09 08 12

Pour une reconnaissance de la culture sourde

     9782746713673.jpgSelon le secrétariat d'Etat à la Santé, la population sourde et malentendante représente en France cinq millions de personnes, soit 6,6% de la population totale. Or qu'en est-il de la reconnaissance des Sourds et de la Langue Française des Signes (LSF)?

     Dans cet essai édifiant, Fabrice Bertin, professeur d'histoire géographie et formateur à l'Institut national supérieur de formation et de recherche pour l'éducation des jeunes handicapés et les enseignements adaptés (INSHEA) pousse un cri d'amour, un appel à la tolérance, à l'acceptation de de la différence quelle qu'elle soit. En effet, de tout temps et en tout lieu, la surdité interpelle. Mais la façon de l'appréhender et les réponses apportées s'avèrent inadaptées. Pourquoi? Car les décisions prises sont le fait de la majorité entendante d'une part, les Sourds, pourtant premiers concernés, sont peu voire pas consultés. D'autre part, au fil des siècles et encore aujourd'hui, demeure un déni de réalité : on ne voit la surdité que sous l'aspect individuel et pathologique, c'est à dire comme une déficience sensorielle, un « handicap », au lieu de la reconnaître de façon collective et linguistique comme source de richesse de notre civilisation.

     Fabrice Bertin opère une véritable prise de conscience chez le lecteur; Il y a un « avant » et un « après » lecture de son essai. On réalise que toutes les actions menées, et ce, malgré la reconnaissance de la LSF comme langue à part entière en 2005, vont dans le sens d'une tentative de « réparer » (prothèses auditives, recherches médicales, orthophonie, suprématie de l'oralité) et donc de gommer la différence. Nous sommes loin de l'acceptation, de la tolérance. Un combat que Fabrice Bertin mène avec détermination et dans le sillage duquel il nous entraine : «  Admettre la culture sourde, c'est aussi accorder une place à ses membres en tant que sujets, c'est inscrire la surdité dans une universalité et la considérer comme une singularité d'être au monde. »

     Un combat qui ne s'inscrit nullement dans une optique guettoïsante, bien au contraire. Il n'y a de Sourds que parce qu'il y a des entendants, la surdité est un rapport. Alors faisons en sorte que ce rapport ne soit pas un rapport de forces, où la minorité des Sourds subit les décisions de la majorité, mais un rapport d'égalité, d'acceptation de l'Autre tel qu'il est.

Les sourds, une minorité invisible, de Fabrice Bertin. Editions Autrement collection Mutations, N°260, 182 P., 19€.


Karine Fléjo


Écrit par Karine Fléjo dans Documents, récits, essais | Commentaires (0) |  Facebook | |

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