrit par : Bernard J | 02/06/2013

j4ai lu deux fois ses quatres romans et je les relirai probablement une troixieme fois
c'est incroyable voire scandaleux que Virelles soit tellement mal connu en Belgique!!!

Écrit par : gutfreund jacky | 07/05/2015

Les commentaires sont fermés.