08 02 11

Le polar de papa

La soupière chinoise.jpgLorsque le cadavre de Jean-Paul Mignard, jeune et fringant président du Parti Chrétien Historique, est retrouvé dans les bureaux de la rue du Temple, le petit monde judiciaire et politique belge entre en ébullition. Un bouillon d’autant plus brûlant que les négociations pour la formation d’un gouvernement s’éternisent, alors que Wallons et Flamands se regardent comme des bêtes curieuses, venues de planètes décidément différentes…

 

Cinq petites lignes de résumé et vous avez compris dans quel univers Philippe Moureaux situe son premier polar : celui des romans à clés, des fictions politiques à tendance référentielle, des récréations littéraires où le jeu consiste autant à tenter de débusquer l’assassin… que de deviner qui se cache derrière les divers personnages caricaturés par l’auteur.

 

Sur un rythme plutôt pédestre, on traverse donc la Belgique du nord au sud, alors que se dénouent les fils d’une intrigue où surgissent, plus ou moins grimés, tous les acteurs de notre quotidien médiatique et politique : jeunes politiciens aux dents longues, aristocrates désœuvrés, flics désabusés, juges d’instructions poussés aux fesses par la presse, extrémistes flamands déguisés en flèches politiques, souverain en colère… La liste est longue et ressemble à s’y méprendre à une compilation des manchettes de la presse depuis les élections de juin dernier.

 

Mais au-delà de ce systématique théâtre de marionnettes, Philippe Moureaux nous dévoile-t-il une âme d’auteur de polar ? Pas vraiment… L’intrigue est trop classique et le développement trop factuel pour que vibre la fibre sombre des véritables amateurs de cirés humides et de rigoles sanglantes. Par contre, l’écriture est ciselée, l’ambiance délicieusement surannée et les dialogues particulièrement travaillés… à mille lieues des staccatos à l’emporte-pièce influencés par le modernisme des médias audio-visuels. Dans l’état, La soupière chinoise parait un peu suspendue dans le temps, avec son intrigue au décor ultra-actuel et son style qui élude l’évolution du roman noir depuis Simenon. Étrange et fascinante anomalie temporelle et littéraire… Reflet de notre Belgique, elle-aussi suspendue entre deux époques ?

 

Dr Corthouts

 

PS : Au passage, soulignons la qualité de la couverture du livre, épurée mais efficace.

 

La soupière chinoise par Philippe Moureaux, Bruxelles, Éditions Luc Pire, février 2011, 219 pp. en noir et blanc au format 14 x 21,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 24 €

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