27 08 12

Bravo, l'artiste !

Pablo Casals.gifNé en Catalogne le 29 décembre 1876 et mort le 22 octobre 1973 à San Juan (Porto-Rico), proposé –sans succès –pour le prix Nobel de la paix en 1958, le grand violoncelliste Pablo Casals a vécu près d'un siècle.

En 1905, il fonde avec Jacques Thibaud et Alfred Cortot un trio mythique de la première moitié du XXe siècle et il deviendra bientôt un musicien adulé, réclamé clans le monde entier.

Tout au long de sa longue vie, Casals fut un défenseur acharné et enthousiaste du violoncelle, mais aussi de la musique dans une inébranlable foi dans les valeurs qu'elle peut transmettre. Ses enregistrements sont habités de cet enthousiasme et de son énergie.

Il essaye de favoriser l'accès à la musique pour le plus grand nombre, que ce soit avec des associations de concerts, la création de ses divers orchestres ; il jouera même dans des conditions mouvementées lors de la guerre d'Espagne.

Dans la période difficile des années d'avant et d'après la Seconde Guerre mondiale, il restera inflexible sur ses idéaux, quelles qu'en soient les conséquences pour sa carrière : lors de la guerre civile, il soutiendra les républicains espagnols et s'exilera en 1939. Apôtre de la paix, il était également un défenseur acharné de la Catalogne. Dès 1933, il refuse de jouer en Allemagne et, après guerre, il ne donne plus de concerts pour marquer sa désapprobation du laxisme de la communauté internationale envers le régime politique du caudillo Franco. Il participe néanmoins à plusieurs galas de soutien au mouvement pacifiste et antifasciste de son ami Louis Lecoin et n'aura de cesse de venir en aide à ses compatriotes réfugiés.

Refusant également de se produire en Union soviétique et effrayé par la prolifération des armes nucléaires, il milite en tant que pacifiste et donne le 24 octobre 1958 un concert au siège de l'ONU à New York au cours duquel il délivre un message en faveur de la dignité et de la paix, retransmis à la télévision et à la radio dans quarante pays, qui aura un retentissement considérable.

Son village d'adoption est Prades, dans les Pyrénées-Orientales : après une longue période de silence, il y crée un Festival Pablo-Casals en 1950 pour le bicentenaire de la mort de Bach ; il y invite les plus grands interprètes de son temps pour en faire un haut-lieu de ferveur musicale et il y participera encore à l'âge de 90 ans.

Il se fixe enfin à San Juan de Porto Rico, y crée l'orchestre symphonique en 1957, compose et, inlassablement, transmet son art lors de nombreuses « master classes ». Casals était un ami personnel de la reine Elisabeth de Belgique, veuve du roi Albert Ier et passionnée par la musique.

Il aura donc eu plusieurs vies. La vie d'un enfant fier et précoce, qui très tôt subjugue par sa virtuosité. La vie d'un musicien acclamé aux quatre coins de la planète. Celle d'un chef d'orchestre « engagé » honoré dans son pays. Celle, après la prise du pouvoir de Franco en Espagne, d'un exilé au cœur brisé. Celle d'un protestataire inflexible qui crie haut et fort son désaveu de toute forme de dictature en faisant taire son violoncelle. Celle d'un « créateur » de festival auprès de qui les musiciens les plus prestigieux accourent. La vie enfin d'un presque centenaire respecté œuvrant inlassablement pour la paix dans le monde.

Dans Pablo Casals. Un musicien, une conscience, paru chez Gallimard dans la belle collection « Découvertes », Jean-Jacques Bedu, vice-président du Centre méditerranéen de littérature et délégué général des Prix Méditerranée, met le lecteur au diapason de ce musicien humaniste qui a fait du violoncelle l'égal du piano ou du violon, et de la musique un moyen d'expression de la liberté.

Bernard DELCORD (avec Wikipedia)

Pablo Casals. Un musicien, une conscience par Jean-Jacques Bedu, Paris, Éditions Gallimard, collection « Découvertes Gallimard », mai 2012, 128 pp. en quadrichromie au format 12,5 x 17,8 cm sous couverture brochée en couleurs, 13,60 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié de ce livre passionnant la photo suivante et la légende qui l'accompagne :

Pablo Casals (2).jpg

 En 1955, Pablo Casals accueillit à Prades des hôtes de marque, la reine Élisabeth de Belgique et sa fille, Marie-Josée, ex-reine d'Italie. Élisabeth de Belgique était une excellente violoniste (ci-contre, en 1955), qui suivit les enseignements d'Eugène Ysaye. En 1942, elle s'opposa aux rafles dans les quartiers juifs, intervint personnellement pour obtenir des libérations, et l'un de ses châteaux fut transformé en orphelinat, où des enfants juifs purent être sauvés. Casals avait un profond respect pour « cette grande dame qui, aussi bien aux heures sombres qu'aux jours de triomphe, est parvenue à incarner l'âme de son peuple par sa bonté agissante, et, par toutes les nobles vertus qui font d'Elle l'une des personnalités les plus attachantes, les plus dignes d'admiration ». La reine de Belgique reviendra à Prades en 1961 et en 1965.

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