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Au pays des moines

La Thudinie et la route des abbayes.jpgLe nouvel opus de la collection « Les guides Télétourisme » dirigée aux Éditions Racine/RTBF à Bruxelles par Guy Lemaire, le journaliste de télévision bien connu, s'intitule La Thudinie et la route des abbayes et il emmène le lecteur, à travers de nombreuses promenades, à la découverte de la région de Thuin et de ses monastères, à savoir ceux de Lobbes, de Bonne-Espérance et d'Aulne.

Outre de nombreuses informations historiques, géographiques, intellectuelles et artistiques ainsi que la description des itinéraires, l'ouvrage propose des rubriques sur les produits du terroir, les logements et tous les hauts lieux de la gastronomie locale.

De plus, les diverses activités culturelles et sportives de la région sont présentées dans un calendrier annuel illustré tandis que près de 300 photos en couleurs illustrent la beauté et présentent les curiosités de la région.

Un guide d'une belle convivialité !

Bernard DELCORD

La Thudinie et la route des abbayes par Jean-Marie Horemans, Jean Meurant, Maurice Servais, avec la collaboration de Christine Charue & Fabrice Deruysscher sous la supervision de Tommy Leclercq, Bruxelles, Éditions Racine/RTBF, collection « Les guides Télétourisme » sous la direction de Guy Lemaire, juin 2012, 176 pp. en quadrichromie au format 13,5 x 18 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 14,95 €

Pour vous, nous avons recopié dans cet ouvrage fort bien fait les quelques lignes suivantes :

L'histoire de l'abbaye d'Aulne

Le monastère primitif aurait été fondé au VIIe siècle, peut-être sur les vestiges ou à proximité d'une villa romaine qui lui aurait donné son nom Alna, d'origine latine. Le fondateur de l'abbaye, un brigand repenti du nom de Haschus, surnommé Landelin (Landelinus = originaire de Landelies), serait mort à Crespin en 686. Quant aux dates de création (637, 656 ou 657), elles diffèrent selon les auteurs.

Second fondateur d'Aulne, Ursmer lui imposera la règle de saint Benoît vers 690, règle qui exige de trouver dans un même environnement eau courante et eau de source, prés, champs, jardin et possibilité d'installation de ferme, de moulin, de boulangerie, ainsi que d'ateliers pour divers métiers, afin que les moines ne doivent ni ne puissent sortir, sans raison valable, de leur monastère.

En 880 (882 ou 888, selon les textes), l'abbaye d'Aulne connaîtra une première destruction par les Normands, Elle en subira une seconde par les Hongrois en 956.

En 961, avec la plupart des communes de la Thudinie méridionale, elle passe sous Éracle dans le domaine de l'évêché de Liège qui deviendra principauté lorsque les droits régaliens seront accordés à Notger par Othon Ier, empereur romain de la Nation germanique.

Si, pendant trois ou quatre ans (1144-1147), le monastère d'Aulne passe sous la règle de saint Augustin, avec la bénédiction du prince évêque Albéron II (ou Adalbéron) et sous la conduite d'un abbé Raoul ou Radulphe, c'est cependant en 1147 que se situe le tournant le plus important de l'histoire d'Aulne : saint Bernard obtient que l'abbaye passe sous la règle cistercienne, soit dédiée à Notre-Dame et y fait envoyer de Cîteaux six moines dont le premier abbé sera Francon de Morville.

En 1205, pour satisfaire au besoin de solitude des moines, le prince-évêque Hugues de Pierrepont, qui fit de fréquents séjours à l'abbaye, oblige la population du village d'Aulne à déménager à une lieue du monastère.

Le XIIIe siècle est considéré, pour Aulne, comme le siècle d'or : plus de 60 moines et 300 convers, ceux- ci constituant la main-d'œuvre dans un domaine agricole qui ne cesse de croître. De 1214 à 1247, on édifie l'abbatiale gothique à l'emplacement d'une église plus ancienne ; Aulne, abbaye masculine, est dotée de l'autorité sur le monastère cistercien des religieuses de Soleilmont ; elle l'obtiendra aussi sur celui de l'Olive à Morlanwelz et sur celui d'Aywiers en Brabant wallon. Au plan moral et religieux, son renom s'élargit à l'Europe : le bienheureux Simon d'Aulne est reçu au Vatican pour ses dons de thaumaturge ; Baudouin d'Aulne, après un apostolat en Livonie et Courlande, deviendra archevêque de Thrace !

Les XIVe et XVe siècles seront loin d'être aussi favorables à Aulne qui subira un lent déclin, matériel et spirituel : le relâchement à l'égard de la règle, les guerres dues aux appétits des ducs de Bourgogne, les épidémies et notamment la Grande Peste.

Au siècle suivant, à la suite de l'effondrement de la croisée du transept, il faudra reconstruire le chœur, plus élancé dorénavant, et le transept avec la grande verrière flamboyante. En 1536, l'abbaye sera saccagée par un corps français et, quelques années plus tard, à la suite des guerres de religion, par des réformés iconoclastes.

Le milieu du XVIe siècle verra aussi, quoique tardivement, la naissance de l'imprimerie typographique dans la région. À l'initiative de l'abbé d'Aulne, Jean de Lannoy, imprégné de l'esprit de la Renaissance, un Lorrain du nom de Guillaume Cordier (à ne pas confondre avec un abbé du même nom), imprimera à Binche une Vie de Sainte Lutgarde, moniale d'Aywiers qui, à la suite d'une vie miraculeuse en Wallonie, réussira à ne jamais parler le français et deviendra de ce fait l'une des patronnes de la Flandre.

La fin du XVIe siècle et le XVIIe siècle sont marqués par l'avènement d'abbés plus responsables, mais le « siècle de malheur », caractérisé par des guerres européennes incessantes (guerre de Trente ans, guerre de la Ligue d'Augsbourg, guerres de succession d'Espagne, guerre de Hollande), entraîne pour l'abbaye des occupations et des déprédations, hollandaises notamment, des réquisitions ou des pillages de la part des belligérants du nord comme du sud, qui profitent du statut d'indépendance perméable et désarmée de la Principauté. Il en résulte pour l'abbaye d'énormes difficultés financières.

Pour Aulne, l'histoire se terminera tristement en 1794. Tout en démontrant sa capacité à renaître toujours, l'abbaye entamera son chant du cygne, ce seront les « derniers feux du crépuscule », comme l'écrira finement un auteur. Des abbés de valeur, providentiels mais dépensiers, Barthélemy Louant, Maur Mélotte ou Joseph Scrippe, vont entreprendre la reconstruction complète de leur monastère, à l'exception de l'abbatiale. Remacle Leloup, le célèbre dessinateur et graveur liégeois, qui visitera Aulne vers 1740, voulant montrer le faste qui y régnait et l'accueil sympathique qu'il y avait reçu, représenta le monastère surmonté d'une importante fumée sortant de la cheminée des cuisines... C'était sa façon originale d'annoncer les étoiles du Michelin !

Las, en 1789, avec la Révolution liégeoise et quelques graves erreurs politiques des moines et de leur abbé, ce sera le commencement de la fin. L'abbaye prête ses canons pour mâter la révolution populaire à Thuin ; elle refuse de vendre le blé au prix légal imposé par la famine et, mieux, l'abbé Herset fait condamner à mort un pauvre hère, coupable de vol de nourriture. En 1793 et 1794, l'abbaye héberge des officiers autrichiens. Ajoutons la richesse et le faste affichés par le monastère et l'envie qu'ils ne manquent pas de susciter dans la population... Tout cela aboutit au sac au pillage et à l'incendie du 14 mai 1794, perpétrés tant par les troupes républicaines que par la population locale.

Plus tard, l'abbé Herset, avec les assignats garantis par les Biens nationaux, rachètera l'abbaye en ruines, échouera à rétablir une communauté et, sous l'Empire français, rédigera un testament dans le but de créer un hospice à Aulne, testament approuvé par Napoléon, à Bayonne, en 1808.

Malgré les ennuis suscités par un ancien moine, Jean-Baptiste Cordier, rentré dans le siècle, qui exigea et obtint un quart des biens, le home pour vieillards put ouvrir ses portes en 1856. C'est en 1883 que sera consacrée l'église moderne, dédiée à saint Joseph. Aulne sera érigée en paroisse distincte de Gozée en 1928. Auparavant, en 1896, un accord signé entre l'État belge (ministère des Travaux publics) et la Commission administrative de l'hospice a permis la visite des ruines aux touristes, à la condition impérative que les autorités veillent, par les travaux nécessaires à la sécurité des bâtiments comme à celle des visiteurs.

Écrit par Brice dans Bernard Delcord, Guides | Commentaires (0) |  Facebook | |

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