27 04 11

Scripta manent…

 

Gallimard, un éditeur à l’œuvre.gifLa plus grande maison d'édition française indépendante actuelle fête avec faste son centenaire en publiant divers ouvrages parmi lesquels, dans la collection « Découvertes », un remarquable Gallimard, un éditeur à l’œuvre par Alban Cerisier, qui retrace l’histoire d’une entreprise familiale au catalogue de laquelle on retrouve 40 000 titres et une immense brochettes d’auteurs de premier plan comme Apollinaire, Asimov, Aymé, Bachelard, Borges, Camus, Céline, Chamoiseau, Claudel, Duras, Faulkner, Giono, Hemingway, Ionesco, Jaccottet, Kafka, Kessel, Kundera, Le Clézio, Malraux, Morand, Orwell, Pamuk, Pasternak, Pennac, Prévert, Proust, Queneau, Romains, Rufin, Saint-Exupéry, Sartre, Sollers, Steinbeck, Tournier, Van Vogt, Yourcenar...

Fondée en 1911 par André Gide à l’enseigne de la NRF, elle se développa à l’initiative de son gérant Gaston Gallimard (1885-1975), puis du fils de celui-ci, Claude (1914-1991), et aujourd’hui de son petit-fils Antoine (né en 1947) et elle possède sans aucun doute le fonds littéraire le plus étendu de la planète.

Comme tous ceux de la collection « Découvertes » créée par le génial Pierre Marchand, le bel ouvrage d’Alban Cerisier fourmille d’informations pertinentes, de documents éclairants, d’images percutantes, d’anecdotes significatives et il subjugue le lecteur par sa description enlevée d’une « success story » plus éclatante encore que celle de Harry Potter… d’ailleurs édité dans sa traduction française chez Gallimard.

 

Bernard DELCORD

 

Gallimard, un éditeur à l’œuvre par Alban Cerisier, Paris, Éditions Gallimard, collection « Découvertes », février 2011, 176 pp. en quadrichromie au format 12,5 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 14,30 € (prix France)

27 04 11

De la Blanche, et de la bonne !

 

Les pensées par Francis Blanche.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 27/04/2011 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be):

 

« Tonton flingueur » dans le fameux film de Georges Lautner, Obersturmführer « Papa » Schulz face à Brigitte Bardot dans Babette s'en va-t-en guerre, Monsieur Loyal de son complice Pierre Dac dans le célébrissime sketch du « Sâr Rabindranath Duval », parolier de la drôle de chanson Débit de l'eau, débit de lait chantée par Charles Trenet, roi du canular téléphonique dans les années 1960, Francis Blanche (1921-1974) a marqué son époque d’une empreinte joyeuse à travers les 121 productions cinématographiques, les 8 pièces de théâtre et les diverses productions télévisées auxquels il participa.

Les Éditions du Cherche-Midi à Paris ont pris la réjouissante initiative de faire paraître récemment, illustrées par Cabu, Les pensées de celui qui, à l’instar de Fernand Reynaud ou de Jean Poiret et Michel Serrault, entre autres, reste un maître de l’humour populaire français du milieu du XXsiècle, lui qui inventa la greffe surprise, la police des nurses et le dépanneur d'escalopes.

Dans ce recueil, on trouve bien entendu des perles, comme : « Si vous ne vous sentez pas bien, faites-vous sentir par un autre » ; « Pour rentrer chez vous, une seule adresse : la vôtre », « L’asperge est le poireau du riche », « Il n’y a pas de fumet sans fûts ! », « Une 2CV usagée vaut mieux qu’une Rolls neuve à condition qu’elle vienne de le droite », « Qui vole un œuf ferait mieux de voler un bœuf » ; « On n’a que l’âge de ses obsèques »…

Et des réflexions qui ne manquent pas de sagacité : « La vie est un cercle vicieux. Exemple : à la pêche, le poisson mange le ver, le pêcheur mange le poisson et, un jour, le ver mange le pêcheur » ; « On a vu de mauvaises chanteuses devenir bonnes et de mauvaises bonnes devenir chanteuses » ; « Le cure-dents, dernier épisode de la vie du bœuf paisible et filandreux ! »

Hilarant, isn’t it ?

 

PÉTRONE

 

Les pensées par Francis Blanche, dessins de Cabu, Paris, Éditions Le Cherche-Midi, collection « Les Pensées », février 2011, 269 pp. en noir et blanc au format 11,2 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 8,50 € (prix France)

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27 04 11

« Un fond de santé gauloise » (Robert Poulet)

 

D'un Céline l'autre.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 27/04/2011 sur le site du magazine satirique belge sur Internet SATIRICON.BE (www.satiricon.be):

 

La compilation intitulée D’un Céline l’autre, établie et présentée par le célinomane David Alliot et préfacée par François Gibault, avocat et homme de confiance de Mme Lucette Destouches, veuve de l’écrivain, auteur d’une monumentale biographie en trois volumes de l’auteur du Voyage au bout de la nuit, rassemble, outre une Vie de Louis-Ferdinand Céline par David Alliot, 200 témoignages divers (correspondances, journaux intimes, mémoires, coupures de presse, documents administratifs…) jalonnant la vie de l’écrivain Louis-Ferdinand Céline (1894-1961), en provenance de sa famille, d’amis intimes, d’admirateurs ou d’adversaires, depuis sa jeunesse passage Choiseul dans le quartier de l’Opéra à Paris jusqu’à sa mort à Meudon dans les Hauts-de-Seine.

 

On y retrouve toutes les facettes de l’homme, écolier d’abord, cuirassier à Rambouillet ensuite, en 1912, puis médaillé militaire en 1914, au consulat français de Londres en 1915, au Cameroun en 1916, à la fondation Rockefeller en 1918, étudiant en médecine en 1920, docteur en 1924, en Afrique et en Amérique pour l'Institut d'hygiène de la SDN entre1924 et 1927, à Clichy de 1927 à 1937, à Prague en 1933, à Leningrad en 1936, au dispensaire de Bezons de 1940 à1944 en même temps que collaborationniste à Paris, à Baden-Baden et à Sigmaringen, détenu puis exilé au Danemark de1945 à 1951, amnistié cette année-là et de retour à Meudon jusqu’à sa mort.

 

Et de l’écrivain, bien entendu, auteur de La Vie et l'Œuvre de Philippe Ignace Semmelweis, du Voyage, d’un Hommage à Émile Zola, de Mort à crédit, de Guignol’s band, de Féerie pour une autre fois, de Casse-pipe, de trois pamphlets violemment antisémites (Bagatelles pour un massacre, L'École des cadavres, Les Beaux Draps), de D’un château l’autre, Le Pont de Londres et Rigodon

 

On y croise une multitude de témoins, célèbres ou pas, parmi lesquels Mme Pioche du passage Choiseul, le directeur pour l’Afrique équatoriale de la Compagnie forestière Shangha-Oubangui, les écrivains Marcel Aymé, René Barjavel, Emmanuel Berl, William Burroughs, Madeleine Chapsal, Lucien Descaves, Roland Dorgelès, André Gide, Jacques Izoard, Max Jacob, Marcel Jouhandeau, Paul Léautaud, Christian Millau, Marc-Édouard Nabe, Robert Poulet (dont il est dit qu’il fut « partisan de Léon Degrelle », ce qui est inexact), Lucien Rebatet, Tristan Tzara, Roger Vailland, les éditeurs Robert Denoël, Bernard Steele et Gaston Gallimard, le peintre Gen Paul, les actrices Arletty et Judith Magre, l’homme d’affaires Pierre Bergé ou le président de l’Association des amis de Céline, le Belge Marc Laudelout…

 

Chaque témoignage est introduit par une notice biographique du témoin, une description de l’origine du texte et un rappel du contexte dans lequel il a été écrit.

 

Si un tiers de ces témoignages était connu du grand public, un deuxième tiers ne lui était pas accessible jusqu’ici et le dernier tiers est totalement inédit. En effet, tantôt les témoignages ont été recueillis par l’auteur auprès des derniers témoins encore en vie, tantôt ils ont été découverts dans des archives encore inexplorées.

 

Enfin, différentes annexes (chronologie, bibliographie et deux cartes) viennent compléter cet ouvrage bienvenu pour commémorer les dix lustres de la mort de l’écrivain maudit le plus illustre du XXsiècle.

 

PÉTRONE

 

D’un Céline l’autre, édition établie et présentée par David Alliot, préface de François Gibault, Paris, Éditions Robert Laffont, collection « Bouquins », mars 2011, 1184 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 19,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 30 € (prix France)

27 04 11

Un très émouvant premier roman !

biefnot.jpgNon seulement le premier roman de Véronique Biefnot est émouvant, mais "Comme des larmes sous la pluie" est aussi totalement réussi ! Ce n'est pas rien : pouvoir tenir en haleine, nous emporter dans des retournements de situation, nous surprendre par le cheminement des histoires et des personnages ! Ecrivain à succès, Simon Bersic n'en est pas moins fragile et malheureux : il ne parvient pas à surmonter la perte de sa femme. Et si, avec Naëlle, la vie lui offrait une seconde chance ? C'est le début du roman haletant, passionnant et terrible aussi, comme peut l'être parfois la vie elle-même. Véronique Biefnot est belge, comédienne, peintre et metteur en scène. Elle ne masque pas les décors régionaux de son histoire : une soirée à la Jazzstation de St-Josse, le parvis de Saint-Gilles, le magasin Au Chien Vert, la place Flagey, autant de coins de Bruxelles qui servent de décor au récit. Dès le début du livre, nous entrons dans la peau, dans l'âme de plusieurs personnages et une typographie particulière nous fait lire et entendre aussi une autre voix, mystérieuse au début, qui s'inscrira dans l'histoire jusqu'au dénouement final. C'est truffé de trouvailles littéraires, voire poétiques, comme ces "jours bleus" ou la récolte des oeufs de Pâques. Les réflexions sont justes : "Seuls les jeunes enfants et les animaux peuvent nous responsabiliser à ce point, ancrer leur confiance si loin en nous, donner un sens, une nécessité à chacun des gestes du quotidien, fussent-ils les plus insignifiants." Ou plus loin : "Simon se disait que, confrontés à ce qui les dépasse, les hommes ne peuvent décidément que diviniser ou détruire." La rencontre amoureuse est décrite comme seule une écrivaine peut le faire : "Elle sortit... et tout ce qui restait encore de lumière dans le ciel se concentra, incendiant sa silhouette, un couloir étincelant la reliait à lui, effaçant tout alentour, il était happé, happé par elle; sa vie, à présent, lui semblait-il, en dépendait." Magnifique ! Bien entendu, une fois lu, vous comprendrez aussi pourquoi ce livre a été écrit par une Belge, pourquoi tout le roman est "comme recouvert d'un voile d'ombre". Je ne peux que vous conseiller vivement d'entrer dans ce roman et de lire sous le chiffre I, ce premier titre : "... comme la brume matinale dévoile un à un les arbres du jardin..." qui suggère fort bien ce que vous allez vivre en partageant la création de Véronique Biefnot.

Jacques MERCIER

 

Comme des larmes sous la pluie, roman de Véronique Biefnot, Editions Héloïse d'Ormesson, collection : Les sentiments de l'autre. 328 pages. 20 euros.

25 04 11

« Place de Brouckère, on voyait l’omnibus… » (Jacques Brel)

 

Bruxelles à l’aquarelle.gifLes Éditions La Muette ont fait paraître, sous le titre Bruxelles à l’aquarelle, Instantanés 1894-1897, le catalogue des cinquante-neuf représentations graphiques de quartiers de la ville exécutées entre 1894 et 1897 par le peintre hollandais Jacques Carabain à la demande du bourgmestre Charles Buls.

 

L’occasion de plonger dans le passé centenaire et oublié d’une agglomération qui, avant de devenir la capitale de l’Europe, avait des allures de petite cité de province flamande, avec ses rues pavées, ses maisons basses, ses ruelles et ses impasses, ses cours et ses couloirs, ses coins de rue et ses escaliers, ses pompes à eau publiques et ses lumignons, ses statues et ses églises, son quartier du port, ses maisons bourgeoises…

 

Car ces aquarelles, abondamment et habilement commentées par l’historienne d’art Martine Vrebos après une présentation du peintre par ses collègues Anne Deknop et Catherine Gauthier, sont une source d'informations sur bien des endroits qui ont depuis lors subi de profondes modifications, et sur les gens qui y vivaient.

 

Confrontées dans l’ouvrage à des documents iconographiques anciens ainsi qu’à des plans et des photos actuels, elles montrent l'évolution de ces sites et de la vie à Bruxelles jusqu'à nos jours.

 

Une fort intéressante plongée dans le passé !

 

Bernard DELCORD

 

Bruxelles à l’aquarelle, Instantanés 1894-1897, catalogue de l’œuvre de Jacques Carabain conservé dans les musées bruxellois, ouvrage collectif, Bruxelles, Éditions La Muette, novembre 2010, 192 pp. en quadrichromie au format 21 x 29,7 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 29,00 €

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25 04 11

La farce tranquille…

 

Brassens ou la liberté.gifLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 22/04/2011 sur le site du magazine satirique belge SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

Reproduisant, au fil d’un récit dessiné par Joann Sfar et de commentaires rédigés par Clémentine Deroudille, des photographies, des manuscrits, des textes inédits, des extraits du « carnet de bord » personnel et même une recette de cuisine du maître, le catalogue de l’exposition Brassens ou la liberté qui se tient à la Cité de la musique à Paris[1] jusqu’au 21 août 2011 constitue une biographie pour le moins originale de l’auteur du « Gorille » et de l’« Auvergnat », foisonnante, conviviale et riche de vie.

Libertaire sans chichis et ami sans façons, Georges Brassens y apparaît en tout cas pour ce qu’il était : un géant de la poésie, fin lettré, musicien habile, artiste inspiré, révolutionnaire débonnaire, « compaing » fidèle, amant timide et Ravachol souriant, bouffant tantôt de la vache enragée sans maugréer et tantôt savourant avec délectation les beaux livres, les vins fins et le bon tabac offerts par le succès.

Moustachu dans l’âme, c’est-à-dire revêtu du masque de l’autorité virile, il cachait derrière ce masque un fin sourire bonhomme pour débiter tranquillement des propos dévastateurs de l’ordre établi, préludes à de sobres élans de fraternité réelle et d’amour profond de son prochain…

Un homme, un vrai ! Et de lettres, en plus…

 

PÉTRONE

 

Brassens ou la liberté par Clémentine Deroudille & Joann Sfar, Paris, coédition Dargaud/Cité de la Musique, mars 2011, 335 pp. en quadrichromie au format 23 x 30 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 39 € (prix France)



[1] Cité de la musique, 221, avenue Jean-Jaurès 75019 Paris. L’exposition « Brassens ou la liberté » est ouverte du mardi au samedi de 12h à 18h, le dimanche de 10h à 18h, et jusqu'à 22h tous les vendredis jusqu'au 24 juin 2011. Fermeture le lundi.

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25 04 11

De Bergues… mais pas seulement !

 

Gens du Nord.gifL’engouement pour le film Bienvenue chez les Ch’tis a relancé l’intérêt du public français pour les habitants du Nord de l’Hexagone, et c’est une bonne chose que d’avoir braqué le zoom sur une population aux traditions solidement ancrées, de rire, d’accueil et de convivialité certes, mais aussi de solidarité, de droiture et d’ardeur au travail.

 

C’est pourquoi nous ne saurions trop recommander la lecture des textes de celui qui fut le Zola des Flandres françaises, Maxence Van der Meersch (1907-1951), qui remporta notamment le prix Goncourt en 1936 pour L’Empreinte du dieu et le Prix de l'Académie française en 1943 pour Corps et âmes, un roman médical qui connut la consécration internationale et fut traduit en treize langues.

 

Son premier ouvrage, La Maison dans la dune (1932), dont l’action se situe dans le Westhoek, connut d’emblée un immense succès et fut adapté par trois fois au cinéma, en 1934, en 1952 et en 1988. Il fut notamment suivi de Quand les sirènes se taisent (1933), une sorte de Germinal d’inspiration catholique relatant une grève ouvrière dans l'industrie textile à Roubaix, d’Invasion 14 (1935) qui retrace les années d'occupation allemande dans le Nord de la France pendant la Première Guerre mondiale et de L’Empreinte du dieu, un drame familial et social dans le milieu des contrebandiers à la frontière belge.

 

L’auteur (qui est mort jeune, de la tuberculose) a par ailleurs rédigé, à partir de l’âge de 27 ans, une trilogie autobiographique intitulée La Fille pauvre dont le dernier volume fut publié après sa mort.

 

Ces romans – à l’exception de Corps et âmes qui, nous l’espérons, figurera dans une compilation ultérieure – ont été rassemblés récemment par les Éditions Omnibus dans un fort recueil intitulé Gens du Nord, que devraient, à notre avis, lire tous les fans du film de Dany Boon !

 

Bernard DELCORD

 

Gens du Nord (La maison dans la dune, 1932 ; Quand les sirènes se taisent, 1933 ; Invasion 14, 1935 ; L'Empreinte du dieu, 1936 ; La Fille pauvre, trilogie autobiographique en trois volumes : Le Péché du monde, 1934, Le Cœur pur, 1948 et La Compagne, 1955, posthume) par Maxence Van der Meersch, préface de Jacques Duquesne, Paris, Éditions Omnibus, janvier 2011, 1248 pp. en noir et blanc au format 13,2 x 19,9 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 26 € (prix France)

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23 04 11

Voir Naples et mourir…

 

Naples.gifAujourd’hui capitale de la Campanie et hier d’un royaume qui incluait les Deux-Siciles, Naples jouit d’une réputation ambivalente et ambiguë.

 

Son patrimoine architectural et artistique est foisonnant (son centre historique a été reconnu en 1995 par l’UNESCO comme étant le plus vaste d’Europe), sa situation géographique en a fait une plaque tournante vers la Sardaigne, la Sicile, la Corse, la Grèce et la Tunisie, sa baie mondialement célèbre bénéficie d’un panorama époustouflant, ses églises et ses musées débordent de richesses, ses monuments sont magnifiques, ses palais somptueux, ses vestiges romains remarquables, son Vésuve imposant, ses solfatares impressionnants, sa population accueillante et souriante, sa cuisine de terroir délicieuse…

 

Mais la misère y est partout, et la prostitution (à la Renaissance, les Français avaient donné à la syphilis le nom de « mal de Naples »), et la maffia (appelée ici la « Camorra »), et les escrocs et les tire-laine, et la saleté (les grèves d’éboueurs y sont plus que fréquentes et consécutives d’actions maffieuses), et le chaos dans les rues où il faut être fou pour s’aventurer en voiture…

 

Pour cette ville d’ombre et de lumière, l’académicien français Dominique Fernandez éprouve une passion totale et fidèle (jeune agrégé d’italien, il y enseigna dès 1957 à l’Institut français) qu’il s’est attaché avec une belle constance à faire partager au public à travers son œuvre.

 

C’est encore le cas dans l’admirable beau livre sobrement intitulé Naples qu’il vient de faire paraître aux Éditions de l’Imprimerie Nationale à Paris, avec des photographies superbes de Ferrante Ferranti.

 

Son texte, fort bellement écrit, est une nouvelle déclaration d’amour à cette cité antique qui, sous sa plume, se pare de ses plus beaux atours pour scintiller sous le regard du lecteur ébloui par tant de grâce.

 

Bravo, l’artiste ! Bravissimo !

 

Bernard DELCORD

 

Naples par Dominique Fernandez, photographies de Ferrante Ferranti, Paris, Éditions de l’Imprimerie Nationale, avril 2011, 240 pp. en quadrichromie au format 27 x 30,5 cm sous couverture cartonnée monochrome et jaquette en couleurs, 59 € (prix France)

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23 04 11

Impressions fraternelles

 

Dans l’intimité des frères Caillebotte.gifIngénieur naval et philatéliste averti, passionné de nautisme, né dans une famille très riche qui le mit définitivement à l’abri des contingences matérielles, Gustave Caillebotte (1848-1894) a composé des toiles magnifiques représentant les mutations du Paris haussmannien et, surtout, les beautés de sa propriété familiale à Yerres, dans l’Essonne. Moins connu que Claude Monet (sauf aux États-Unis), il avait en effet lui aussi la main verte et cultivait notamment de somptueuses orchidées qu’il représenta avec beaucoup de grâce.

 

Mécène des impressionnistes Monet, Degas, Sisley, Renoir, Pissarro, mais aussi de Jean-François Millet, de Paul Gavarni, d’Édouard Manet et de Paul Cézanne dont il acquit dessins et toiles et dont il finança parfois les expositions, il composa des portraits étonnants dont la grande beauté est sublimée par l’impression d’ennui qui se dégage des regards et des poses de ses modèles (famille et amis).

 

Il appert aujourd’hui que son frère – dont il fut toujours très proche – le musicien Martial Caillebotte (1851-1910) était quant à lui un photographe accompli des mêmes thèmes et sujets que Gustave, comme le démontre l'admirable exposition Dans l'intimité des frères Caillebotte Peintre et Photographe présentée ces temps-ci au Musée Jacquemart-André à Paris (du 25 mars au 11 juillet 2011) avant d’émigrer vers le Musée national des beaux-arts du Québec (du 6 octobre 2011 au 8 janvier 2012).

 

Coédité par les éditions Skira (Milan) et Flammarion (Paris) et rédigé sous la direction de Serge Lemoine, professeur à la Sorbonne et ancien président du Musée d’Orsay, le magnifique catalogue de cette exposition vous en fera la démonstration, pour votre plus grand plaisir, si d’aventure vous aviez le fort bon goût de l’acquérir !

 

Bernard DELCORD

 

Dans l’intimité des frères Caillebotte Peintre et Photographe, ouvrage collectif sous la direction de Serge Lemoine, coédition Skira/Flammarion, Paris, 240 pp. en quadrichromie au format 24 x 28 cm sous couverture brochée en couleurs, 39 € (prix France)

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22 04 11

Un roman qui secoue le prunier… et les cocotiers !

 

Le camp des saints.jpgLe texte ci-dessous a été mis en ligne le 22/04/2011 sur le site du magazine satirique belge SATIRICON.BE (www.satiricon.be) :

 

« Dans la nuit, sur les côtes du midi de la France, cent navires à bout de souffle se sont échoués, chargés d'un million d'immigrants. Ils sont l'avant-garde du tiers-monde qui se réfugie en Occident pour y trouver l'espérance. À tous les niveaux, conscience universelle, gouvernements, équilibre des civilisations, et surtout chacun en soi-même, on se pose la question trop tard : que faire ? »

 

C'est ce que raconte Le Camp des Saints de Jean Raspail (le titre est emprunté à L’Apocalypse de Saint-Jean), publié pour la première fois en 1973 et qui vient de reparaître avec une préface en forme de mise au poing sur la tronche des bobos intitulée Big Other, allusion transparente au « Big Brother » du 1984 de George Orwell, un autre roman prophétique.

 

Ce livre qui a fait connaître au grand public le Français Jean Raspail, un écrivain royaliste au style flamboyant né en 1925 et qui se défend d'être d'extrême droite, révélait la fascination de l’auteur pour les causes perdues et les peuples disparus.

 

« Y a-t-il un avenir pour l’Occident ? », demandait-il à l’époque, alors que l’on pouvait lire sur la quatrième de couverture de la première édition deux phrases prudentes de l’éditeur : « On épousera ou on n’épousera pas le point de vue de Jean Raspail. Au moins le discutera-t-on, et passionnément ».

 

En 2011, à l'heure où des milliers d'immigrants accostent sur l'île italienne de Lampedusa, ce débat n’a rien perdu de son acuité et le public ne s’y est pas trompé puisque près de 44 000 exemplaires du livre se sont écoulés en deux mois.

 

« Faut-il rapprocher ce phénomène éditorial de la montée du FN de Marine Le Pen dans les sondages ? (…) Le livre est en tous cas chroniqué favorablement sur des sites comme celui d'Action française ou du Rassemblement pour la France (RPF) », écrit doctement le site parisien de RTL[1] qui marche visiblement sur des œufs pour chroniquer l’ouvrage.

 

Comme si le fait qu’il ait un jour louangé Hitler faisait de Churchill un nazi[2] !

 

En tout cas, ce n’est pas en se cachant derrière son petit doigt que l’on fera avancer les choses ni reculer, hélas, la montée en force du racisme et de l’extrême droite en Europe…

 

Car pour qui sait lire (et pour qui l’a lu…), Le Camp des Saints n’est pas, mais alors pas du tout un ouvrage raciste.

 

Même si Jean Raspail, joyeusement provocateur, répertorie avec précision les 87 motifs, si son ouvrage avait été publié pour la première fois aujourd’hui, qui vaudraient à celui-ci des poursuites judiciaires en vertu des lois Pleven (1972), Gayssot (1990), Lellouche (2003) et Perben (2004), inapplicables en l’espèce, la rétroactivité ne jouant pas (encore) sur le plan judiciaire…

 

PÉTRONE

 

Le Camp des Saints précédé de Big Other par Jean Raspail, Paris, Éditions Robert Laffont, février 2011, 393 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs et jaquette en quadrichromie, 22 € (prix France)



[2] “One may dislike Hitler's system and yet admire his patriotic achievement. If our country were defeated, I hope we should find a champion as indomitable to restore our courage and lead us back to our place among the nations.” (Winston Churchill)

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