31 01 11

Livre de bord N° 100 (spécial Noël)


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31 01 11

Businesswomen en jupons…

Femmes d'affaires mythiques.gifDans Femmes d’affaires mythiques, un beau livre paru chez Dunod à Paris, Aldo Lanfranconi et Antonia Meiners retracent le parcours de 22 triomphatrices du grand business qui ont marqué l’histoire économique de leur nom ou de leur marque, et toujours de leur empreinte : Helena Rubinstein, Coco Chanel, la veuve Clicquot, Florence Knoll (des meubles éponymes) Ruth Handler (l'inventrice de la poupée Barbie), Estée Lauder, Miuccia Prada, Marie Tussaud…

Qu'elles soient originaires de France, d'Allemagne, d'Angleterre, d'Espagne, d'Italie, de Finlande, d'Inde ou des États-Unis et bien qu’elles soient issues de mondes ou d’époques dans lesquels les femmes n’avaient pas ou guère d’indépendance économique, elles ont su affirmer leur vision, réfléchir à leur stratégie et se sont montrées d’habiles pionnières de la création de marque.

« Ayant souvent commencé sans un sou, écrivent les auteurs, elles sont nombreuses à avoir fini à la tête de groupes internationaux. Leur success story est étonnante, palpitante et riche d'enseignements. »

Et tout à fait passionnante !

 

Bernard DELCORD

 

Femmes d’affaires mythiques par Aldo Lanfranconi et Antonia Meiners, ouvrage traduit de l’allemand par Akima Hamandia, Christophe Lucchese & Alexandra Friedrich, Paris, Éditions Dunod, octobre 2010, 150 pp. en quadrichromie au format 22 x 28,5 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 24,90 € (prix France)

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31 01 11

Des nouvelles érotiques !

marly.jpgNathalie Marly fut pendant dix ans journaliste à la RTBF et en particulier dans "Appel à témoins". Elle puise avec bonheur dans ses propres expériences du monde de la télévision pour créer ces nouvelles délicieusement érotiques, le décor mais aussi les personnages. Dans "Instants frivoles", elle est ainsi tour à tour scripte dans "Sous les néons orange" ; journaliste dans "Fantamses à Venise" ; assistante d'un reporter dans "Impondérable désir" ; star du JT dans "Anne et "son" vingt heures". D'ailleurs au-delà des fantasmes, de cette soif du désir sensuel, satisfait, assumé ou pas, on peut aussi découvrir des points de vue très intéressants et sans aucun doute vécus par Nathalie Marly sur ce métier passionnant mais cruel, une jungle. Avec un point final, qui pourrait être une sorte de pied de nez au métier : "L'habit fait l'envie", qui cette fois met en scène une téléspectatrice face à une vedette du petit écran ; et c'est bien ce dernier qui se ridiculise dans la réalité, hors du fantasme. L'humour, le clin d'oeil, parfois une clé donnée dans un sourire, émaillent ces courtes nouvelles. J'aime, par exemple, quand elle parle d'un grand mariage qu'il soit "une union avec tambours et trompettes" ! J'aime aussi cette idée de "l'armoire des anges" à découvrir dans "Les travertins", les masques blancs dans "Venise"... Personnellement, j'avais aimé le style, la manière d'écrire, de se décrire comme femme si personnelle et si générale, dès son premier livre "Au nom du Père"; je suis donc heureux de découvrir la suite du cheminement de son écriture. Quittez pour quelque temps la dure réalité pour vous plonger vous aussi dans ces "instants frivoles".

Jacques MERCIER

 

Instants frivoles, par Nathalie Marly. Nouvelles. Editions Dricot 2010. 13,5 cm/21 cm. 100 pages. 13,50 euros.

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30 01 11

Au feu ! Au fou ! Oufti !

Histoires allumées.pngL’article ci-dessous a été mis en ligne le 30/01/2011 sur le site du magazine satirique belge SATIRICON.BE (www.satiricon.be:

 

Enfin une bonne nouvelle belge (et même cinq, pour le même prix, 19 €) : revoilà Hubert, le personnage récurrent des romans déjantés de Jean-Luc Fonck, dans un ébouriffant recueil de short stories « policières » intitulé Histoires allumées paru chez Luc Pire, l’éditeur-phénix de Ce Pays qui a ressuscité à Liège ce 1er janvier 2011 (l’éditeur, pas le pays qui est cuit...).

 

Dans la veine de Pierre Dac et du Boris Vian de L’Écume des jours mâtinés de Jean-Pierre Verheggen et de Raymond Devos, le ci-devant chanteur de Sttellla[1] plonge le lecteur médusé dans un univers stupéfiant (c’est le mot !) où les garçons changent de sexe, les radiateurs arrêtent les montres en leur passant les menottes, les champignons parlent, les oiseaux toussent des perles, les voitures font apparaître et disparaître leurs passagers au gré des tunnels, les boîtes de sardines nagent en bancs, les meubles se déplacent et les dés conduisent le « héros » à l’autre bout du monde pour y vivre des aventures parfaitement impossibles à résumer par la critique.

 

Une seule solution, donc– ô rage ! ô désespoir !– pour moi, en forme de conseil impérieux : lisez-les !

 

Mais en demeurant sur vos gardes : vous pourriez vous éteindre… en étouffant de rire !

 

PÉTRONE

 

Histoires allumées par Jean-Luc Fonck, Liège, Éditions Luc Pire, janvier 2011, 206 pp. en noir et blanc au format 13 x 20 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 19 €



[1] « Je ne sais pas chanter. Avant que les gens ne s’en rendent compte, je vais me recycler dans un autre truc que je ne sais pas faire, écrire », s’est-il plu à proclamer naguère…

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30 01 11

Une histoire belge...

Moresnet neutre.jpgL’article ci-dessous a été mis en ligne le 30/01/2011 sur le site du magazine satirique belge SATIRICON.BE (www.satiricon.be:

 

Aussi invraisemblable que cela puisse paraître, une petite commune belge des Cantons de l’Est constitua de 1816 à 1919 un État indépendant de 3,5 km², le Moresnet neutre, disposant d’un "gouvernement", d’une monnaie, d’un drapeau, de timbres-postes (pendant deux semaines, du 5 au 19 octobre 1886) et d’une langue nationale… l’espéranto.

 

La raison en est qu’en 1816, le royaume de Prusse et le royaume des Pays-Bas ne trouvèrent pas d'accord sur l'exercice de la souveraineté à exercer sur la municipalité de Moresnet, notamment à cause de la mine de smithsonite (une espèce minérale formée de carbonate de zinc) très importante d'Altenberg (« Vieille Montagne », comme le nom de l’entreprise qui l’exploitait) qui s’y trouvait. La petite ville fut alors scindée en trois parties : Moresnet, intégré aux Pays-Bas, Neu-Moresnet, rattaché à la Prusse, et l’hinterland, qui devint neutre et fut géré conjointement par les deux États.

 

Aux XVIIIe et XIXe siècles, la mine de zinc de Moresnet neutre était la plus riche d’Europe, et plus de deux millions de tonnes de minerai en furent extraites en cinq siècles.

 

Lorsque la mine de la Vieille Montagne fut épuisée en 1885, l’existence même de Moresnet neutre fut remise en question. Plusieurs propositions furent avancées pour y amener de nouvelles activités économiques, telle la création d’un casino.

 

L’initiative la plus remarquable fut avancée par le docteur Wilhelm Molly, qui proposa de faire de Moresnet le premier État utilisant officiellement l’espéranto, sous le nom d’Amikejo, « Lieu d’amitié ».

 

Cependant, ni la Belgique ni l'Allemagne n’avaient abandonné leurs revendications sur le territoire et, vers 1900, à la suite du refus de la Belgique d’ouvrir des négociations sur son statut, les Allemands s’orientèrent vers une politique plus agressive, incluant plusieurs actions de sabotage et d’obstruction administrative. En 1914, pendant le début de la Première Guerre mondiale, l’Allemagne envahit la Belgique et annexa Moresnet en 1915.

 

Après la guerre, le Traité de Versailles établit en 1919 la souveraineté belge sur Moresnet neutre, ainsi que sur le village allemand voisin de Neu-Moresnet. Ces territoires furent de nouveau annexés par l’Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale puis furent restitués à la Belgique en 1944.

 

Après l'annexion à la Belgique en 1920, la commune prit le nom de La Calamine ou Kelmis ; elle a fusionné en 1977 avec Neu-Moresnet et Hergenrath.

 

Sous le titre Neutral-Moresnet-neutre, l’historien local Leo Wintgens, docteur ès-lettres de l’Université de Liège, a consacré un superbe album en quatre langues (français, allemand, néerlandais et anglais) richement illustré à cette histoire singulière qui mérite incontestablement d’être connue de tous les vrais Belges (il y en a !) et de leurs voisins.

 

Ainsi que de tous les amateurs de surréalisme, bien entendu…

 

Bernard DELCORD

 

Neutral-Moresnet-neutre Échos d’une curiosité européenne  par Leo Wintgens, Aachen, Helios Verlag & Montzen, Centre de recherches linguistiques Obelit, collection « Documents d’Histoire », novembre 2010, 304 pp. en quadrichromie au format 21,5 x 30,5 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 39,90 € à verser au compte ISBN 978-3-86933-024-2 du Centre de recherches linguistiques, rue Gustave Demoulin 34 à 4850 Montzen

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30 01 11

Sidérant !

L'insomnie des étoiles.gifLa rentrée littéraire ne regorge pas d'ouvrages hilarants. L'heure est à la gravité et à l'introspection de l'âme, finement menée.

 

Le roman de Marc Dugain intitulé L'insomnie des étoiles ne déroge pas à l'atmosphère qui nous présente, revêtu d'une belle écriture, le cynisme sordide d'exactions commises sous le IIIReich et l'impulsion d'Hitlter. Entendez l'extermination de malades mentaux,  morts par faveur, atroce prélude au génocide de la guerre.

 

« En marchant, il constata qu'une étreinte imperceptible avait cédé à l'ennui et à la crainte diffuse de ces nuits sans étoiles qui se succédaient. »

 

Commis dans une bourgade du Sud de l'Allemagne, alors que la guerre vient de s'achever et de consacrer la défaite allemande (automne 1945), le capitaine, français Louyre découvre, tandis qu'il prend sous sa protection une jeune fille abandonnée, Maria, le désert suspect d'un hôpital psychiatrique.

 

« Il n'avait pas l'intention de se remettre de cette guerre, ni de l'enfouir dignement comme l'avaient fait ses parents, éponges silencieuses d'un siècle sans espoir. »

 

La confession du docteur Halfinger, directeur de l'hôpital, éclairera, a posteriori, la sombre machination orchestrée par le Reich.

 

Une lecture sidérante malgré un long temps mis à entrer au cœur du sujet.

 

Apolline ELTER

 

L'insomnie des étoiles par Marc Dugain, Paris, Gallimard, mai 2010, 226 pp. en noir et blanc au format 14,2 x 20,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 17,50€ € (prix France)

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29 01 11

Une épicurienne des lettres

Colette gourmande.jpgS'il est un trait majeur de la personnalité de Gabrielle-Sidonie Colette, c'est bien celui de la gourmandise. Laquelle, déclinée dans toutes les circonstances de la vie –quand on aime, on ne compte pas– fit valoir à l'écrivain une réputation sulfureuse et une mise à l'index inéluctable.

Mariée trois fois, liée à Missy, marquise lesbienne qui lui fit don d'une propriété en Bretagne, Colette fut tôt élevée dans le goût des saveurs authentiques. Sido, mère aimante, craignait par-dessus tout que sa progéniture ne manquât d'une juste nourriture.

Spécialiste des formes littéraires du goût, Marie-Christine Clément s'est penchée, des années durant, sur la personnalité et l'œuvre de Colette, traquant à travers ses écrits et les précieux témoignages de Pauline Tissandier, cuisinière encore en vie à la fin des années '80, les recettes les plus conformes aux propres réalisations de l'auteur.

Consacrant la première partie de son ouvrage intitulé Colette gourmande à une biographie riche et étayée d'extraits d'œuvres délicieusement choisis, Marie-Christine Clément s'est ensuite assuré la complicité de son mari, Didier Clément –le couple préside, aujourd'hui encore, aux destinées de l'hôtel du Lion d'or de Romorantin– pour reconstituer une centaine de recettes-phares de l'écrivain, farcies, quand point trop s'en faut, de cet ail qu'elle avait homicide.

Les recettes, agrémentées d'extraits d'atmosphère, invitent le lecteur à la table d'un écrivain majeur du siècle passé.

Un ouvrage riche, harmonieusement illustré de photographies d'André Martin et d'époque, véritable trésor pour illustrer les rapports entre l'écriture, la littérature et la table.

Je vous le recommande chaleureusement,

 

Apolline ELTER

 

Colette gourmande par Marie-Christine et Didier Clément, Paris, Albin Michel, octobre 1990 (3 rééditions), 208 pp. en quadrichromie au format 21,5 x 28,5 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 52 € (prix France)

 

Billet de saveurs

 

AE : Votre opus, Marie-Christine Clément, est né d’un coup de cœur pour l’écrivain qu’était Colette, la précision de sa prose et la justesse de ses remarques sur le goût. Comment êtes-vous venue à elle ?

 

Marie-Christine Clément : Je devais préparer une thèse de doctorat sur le thème de la nourriture chez Proust. Proust est un Dieu et comme étudiante en littérature, il n’y avait qu’un écrivain digne de ce nom à étudier, lui. Mon directeur de thèses a eu l’intelligence de me dire de mettre plusieurs écrivains du début XXsiècle à mon programme de lectures avant de commencer et il se trouve que j’ai commencé, non sans quelque dédain à l’époque, par lire Colette. Dès la première page, ce fut un coup de foudre ! J’ai immédiatement ressenti sa sensualité et, au choix de son mot précis, ajusté comme une lame sur la sensation, je me suis immédiatement dit que cette femme-là savait manger. Je ne pouvais me douter alors combien j’avais raison. J’ai aussitôt perçu une expression où je retrouvais la justesse des sensations que je pouvais vivre de mon côté au quotidien, en tant que professionnelle. Colette n’est pas seulement un écrivain du goût ; elle est l’écrivain du goût, celle qui a écrit en gourmet, faisant de sa vie une dégustation de chaque instant, que ce soit une dégustation de couleurs, de lumières, d’odeurs, d’amours, de bêtes, de nourritures, de mots…

 

AE : Les recherches biographique, bibliographique, l’établissement des recettes, l’organisation de cet ouvrage, remarquablement illustré des photos d’atmosphère d’André Martin, cela a dû prendre un temps considérable ?

 

Marie-Christine Clément : J’ai mis trois ans pour composer cet ouvrage. Cela a été une véritable quête aussi bien qu’une enquête minutieuse. J’ai d’abord lu toute l’œuvre de Colette, y compris ses nombreuses correspondances. J’ai établi à partir de ses écrits une liste de plats que j’ai ensuite soumise à Pauline Tissandier, sa fidèle cuisinière, qui était alors encore en vie et qui a bien voulu me recevoir. Nous avons passé côte à côte de nombreux après-midi autour de la table de sa cuisine et Pauline m’a confié ses petits secrets. Mon mari a ensuite écrit les recettes selon ses indications. Dans un second temps, il a fallu retrouver sa vaisselle, son linge, son argenterie. J’ai parcouru la France entière à la recherche de descendants de ses amis qui pouvaient avoir ses objets entre les mains puis j’ai consciencieusement rapporté chaque objet dans la maison qui lui seyait et ai « remis le couvert », dressé la table dans chacune de ses « provinces » comme elle disait, comme elle le faisait, à sa façon propre. L’un des plus beaux souvenirs reste la table de la Treille muscate dressée sous cette tonnelle de glycine, ce manteau de verdure devra-t-on plutôt dire, dans une lumière mordorée, magique.

 

AE : Vous présidez, avec votre mari, Didier Clément, aux destinées du Grand Hôtel du Lion d’Or, à Romorantin-Lanthenay (www.hotel-liondor.fr), y créez-vous parfois des événements dédiés à Colette ?

 

Marie-Christine Clément : Nous faisons plutôt des clins d’œil réguliers à Colette. Dans l’une de nos chambres trône son portrait en cuisinière et elle fut tellement présente parmi nous en esprit qu’il ne se passe pas de jour sans que nous parlions d’elle et que nous évoquions sa gourmandise. Mais dans notre maison, mon mari présente sa cuisine, une cuisine d’auteur, qui n’a rien à voir avec la cuisine ménagère et bourgeoise de Colette qui correspond à son époque.

 

AE : Rêveriez-vous d’y recevoir Gabrielle-Sidonie Colette ?

 

Marie-Christine Clément : Ce serait une belle gageure ! J’ai eu l’occasion de recevoir dernièrement Marie Rouanet et de dîner en tête-à-tête avec elle. Nous avons passé un dîner merveilleux… Marie est aussi une amoureuse de la bonne chère et une vraie bonne cuisinière. Avec Colette, je ne sais même pas si j’aurais osé m’asseoir avec elle à table. Je crois que malgré plus de dix ans passés avec elle à l’étudier, elle m’intimide encore…

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29 01 11

Livre de Bord N°99 : Les lieux du crime & Françoise Sagan

 

Invités : Genviève Moll (Françoise Sagan) et Jean-Michel Turpin (Sur les lieux du crime) aux Editions de la Martinière.

Livre de Bord sur Liberty TV, le mardi à 18.05, mercredi à 20.05, jeudi à 20.05, vendredi à 12.05, samedi à 14.05, dimanche à 16.05 et le lundi à 18.05.

 

 


Livre de Bord N°99 : Les lieux du crime & Françoise Sagan
envoyé par BriceDepasse. - Films courts et animations.

29 01 11

Une entreprise de destruction massive

Six mois, six jours.gif« Braun s'était donné six mois pour détruire Juliana Kant, sans violence physique, sans crime... en la séduisant... Il lui aura finalement fallu six mois et six jours. »

 

Six mois, six jours, un titre énigmatique pour un roman qui ne l'est pas moins et qui embrasse, sous le couvert d'une histoire de séduction, les thèmes de la vengeance, de la culpabilité d'une nation –l'Allemagne– face à un génocide –juif– et, en filigrane, ceux du ressentiment induit par les inégalités –et les injustices– sociales ainsi que de la vérité de l'écrit.

 

Majordome de Juliana Kant, riche héritière d'une dynastie industrielle allemande, le narrateur assiste à l'opération de séduction qu'Herb Braun exerce sur elle. Opération réussie qui verra la milliardaire tomber dans les rets d'une destruction savamment programmée.

 

Remercié de ses services, Karl Fritz, le narrateur, aura le licenciement rancunier, la parole, désabusée. Comme s'il tentait désespérément de se rendre antipathique au lecteur.

 

Le procédé est audacieux.

 

Apolline ELTER

 

Six mois, six jours par Karine Tuil, Paris, Éditions Grasset, août 2010, 254 pp. en noir et blanc au format 13 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 18 € (prix France)

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28 01 11

Le soleil levant de l’impressionnisme

Claude Monet par Michel de Decker.gif« Il est robuste, Claude Monet, taillé d'une pièce ; capable d'être aussi généreux qu'égoïste, mais aussi faible que fort»

 

C’est une remarquable biographie que Michel de Decker consacre chez Pygmalion à Claude Monet, le père de l'impressionnisme : un portrait haut en couleurs et en contrastes d'un artiste au tempérament déterminé, un rien cyclothymique, sachant entretenir ses amitiés et se faire... entretenir quand le besoin –fréquent dans les premières décennies– s'en fait sentir.

 

Génie du regard et d'une lumière qu'il saisit dans ses infinies nuances, capable de travailler de concert sur une dizaine d’œuvres, Claude Monet laissera plus de 2000 toiles à la postérité, n'hésitant à crever d'un geste rageur celles qui n'ont plus sa faveur...

 

Né à Paris, le 14 novembre 1840, Oscar-Claude Monet perd sa mère à l'âge de 16 ans. Sa tante Marie-Jeanne Lecadre –un nom prémonitoire– le prend en charge et affection, le soustrayant aux relations tendues qu’il entretient avec son Adolphe de père. Pris sous l'aile d'Eugène Boudin, le jeune artiste commencera à faire parler de lui en 1873, lorsque son fameux Impression, soleil levant deviendra, sous la plume de Louis Leroy, l'emblème du mouvement décrié de l'impressionnisme.

 

Sa rencontre avec Ernest Hoschedé, acquéreur du tableau et mécène de la première heure, signe son destin puisque, marié avec Camille Doncieux et père de Jean, Monet s'éprend peu à peu d'Alice (Hoschedé), entretenant ainsi une liaison (conclue par un mariage) de 35 ans et une famille recomposée de 8 enfants. Les années-galère seront nombreuses qui verront la famille crouler sous les dettes, remise à flots tant bien que mal par Paul Durand-Ruel, marchand d'art avisé. La maison rose aux volets verts de Giverny et son célèbre jardin scelleront le début d'une prospérité enfin avérée.

 

Claude Monet meurt à 86 ans (en 1926), atteint d'une quasi-cécité (en raison d’une cataracte) qui a empoisonné les dernières années de sa vie.

 

Avec son style alerte, présent, précis, aux allures d'amène conversation, Michel de Decker nous trace une fresque vivante de l'époque, des événements marquants et des personnalités qui côtoyèrent Claude Monet : Renoir, Sisley, Pissarro, Sacha Guitry et Clemenceau, l'ami à vie...

 

Une lecture hautement recommandée.

 

Apolline ELTER

 

Claude Monet par Michel de Decker, Paris, Éditions Pygmalion (Flammarion), juin 2009, 336 pp. en quadrichromie au format 15 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 21,90 € (prix France)

 

Billet de faveur

 

AE : Michel de Decker, c'est en « voisin » que vous vous êtes penché, au début des années '70, sur la longue vie de Claude Monet. Votre maison de l'époque faisait face à celle de l'artiste, séparée par cette Seine qui lui fut si chère. Elle devait cependant être passablement délabrée à l'époque, puisqu'il fallut attendre la fin de la décennie et la nomination de Gérald Van der Kemp en tant que conservateur pour la magistrale restauration qu'on lui connaît.

 

Michel de Decker : Quand je suis entré pour la première fois, dans la maison de Monet, je suis resté stupéfait. J'ai compris alors pourquoi l'Institut de France, qui en était légataire, avait si longtemps hésité à me donner l'autorisation de visite. Les verrières du grand atelier aux nymphéas étaient éclatées, la maison baignait dans l'humidité et il aurait fallu une machette pour accéder à certaines allées du jardin. Et que dire de l'étang aux nymphéas... sans l'ombre d'un nénuphar car tout avait été boulotté par les ragondins qui squattaient le domaine. Il est vrai que le pauvre jardinier –un seul, quand Monet en faisait travailler sept à temps plein !– ne pouvait être sur tous les fronts. J'ai publié alors une série d'articles pour dénoncer cette misère, à la suite de quoi, Gérald Van der Kemp a décidé de prendre les choses en mains. Quand je lui ai offert la première édition de mon livre –qui lui était d'ailleurs dédié–  il m'a dit : "C'est en partie grâce à vous que cette maison rose aux volets verts a ressuscité. Vous avez précipité le mouvement..."

 

AE : vous avez écrit une première biographie de l'artiste en 1992 (chez Perrin). La réécrire, 17 ans plus tard, vous a-t-il permis d’affiner son portrait psychologique ?

 

Michel de Decker : J'ai, en effet, publié une nouvelle version de mon Monet, dix-sept ans après, mais je ne pense pas avoir changé le fond. Quelques détails nouveaux, quelques nouveaux documents débusqués ici ou là, m'ont permis de l'enrichir mais non de le bouleverser. Monet, c'est Monet. Il reste un bloc de granit aux yeux de laser !

 

AE : Qu’avez-vous pensé de l’exposition qui lui est consacrée au Grand Palais ?

 

Michel de Decker : Je manque rarement une grande exposition Monet. J'ai "vécu" avec lui pendant une dizaine d'années avant d'essayer de le raconter, si bien que, quand je vois telle ou telle toile de lui, je sais immédiatement où il l'a peinte et dans quel état d'esprit il était ce jour-là. Je me suis même rendu jusqu'à l'Hermitage, à Saint-Pétersbourg, pour voir des toiles qui, à mes yeux, étaient inédites. L'exposition du Grand Palais, c'est une apothéose ! C'est la plus complète qu’il m'a été donné de visiter... Et j'ai, une fois de plus, découvert de nouvelles toiles... Bon, sur les 2000 à 2500 qu'il a peintes... il en reste que j'ignore, ça me rassure...

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