30 12 10

Une fresque dessinée pour Napoléon !

napoleon.jpgC'est le premier ouvrage édité pour Nicolas Dandois, carolorégien issu de l'atelier de BD de Saint-Luc à Bruxelles, et c'est excellent ! Voici le premier tome d'une saga consacrée à Napoléon, intitulé "Eté 1815". Un si beau travail de dessinateur que les planches ont été exposées au Musée Wellington à Waterloo ! On raconte dans ce volume la mort de Napoléon, l'autopsie, etc. ensuite on remonte dans l'Histoire jusqu'à la fin politique de l'empereur après sa défaite. Dans sa demeure de Malmaison, hanté par le souvenir de Joséphine, il ne maîtrise plus son destin... Pierre d'Harville dans la préface écrit : "Oui, Nicolas a de l'audace, c'est bien le rôle d'un auteur de bande dessinée. J'ai aimé les intrigues, les scènes de guerre, les scènes de lit. Napoléon tonne, grogne, sourit parfois, commande souvent." En noir et blanc, les dessins s'inscrivent totalement dans la sensibilité actuelle, même réflexion pour le format. Une formidable façon de redécouvrir ce personnage fascinant et contesté. On attend donc les autres tomes !

Jacques MERCIER

 

Ete 1815, Napoléon - Tome 1, écrit et dessiné par Nicolas Dandois. Editions Des ronds dans l'O. Sept 2010. 160 pp. Format 16,5 cm/24 cm. 16,50 euros.

28 12 10

Refaisons un rêve…

L'Amérique c'est aussi notre histoire (affiche).jpgLes rapports entre les USA et l’Europe ne furent jamais simples, jamais stables, jamais équilibrés mais toujours passionnés. Et voilà qu’ils deviennent ces jours-ci passionnants, en raison de l’exposition intitulée L'Amérique, c'est aussi notre histoire ! qui tient ses assises à Bruxelles sur le site magnifiquement rénové de Tours & Taxis. 

Organisée par le Musée de l’Europe sous l’œil vigilant de son ancien (le brillant essayiste Élie Barnavi) et de son actuel directeur scientifique (le fameux professeur et philosophe Krzysztof Pomian) assistés d’une belle brochette d’historiens et de « metteurs en scène », cette manifestation, qui met en exergue, à travers d’extraordinaires reconstitutions de décors, la civilisation commune entre les deux rives de l’Atlantique nord, est construite autour de quatre mouvements de balancier.

En voici le détail, tel que présenté par nos deux savants :


Prologue : “America! America!”


Ce montage cinématographique introduit le visiteur dans le monde magique d'une Amérique passée au prisme de l'imaginaire européen. Car pour des générations d'Européens, l'Amérique, c'est le cinéma. Le cinéma a construit l'imaginaire américain des Européens. Westerns et comédies musicales, films de guerre et d'action, thrillers et road movies ont façonné sans relâche l'image qu'ils se sont fait, génération après génération, d'une Amérique indéfiniment rêvée.


L'Amérique européenne (1620-1783)


Lorsqu'ils entreprennent de coloniser l'Amérique du Nord, les Européens n'y voient qu'un chapitre de plus d'une aventure impériale entamée dès le milieu du XVsiècle.

Les choses vont tourner autrement. Les colons venus d'Europe prennent racine en terre américaine et se découvrent peu à peu américains. Animés d'idéaux politiques nés dans leur patrie d'origine, enrichis par le commerce avec l'Europe et profitant des rivalités entre puissances coloniales, ils s'émancipent de leur tutelle et fondent un nouvel État. Les libéraux européens emportent ainsi outre-Atlantique leur première victoire politique. Le laboratoire américain ne tardera pas à faire des émules.

Le visiteur découvre ici l'épopée des « Pères Pèlerins » et l'affrontement entre les puissances européennes pour la maîtrise du continent, mais aussi la vie quotidienne des Indiens d'Amérique et celle des esclaves que les marchands européens commencent à importer d'Afrique.

Cette partie débouche sur la révolution américaine qui, armée des idées et des idéaux des Lumières, chasse les Britanniques avec l'aide d'Européens et fonde une nouvelle république : les États-Unis d'Amérique.


L'Amérique américaine (1783-1917)


La statue de la Liberté, don du peuple français au peuple américain (1886) symbolise bien le long XIXsiècle, de la fin de la guerre d'Indépendance à la Première Guerre mondiale.

Une nation aux dimensions du continent s'affirme, puis sombre dans une effroyable guerre civile –la Guerre de Sécession–, avant d'en sortir plus forte grâce au génie de ses institutions, à l'activité de ses citoyens, à l'inépuisable richesse d'un pays immense... et au flux d'immigrés venus d'Europe.

Une Europe fascinée, où bien peu comprennent que l'Amérique lui montre son propre avenir. Mais une Europe qui fascine tout autant l'Amérique, qui y cherche ce qui lui manque : une histoire et du raffinement.

C'est l'histoire d'une Amérique qui se veut maîtresse sur son territoire, tout en se construisant grâce à l'immigration européenne. Le visiteur est invité à découvrir le melting-pot américain en devenir en s'engageant sur la passerelle d'un navire de la Red Star Line, puis à vivre l'aventure de la conquête de l'Ouest.


L'Europe américaine (1917-1989)


 L'Amérique, c'est aussi notre histoire (photo 1).jpg« La Fayette, nous voilà ! » : le mot célèbre, prononcé le 4 juillet 1917 par un officier du Corps expéditionnaire américain sur la tombe du héros français de l'indépendance des États-Unis, illustre une période marquée par le retour des Américains en Europe.

De la Première Guerre mondiale à la Seconde, de celle-ci à la guerre froide, et jusqu'à l'effondrement de l'Union soviétique, les États-Unis s'imposent comme l'une des deux puissances majeures de la planète et la gardienne de la prospérité et de la liberté du Vieux Continent.

C'est un parcours richement illustré que découvre le visiteur. La tragédie des cimetières militaires se mêle à la découverte émerveillée de l'American Way of Life débarquée dans les fourgons des libérateurs.


L'Europe et l’Amérique (1989-2010)


Depuis l'effondrement de l'Union soviétique, les États-Unis apparaissent comme l'unique « hyperpuissance ». L'Europe, elle, a plutôt bien réussi l'intégration des peuples restés longtemps sous domination communiste, s'est dotée d'une monnaie unique et progresse tant bien que mal sur la voie de son unification. Un ordre mondial est mort, un autre se cherche à tâtons, à travers crises et conflits, où les deux partenaires atlantiques peinent à définir leur relation.

Deux temps scandent ce bref moment historique. Le premier, qui est celui d'une certaine incompréhension entre les deux rives de l'Atlantique, coïncide avec la seconde guerre du Golfe ; le second, marqué par l'apaisement, se déroule sous nos yeux. Et l'exposition s'achève sur un film empreint d'optimisme, qui reprend les grands moments de cette histoire partagée, avant de poser la question du nouvel « atlantisme » à construire au bénéfice des deux partenaires, comme du monde entier.


L'Amérique, c'est aussi notre histoire (photo 2).jpg


Soulignons aussi qu’une série d’œuvres de jeunes artistes ou d'artistes confirmés jalonnent le parcours de l'exposition (Gary Hill, Thomas Israël, Bosse Sudenburg, Jems Robert Koko Bi, Michel Marc Bouchard, Sven ’t Jolle, Dominic McGill, Richard Kenigsman, Santos Hevia et Isabelle de Borchgrave).

 

Une manifestation qui donne l’occasion, le temps d’une visite, de refaire le rêve américain de nos ancêtres…


Bernard DELCORD


Site de Tour & Taxis, 86 C avenue du Port – 1000 Bruxelles

Expo du 15 octobre 2010 au 9 mai 2011

Du lundi au vendredi : 9h00 à 17h00, mercredi jusque 21h00

Samedi, dimanche et jours fériés : 10h00 à 19h00

Vacances scolaires : 10h00 à 19h00

Plein tarif : 10 €

Tarifs réduits (seniors, chômeurs, étudiants, personnes avec un handicap) : 8 €

Groupes adultes (à partir de 15 personnes) : 8 €

Enfants (6-18 ans) : 8 €

Enseignants sur présentation d’un justificatif professionnel : 6 €

Groupes scolaires : 6 €

Groupes de jeunes entre 6 et 18 ans (à partir de 15 personnes) : 6 €

Enfants en dessous de 6 ans : gratuit

Article 27 accepté

 

Réservation obligatoire pour les écoles et les groupes (visite libres et guidées) Par téléphone au +32 2 549 60 49 du lundi au vendredi de 9h30 à 12h30 et 13h30 à 17h00 ou par e-mail à info@expo-europe-usa.be

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28 12 10

« Familles (royales), je vous aime… ! »

La saga des Habsbourg.gifDans La saga des Habsbourg (Paris, Éditions Perrin), le grand vulgarisateur Jean des Cars se livre avec son brio coutumier à l’un de ses exercices favoris : le récit haletant d’une épopée familiale commencée au XIsiècle en Argovie et qui fut au cœur de l’histoire de l’Europe (et de la Belgique) par l’entremise de quelques-uns de ses membres fameux, dont plusieurs empereurs : Maximilien, Charles-Quint, Philippe II, Marie-Thérèse, Joseph II, François-Joseph... Une lignée qui s’orna aussi de personnages hauts en couleurs (l’impératrice Sissi) ou pas (l’archiduc Rodolphe, fils de Sissi, qui se suicida piteusement à Mayerling avec sa maîtresse Mary Vetsera, le 30 janvier 1889), au destin parfois tragique (Maximilien Ier du Mexique, époux de la sœur de Léopold II de Belgique qui elle-même sombra dans la folie, fusillé le 19 juin 1867 à Querétaro sur l’ordre du révolutionnaire Juárez), et qui compte même un saint homme dans ses rangs (Charles Ier, béatifié par Jean-Paul II le 3 octobre 2004), dont les hauts faits ont pour arrière-fond le fracas des batailles, l’essor du commerce et de l’industrie, un empire sur lequel le soleil ne se couchait jamais, l’Inquisition, la résistance à l’expansionnisme turc, le palais de Schönbrunn, les polkas et les mazurkas, la Première Guerre mondiale, la république, l’Anschluss, la Seconde Guerre mondiale, la neutralisation de l’Autriche et son ralliement à l’Union européenne… Rien que ça !

 

Bernard DELCORD

 

La saga des Habsbourg par Jean des Cars, Paris, Éditions Perrin, novembre 2010, 515 pp. en noir et blanc au format 14 x 22,3 cm sous couverture brochée en couleurs, 22,90 € (prix France)

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28 12 10

Inventer sa vie !

lavilliers.jpgQuel livre étrange ! Une biographie de Bernard Lavilliers, d'abord acceptée, puis refusée, puis poursuivie par Michel Kremer, critique musical... Etrange parce qu'on y retrouve vraiment - avec admiration - tout le parcours de Bernard Lavilliers, ses disques, ses motivations... mais aussi ses mensonges : les inventions auxquelles - moi-même dans les années 70 - tout le monde a cru ! Il ne fut pas boxeur, il n'eut pas une enfance malheureuse, il ne fut pas chauffeur de poids lourd en Amazonie... et même, oui, il a copié, plagié beaucoup de textes de poètes qu'il aimait ! Le résultat est trouble : ce n'est pas qu'on ne l'aime plus, mais comme s'il nous avait trompé, il faut qu'on tolère, accepte et pardonne... Ce serait dommage de ne retenir que ses erreurs, car le livre est surtout une excellente analyse de sa place dans la chanson française. L'auteur cite d'ailleurs cette déclaration de Blaise Cendrars à propos de son célèbre roman "Le Transsibérien" : "Qu'importe si j'ai pris ce train, puisque je l'ai fait prendre à des milliers de gens." En effet ! On comprend bien le processus de création de Lavilliers : "Lavilliers aime écrire en état d'urgence..."mais ne pas tout raconter" explique-t-il lui-même dans une interview "La chanson aime le non-dit, le non-lieu et les personnages secrets. Elle aime le flou, ce qui se passe ailleurs, de l'autre côté de la logique." Je ne connais pas beaucoup de plus juste définition de l'écriture d'un texte de chanson. On croise dans le livre Nicoletta (idées noires), Ray Barretto, Corto Maltese, Léo Ferré... et ses femmes, Lisa, Evelyne... Tout le parcours incroyable du petit Stéphanois, né Bernard Oulion, devenu Bernard Lavilliers.

Jacques MERCIER

Les vies liées de Lavilliers, par Michel Kemper. Edition Flammarion. Collection pop culture. novembre 2010. 388 pp. 20 euros.

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26 12 10

Une publication prestigieuse

Œuvres complètes par Maurice Maeterlinck (coffret).gifÀ l’occasion du centenaire de l’obtention du Prix Nobel de littérature (en 2011) de Maurice Maeterlinck (Gand, 1862-Nice, 1949), les Éditions André Versaille ont rassemblé ses Œuvres complètes dans un somptueux coffret cartonné reproduisant des illustrations en couleurs de Fernand Khnopff et contenant quatre fort beaux volumes : Le Réveil de l'âme, Théâtre tomes 1 & 2, La Vie de la nature.

L’occasion de (re)découvrir les textes de l’écrivain belge (un Flamand d’expression française) qui fut le condisciple d’Émile Verhaeren en classe de rhétorique au collège Sainte-Barbe à Gand (on aurait aimé connaître leur professeur de français...) puis l’émule de Mallarmé et de Villers de l’Isle-Adam autant que de Ruysbroeck l’Admirable, des Schlegel ou de Novalis dans des écrits poétiques (Serres chaudes, 1889, Quinze chansons, 1900) et dramaturgiques (La Princesse Maleine, 1889, Pelléas et Mélisande,1892 –mis en musique par Claude Debussy en 1902–, L’Oiseau bleu, 1909, La Princesse Isabelle, 1935) profondément symbolistes qui lui valurent une renommée mondiale.

Parallèlement, il se pencha en philosophe, avec un succès inouï, sur la nature vivante (La Vie des abeilles, 1901, L'Intelligence des fleurs, 1907, La Vie des termites, 1926, La Vie des fourmis, 1930, L’araignée de verre, 1932), se compromit en rédigeant une préface des discours politiques du dictateur portugais Salazar (Une révolution dans la paix, 1935), gagna les États-Unis pour éviter la Seconde Guerre mondiale (1939-47) et revint sur la Côte d’Azur pour y mourir dans sa villa d’Orlamonde.

On lui doit également de nombreux essais critiques, articles, pensées ou aphorismes portant sur bien des sujets : l’écriture, le théâtre, l’inconnaissable, l’ésotérisme, la mystique flamande, l’hermétisme, la psychologie des songes, l’art et la médecine, la mort, divers écrivains (Ruysbroeck, Emerson, Cyriel Buysse, Paul Fort, Lautréamont, Van Lerberghe, Jules Lafforgue…) ou artistes (Bruegel, Jérôme Bosch…).

Une œuvre considérable, on le voit, et qui en dépit du temps qui passe et d’un gros accident de parcours, mérite toujours considération…


Bernard DELCORD


Œuvres complètes par Maurice Maeterlinck (dans un coffret cartonné en couleurs contenant 4 volumes : Le Réveil de l'âme,, Théâtre tomes 1 & 2, La Vie de la nature), édition établie et annotée par Paul Gorceix, Bruxelles, André Versaille éditeur, décembre 2010, 2565 pp. en noir et blanc au format 16 x 25 cm sous couvertures brochées en quadrichromie, 139,90 €

25 12 10

Philo pour jeunes !

Ferry philosophie.jpgTu es jeune ? Tu veux aimer la philo ? Lis-moi ! C'est à peu près le message de Luc Ferry dans cet ouvrage "Apprendre à vivre" et sous-titré "Traité de philosophie à l'usage des jeunes générations", qui vient d'être réédité en collection de poche. Ancien ministre de l'Education nationale française, le philosophe a un sens admirable de la pédagogie. Il nous conduit ici, en nous tutoyant, à travers toutes les grandes écoles philosophiques. C'est une introduction remarquable à une étude plus poussée, une synthèse magnifique ! Pourquoi ce livre ? Luc Ferry s'en explique dans l'avant-propos : "D'abord, égoïstement, parce que le spectacle le plus sublime peut devenir une souffrance si l'on n'a pas la chance d'avoir à ses côtés quelqu'un pour le partager". C'est donc au partage de ses connaissances que nous invite l'auteur. Il nous explique en termes simples le parcours en trois étapes de la philosophie : la théorie, la morale et l'éthique et finalement la conquête de la sagesse. Au passage, on glane des phrases de philosophes évidemment. De Sénèque, au hasard : "Il faut retrancher ces deux choses : la crainte de l'avenir, le souvenir de maux anciens. Ceux-ci ne me concernent plus et l'avenir ne me concerne pas encore". Et ceci "Tandis qu'on attend de vivre, la vie passe." Au moment de parler de Jean-Jacques Rousseau, on lit le statut de l'homme par rapport à l'animal : "Au contraire, l'homme va se définir à la fois par sa liberté, par sa capacité de s'arracher au programme de l'instinct naturel et, du coup aussi, par sa faculté d'avoir une histoire dont l'évolution est a priori indéfinie." Kant, Descartes, ils défilent tous avec leurs idées transcrites simplement. Il s'attarde avec raison sur "le cas Nietzsche", dont il dit : "On peut ne pas partager ses idées, on peut même les détester, mais on ne peut plus penser après lui comme avant. Là est le signe incontestable du génie." Une idée parmi d'autres dans sa philosophie : "Dans le conflit entre la raison et les passions, ne pas choisir les secondes au détriment de la première, sous peine de sombrer dans la pure et simple "bêtise"." L'idée actuelle de Luc Ferry est optimiste, remplie d'espoir (voir son livre "la révolution de l'amour") et elle s'annonçait déjà dans ce livre-ci : "L'urgence n'est certes plus de s'en prendre à des "pouvoirs" désormais introuvables tant le cours de l'histoire est devenu mécanique et anonyme, mais au contraire, de faire surgir de nouvelles idées, voire de nouveaux idéaux, afin de retrouver un minimum de pouvoir sur le cours du monde." Et de terminer par l'idée maîtresse du respect d'autrui !

Jacques MERCIER

 

Apprendre à vivre, par Luc Ferry. Edition J'ai lu, 2010 (édition orig. Plon 2006). Format de poche. 314 pages. 7 euros.

23 12 10

Deux pavés riches en rebondissements !

Nouvelle histoire de Belgique (coffret 1).jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 22/12/2010 de l'hebdomadaire satirique belge en ligne SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :


Rédigée par onze historiens du Nord et du Sud de Ce Pays, la monumentale (elle fait 2298 pages…) Nouvelle histoire de Belgique parue aux Éditions Le Cri à Bruxelles rassemble en deux superbes coffrets 9 ouvrages entièrement mis à jour traitant pour 8 d’entre eux de la chronologie et pour le dernier de la thématique coloniale dans son impact sur la métropole.

L’un des architectes de ce projet comparable au Palais de Justice de notre capitale (par ses dimensions seulement, l’entreprise de nos historiens ayant pleinement abouti et se montrant plus subtile que le bric-à-brac maçonnique de Joseph Poelaert quant à lui prémonitoire du visage qu’ont pris nos institutions politiques dans la seconde moitié du XXe siècle…), le professeur Michel Dumoulin l’assure : les auteurs ont travaillé en toute indépendance, chacun ayant pu laisser libre cours à sa sensibilité mais sans se départir, et c’est la moindre des choses (pas vrai, Bart ?), de sa qualité d’analyste des faits considérés comme plus importants que tous les lords-maires londoniens (et, ajouterons-nous pour être complets, que tous les tyranneaux de village flamingants, wallingants ou brusseleirisants qu’a enfantés notre vaillante petite patrie du surréalisme).

Nul doute que l’électeur lambda qui se plongera dans cette abondante lecture y trouvera l’explication de bien des choses et comprendra (mais c’est parfois compliqué) comment le Belge qui était sorti du tombeau en 1830 y retourne dare-dare 170 ans plus tard.

Voilà en tout cas deux beaux pavés à balancer sur la tronche du Premier ministre quand celui-ci –ô fatalitas !– sera issu de la NV-A !

 

PÉTRONE

 

Nouvelle histoire de Belgique, ouvrage collectif, Bruxelles, Éditions Le Cri, décembre 2010, 9 volumes en noir et blanc au format sous couverture brochée en quadrichromie présentés en deux coffrets de 1148 pp. et 1150 pp., 59,50 € chacun

Les 9 volumes :

(1828-1847), La Construction de la Belgique par Els Witte (VUB)

(1846-1878), La Belgique libérale et bourgeoise par Éliane Gubin (ULB) & Jean-Pierre Nandrin (FUSL) avec la collaboration de Pierre Van Den Dungen (ULB)

(1878-1905), Les Turbulences de la Belle Époque par Gita Deneckere (Université de Gand)

(1905-1918), L’Entrée dans le XXsiècle par Michel Dumoulin (UCL)

(1918-1939), La Démocratie rêvée, bridée et bafouée par Emmanuel Gerard (KUL)

(1940-1950), La Belgique sans roi par Vincent Dujardin (UCL) & Mark Van den Wijngaert (KUB)

(1950-1970), L’Union fait-elle toujours la force ? par Vincent Dujardin (UCL) & Michel Dumoulin (UCL)

(1970-2000), Un autre Pays par Marnix Beyen (Université d’Anvers) & Philippe Destatte (Institut Jules Destrée)

(1885-1980), La Belgique et le Congo par Guy Vanthemsche (VUB)


Nouvelle histoire de Belgique (coffret 2).jpg


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23 12 10

Sarko… nneries

Ça ira mieux demain.gifLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 22/12/2010 de l'hebdomadaire satirique belge en ligne SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :


Déclinant sous tous les cas le programme politique du petit Nicolas (résumable, on le sait, par le slogan « Demain, on rase gratis »), une belle brochette de caricaturistes de l’Hexagone (Aurel, Chappatte, Gros, Jiho, Lasserre, Maëster, Pessin, Plantu, Tignous & Vidberg) s’en est donné à cœur joie dans Ça ira mieux demain paru chez Drugstore à Paris, un recueil de dessins hilarants autour des affaires Woerth, Bettencourt et des Roms, mais aussi à propos du bouclier fiscal, du débat sur l’identité nationale, de la réforme des retraites, du flicage des journalistes par le pouvoir ou de la rigueur qui menace tous les Français (à l’exclusion des plus riches d’entre eux, cela va de soi), tous ces crachats sur le visage de la République.

On y voit le mini-président, assis  sous la nouvelle devise du pays (« Liberté, Égalité, Pognon ») demander tout benoîtement au lecteur : “What else?”, tandis que plus loin, sous le titre « Sarkozy nie avoir reçu de l’argent des Bettencourt », un électeur désabusé murmure : « Pour une fois qu’il faisait payer un riche » ou qu’ailleurs un obstétricien vole à la rescousse des caisses de pension en disant à une parturiente : « Poussez, Madame, poussez ! Plus vite il sort, plus vite il cotise ! », cependant qu’une personne âgée se demande si sa retraite suffira à financer son Alzheimer... Quant au couple Woerth, il dément avec force tout conflit d’intérêt, le ministre expliquant que, certes, sa femme travaille pour l’héritière de l’Oréal, mais son épouse rappelant pour sa part qu’Éric n’a pas de cheveux. Ailleurs encore, Éric Besson, déjà « Miss Identité nationale », accède à la couronne de « Miss Rance » avec l’aval de Genevieille de Frontenat… Et tout le reste est à l’avenant, c’est-à-dire excellent.

Un pamphlet bien de saison, puisqu’il rhabille la Sarkozie pour l’hiver…

 

PÉTRONE

 

Ça ira mieux demain par Aurel, Chappatte, Gros, Jiho, Lasserre, Maëster, Pessin, Plantu, Tignous & Vidberg, Paris, Éditions Drugstore, décembre 2010, 112 pp. en quadrichromie au format 15 x 23 cm sous couverture brochée en couleurs, 12,50 € (prix France)


Ça ira mieux demain (dessin de Plantu).jpg



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23 12 10

Une saga tout chocolat

Pour l’amour du chocolat.gif“ Le calme, recouvert de douleur comme un bonbon au chocolat, s’étendit bientôt sur leur vie. Alma et George se réfugièrent dans la défaite, dans la nostalgie et dans l’étonnement de vivre une vie qu’ils n’auraient jamais pu imaginer et qu’ils vivaient pourtant. »

 

La vie est-elle une vaste partie d’échecs dont les pions –en chocolat– consacrent les fusions des êtres et leurs échecs ?

Traduit de l’espagnol « Sabor a chocolate », le roman de José Carlos Carmona trace la saga de la famille Trap, au départ de l’amour qu’Adrian Troadec voue à la violoncelliste Alma Trapolyi.

De la pratique intensive des échecs au lancement d’une boutique de chocolat à Genève, Adrian peaufine la stratégie d’approche qui devrait lui permettre de conquérir le cœur de sa bien-aimée. Celle-ci résiste à tout sauf à l’attrait des bonbons de la boutique du Petit Chocolat Troadec.

Construit de cent chapitres, courts, denses, fouettés, teintés de cette ambiance onirique que l’on retrouve dans certains romans traduits de l’espagnol (L’Ombre du vent…), le récit de José Carlos Carmona revêt l’allure d’un conte.

 

« Les vies, l’amour et la musique s’entrelaçaient mystérieusement dans un continuo sans fin. »

 

Un conte poignant, juste et beau dans lequel chocolat se fait symbole : facteur d’amour et de bonheur mais aussi de douleur, il se fond à la musique, aux  échecs et aux lettres pour couler la trame de la vie.

Une lecture recommandée.

 

Apolline ELTER

 

Pour l’amour du chocolat, José Carlos Carmona, roman, traduit de l’espagnol par François Rosso, Grasset, octobre 2010, 184 pp, 14 €

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21 12 10

La mystérieuse fin des Romanov

L'ombre des Romanov.gifLa famille impériale russe, le tsar Nicolas II, la tsarine Alexandra Fiodorovna, le tsarévitch Alexis et les grandes-duchesses Olga, Tatiana, Maria et Anastasia ont-ils été exterminés, à Iekaterinbourg durant la nuit du 16 au 17 juillet 1918 comme le prétend la version officielle de l'Histoire ?

Il semblerait que non.

C'est sur ce mystère et les derniers rebondissements de l'enquête historique qu'est bâti le thriller de Franck Ferrand intitulé L'ombre des Romanov, paru chez XO à Paris. Un roman en tout point passionnant, qu'on ne peut lâcher... qu'une fois la lecture achevée.

Parce qu'il découvre, dans sa boîte aux lettres, une broche en forme de hanneton, sertie de pierres précieuses, vraisemblablement échue du trésor des Romanov, Quentin Bellon signe sa condamnation à mort. D'autres assassinats suivent, tous liés au précieux bijou et aux vestiges du trésor.

Aux côtés de Sam Douglass, l'avocat, et de Sonia, la fiancée de Quentin, le lecteur saisit, au rythme de révélations savamment distillées, les pans d'une enquête captivante. Une enquête qui le mènera de Paris à New York, Moscou, Saint-Pétersbourg et au bord du Lac de Côme. Un récit dont l'intérêt est soutenu par l'écriture soignée –elle vaut d'être soulignée– de Frank Ferrand, alliée à un sens bien campé des descriptions et atmosphères.

Une lecture recommandée.


Apolline ELTER


L'ombre des Romanov par Franck Ferrand, Paris, Éditions XO, novembre 2010, 366 pp. en noir et blanc au format 15,6 x 24,2 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 19,90 € (prix France)

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