12 02 12

Amours ardentes...

Éros émerveillé.gifLe texte ci-dessous a été envoyé dans la newsletter de février 2012 des guides gastronomiques DELTA avant d'être mis en ligne sur leur site (www.deltaweb.be) :

N'en déplaise aux censeurs de tout poil, au sein de la littérature française (y compris de Belgique), la poésie et l'érotisme ont toujours fait bon ménage depuis le XVIe siècle, et les plus grands auteurs s'y sont essayé ouvertement, de Pierre de Ronsard à Arthur Rimbaud, de Paul Verlaine à Jean Genet, de Louise Labé à Joyce Mansour, de Clément Marot à Théophile Gautier, de Joachim du Bellay à Émile Verhaeren, de Rémi Belleau à Paul Valéry, de François Malherbe à Alfred de Musset, du marquis de Sade à Georges Bataille, de Charles Baudelaire à Jacques Prévert, de Pierre Louÿs à Marcel Moreau, de Stéphane Mallarmé à Henri Michaux, de Guillaume Apollinaire à Saint-John Perse, de Géo Norge à Léopold Sedar Senghor, de Boris Vian à Aimé Césaire, de Michel Leiris à Christian Dotremont, de Pierre-Jean Jouve à Jean-Pierre Verheggen...

C'est ce que démontre sans ambages l'anthologie composée par Zéno Bianu qui vient de paraître aux Éditions Gallimard à Paris sous le titre Éros émerveillé, une compilation parfois osée de textes rédigés par deux cents auteurs, dont un grand nombre de modernes et de contemporains, qui y « disent l’incroyable besoin d’impudeur qui parfois les saisit ».

Car, écrit l'anthologiste, « embrasant les mots, la poésie érotique met le feu aux joues et ailleurs. Elle célèbre les sens, libère les énergies, elle chante le plaisir effréné de vivre hors des carcans de toutes sortes, la surabondance vibratoire, le grand jeu des attractions universelles ».

Contribue-t-elle pour autant au réchauffement de la planète ?

Bernard DELCORD

Éros émerveillé. Anthologie de la poésie érotique française, textes réunis par Zéno Bianu, Paris, Éditions NRF Gallimard, collection « Poésie », janvier 2012, 626 pp. en noir et blanc au format 10,8 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié dans cet ouvrage très épicé le texte présentable suivant :

Un hémisphère dans une chevelure

(Charles Baudelaire, 1821-1867)

Laisse-moi respirer longtemps, longtemps, l'odeur de tes cheveux, y plonger tout mon visage, comme un homme altéré dans l'eau d'une source, et les agiter avec ma main comme un mouchoir odorant, pour secouer des souvenirs dans l'air.

Si tu pouvais savoir tout ce que je vois ! tout ce que je sens ! tout ce que j'entends dans tes cheveux ! Mon âme voyage sur le parfum comme l'âme des autres hommes sur la musique.

Tes cheveux contiennent tout un rêve, plein de voilures et de mâtures ; ils contiennent de grandes mers dont les moussons me portent vers de charmants climats, où l'espace est plus bleu et plus profond, où l'atmosphère est parfumée par les fruits, par les feuilles et par la peau humaine.

Dans l'océan de ta chevelure, j'entrevois un port fourmillant de chants mélancoliques, d'hommes vigoureux de toutes nations et de navires de toutes formes découpant leurs architectures fines et compliquées sur un ciel immense où se prélasse l'éternelle chaleur.

Dans les caresses de ta chevelure, je retrouve les langueurs des longues heures passées sur un divan, dans la chambre d'un beau navire, bercées par le roulis imperceptible du port, entre les pots de fleurs et les gargoulettes rafraîchissantes.

Dans l'ardent foyer de ta chevelure, je respire l'odeur du tabac mêlé à l'opium et au sucre ; dans la nuit de ta chevelure, je vois resplendir l'infini de l'azur tropical ; sur les rivages duvetés de ta chevelure je m'enivre des odeurs combinées du goudron, du musc et de l'huile de coco.

Laisse-moi mordre longtemps tes tresses lourdes et noires. Quand je mordille tes cheveux élastiques et rebelles, il me semble que je mange des souvenirs.

(in Petits poèmes en prose, 1864)

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