18 01 12

Le soufre

   orban.jpgEn 1927, Virginia Woolf publie «  To the light house » (La promenade au phare), ouvrage qui rencontre un succès respectable et permet au couple qu'elle forme avec Léonard, son mari éditeur, de souffler un peu dans leur modeste demeure de Monk's House. Sujette à des troubles bipolaires, alternant phases d'excitation créatrice et de dépression, Virginia trouve en son mari un être dévoué, aimant, bienveillant à son endroit. Et refuse de se soigner, convaincue que c'est de cette folie que vient son génie, son imagination.

      Et pourtant, malgré la prévenance constante de Léonard, c'est vers l'écrivain Vita Sackeville-West que se portent les élans de Virginia.  La sulfureuse aristocrate, dont le magnifique château familial de Knole se situe proche de chez Virginia, suscite la fascination, l'admiration et l'amour de cette dernière. «  Aime-moi, si ma raison m'ordonne de m'éloigner de toi, mon coeur et mon corps te supplient de rester là, à t'aimer; aime-moi. » Un amour dont leurs maris respectifs auront connaissance, formant ainsi deux couples aux moeurs bien en avance pour l'Angleterre puritaine des années 1920.

      Léonard, qui vit cette relation douloureusement, va devoir cependant faire face à plus grande épreuve encore : Virginia décide de dédier son prochain roman à son amante, de faire d'elle sa muse, son inspiratrice. Lui qui s'est juré en épousant Virginia, de lui tenir la main sur son chemin d'écrivain, subit un terrible affront : il va devoir publier le récit de la passion tourmentée entre ces deux femmes. «  Il fallait que Virginia expulse Vita, qu'elle la traite comme un sujet, la construise comme un chapitre, l'étale comme une phrase. » Un amour scandaleux pour l'époque qui oblige Virginia à biaiser : Vita se cachera derrière Orlando, personnage androgyne principal du roman éponyme. Orlando, une oeuvre à la fois biographique et imaginaire, vibrante déclaration d'amour à Vita, où passion et jalousie dansent une valse endiablée.

     Dans Virginia et Vita, Christine Orban transforme à son tour Virginia Woolf en héroïne de roman et dresse d'elle un portrait incroyablement juste et vivant, celle d'une femme en proie aux affres de la passion et de la création.

Virginia et Vita, de Christine Orban aux Editions Albin Michel, janvier 2012, 233 P., 17€.

Karine Fléjo

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