09 08 10

Amélie, une très grande épistolière !

AMELIE NOTHOMB.jpgDès la première phrase, Amélie Nothomb nous accroche. Elle ne nous lâche plus jusqu'à la fin. Je suis de plus en plus un "fan" absolu ! Comment peut-on avoir une telle régularité dans le talent ? (Depuis 1992, chaque année !) Je le découvre comme une nouvelle cuvée d'un bon vin (moi qui ne bois pas !), avec ses spécificités (quelques mots littéraires, l'autobiographie toujours présente, la briéveté du texte, les rapports à la nourriture...) mais surtout avec le choix d'un sujet qui nous touche, parce qu'Amélie est passionnément humaine et sensible. C'est d'abord une histoire de lettres échangées (et l'on sait combien l'auteure aime écrire, répondre, dialoguer avec ses lecteurs et lectrices). « Un lien ne me paraît complet que s'il comporte une part de correspondance » écrit-elle. Il s'agit donc d'un échange de courtes lettres entre l'auteure, Amélie Nothomb elle-même et un soldat américain basé à Bagdad (L'occasion de charges contre la guerre et l'armée). C'est aussi une réflexion sur la création par l'écriture. « Il y a une jouissance que rien n'égale : l'illusion d'avoir du sens », « Être écrivain, cela signifie chercher désespérément la porte de sortie » ou cette affirmation : « Tout écrivain contient un escroc ». On aborde aussi, ce qui est d'une grande actualité, nos rapports avec le virtuel et donc par la force des choses : le mensonge et la vérité. Amélie nous parle – sans que cela nous surprenne - de l'anorexie, de l'obésité, des médicaments, de l'addiction. Le soldat est obèse au point de considérer sa difformité comme une autre personne, qu'il baptise Schéhérazade ! Et c'est parti... avec ses rebondissements, ses surprises, ses émotions, son humour (« une tenue XXXXL ? » ou le soldat lui demandant si ses lettres ne la « gavent » pas !, le slogan « Faites le gueuleton, pas la guerre ») C'est avant tout, me semble-t-il, un grand roman qui traite de la frontière entre les êtres humains. Où se situe-t-elle, peut-on la modifier, jusqu'où pénètre-t-on dans un autre univers ? La personne publique doit-elle livrer quelque peu sa vie privée ? Et dans ce domaine, Amélie, qui entretient des liens solides et fidèles avec ceux et celles qui se nourrissent de sa prose, est très bien placée pour cette analyse, cette réflexion. On peut dire encore, mais c'est plus anecdotique, que, l'air de rien ( en stoemelinks , en bruxellois), Amélie souligne sa belgitude (les Marolles, le syllabus, la douceur de vivre à Bruxelles...) et son érudition linguistique (Découvrez l'opisthographie, l'étymologie du mot diplomate ou sincère...) Et toujours tant de phrases, de passages qu'on a envie de recopier pour les relire et s'en délecter (j'allais dire « s'en nourrir » !) : « Les gens sont des pays »... « Un artiste qui ne doute pas est un individu aussi accablant qu'un séducteur qui se croit en pays conquis »... Et ceci enfin qui justifie pour nous tous et toutes l'envie de communiquer, voire d'écrire : « La confidence sauve de l'asphyxie ».Jacques MERCIER


Une forme de vie. Roman. Amélie Nothomb. Édition Albin Michel . 2010. 170 pp. 15,90 € (en librairie le 19 aoùt)

 


Écrit par Brice dans Jacques Mercier | Commentaires (5) |  Facebook | |

Commentaires

Le dernier Nothomb, toujours une curiosité. Je suis assez impatient de le lire.

Écrit par : Marc | 11.08.2010

Cher Jacques,

Merci pour cette très belle chronique.

Cependant, une question me taraude depuis nombre de livres déjà lus d'Amélie : ne trouvez-vous pas que ses courts romans, pourraient être davantage approfondis ?

Ne ressentez-vous pas un goût de trop peu, de part le sujet intéressant qui y est abordé, et ce au travers de ses différentes oeuvres ?

De plus en plus, il me semble qu'elle bâcle ses romans, au point qu'on pourrait les appeler "nouvelles".

Un peu comme si elle écrivait dans un but de productivité, sans plus se soucier de plaisir de l'écriture et ce qui va de paire, de la structure du roman ainsi que sa teneur.

Mais peut-être me trompe-je.

Seule elle pourrait répondre à cette question en réalité.

Et comme elle est inaccessible... je m'en tiendrai à mes impressions.

Écrit par : Panthère | 14.08.2010

Chère "Panthère" ! Certains pensent ainsi, mais je crois que c'est vraiment un faux problème. On n'écrit pas, si on est une réelle artiste - ce que tout le monde peut lui reconnaître -, en programmant tout ça : longueur, titre, etc. Je pense que la brièveté de la plupart de ses livres, tient simplement à la manière dont Amélie veut créer; elle ne coupe pas délibérément dans ses textes pour plaire. Qu'elle soit dans l'air du temps (lecture courte, etc...) me semble évident. Elle ne doit pas faire du Balzac ni du Proust : elle vit ici et maintenant. Qu'elle sorte un volume par an (sur les quelques-uns qu'elle écrit sans cesse tous les ans), c'est sans doute la seule concession ! Elle pourrait même en sortir deux ou trois, pourquoi pas ? Qu'elle ait du succès à chaque fois, quel est ce reproche ? S'irritait-on du succès de chaque album sorti de Brassens ? Qu'on en préfère l'un à l'autre, rien que de naturel. Mais "bâcler" un roman ! Beaucoup aimeraient écrire un roman bâclé comme celui d'Amélie ! J'y trouve tout ce qui nourrit ma sensibilité, mon émotion et ma compréhension. Quand je la lis, je vis, je comprends mieux, je me grandis. Le reste (et en particulier les articles "mode" qui aiment rejeter ceux qu'ils ont adorés) n'est que de la "mauvaise" littérature !

Écrit par : Jacques Mercier | 22.08.2010

Cher Jacques,

Vous avez su parfaitement résumé ce splendide roman.

Je trouve ce dernier roman très réussi car la part d'humanité de l'auteure est très présente,... cette humanité qui lui permet d' écrire sur un sujet aussi difficile que l'obésité.
Dans ce roman" "Une autre forme de vie", A.N. met en évidence une gentillesse, un altruisme qui lui sont propre et qui malgré les apparences existe encore de nos jours: cette "autre forme de vie".
Comme d'habitude, son écriture si particulière m'a tenue en haleine jusqu'au bout des pages car son discours est pour moi au delà de l'entendement commun.

Écrit par : Joëlle | 29.08.2010

Merci Jacques pour cette superbe chronique.

Moi aussi, je suis sciée par ce nouvel Amélie Nothomb, que je tiens pour un grand cru (je verse également dans le registre oenologique...).Une description de la boulimie (im)pertinente, drôle, cruelle, une logique poussée à son comble mais surtout un traité de l'art épistolaire qui ne me laisse vraiment pas indifférente. Amélie Nothomb réalise-t-elle qu'elle suscite en nous l'irrépressible envie de lui écrire...par voie postale, bien évidemment.
Très cordialement,

Apolline

Écrit par : Apolline Elter | 31.08.2010

Écrire un commentaire

NB : Les commentaires de ce blog sont modérés.