23 01 12

De grands artistes méconnus

Des métiers de la mode aux maisons d'art.gifLe texte ci-dessous a paru dans la newsletter de janvier 2012 des guides gastronomiques belges DELTA avant d'être mise en ligne sur leur site (www.deltaweb.be) :

Dans Des métiers de la mode aux maisons d'art paru à Rennes aux Éditions Ouest-France, l'historienne d'art Alexandra Fau dresse le portrait des petits métiers de la mode qui, depuis le Moyen Âge, ont fait de Paris l'une des capitales mondiales du bon goût vestimentaire.

Sous sa plume ressuscitent, richement illustrés de belles photographies, les talents et la production des artisans d'antan (teinturiers, sabreurs de soie, plisseurs, tailleurs-pourpointiers, couturières, corsetiers, merciers, modistes, boutonniers-passementiers, tissutiers-rubanniers, bonnetiers, bouquetières, fleuristes, perruquiers, plumassiers, chapeliers, gantiers-parfumeurs, éventaillistes, dentellières, brodeurs-chasubliers et autres cordonniers) qui contribuèrent, de manière souvent décisive, à faire les modes en agrémentant les parures et en sublimant les étoffes.

L'auteure prolonge son exploration jusqu'aux célèbres maisons d'aujourd'hui : Michel (chapeaux), Massaro (chaussures), Lesage (broderies), Causse (gants), Lemarié (plumes), Lognon (plisseur) ainsi qu'auprès d'autres petits artisans travaillant dans l'ombre des grandes maisons de couture, qui tous lui ont démontré leur savoir-faire et lui ont livré leurs sources d'inspirations multiples.

Bellissimo !

Bernard DELCORD

Des métiers de la mode aux maisons d'art par Alexandra Fau, Rennes, Éditions Ouest-France, mars 2009, 128 pp. en quadrichromie au format 19,5 x 25,8 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 15,90 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié dans cet ouvrage fort élégant les quelques lignes suivantes :

Les tissutiers-rubanniers

Excepté son rôle ornemental, le ruban se prêtait admirablement au langage amoureux.
Dans le roman écrit par Mme de La Fayette en 1678, le duc de Nemours ne surprend-il pas la princesse de Clèves à prendre dans une corbeille pleine de rubans des petits bouts de textile aux couleurs qu'il avait portées au tournoi ? « Il vit qu'elle en faisait des nœuds, à une canne des Indes, fort extraordinaire, qu'il avait donnée à sa sœur, à qui Madame de Clèves l'avait prise. »

De tous les ornements, les rubans étaient pourtant jugés parmi les plus vertueux. Loin du clinquant des diamants et du luxe tapageur des plumes, les demoiselles adoptaient les rubans de soie qui étaient alors le privilège de la jeunesse tout comme l'était le port des fleurs du temps de Marie-Antoinette. Une des filles de Louis XV, déjà fort âgée, ne craint pourtant pas le ridicule lorsqu'elle commande à Adélaïde Labille-Guiard son portrait en tenue d'intérieur très enrubannée : Madame Adélaïde (1787).

La ville de Saint-Étienne se fit une spécialité du ruban. On y comptait trente fabricants en 1669, un chiffre qui ne fit que croître au XVIIIe siècle grâce au succès de ces petits morceaux textiles. Les Stéphanois réussirent à adapter la mécanique Jacquard au métier de ruban avec le métier « à la zurichoise » dans les années 1780. Cette nouvelle machine offrait la possibilité de tisser simultanément jusqu'à 24 pièces, ce qui permit à la Fabrique stéphanoise de s'imposer sur les marchés français et internationaux.

Après la crise de la Révolution et de l'Empire, le ruban, bénéficiant de nouveaux progrès apportés par les métiers Jacquard, connut un essor prodigieux. La production, tournée vers la mode, était très variée : rubans façonnés, unis, noirs ou en couleurs (plusieurs centaines de coloris différents étaient disponibles). Des multiples techniques de tissage (taffetas, sergé, satin) dérivent des produits aux noms précieux : royale, simuline, louisine, crêpe de Chine, faille, ottoman, satinette ... C'est alors que, avec la banalisation de la consommation, le ruban bon marché l'emporta sur le ruban de luxe.

Écrit par Brice dans Arts | Commentaires (0) |  Facebook | |

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