15 02 12

Des maux pour le dire

la meilleure.jpg     Victime d'un accident vasculaire cérébral, Fatima est hospitalisée dans un état végétatif. Engluée dans un corps qui ne réagit plus, la parole perdue, elle n'en est pas moins consciente de la réalité qui l'entoure. A défaut de pouvoir bouger et communiquer, elle s'évade de son corps-scaphandre par la pensée. Un voyage intérieur dans une vie antérieure : l'orphelinat, sa famille d'adoption, l'Algérie, l'exode, ses amours chaotiques, mais aussi et surtout, comme un souffle de vie dans cette agonie, la mystérieuse petite fille à la robe jaune. Qui est cette fillette ? Pourquoi cristallise t-elle toutes les pensées de Fatima ? A t-elle existé ? Et si oui, qu'est-elle devenue?

 

     Pas plus qu'elle ne parvient à faire comprendre à son fils Saïd lors de ses visites à son chevet, pourquoi elle est obsédée par « la petite », « jaune », ce terrible et lourd secret qu'elle traine comme une cicatrice sur le coeur et l'âme depuis tant d'années, elle n'a su lui faire comprendre combien elle l'aimait, lui, son fils, la chair de sa chair. Saïd a donc dû grandir avec ce sentiment de n'avoir pas naturellement sa place dans le coeur de sa mère, d'avoir tout à conquérir : « Maintenant que papa est mort, est-ce qu'il y aura une place pour moi dans ton coeur? (…) Une place, une vraie maman. Pas un strapontin. » Entre un père décédé et une maman peu démonstrative, comment se construire et apprendre à s'aimer, à aimer ? La vie sentimentale de Saïd, trentenaire, n'est que heurts, disputes, « je t'aime, moi non plus ». Il ne sait si là est la meilleure façon de s'aimer, mais c'est la seule qu'il ait trouvée.

 

     Un brillant roman à deux voix, celle du fils et de la mère, vibrant duo, où l'auteur mêle avec dextérité humour et tendresse, sensibilité et douceur, profondeur et légèreté. Un livre bouleversant sur la difficulté d'aimer et ... de se le dire.

 

La meilleure façon de s'aimer, de Akli Tadjer. Editions Jean-Claude Lattès, Janvier 2012,  18€, 284 P.


Karine Fléjo 

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