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Sang état d'âme...

9782260018247.jpg     Charles IX n'aurait pas laissé de traces indélébiles de son passage sur le trône sans le massacre de la Saint Barthélémy.

     En ce 23 août 1572, tandis que la France se déchire dans des guerres de religion, Charles IX va commettre l'impensable. Sous la pression de sa mère, Catherine de Médicis, et du conseil royal, le jeune homme de 22 ans s'entend ordonner de massacrer les protestants. Tout d'abord choqué par une suggestion si effroyable, il finira quelques heures plus tard par s'y soumettre. Pire, aux quelques sujets qu'on lui proposait de faire éliminer, il va substituer la volonté que soient massacrés le lendemain même tous les protestants sans exception. « Les hommes, les femmes, les enfants, les infirmes, les vieillards... Mais tuez-les tous, tous ! »

     Un acte de barbarie qui va marquer le début de sa descente aux Enfers. Horrifié par ses propres exactions, le roi sombre dans la folie. Tout d'abord victime d'hallucinations auditives, ses tempes bourdonnant jour et nuit du cris de ses victimes, des hallucinations visuelles prennent le relais. Où qu'il porte son regard, tout prend la couleur et l'aspect rouge du sang versé.

     Terrassé par la culpabilité, il essaye de faire face à la pauvreté grandissante de son peuple. Et de créer de la fausse monnaie. Et de faire confiance à un alchimiste peu scrupuleux lui promettant de transformer le moindre bout de fer en or. Et d'offrir au peuple affamé du muguet en ce premier mai, muguet qui loin de fleurir leur journée, va être ingéré dans des salades... or le muguet est une plante mortelle.

     Tout ce qu'il entreprend se solde donc par un échec plus grand encore.

     Conscient d'être le plus vil des tyrans de l'histoire, il s'éteindra un an et demi plus tard, en proie à une démence inouïe, atteint d'une maladie étrange : ses vaisseaux sanguins éclatent et le liquide rougeâtre – celui de ses victimes? – s'écoule par les pores de sa peau.

     Il devra expier ses crimes jusqu'à son dernier souffle.

     Avec Charly 9, Jean Teulé allie avec brio roman historique très documenté, inspiré de personnages et de faits authentiques, mais aussi fiction. Le tout avec une dose d'humour comme lui seul sait le faire, pour créer une distance salvatrice avec l'horreur portée ici à son comble. Un brillant roman qui permet à l'auteur de traiter avec force et efficacité de la folie humaine à travers les siècles. Le plus grand danger pour l'homme n'est-il pas l'homme lui même ?

Citation p23 : « C'est cruauté d'être humain et humanité d'être cruel... »

 

Karine Fléjo

Charly 9, Jean Teulé, Editions Julliard, Mars 2011, 232p, 19€

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Commentaires

Un blog très intéressant... que je découvre!
geraldine

Écrit par : Geraldine | 12/06/2011

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