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Quatre rimes pour un destin

 9782709635479.jpg   A l'âge de sept ans, il écrit ses premières rimes. Quatre rimes pauvres qui vont susciter l'incommensurable fierté de la famille. A leurs yeux, nul doute : un nouveau Rimbaud est né. Et une autre évidence de s'imposer : l'enfant prodige sera un écrivain tout aussi prodige. Désireux de ne pas décevoir ses proches qui placent en lui tant d'espoir, mais aussi avide de cette reconnaissance et de ce merveilleux amour que sa prose ont suscité en eux, il va tenter de faire sien le désir de sa famille, de faire de l'écriture une vocation par procuration. Sauf que les années passent et malgré ses efforts constants, « l'écrivain » se heurte à des écrits vains. Impossible d'aligner une phrase. Impossible de trouver la rime. Les mots se refusent à lui. L'enjeu est trop grand. La pression trop forte.

    Et si les mots avaient le pouvoir de panser les maux ? Devant le couple parental qui se déchire, son frère aux ailes d'ange enfermé dans un ailleurs inaccessible, sa soeur et ses peines de coeur, il cherche les mots à même d'apaiser leurs maux. Ecrire guérit-il?

    Faute de satisfaire à ce qu'on attend de lui, Edouard grandit avec ce sentiment de culpabilité, d'échec et de manque d'estime de soi.

    A l'âge adulte, il se découvre des talents dans le marketing : il devient le roi du slogan publicitaire, de la formule qui chante dans le juke-box cérébral de chacun. Mais cette réussite professionnelle ne le comble pas : ces mots faciles et futiles, ces formules qui claquent sont bien éloignées de ce grand roman qu'il rêve d'écrire. Et que tous attendent de lui.

Il ne veut pas écrire pour manger, mais écrire pour vivre.

    Se résignera t-il ? Ou ce qui était au départ une « vocation imposée », s'avèrera t-elle être une vraie vocation? Saura t-il se dépêtrer du sentiment de n'avoir pas le talent nécessaire et se prouver à lui et aux autres, qu'il est bien « L'écrivain de la famille »?

    C'est un MAGNIFIQUE roman, délicat, émouvant, drôle et tragique à la fois, que nous offre Grégoire Delacourt. Ou quand quatre rimes scellent un destin...

Citation p140 : « Quand on est très petit, la longueur des bras permet juste d'atteindre le coeur de ceux qui nous embrassent. Quand on est grand, de les maintenir à distance. »

Karine Fléjo

 L'écrivain de la famille, Grégoire Delacourt, Editions JC Lattès, 264P, 17€.

Écrit par Brice dans Romans | Commentaires (2) |  Facebook | |

Commentaires

Belle découverte.

Écrit par : éric | 11/06/2011

@ Eric : oui, une très belle découverte, ce roman de Grégoire Delacourt ! Un véritable coup de coeur pour une plume aussi vibrante que belle, qui crée un degré d'intimité extraordinaire entre les personnages et le lecteur. Un vrai GROS COUP DE COEUR !!!

Écrit par : Karine/Koryfée | 12/06/2011

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