30 08 10

Alain Corneau : dernière projection privée

alain_corneau.jpg

Un des plus grands cinéastes du XX° siècle disparaît comme l'artiste qu'il a été : en pleine représentation. Alors que Crime d'amour est à l'affiche, le réalisateur de Police Python et de Tous les matins du monde (pour ne citer que ceux-là) nous abandonne. Il va nous priver de son art, de sa bonne humeur, de sa gentillesse et de son intelligence.

Je n'aime pas faire la nécro de quelqu'un que j'admire et/ou que je connais car je déteste fermer un livre que j'ai aimé. Il n'y aura pas de The end. Je reverrai les films d'Alain Corneau et relirai son livre, Projection privée, que (je l'espère) son éditeur va remettre en librairie.

Allez voir Crime d'amour : il est dans toutes les salles.

Bonjour Alain.

 

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26 08 10

Terre… à taire !

À taire et à planter.gif

 

« La terre, le taire, c'est tout comme. Des lieux où enfouir le grain, les mots, les morts.

Poèmes à taire, plutôt qu'à boire et à chanter.

Poèmes à terre, coupés, tombés – la Belle ira les ramasser.

Poèmes à planter, poèmes de poche, poèmes en pot, poèmes bonsaï qui grandiront juste de quoi meubler l'alcôve ou la margelle. Poèmes qui se rêvent grains de sénevé. »

Benoît Vermander est jésuite. Ethnologue et spécialiste du chinois, il vit en Chine continentale où il enseigne.

Après la publication, cette année, d'un essai sur « la sortie de religion" »en Chine, intitulé, L'Empire sans milieu (aux Éditions Desclée de Brouwer), il nous offre avec À taire et à planter (qui paraît ce jour chez le même éditeur) un recueil de méditations, de poèmes et même de comptines et jeux de mots... spirituels, ouvrant les innombrables portes qu'une confrontation nourrie entres les cultures littéraires et sa spiritualité lui inspirent.




Clarinette de la pénombre

et nos souvenirs mélangés.

Des enfances imaginées,

leurs amours ardentes et sombres.


Il est à noter que l'illustration de couverture est signée Benoît Vermander, également peintre de son (bien riche) état.

Apolline ELTER

 

À taire et à planter par Benoît Vermander, recueil, Paris, Desclée de Brouwer, collection « Littérature ouverte », 26 août 2010, 254 pp en noir et blanc au format 11 x 21 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 17 € (prix France).

 

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26 08 10

« Et tout ça fait d’excellents Français ! » (air connu)

Mots d'excuse.gifUn directeur d’école français, Patrice Romain, a enseigné durant 20 ans dans des établissements scolaires de la banlieue parisienne et de province. C’est dire s’il en a vu des vertes et des pas mûres ! Avec ses élèves, certes, mais aussi avec leurs parents… Et on sait dans le métier que ceux-ci sont souvent bien pires que ceux-là, à qui il reste l’excuse de la jeunesse et de l’insouciance. Sans doute pour garder le moral, notre disciple de Socrate a conservé par-devers lui la correspondance parentale qui lui était destinée (ainsi qu’à certains de ses collègues), du moins celle qui relevait du pittoresque… Cela donne aujourd’hui un recueil fort drôle, intitulé Mots d’excuse et publié à Paris chez François Bourin Éditeur. Les poulets y sont présentés dans leur orthographe originelle, sans correction ni modification de la part de l’auteur, seuls les noms des protagonistes ayant changé.

 

Florilège :

 

– « Je refuse de signer une note aussi mauvaise. Thomas ma dit qui devrait avoir la moyenne. Merci de bien vouloir corrigée la note pour que je la signe » ;

– « Monsieur, OK mon fils a était en retar hier. Mais quand ces un prof vous lui demandé aussi un mot ? »

– « Monsieur, Jonathan me dit que vous l’avez encore engueuler. Ferez vous pareil si il mesurait 2 m et qui pesai 100 kilos ? En revoire. »

– « Monsieur, Maintenant sa sufi laché mon fils ca comensse a bien faire. C’est moi son père et ses mon problème. Je préfère pas me déplassé car le juge ma di qui fallait plu que je m’énerve. »

– « Monsieur, Dans le but de ne pas creusé la sécurité social, je n’ai pas amené Cyril au médecin. Je le remplace donc en m’escusant pour cause de diarée. »

– « Monsieur, Si Pascal est un peu dérangé en ce moment, ce n’est pas sa faute. Mon mari a en effet eu l’outrecuidance de mettre mon honneur à mal, ce qui a des conséquences fâcheuses sur notre vie quotidienne. J’étudie donc les différentes possibilités avec mon avocat. Je vous tiendrai au courant. Je suis sincèrement désolée et vous salue respectueusement. »

– « Madame, Je vous écrit ces quelques phrases en toute confidentialité (c’est pour ça que l’enveloppe était scotché) pour vous dire qu’en ce moment à la maison c’est chaud bouillant car mon mari est un monstre assoiffé de sexe qui saute sur tout ce qui bouge. Notre fils en subit évidemment les conséquences et ne travaille plus en classe. Ne vous en faite pas, quand je l’aurai dégagé, il ira chez ses pétasses et tout ira mieux pour Yann. Merci pour votre discrétion. »

– « Monsieur, Pouvez-vous SVP m’appeler au 06 01 02 03 04 car je n’ai plus de crédits. Merci. »

– « Monsieur, De quel droit vous permettez-vous de dire que mon fils est mal élevé ? Je ne vous salue pas. »

– « Monsieur, Merci de faire la police dans votre cour de récréation avant que je ne vienne le faire. Mon fils a le droit d’uriner tranquillement dans les toilettes sans qu’on l’arrose. Je me demande quelle société on construit pour plus tard. »

 

Excellente question, en vérité !

 

Bernard DELCORD

 

Mots d’excuse, Les parents écrivent aux enseignants par Patrice Romain, Paris, François Bourin Éditeur, août 2010, 128 pp. en noir et blanc au format 12,7 x 20,4 cm sous couverture cartonnée en bichromie, 14 €

 

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22 08 10

Un St Emilion pour deux Grands Crus : Guenassia et Savage

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Le prix St Emilion récompense cette année deux nouvelles voix dans la littérature mondiale. Sam Savage et Jean-Michel Guenassia ont en effet publié leur premier roman à l'heure où nombre d'hommes prennent leur retraite. "Il est des livres dont il faudrait interdire la lecture en dessous d'un certain âge, interdit de lecture avant d'avoir vécu" écrit en substance Guenassia au détour d'une phrase de son roman fleuve Le club des incorrigibles optimistes. Il doit, je pense, en être de même pour les auteurs. Il souffle dans les pages de son livre, un vent de sagesse que seules les années peuvent provoquer. Ce livre qui mêle si habilement et naturellement le Paris du début des années 60, la Russie de Staline, la guerre d'Algérie, l'émoi des amours adolescentes côté rive gauche, la passion de la littérature et des femmes restera, sans nul doute, une des grandes oeuvres du début du siècle. La lecture qu'en fit François Marthouret au jury et public réunis à la galerie Gimpel &  a ému.
Récompenser Sam Savage et son grignoteur de livres était une autre évidence pour ceux qui ont lu son Firmin, le rat de librairie qui naquit dans des pages de James Joyce. Ce Ratatouille au pays des livres et des hommes est une histoire d'une rare beauté au style intelligent et léger dont on ne peut que recommander la lecture. SAVAGE.jpg
Pour la neuvième fois, Marie-Josèphe Guers et son jury, dont j'ai aujourd'hui le plaisir de compter parmi les membres, a remarqué deux individualités fortes au parcours étonnant et à l'oeuvre réjouissante (comme l'excellent Cheval blanc auquel nous avons eu droit).
Brice Depasse

Le club des incorrigibles optimistes, Jean-Michel Guenassia, Albin Michel, août 2009, 756p., 23€90.
Firmin, Sam Savage, Babel (Actes Sud), juin 2010,  201p., 7€50.


 

 

 

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22 08 10

Les cadenas de Moccia envahissent les capitales d'Europe

MOCCIA.jpgPeut-être avez-vous ces milliers de cadenas taggés de mots d'amour et de serments d'éternité accrochés aux ponts de Paris, Moscou, Florence et Rome. Si ce n'est pas le cas, regardez ce reportage de Paris TV, vous verrez que l'origine de ce mouvement d'amoureux se trouve dans quelques lignes du best-seller de Federico Moccia, J'ai envie de toi.

Les romanciers n'ont pas fini d'inspirer la vie quotidienne (juste retour) et de faire rêver.

 

J'ai envie de toi, Federico Moccia, Livre de poche, juin 2008, 573p., 2008.

 

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21 08 10

Un autre son de cloche

Mémoires noires.jpgLe recueil de témoignages intitulé Mémoires noires, Les Congolais racontent le Congo belge 1940-1960 qui vient de paraître chez Racine/RTBF à Bruxelles sous la plume du journaliste François Ryckmans, petit-fils du dernier gouverneur général du Congo belge et du Ruanda-Urundi, donne exclusivement la parole à des Congolais de statuts sociaux divers (du maçon au futur ministre et de l'employé de la grande ville au militant radical de province) pour évoquer le système colonial belge et leurs relations avec les Blancs. Ils se remémorent avec précision le Congo « colonie modèle », Léopoldville coupée en deux par un apartheid de fait, avec la ville blanche et la cité noire, le soulèvement de la future Kinshasa en janvier 1959, la montée des revendications sociales puis politiques et, bien entendu, le jour de l'indépendance et les événements dramatiques qui ont suivi. Des souvenirs marqués par des blessures, mais aussi des moments de bonheur, de fierté et de dignité, et qui contribuent à un bilan sans complaisance mais nuancé de la colonisation belge.

Rédigé, pour l'essentiel, à partir d'interviews réalisées pour une série d'émissions radio de la RTBF, cet ouvrage qui ne manque pas d’intérêt consacre aussi des pages d’une grande clarté aux étapes principales de la colonisation et de la décolonisation du Congo. Un livre qui pousse incontestablement à la réflexion...
Bernard DELCORD


Mémoires noires, Les Congolais racontent le Congo belge 1940-1960 par François Ryckmans, Bruxelles, Éditions Racine/RTBF, mai 2010, 304 pp. en noir et blanc au format 15 x 23 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 19,95 €

 

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19 08 10

Patrick Cauvin & Claude Klotz sont partis

CAUVIN2.jpgL'auteur de E=mc², mon amour mais aussi de Hors Jeu et Pythagore, je t'adore, Patrick Cauvin, n'est plus. Il emporte avec lui son ombre Claude Klotz, auteur de polars noirs dont Les innomables.

Je regrette la disparition de cet homme dont la compagnie était aussi agréable que la lecture de ses oeuvres.

Nous n'oublierons pas sa collaboration au cinéma dont Monsieur Papa et Le mari de la coiffeuse sont encore dans toutes les mémoires.

Comme à chaque (triste) départ, je me répète. Le meilleur hommage à rendre au disparu est de lire ses écrits. Les plus récents comme Venge-moi ou Belange sont aussi hautement recommandables.

Je ne reverrai plus Patrick Cauvin mais je le lirai toujours.

Brice Depasse

 

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19 08 10

Douce France

 

 

Les châteaux de la Loire (aquarelles).gif

 

 

À tous les amoureux des belles et vieilles pierres de France (et ils sont légion…), nous ne saurions trop recommander le magnifique livre-objet intitulé Les châteaux de la Loire rassemblant 86 dessins (presque tous des aquarelles, les autres sont des gravures au trait) de l’excellent peintre Alain Vigneron, préfacés par Irène Frain, que l’on ne présente plus.

L’ouvrage a paru à Rennes, aux Éditions Ouest-France, et se présente comme un cadre dont on peut changer l’image à sa guise (10 illustrations sont fournies) pour se remémorer les bâtisses seigneuriales de Beauregard, de Blois, de Brézé, de Chambord, de Chenonceau, de Cheverny, de Sully-sur-Loire ou d’Ussé, ou encore la forteresse d’Angers et l’abbaye royale de Fontevraud… À l’intérieur du livre, d’autres merveilles : Amboise, Angers, Azay-le-Rideau, Baugé, Brissac, Chanteloup, Chaumont, Chinon, le Clos-Lucé, Fougères-sur-Bièvre, Loches, Luynes, Montgeoffroy, Montsoreau, Le Plessis-Bourré, Saché, Saumur, Thouars, la ville de Tours, Villandry… Des lieux chargés d’histoire et de beauté qui font de cette région l’une des plus belles du monde !

Bernard DELCORD

 

Les châteaux de la Loire, aquarelles d’Alain Vigneron, préface d’Irène Frain, Rennes, Éditions Ouest-France, mars 2009, 100 pp. en quadrichromie au format 24,5 x 16,5 cm sous couverture cartonnée en couleur, 18 € (prix France)

 

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18 08 10

Labeurs anciens

Cent métiers des villes.gifIl en va des métiers comme des hommes : on les oublie parfois, avec le temps… Et ceux qui ont persisté à travers les ans ont bien changé, n’est-il pas ?

Reprenant ce constat à sa manière, tout en grâce, en finesse et en subtilité, l’anthologiste française Albine Novarino a rassemblé dans deux beaux livres intitulés Cent métiers des villes et Cent métiers des campagnes et des bords de mer (parus aux Éditions Omnibus à Paris), des textes d’écrivains célèbres du passé (Racine, Florian, Restif de la Bretonne, Hugo, Lamartine, Maupassant, Flaubert, Zola, Dickens, Daudet, Jammes, Littré, Verhaeren, Colette, Bosco, Giono, Vincenot…) traitant des pratiques laborieuses de leur temps et illustrés de photographies en noir et blanc au charme suranné du plus bel effet. Sous leur plume renaissent donc, œuvrant le plus souvent dans les faubourgs, l’actrice et le brocanteur, la courtisane et la femme de ménage, l’éplucheur de légumes et le chanteur de rues, mais aussi l’aubergiste, le bazardier, le canut, le cireur, le cloutier, la repasseuse, le portefaix, la marchande de soupe, l’émondeur, la lingère, le maître d’armes, la mercière, le mireur, le chiffonnier, la tisseuse de soie, le notaire, le prestidigitateur, le ramoneur, la prostituée ou le tambour de ville...

À la campagne et à la mer, ressuscitent les bergers d’antan, et les cantonniers, les éleveurs de vers de terre, les baleiniers, les équarisseurs, les magnanarelles, les laboureurs, les colporteurs, les gardes-chasse, les bateliers, les mousses, les charrons, les maquignons, les agneliers, les vendangeurs, les rouliers, les savetiers, les bûcherons, les ouvriers agricoles, les vanniers, les médecins de campagne...

Cent métiers des campagnes.gifTous détenteurs d’un savoir-faire parfois immémorial… et oublié pour de bon, hélas !

Bernard DELCORD

 

Cent métiers des villes & Cent métiers des campagnes et des bords de mer par Albine Novarino, Paris, Éditions Omnibus, septembre 2008, 168 et 167 pp. au format 19 x 25,5 cm sous couverture brochée en couleur, 28 € chacun (prix France)

 

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17 08 10

Du Feydeau à l'anglaise...

Cette sacrée vertu.jpgÀ 9h15, Miss Guenièvre Pettigrew, vieille fille britannique aussi vertueuse que résolument opposée à toute coquetterie, apprenait qu'une certaine Miss Lafosse cherchait une bonne d'enfants... À 9h45, elle sonnait chez Miss Lafosse et trouvait au lieu des enfants attendus, une ravissante jeune femme en déshabillé vaporeux et un monsieur à demi endormi ! À 10h15, elle se voit embarquée dans un imbroglio sentimental inextricable. À 15h13, elle console, avec un art et un doigté qui l'étonnent elle-même, une jeune fille en pleurs qui vient de se disputer avec son fiancé. À 17h02...

Mais chut ! Révéler ce qui attend Miss Pettigrew et Miss Lafosse dans Cette sacrée vertu (par Winifred Watson, publié aux Éditions 10/18 à Paris dans la collection « Domaine étranger ») avant la fin de cette journée et de cette nuit mémorables ne pourrait que priver le lecteur d’un plaisir so British qui, de surprise en surprise, l’entraînera dans un tourbillon de rires jusqu'à la trouvaille finale.

Bernard DELCORD

 

Cette sacrée vertu par Winifred Watson, traduit par Annie Mesritz, Paris, Éditions 10/18, collection « Domaine étranger », octobre 2006, 221 pp. en noir et blanc au format 10 x 18 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 7,40 € (prix France)

 

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