22 06 12

L'humour, toujours l'humour...

Œuvres de Pierre Daninos (1).gifL'excellent humoriste français Pierre Daninos (1913-2005) connut la célébrité en 1954 avec Les Carnets du Major Thompson, un ouvrage d'une grande finesse et d'une belle drôlerie dans lequel l'auteur se présentait comme le traducteur d'un officier so British à la retraite ayant consigné ses observations sur la France et les Français de l'après-guerre, comparées au mode de vie des Britanniques.

Le succès fut immédiat et les livres s'enchaînèrent à un rythme soutenu, avec ou sans l'aide du Major, mais toujours riches en observations caustiques :

« La France est le seul pays du monde où, si vous ajoutez dix citoyens à dix autres, vous ne faites pas une addition, mais vingt divisions. » (Les Carnets du Major Thompson)

« Les hommes mettent dans leur voiture autant d'amour-propre que d'essence. » (Vacances à tous prix, 1958)

« On notera qu’en politique comme ailleurs, on ne dit “la confiance règne” que si elle ne règne pas. » (Le Jacassin, 1962)

« Un snob est un monsieur qui ne veut fréquenter que des gens qui, eux, ne veulent absolument pas le connaître. » (Snobissimo, 1964)

« L'homme étant fait de 90% d'eau et les océans occupants les trois quarts du globe, la Terre devrait s'appeler la Mer » (Les Touristocrates, 1974)

 Les Éditions de Fallois à Paris ont eu tout récemment l'excellente idée de rééditer en poche, en deux forts volumes à petit prix, l'essentiel de l'œuvre (14 titres) de ce moraliste hilarant doublé d'un sociologue plein d'esprit.

Œuvres de Pierre Daninos (2).gifGrâce leur en soit rendue, pour le plus grand plaisir de nos zygomatiques !

Bernard DELCORD

Tome 1 : Les Carnets du Major Thompson suivi de Les Carnets du Bon Dieu, Le Secret du Major Thompson, Le Jacassin, Le Major tricolore, Ludovic Morateur & Les Touristocrates ; Tome 2 : Snobissimo suivi de Sonia, les autres et moi, Un certain Monsieur Blot, Le 36e dessous, Made in France, Vacances à tous prix & Les Derniers Carnets du Major Thompson par Pierre Daninos, préface d'Étienne de Montety (tome 1) et de Philippe Meyer (tome 2), Paris, Éditions de Fallois, avril 2012, 917 pp. et 1113 pp. en noir et blanc au format 12,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 23 € chacun (prix France)

Pour vous, nous avons repris dans cet ouvrage caustique les quelques lignes suivantes :

Les Français au volant

Il faut se méfier des Français en général, mais sur la route en particulier.

Pour un Anglais qui arrive en France, il est indispensable de savoir qu'il existe deux sortes de Français: les « à-pied » et les « en-voiture ». Les à-pied détestent les en-voiture, et les en-voiture terrorisent les à-pied, les premiers passant instantanément dans le camp des seconds si on leur met un volant entre les mains...

Les Anglais conduisent plutôt mal, mais prudemment. Les Français conduisent plutôt bien, mais follement. La proportion des accidents est à peu près la même dans les deux pays. Mais je me sens plus tranquille avec des gens qui font mal des choses bien qu'avec ceux qui font bien de mauvaises choses.

Les Anglais (et les Américains) sont depuis longtemps convaincus que la voiture va moins vite que l'avion. Les Français (et la plupart des Latins) semblent encore vouloir prouver le contraire...

On pourrait croire que l'appétit de vitesse du Français est fonction de la puissance de sa voiture. Erreur. Plus la voiture est petite, plus l'homme veut aller vite. En ce royaume du paradoxe, les automobiles les moins dangereuses sont les plus puissantes, leurs conducteurs, blasés, étant les seuls qui se paient le luxe de rouler plutôt « en dedans de leurs possibilités » et d'aller plus vite que tout le monde sans pousser.

Quant aux Françaises, il faut leur rendre cette justice : elles conduisent plus lentement que les hommes. Un Anglais pourrait donc, en toute logique, se croire plus en sécurité avec elles. Nouvelle erreur. Dans un pays où tout le monde va vite, cette lenteur constitue le plus terrible des dangers. Si l'on y ajoute un certain « flou » dans l'allure, et ce charmant esprit d'indécision grâce auquel on peut déduire de l'allumage d'un clignotant gauche qu'une conductrice va tourner à droite (encore n'est-ce pas tout à fait sûr), on concevra que rien n'est plus risqué que d'être piloté par une femme.

Il existe cependant un super-danger dans ce pays, où, comme dans beaucoup d'autres, tant de femmes ne savent ni conduire, ni fumer : ce sont celles qui conduisent en fumant.

Le plus sûr, si par malheur ce souriant fléau vous menace sur la route, est de se faire arrêter à la ville la plus proche et de prendre le train.

Écrit par Brice dans Humour | Commentaires (0) |  Facebook | |

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