07 10 10

Stupeur et bouleversements

Quand je pense que Beethoven....gifVu sous l’angle du titre de la nouvelle œuvre d’Éric-Emmanuel Schmitt (Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent…, Éditions Albin Michel), il est vrai que la situation est injuste : la sentence de Madame Vo Than Loc, professeur de piano de son enfance, y revient en boucle, telle une ritournelle, tandis que le narrateur renoue avec stupeur sa relation –existentielle– au grand compositeur.

 

« Le buste de Beethoven me réveillait. Par lui, je concevais que, depuis deux décennies, je ne marchais qu'à moitié dans mes vraies chaussures... »

 

La représentation de Fidelio à l'opéra de Zurich assortie d'une visite au NY Carlsberg Glyptotech de Copenhague qui consacre, lors d'une exposition sur les masques, une salle complète à Ludwig von Beethoven, bouleversent la vie de l'écrivain, réconciliant à la fois un passé enfoui et une ouverture optimiste sur la destinée humaine.

Justifiant l'adoration portée au grand Maître à travers deux époques cruciales de sa vie, l'adolescence et le présent infini, l'écrivain se risque à l'exercice périlleux du partage d'émotions musicales. Cela donne un résultat assez brillant pourvu que le lecteur se prête à l'écoute attentive des six extraits gravés sur le CD qui accompagne l'essai. Comme il l'avait fait pour Ma vie avec Mozart, Éric-Emmanuel Schmitt révèle une sensibilité musicale qui pourrait bien être la clef de voûte de son écriture. L'approche est particulièrement intéressante et l'on ne peut que saluer la perspective de voir Bach et Schubert –ô merveille– prêter leur art à deux prochains opus.

 

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Deuxième volet de l'ouvrage, Kiki van Beethoven, change de registre si ce n'est d'idole. La pièce de théâtre, que l’on joue depuis le 21 septembre 2010, au Théâtre La Bruyère (Paris) prend le chemin inverse de l'argument précédent: c'est l'âge mûr, incarné par « Kiki », fraîche pensionnaire de la « Résidence des Lilas », qui inoculera à Boubacar, jeune Black, ainsi qu'à ses sémillantes comparses, le virus de l'adulation : « Écouter Beethoven, c'est chausser les sandales d'un génie et se rendre compte qu'on n'a pas la même pointure ».

 

Un Beethoven qui ne restera pas sourd à la détresse enfouie de Kiki.

 

Apolline ELTER

 

Quand je pense que Beethoven est mort alors que tant de crétins vivent… par Éric-Emmanuel Schmitt, Paris, Éditions Albin Michel, septembre 2010 (livre + CD), 184 pp en noir et blanc au format 14,5 x 19 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 22,90 € (prix France)

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