29 06 12

Un règne sans état d'âme

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     La fillette de treize ans qui se présente au père Arthur, lui fait une confession bien étrange. Un certain Jahal, incarnation du Mal, la poursuivrait. Elle seule serait apte à le voir, à le sentir. Plus, elle serait liée à lui par cette alliance en os sculpté. Une union terrifiante et exclusive avec cet être désincarné. Car Jahal ne supporte aucune autre présence aimante auprès d'elle. Or il existerait une autre âme soeur, une âme rivale, lui aurait-il confié. Un concurrent que d'existence en existence, il s'emploierait à rechercher et à systématiquement éliminer.

     Touché par Cassandre, le prêtre n'accorde toutefois que peu de crédit à ses propos. Un ami imaginaire sans doute, ce Jahal. Une élucubration de son esprit trop fertile à cet âge.

     Et de la renvoyer gentiment tandis qu'elle sollicitait l'absolution.

     Se le pardonnera t-il un jour?

     Vingt ans plus tard, Cassandre défraie l'actualité pour avoir tenté d'assassiner son mari, le député charismatique Thomas Wells. Un acte incompréhensible de prime abord de la part de cette femme aimante. L'avocat Matt Collins prend cette affaire très à coeur. Il entend bien délivrer sa cliente. Et pas de sa seule cellule, mais aussi et surtout d'une incarcération plus terrible : cette prison mentale qui est sienne depuis toujours et dont le geôlier est un certain Jahal...

 

     Réalisateur émérite (Le passage, Dédales, entre autres), René Manzor signe ici son premier roman. Un thriller fantastique époustouflant. Une intrigue captivante qui nous emporte dans des dédales dont l'auteur seul a le secret. La mort, la vie après la mort, le corps comme simple «habitacle » des âmes d'une existence à l'autre, la survivance ou non des souvenirs et des sentiments lors de la réincarnation, sont autant de thèmes traités brillamment. Une écriture très visuelle, ciselée, efficace.

Un captivant moment de lecture!

Les âmes rivales, de René Manzor. Editions Kero, mai 2012, 300 P.,19,90€.

Karine FLEJO

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28 06 12

L'éloge des tubes

Emmanuel Poncet, Eloge, tubesEmmanuel Poncet, avant d'être le rédacteur en chef adjoint de GQ magazine, tenait une chronique dans Libération à propos des tubes du moment.

Il en fait donc logiquement l'éloge dans un livre qu'il vient de publier chez Nil éditions.

Il n'en fallait pas plus pour qu'il rencontre le raconteur d'histoires de tubes devant l'éternel sur Nostalgie.


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27 06 12

Les pompes de Ricardo Jesus

Patrick Chauvel, Ricardo, JesusLe célèbre photographe de guerre Patrick Chauvel fait en 1980 une rencontre impossible à Kingston, le prétexte en fait pour que le rédac chef de Sigma le laisse partir en Amérique latine pour photographier les maquis et les guerilleros.

Un séjour truffé d'anecdotes qu'il raconte dans son nouveau livre de souvenirs, Les pompes de Ricardo Jesus, et pour notre plus grand plaisir sur Nostalgie. Ecoutez l'interview intégrale et brute, telle qu'elle a été enregistrée à Flagey :


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26 06 12

Wallonie, terre d'accueil

Migrants flamands en Wallonie.jpgNous ne saurions trop recommander la lecture ô combien instructive d'un remarquable essai traduit du néerlandais et intitulé Migrants flamands en Wallonie, 1850-2000. Il a paru aux Éditions Racine à Bruxelles à l'occasion de l'exposition éponyme conçue par le KADOC (Centre de documentation et de recherche : religion - culture - société de la KU Leuven), placée sous la houlette des historiens Idesbald Goddeeris et Roeland Hermans et présentée au Grand-Hornu Images du 18 mars au 27 mai 2012, à la demande du Président et des membres du Collège de la Province du Hainaut.

La version originale de l'ouvrage constitue quant à elle le numéro 26 de la série « Bijdragen Museum van de Vlaamse Sociale Strijd » de la Province de Flandre-Orientale, publié à l'occasion de l'exposition « Vlaamse migranten in Wallonië, 1850-2000 » organisée par le même KADOC-KU Leuven au Provinciaal Cultuurcentrum Caermersklooster de Gand entre avril et juin 2011.

On y apprend qu'au cours des cent cinquante dernières années, poussés par la pauvreté voire la misère, des centaines de milliers de Flamands ont émigré en Wallonie et y ont fait souche.

C'étaient des agriculteurs, des mineurs ou des ouvriers... Si certains rentraient chaque semaine chez eux et si d'autres séjournaient en Wallonie pour la saison des récoltes, beaucoup se sont établis définitivement – et souvent avec bien des difficultés – dans la partie méridionale de la Belgique.

Écoutons Claude Durieux, actuel gouverneur de la Province du Hainaut :

« Les traces laissées depuis la moitié du XIXe siècle par l'immigration flamande en Wallonie sont si nombreuses que nous ne les relevons même plus. Elles se sont fondues dans le paysage et ont coloré nos patronymes. De la même manière, nous avons tendance à oublier les réalités – souvent douloureuses – auxquelles elles renvoient. Si nous avons encore conscience du quotidien pénible, par exemple, des milliers d'immigrés italiens ou polonais qui fuirent la misère pour grossir les contingents d'hommes et de femmes engagés dans l'industrie alors prospère du sud de notre pays, il est peut-être judicieux de nous rappeler que nos voisins du nord connurent parfois un destin semblable. À l'heure où la Belgique traverse l'un des moments les plus difficiles de son histoire, la Province de Hainaut, en collaboration avec la Province de Flandre-Orientale, a choisi de faire œuvre de mémoire et d'éclairer ce temps où les Flamands quittaient les campagnes du plat pays, non pour rechercher la richesse, mais pour échapper à la pauvreté.

Ayant travaillé au fond des mines, dans la métallurgie, l'industrie verrière et l'agriculture, ils ont participé à la vie culturelle et associative wallonne, ont créé des associations, de petits commerces et ont formé de véritables quartiers au sein de communes telles que La Louvière, Liège ou Gilly. Certains sont repartis, d'autres sont restés, ont fondé une famille. Leurs descendants ne se souviennent pas toujours du destin hors du commun de leurs aïeux, des sacrifices auxquels ils ont consenti et de leur apport à la fois tangible et symbolique au cœur de la réalité wallonne. »

Dans cet ouvrage, des historiens et des spécialistes comme Guido Fonteyn, Henk Byls, Franck Caestecker, Luc Vandeweyer, Mathias Cheyns, Yves Segers, Koen Verbruggen, Yves Quairiaux ou Anne Morelli, entre autres, se sont penchés sur ce phénomène, ont déchiffré les mouvements migratoires et analysé les processus d'établissement. Ils ont étudié le rôle mobilisateur de l'Église et du mouvement flamand ou encore envisagé la migration flamande en Wallonie dans un contexte plus large. Outre des analyses scientifiques, le livre présente des témoignages d'émigrés flamands et l'ensemble est illustré par de nombreuses photographies inédites.

Un livre à méditer longuement, de part et d'autre de la frontière linguistique !

Bernard DELCORD

Migrants flamands en Wallonie 1850-2000 sous la direction d'Idesbald Goodderis & Roeland Hermans, photographies de Layla Aerts, Bruxelles, Éditions Racine, collection « Campus », mars 2012, 248 pp. en quadrichromie au format 21 x 26 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 29,99 €

26 06 12

Le poids des mots...

Les 50 discours qui ont marqué la 2e Guerre mondiale.gifLes Éditions André Versaille à Bruxelles ont fait paraître naguère un passionnant recueil rassemblant, établis par Dominique Mongin, Les 50 discours qui ont marqué la 2e Guerre mondiale, un ouvrage qui propose une lecture originale de l'histoire de la Deuxième Guerre mondiale à travers des allocutions prononcées par les principaux acteurs du conflit : Léon Blum, Arthur Neville Chamberlain, Winston Churchill, Pierre Cot, Édouard Daladier, Dwight Eisenhower, Francisco Franco, Charles de Gaulle, Joseph Goebbels, Haïlé Sélassié, Heinrich Himmler, Hirohito, Adolf Hitler, Henri de Kérillis, Pierre Laval, Léopold III, Benito Mussolini, Philippe Pétain, Pie XII, Hubert Pierlot, Marcel Pilet-Golaz, Franklin Roosevelt, Jan-Christiaan Smuts, Joseph Staline, Harry Truman et Jean Zay.

Chaque discours est replacé dans son contexte historique, expliqué – tant du point de vue de son origine que de sa portée – et mis en perspective avec les grandes décisions qui ont rythmé le déroulement de la guerre. Cette démarche permet de comprendre la postérité de ces textes et la place qu'ils occupent dans la mémoire collective.

La première partie de l'ouvrage concerne la période 1935-1939 et met en exergue l'échec du système de « sécurité collective ». La deuxième partie s'intéresse aux débuts du conflit (1939-1940) et donne des coups de projecteurs sur la Guerre éclair, la Drôle de guerre, la Résistance et la Collaboration. La troisième partie (1941-1942) montre comment d'une guerre « régionale », limitée à l'Europe, on est passé à une guerre mondiale. La quatrième et dernière partie (1943-1945) traite de la progression des Alliés vers la victoire finale et l'avènement d'un nouvel ordre international.

Un livre qui en dit long sur le plus grand conflit de l'histoire !

Bernard DELCORD

Les 50 discours qui ont marqué la 2e Guerre mondiale, édition établie par Dominique Mongin, préface de Maurice Vaïsse, Bruxelles, André Versaille éditeur, collection « Références », avril  2010, 443 pp. en noir et blanc au format 15,5 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 34,90 €

Pour vous, nous avons repris dans cet ouvrage essentiel les fameuses phrases suivantes :

DISCOURS DE WINSTON CHURCHILL DU 13 MAI 1940 (EXTRAITS)

Vendredi dernier, dans la soirée, Sa Majesté m'a confié la mission de former un nouveau gouvernement. C'était le vœu, la volonté clairement exprimée du Parlement et de la nation qu'il reposât sur les bases les plus larges, et comprît tous les partis, tant ceux qui soutenaient l'ancien gouvernement que les partis d'opposition. Je me suis acquitté de la partie la plus importante de cette tâche. Un cabinet de guerre constitué de cinq membres a été formé, qui représente, avec les libéraux de l'opposition, l'unité de la nation. Les chefs des trois partis ont accepté de servir dans le cabinet de guerre ou aux plus hauts postes de l'État. Les trois ministères en charge de la Défense nationale sont pourvus. Étant donné l'extrême urgence et la gravité des événements, il était indispensable que tout cela fût accompli en un seul jour. Beaucoup d'autres postes, des postes clés, ont été attribués hier, et je soumettrai, dès ce soir, une liste complémentaire à Sa Majesté. J'espère en finir dans la journée de demain avec la nomination des principaux ministres. Celle des autres ministres prend d'ordinaire un peu plus de temps, mais je suis convaincu qu'à la prochaine réunion du Parlement, cette partie de ma tâche aura été menée à bien, et que le gouvernement sera au complet.

J'ai jugé que l'intérêt général commandait d'inviter la Chambre à se réunir aujourd'hui. Étant du même avis, M. le président a pris les mesures nécessaires, en vertu des pouvoirs qui lui sont conférés par la Résolution de la Chambre.

Au terme du débat, nous proposerons l'ajournement de la Chambre jusqu'au mardi 21 mai, avec, bien évidemment, la possibilité de nous réunir plus tôt, si nécessaire. Les députés seront informés aussitôt que possible des affaires à traiter durant cette semaine. J'invite maintenant la Chambre, par la motion que je propose, à exprimer son approbation des mesures prises et à voter sa confiance au nouveau gouvernement.

Former un gouvernement d'une telle envergure et d'une telle complexité constitue déjà, en soi, une lourde entreprise. Mais n'oublions pas que nous sommes à l'aube d'un des plus grands affrontements de l'Histoire, que nous combattons sur de nombreux fronts en Norvège et en Hollande, qu'il faut nous tenir prêts en Méditerranée, que la bataille aérienne ne connaît aucune trêve, et que de nombreux préparatifs, déjà signalés par mon honorable ami et prédécesseur, doivent être faits ici, chez nous. Dans la crise que nous traversons, j'espère que la Chambre pardonnera la brièveté de mon discours. J'espère qu'aucun de mes amis et collègues, ou anciens collègues, touchés par le remaniement ministériel, ne me tiendra rigueur, en aucun cas, si, pressé d'agir dans de telles circonstances, j'ai négligé les usages.

Enfin, je voudrais tenir à la Chambre le même langage qu'à mes collègues du gouvernement : « Je n'ai rien à offrir que du sang, du labeur, des larmes et de la sueur ». Nous faisons face à la plus terrible des épreuves. Nous avons devant nous maints longs mois de lutte et de souffrance. Vous demandez ce qu'est notre politique ? Je peux vous le dire : c'est faire la guerre, sur mer, sur terre et dans les airs, par tous les moyens, avec toute la puissance et avec toute la force qu'il plaira à Dieu de nous donner ; faire la guerre contre une tyrannie monstrueuse, sans égale dans le sinistre et lamentable catalogue du crime humain. Voilà notre politique. Vous me demandez quel est notre but ? Je vous réponds d'un mot : la victoire, la victoire à tout prix, la victoire en dépit de toute terreur, aussi longue et difficile que puisse être la route, la victoire ; car sans victoire, il n'est point de salut. Prenez-en conscience : point de salut pour l'Empire britannique, point de salut pour tout ce que l'Empire britannique a toujours défendu, point de salut pour le désir et la force qui ont de tout temps poussé l'humanité, toujours plus avant, vers le progrès.

Mais c'est plein d'espoir et d'enthousiasme que j'assume ma tâche car, je le sais, les hommes ne peuvent pas manquer à notre cause. En cet instant, je ressens le droit d'exiger le concours de tous et je proclame : « En avant donc, marchons tous ensemble, dans la force de notre unité ».

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26 06 12

Et toi, t'es qui?

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« Sous la Haute Antiquité, en Égypte, à l'époque des pyramides et des voyages privés dans l'au-delà, l'apparition de Facebook demeura un événement mineur dont personne ne soupçonna le destin fabuleux. Car au départ, Facebook, hiéroglyphes obligent, était une machine pesante et pataude qui se limitait aux profils. Personne n'était assez audacieux ou musclé, pour tailler des statuts toute la sainte journée ( il faudra attendre Phidias) ou, d'un coup de poinçon, liker un comment qui de toute façon n'existait pas, la glose n'en étant qu'à ses balbutiements. Aujourd'hui, disons depuis le 11 septembre 2001, Facebook semble le seul bâtiment susceptible de ne pas s'écrouler, et son application dans le domaine de l'égopériphérisme n'est plus à démontrer. »

 

Avec plus de 800 millions d'inscrits revendiqués en 2012, Facebook est aujourd'hui le plus grand réseau social mondial. La toile ne cesse d'étendre ses ramifications, petite fenêtre virtuelle sur un univers de profils pour le moins variés. Vrais et/ou faux profils, informations de toutes sortes, visibilité partagée ou non, photos et vidéos, qui n'a pas ou ne connaît pas quelqu'un ayant un compte Facebook?

L'auteur de ce livre, utilisatrice de Facebook depuis cinq ans, n'a donc rien inventé. En 5O portraits (Le pokeur frénétique, La gnangnan, Le compulsif du statut, Le bonnet de nuit, …) elle dresse une typologie des utilisateurs de ce réseau.

 

Si vous vous attendez à une étude sociologique un peu fouillée, vous serez très déçu. Les 25 lignes consacrées à chaque portrait-type ne font qu'effleurer le sujet.

Si vous souhaitez passer une petite heure à sourire en reconnaissant les divers comportements décrits, vous y trouverez votre bonheur.

 

Et toi, t'es qui?, de Mat Hild. Editions Flammarion, mai 2012, 141 P., 9,95€.

Karine FLEJO

 

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25 06 12

Des révélations en rafales...

La mort sur une frontière lointaine.jpgDans La mort sur une frontière lointaine paru chez Luc Pire à Liège, l'historien anglais Charles Whiting –par ailleurs auteur du Dernier assaut paru chez le même éditeur en 2011– jette une lumière crue et peu louangeuse sur l'action de Dwight Eisenhower et de son entourage, qu'il accuse d'avoir manqué, pour de très mauvaises raisons, l'occasion d'une victoire totale contre le Troisième Reich en septembre 1944.

À cette époque, la Wehrmacht a été défaite en France et les Allemands refluaient vers leur propre frontière, vivement poursuivis par le général Patton à la tête de la 3e Armée ainsi que par le général Patch et sa 7e Armée.

Entre les Allemands en fuite et la frontière se trouvait la 1re Brigade SAS britannique, forte de 2500 hommes. La mission de cette unité parachutiste d’élite était de soulever la résistance locale, de saboter les lignes allemandes et, de façon générale, de créer la pagaille de sorte que la 3e Armée de Patton et la 7e de Patch puissent atteindre rapidement la ligne Siegfried.

Cette combinaison alliée offrait la possibilité de terminer victorieusement la guerre à l’ouest avant l’hiver.

Cependant, le commandant suprême allié, le général Eisenhower, ordonna une progression sur un large front et la chance fut manquée, ce qui entraîna la poursuite des combats jusqu’en mai 1945.

La mort sur une frontière lointaine, qui écorne au passage certains poncifs à propos des « bonnes » relations entre la Résistance française et les troupes alliées, est un récit trépidant truffé d'informations nouvelles sur le rôle joué par les SAS à l’époque et sur le refus d’Eisenhower de permettre à la 3e Armée de Patton d’effectuer la poussée décisive.

Un fameux pavé dans la mare !

Bernard DELCORD

La mort sur une frontière lointaine par Charles Whiting, traduction de Paul Maquet et Josette Maquet-Dubois, Liège, Éditions Luc Pire, mai 2012, 247 pp. en noir et blanc au format 14 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 24 €

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25 06 12

A lire sans plus...attendre!

 

   lattente - site.jpg   « Si cela continue, dans un an, je la quitte et je t'épouse ». Quand son amant prononce cette phrase, ce possible amour tous deux qui ne soit plus un strapontin dans son coeur mais une vraie place, LA place, Marie sent ses résistances fondre. Certes, elle est mariée et mère de famille. Lui aussi est en couple et père. Mais... Mais si le temps lui donnait raison? Si au terme de cette attente, la clandestinité faisait place à une union au grand jour?

      Alors elle attend.

      Alors elle se donne des raisons d'attendre.

      Alors elle lui trouve des raisons d'attendre.

      Mais la peur est là qui la tenaille, qui l'étreint lui aussi.. Attend t-elle vainement? Le temps s'écoule, la barre de l'année est allègrement franchie, et Roch n'a toujours pas sauté le pas. Mais si la frustration chez l'un et la peur chez l'autre grandissent, croit chez tous deux un même addictif besoin l'un de l'autre. Besoin de l'entendre, de le toucher, de le sentir, de rire avec lui, de lui parler.

      Une impossibilité à se passer l'un de l'autre dont l'attente se repaît avec délice. Le dilemme reste entier. "L'attente, c'est une histoire de s'autoriser et de s'interdire. L'attente est souveraine. On s'y soumet, ses contingences s'imposent. En son nom, on renonce, on accepte. L'attente est reposante car elle annule toute possibilité de choix. Tout ce qu'on a à faire c'est attendre. L'attente agit comme une grille de sélection sévère et implacable des éventualités de la vie."

      Un confort pourtant inconfortable. L'attente transporte autant qu'elle achève, sublime autant qu'elle enlaidit, nourrit autant qu'elle sèvre. L'attente est une maitresse draconnienne.

      Jusqu'où Marie ira t-elle? Quels renoncements Roch sera réellement prêt à faire? Vient-il un moment où les illusions deviennent illusoires?

 

      On pourrait penser que ce récit d'un quatuor femme-mari-amant-maîtresse est un sujet rebattu dont on n'a plus rien à apprendre. A tort. Catherine Charrier nous offre ici un magnifique livre. En véritable chirurgienne des âmes et des sentiments, elle dissèque avec une justesse, une délicatesse et une force émotionnelle sidérantes les tourments de l'attente. Et de l'amour tout court.

      A lire sans plus...attendre!

L'attente, de Catherine Charrier. Récit aux Editions Kero, mai 2012, 251 P., 15,90€.

Karine FLEJO

 

Écrit par Karine Fléjo dans Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

24 06 12

Sic transit gloria mundi...

Perles de librairies.gif« Ils sont des milliers de clients à pousser les portes d'une librairie, à la recherche d'un livre, d'un conseil, d'une référence, s'approchant du libraire pour bredouiller une question saugrenue, un nom d'auteur griffonné à la hâte, phonétiquement, ou un titre correspondant très vaguement à une réalité bibliographique... Quelles que soient la notoriété de l'auteur, ses ventes en librairie, ses critiques élogieuses, la perle offre un immense avantage, tous sont à égalité devant elle. »

C'est ainsi que David Alliot présente son petit  livre hilarant intitulé Perles de librairies qui vient de paraître chez Horay à Paris, et le moins que l'on puisse dire, c'est que cela décoiffe !

Florilège :

« Vous avez La faute de l'abbé bourré de Zola ? » (Pour La faute de l'abbé Mouret...)

« Je n'ai pas trouvé dans vos rayons Balzac et la petite tailleuse de pipe ? » (Pour Balzac et la petite tailleuse chinoise...)

« Merci de me dire où est Fred de Racine.. » (Pour Phèdre...)

« Je cherche Molière de Don Juan... » (Pour Don Juan de Molière...)

« Je ne trouve pas L'Iliade d'Omer Simpson... » (Pour L'Iliade d'Homère...)

« Connaissez-vous le Journal de Britney Spears ? » (Pour Le Journal de Bridget Jones...)

« Avez-vous le C.I.D. du gars qui porte le même nom que le chanteur rwandais ? » (Pour Le Cid de Corneille...)

« Où avez-vous rangé La pochette secrète ? » (Pour l'Apologie de Socrate...)

« Vous avez Les Diaboliques d'Aubervilliers ?» (Pour Les Diaboliques de Barbey d'Aurevilly...)

Et, last but not least : « Bonjour, je cherche un livre, je ne me souviens plus du nom de l'auteur, je ne me rappelle plus du titre, mais je suis sûr qu'il était rouge et de format plutôt rectangulaire... ».

Voilà un métier où on ne s'ennuie pas !

Bernard DELCORD

Perles de librairies par David Alliot, Paris, Éditions Horay, mars 2012, 143 pp. en noir et blanc au format 12 x 12 cm sous couverture brochée en couleurs, 5,99 € (prix France)

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23 06 12

Un portrait lumineux

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«  Son destin fut scellé le 11 septembre 1941, le jour où elle épousa l’homme de sa vie, mon père. Le sort en était jeté. Ma mère fut qualifiée d’intrigante, d’ambitieuse. On la surnomma l’ « ange noir ». Elle ne parviendrait jamais à apprivoiser la légende, à modifier son image. Bien plus que les épreuves de la vie, les jugements et les mensonges l’avaient meurtrie, l’amenant petit à petit à se forger une carapace. Et pourtant, au-delà de celle-ci, ma mère était animée de générosité, d’humour, d’intelligence, de passion et d’enthousiasme. »  Esmeralda

Voici dix ans, le 7 juin 2002 précisément, Lilian, célèbre Princesse de Réthy, quittait la vie, en ce  domaine d'Argenteuil (Waterloo), indissociablement lié à sa mémoire.

Hommage à une femme de tête, d'élégance et de lumière, une maman animée de principes nobles, une princesse secrète et largement incomprise, l'ouvrage  que publient les éditions Racine est tout simplement magnifique.

Rassemblant ses souvenirs d'enfance, d'adolescente un rien rebelle, une  multitude d'archives familiales et de photos superbes et inédites, la Princesse Esmeralda, fille cadette de la Princesse et du Roi Léopold III, s'est assuré  la collaboration rédactionnelle de Patrick Weber, historien, journaliste, spécialiste renommé des têtes couronnées.

Ce dernier brosse de Lilian Baels, un portrait  vivant, vrai, plein de tact qui lève quelques parts d'ombre sur des traits d'une personnalité à qui ne furent pardonnés ni éclat, ni beauté, moins encore son mariage d'amour avec Léopold III,  aux temps sinistres de la Captivité.

De là à brosser d'elle l'image d'une marâtre, noire réplique d'une angélique et défunte  Reine Astrid,  il n'y avait qu'un pas, que la rumeur populaire, aigrie par des années de guerre,  largement relaya...On la dit gouvernante des enfants royaux. Faux. Intrigante, arriviste... Faux. Elle était simplement amoureuse. D'un amour jamais démenti. Le souverain le lui rendit bien qui partagea la flamme sportive - La Princesse excellait dans la pratique du golf- le goût pour  la nature, les voyages, les belles voitures, les rencontres vraies, l'harmonie familiale... de son épouse, cavalière, skieuse, ...fumeuse, passionnée d'Autriche, de chasse et de cerfs.

Icône d'élégance, servie par une ligne et un physique de star, cette princesse fascinante et attentive fut  proche des ses beaux-enfants, jusqu'à la rupture, avec Laeken ...,en 1960.

Trop discrète - elle aurait dû faire meilleure confiance aux atouts de la communication - Lilian de Belgique s'investit massivement dans le domaine de la cardiologie, prêtant soutien et domaine d'Argenteuil à des colloques, conférences, rencontres scientifiques de tous niveaux. La lourde opération cardiaque que subit  en 1957, son fils,  le regretté Prince Alexandre de Belgique a évidemment été l'élément déclencheur de son action.

Cadette d'une fratrie recomposée, la Princesse Esmeralda est  celle qui a le mieux connu ses parents, privilège d'une époque qui octroya plus de temps aux activités familiales.

Un portrait ..royal, assorti d'une galerie de photos fabuleuses.

Un vrai et bel hommage.

Apolline Elter

Lilian, Une princesse entre ombre et lumière.  Esmeralda de Belgique, Patrick Weber, Portrait – ouvrage cartonné. Ed. Racine, mai 2012, 180 pp, 24,95 €

Billet de faveur

AE, Madame, certaines photos révèlent une ressemblance physique patente avec votre Maman, rendue encore plus flagrante par la multiplication des clichés. En étiez-vous totalement consciente, avant ce travail de sélection? 

S.A.R . La Princesse Esmeralda : Je dois vous avouer que je l’ai souvent entendu dire et lorsque j’étais adolescente, cela me gênait plutôt. Par la suite,j’ai compris que c’était un compliment ! Aujourd’hui, mes enfants, en regardant les photos, s’amusent à relever ces ressemblances familiales.

 

AE : Dans son bel ouvrage, Lettres d’amour en héritage, l’écrivain belge (et psychanalyste) Lydia Flem s’interroge longuement sur la responsabilité qui échoit au dépositaire d’une correspondance amoureuse. Peut-on ou non en publier des extraits au seul motif de lui rendre vie ? Les quelques bribes de lettres, tracées des belles écritures de vos parents,  publiées dans ce livre, attisent notre intérêt.  Songeriez-vous, à en publier davantage, au nom de la vérité historique ?

S.A.R . La Princesse Esmeralda : C’est exact, c’est une responsabilité importante. J’ai à cœur la vérité historique mais je ressens également de la pudeur et de la réserve en lisant les lettres intimes que mes parents se sont adressées et qui font partie de leur domaine secret. 

AE: Patrick Weber, au terme de ce bel ouvrage, avez-vous le sentiment d’avoir fait œuvre de justice ? Restauré dans sa dignité l’image d’une grande dame, méconnue, incomprise ?

Patrick Weber : Cela serait présomptueux. J’espère seulement que ce livre offrira un portrait différent de la princesse Lilian. Une femme au tempérament volontaire mais aussi une femme généreuse, drôle et surtout, amoureuse. Elle a choisi le silence face aux attaques. D’une certaine manière, nous avons répondu à certaines rumeurs infondées et trop longtemps colportées.

AE : Si elle présente un avantage indéniable de collecte des sources, la collaboration rédactionnelle avec la famille d’un personnage historique peut aussi de grever d’obstacles affectifs, de censure latente. Comment s’est passé votre travail de ce point de vue ? 

Patrick Weber : Nous ne voulions pas écrire une biographie. Il s’agit d’un portrait et pas n’importe lequel… Un portrait vu à travers les yeux de la fille de la princesse. Personnellement, j’assume tout à fait l’aspect affectif d’une telle entreprise. Pour autant, j’ai eu la plus entière liberté par rapport aux questions posées.

AE : Aviez-vous rencontré la Princesse de Réthy ?

Patrick Weber : Non… mais d’une certaine manière, j’étais heureux d’être dans la situation du Candide pour aborder ce travail. J’étais l’égal de tous ceux qui avaient une certaine image de la princesse de Réthy sans l’avoir jamais rencontrée. Et ma perception a beaucoup évolué au fil de l’écriture et des entretiens avec la princesse.

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Biographies | Commentaires (0) |  Facebook | |