30 12 12

Rideau !

Correspondance de Michel de Ghelderode 1960-1962.jpgLe dixième (et dernier) tome de la monumentale Correspondance de Michel de Ghelderode établie et annotée par le professeur honoraire de la KUL Roland Beyen, par ailleurs membre de l'Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique, vient de paraître à Bruxelles, édité par les Archives & Musée de la Littérature dans la collection « Archives du Futur » dirigée par Marc Quaghebeur et diffusée par La Renaissance du Livre à Waterloo.

Voici ce qu'en dit Roland Beyen :

« L'ouvrage couvre la période entre 1961 et 1962, c'est-à-dire les quinze derniers mois de la vie du dramaturge, qui écrit sa dernière lettre le 5 mars 1962 et meurt le 1er avril.

Pendant cette période, entouré de troublants mannequins et de choses qui l'aident à vivre, Ghelderode ne quitte plus sa "chambre à songes". Il n'est presque plus joué en Belgique, ce qui lui inspire une série de diatribes paranoïdes contre les théâtres de son pays.

En revanche, il commence à avoir quelque succès aux États-Unis depuis la fondation en 1960 de l'association The American Friends of Michel de Ghelderode, la publication à New York d'un volume de Seven Plays et la représentation contestée d'Escurial au Gate Theatre. En 1961 s'y ajoutent quelques représentations, dans de petits théâtres, des Femmes au Tombeau, de Christophe Colomb et de deux versions différentes de Barabbas.

Ces demi-succès causent au dramaturge plus de soucis que de satisfactions. Il perd beaucoup de temps à essayer de réconcilier son ami anglais Georges Hauger, désigné en 1959 comme son "unique traducteur en langue anglaise", avec son ami Samuel Draper, le président-fondateur des American Friends qui fait tout pour obtenir l'autorisation de publier et de représenter aux États-Unis ses propres traductions et celles de ses compatriotes.

Correspondance de Michel de Ghelderode Index.jpgCes disputes sont d'autant plus pénibles que la santé de Ghelderode décline rapidement, malgré le dévouement de ses trois médecins et de sa femme, et malgré l'affection de l'Américaine Renée Claire Fox, dont "la rayonnante amitié éclaire [ses] dernières années"

Le dramaturge rédige encore quelques articles et une vingtaine de chroniques destinées au Courrier du Littoral d'Ostende, la ville mythique où il fut "toujours heureux", mais ne trouve plus la force de s'occuper des tomes VI et VII de son Théâtre chez Gallimard.

Sa plus grande joie pendant cette dernière période est l'édition en janvier 1962, aux Éditions "Marabout", de Sortilèges et autres contes crépusculaires, grâce à son ami Jean Ray, qu'il considère comme un des meilleurs conteurs du monde. »

Avec cet essai complété d'un bel Index illustré des tomes I à X paru chez le même éditeur et dans la même collection, s'achève l'une des entreprises les plus remarquables de l'historiographie des lettres françaises de Belgique du XXe siècle, un travail de bénédictin mené avec patience et intelligence dans lequel on croise, sous le regard illuminé de Ghelderode, l'œuvre et le nom de bien des artistes et écrivains ayant brillé sur la scène intellectuelle. [1]

Une contribution essentielle à l'histoire de la littérature contemporaine !

Bernard DELCORD

Correspondance de Michel de Ghelderode 1960-1962 établie et annotée par Roland Beyen, Bruxelles, Archives & Musée de la Littérature, décembre 2012, collection « Archives du futur », 623 pp. en noir et blanc au format 15 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 40 € (prix Belgique)

Index illustré des tomes I à X de la Correspondance de Michel de Ghelderode établi et annoté par Roland Beyen, Bruxelles, Archives & Musée de la Littérature, décembre 2012, collection « Archives du futur », 344 pp. dont 224 en noir et blanc et 120 en couleurs au format 15 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 45 € (prix Belgique)



[1] Parmi lesquels nous avons pioché ceux de Marcel Achard, Arthur Adamov, Pierre Alechinsky, Jean Anouilh, Louis Aragon, Antonin Artaud, Albert Ayguesparse, Jacques Audiberti, André Baillon, René Barjavel, Jean-Baptiste Baronian, Jean-Louis Barrault, Samuel Beckett, Maurice Béjart, Maurice Carême, Marc Chagall, Paul Claudel, Jean Cocteau, Jacques Copeau, Fernand Crommelynck, Paul Delvaux, Pierre-Louis Flouquet, Marie Gevers, Frans Hellens, José-André Lacour, Jean Le Poulain, René Magritte, Félicien Marceau, Paul Neuhuys, Robert Poulet, Marcel Thiry, Henri Vernes, Paul Willems... et même ceux de comiques plus ou moins volontaires comme Fernandel, le mime Marceau et Jean-Paul Sartre !

30 12 12

Actes de foi...

Port-Royal.gifSpécialiste du XVIIsiècle, Laurence Plazenet est maître de conférences en littérature française à l'université Paris-Sorbonne. Elle a fait paraître récemment aux Éditions Flammarion une anthologie en tout point remarquable intitulée Port-Royal, dans laquelle sont rassemblés de nombreux textes emblématiques de ce que fut l'une des plus grandes entreprises de la pensée en Occident.

Écoutons l'auteure :

« Port-Royal est un biais privilégié pour comprendre l'histoire politique, religieuse et intellectuelle du Grand Siècle. Comment un petit couvent sans éclat, perdu dans la vallée de Chevreuse, a-t-il pu s'imposer, en quelques années, comme le centre spirituel, culturel et moral de la France ? Fleuron de la réforme catholique, au cœur de la plus importante querelle théologique d'alors – celle du jansénisme –, le monastère de Port-Royal, auquel furent liés, de près ou de loin, les plus grands écrivains (Pascal, La Rochefoucauld, Racine, Mme de Sévigné...), irradia la société de son temps.

C'est en 1608, sous l'impulsion de la mère Angélique, que commence la réforme de Port-Royal : la jeune femme décide de mettre en œuvre au monastère la "règle de stricte observance". S'imposant dès lors comme un modèle de rigueur et d'austérité, Port-Royal commence son irrésistible ascension. L'abbé de Saint-Cyran y prêche, diffusant la doctrine de son ami Jansénius, imprégnée d'augustinisme. Il y fonde les Petites Écoles, qui révolutionnent l'enseignement – alors monopole des jésuites.

Port-Royal attire de nouvelles vocations, mais aussi des femmes du monde, qui viennent s'y retirer, ou encore les "Solitaires" – ces hommes désireux de mener une vie tournée vers Dieu sans pour autant entrer dans les ordres et qui, pour ne pas déroger à l'exigence de labeur, s'illustreront par des travaux remarquables, parmi lesquels la première traduction en français moderne de la Bible. Promouvant l'exigence spirituelle contre le faste et l'ostentation des biens de ce monde, Port-Royal ne pouvait que s'attirer les foudres de Louis XIV, dont le règne était marqué par le culte du moi et du divertissement : après avoir brillé au milieu des persécutions, l'abbaye fut finalement rasée en 1712, sur ordre du roi, qui souhaitait qu'il n'en demeurât pas un seul vestige.

Comprendre à quoi tient la puissance singulière de cette poignée de femmes et d'hommes dévoués à Dieu, scruter les plis de leurs vies, traquer leurs voix au plus juste de ce qu'elles furent... Voilà ce que propose cette anthologie, qui rassemble des textes d'auteurs célèbres (Pascal, Racine, Saint-Cyran, Lemaistre de Sacy, etc.) comme de religieuses anonymes. On y découvrira l'histoire de l'abbaye, de sa fondation à sa destruction ; la description des lieux et des activités quotidiennes ; les Vies des principales personnalités de Port-Royal ; des écrits spirituels ; des récits de captivité de religieuses...

Formant un fabuleux gisement narratif, cet ensemble de textes d'époque, d'une qualité littéraire remarquable, fait renaître tout un pan de l'âge classique. »

Une référence absolue sur un sujet véritablement passionnant à propos duquel le grand philosophe marxiste Lucien Goldmann (1913-1970) écrivit dans Le Dieu caché (1955) que « la révolution, c'est l’engagement des individus dans une action qui comporte le risque, le danger d’échec, l’espoir de réussite, mais dans laquelle on joue sa vie ».

Bernard DELCORD

Port-Royal, anthologie présentée par Laurence Plazenet, Éditions Flammarion, collection « Mille et une pages », octobre 2012, 1323 pp. en noir et blanc au format 14 x 20 cm sous couverture brochée en couleurs, 29 € (prix France)

30 12 12

Valeurs vintage…

La Patrouille des Castors, l’intégrale 3.gifAvec La Patrouille des Castors, l’intégrale 3 (un fort album paru aux Éditions Dupuis à Marcinelle) se poursuit la réédition en fac-similé des aventures des boys scouts qui enthousiasmèrent jadis les lecteurs du Journal de Spirou, avec cette fois « Le Traître sans visage » (publié en 1962), « Le signe indien » (1963), « Les loups écarlates » (1964) et « Menace en Camargue » (1965), quatre aventures palpitantes où l'héroïsme côtoie le partage, l'altruisme, l'ingéniosité et les bons sentiments – ce qui, par les temps qui courent de pleutrerie, de compétition, d'individualisme, de grégarisme et d'égoïsme, dans les bandes dessinées comme dans le monde réel, ne manque vraiment pas de fraîcheur, fût-elle quelque peu naïve...

Scénarisée par Jean-Michel Charlier et dessinée par MiTacq, cette série mythique a tenu en haleine, entre 1954 et 1994, des générations de jeunes lecteurs avides de connaître, chaque mercredi, la suite des périls et des péripéties affrontés par Mouche, Poulain, Faucon, Chat et Tapir, de braves petits gars qui n'avaient pas froid aux yeux et savaient se comporter en « chics types »...

Ô tempora, ô mores !

Bernard DELCORD

La Patrouille des Castors, l’intégrale 3 par MiTacq et Charlier, Marcinelle, Éditions Dupuis, juillet 2012, 254 pp. en quadrichromie au format 22 x 30 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 28 €

Écrit par Brice dans B.D., Bernard Delcord | Commentaires (0) |  Facebook | |

30 12 12

Une Maison du Moulin truffée de bonnes recettes

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S'il est un pari que Bénédicte Appels réussit en cette fin d'année, ...truffée de belles parutions, c'est d'à la fois nous donner envie de cuisiner cette rabasse qui fleure la bonne chère, jusqu'à nos oreilles mais aussi de découvrir la "Maison du Moulin", sise à Grignan (Drôme Provençale) , haut lieu de ses exploits....

Avec la complicité de Mireille Roobaert, qui signe une mise en images belle et raffinée, Bénédicte Appels nous livre les secrets du diamant noir,  ses différentes variétés, les façons de les accommoder. En vedette, bien sûr,  la Tuber Melanosporum, la fameuse truffe du Périgord,produite principalement dans le Sud-Est de la France....(+/- 2/3 de sa production) , "moelleuse en bouche", exhalant "un parfum de radis noir et de noisette."  L'hôtesse de la maison d'hôtes de charme les connaît bien, qui organise régulièrement des  séjours dédiés au précieux champignons, cours de cuisine, dégustations et promenades quêtes de truffes à la clef.

Sitôt le précieux tubercule acheté - encore faut-il ne pas se faire rouler dans la farine - il est aisé de réaliser les recettes proposées. Elles se déclinent, royales de simplicité, de l'entrée au dessert et même aux truffes..truffées. Ma sélection perso: la crème de mascarpone truffée, le croque-truffe, le paillasson d'asperges vertes, le carpaccio de rates et de saint-jacques, le tartare, la brouillade d'oeufs, les pâtes..... tous de truffes parés.

Des desserts sont aussi proposés qui marient la truffe aux glace, crème brûlée, coulant au chocolat, tiramisu, nage aux fraises et même l'affogato....

On ne demande qu'à tester...

Si possible avant la fin de l'année...

AE

Petites leçons de cuisine à la truffe. 50 recettes à la portée de tous, Bénédicte Appels - Mireille Roobaert (mise en   images), ed. Racine, novembre 2012, 144 pp, 22,5 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Cuisine | Commentaires (1) |  Facebook | |

29 12 12

Le camion qui fume

cv camion qui fume.jpgCertains concepts font recette, tel ce "street food" importé des Etats-Unis par la Californienne Kristin Frederick.

Lancé depuis un an à travers les rues parisiennes , le Camion qui fume programme l'agenda de ses escales, via les réseaux sociaux.

 Et l'on se bouscule sous l'auvent de fortune pour déguster des hamburgers aux goûts variés et le plaisir d'une convivialité improvisée.

Des hamburgers dont la recette est désormais consignée dans un sympathique recueil, joliment illustré, déclinant à l'envi des saveurs nouvelles et parfois très raffinées , tels ces miniburgers à la truffe et brie de Meaux, ces burgers libanais, chiliens, végétariens.. d'agneau ou de homard farci...

Une fumée décidément bien savoureuse..

 AE

 Burgers. Les recettes du Camion qui fume, Kristin Frederick, Ed Tana, octobre 2012, 144 pp , 20 €

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Cuisine | Commentaires (0) |  Facebook | |

28 12 12

Le pays des superlatifs

République démocratique du Congo.gifLe guide de la collection « Le petit futé », consacré à la République démocratique du Congo par Philippe Wyvekens, Caroline Thirion et Médard Tambwe, paru à Bruxelles aux Éditions Néocity, pousse à la découverte d'un État gigantesque et pluriel – sa superficie fait 80 fois celle de la Belgique et 4 fois celle de la France, il est habité par 450 ethnies différentes, sa capitale, Kinshasa, est une mégapole de 10 millions d'habitants appelée à devenir la première ville africaine en 2020, le pays est traversé par deux fuseaux horaires et par l'équateur, son réseau hydrographique couvre environ 77 810 km², son fleuve majestueux est le 2e du monde derrière l'Amazone pour son débit, son sous-sol regorge de minerais (coltan, diamant, or, cuivre, étain...) et sa forêt constitue 47% du massif forestier tropical du continent africain.

De plus, le patrimoine culturel de la RDC est véritablement exceptionnel, joint dans la capitale à un sens de la fête qui n'a d'égal que la chaleur et la générosité de l'accueil d'une population pour qui le visiteur de passage est toujours le bienvenu et traité avec gentillesse et respect, dans la mesure des moyens disponibles, tant dans les villes qu'en brousse profonde.

Une terre de découverte, et même de tourisme, en dépit des vicissitudes économiques et politiques !

Bernard DELCORD

République démocratique du Congo par Philippe Wyvekens, Caroline Thirion et Médard Tambwe, Bruxelles, Éditions Néocity, collection « Le petit futé », août 2012, 552 pp. en quadrichromie au format 12 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 15,95 €

Écrit par Brice dans Guides | Commentaires (0) |  Facebook | |

27 12 12

Plus clair et complet que ça, tu meurs !

Le marketing.jpgS'adressant non seulement aux étudiants de licence et de master en marketing et en management, aux étudiants en dernière année de lycée à orientation gestion, mais aussi aux professionnels du secteur (entreprises, consultants, formateurs), l'imposante somme des spécialistes britanniques Paul Baines, Chris Fill & Kelly Page parue dans sa traduction française aux Éditions De Boeck à Louvain-la-Neuve sous le titre Le marketing. Des fondamentaux à la pratique contemporaine constitue sans conteste le nec plus ultra en la matière, tout en demeurant parfaitement accessible à tout amateur intéressé.

C'est que l'ouvrage, à l'édition duquel votre serviteur a apporté sa modeste contribution, est construit autour de sept points forts :

1. Son approche est à la fois pédagogique, pragmatique et managériale : chaque chapitre se termine par un résumé, des questions de révision, des thèmes à débattre, des références bibliographiques et des renvois au site Web.

2. Son propos est international car il intègre des exemples de pays francophones (France, Belgique, Québec et Suisse).

3. Ses auteurs sont à la fois professeurs d'université et actifs dans la vie professionnelle.

4. Son positionnement est très ouvert et son approche actuelle et dynamique amène le lecteur à réfléchir pour mieux mémoriser ensuite.

5. Tout en couleur, il est illustré de nombreux encadrés, études de cas, photos et figures.

6. Il se termine par un glossaire de plus de 500 entrées avec les termes en français et en anglais, un index des notions et un index des noms propres.

7. Il est doté sur Internet d'un site compagnon (www.lemarketing.deboeck.com) proposant de nombreuses ressources complémentaires.

Les auteurs vont à la rencontre des lecteurs, en s’intéressant d’abord à leurs propres comportements face à des situations marketing réelles et concrètes, et ils invitent les lecteurs à y réfléchir. L’ouvrage adopte ainsi une démarche innovante et chaque chapitre est rédigé selon un même fil conducteur :

– présentation d’un aperçu illustratif ;

– des questions sur le problème que soulève cet aperçu ;

– des réflexions, explications, citations de chercheurs de référence, ainsi que des propositions  de compléments illustratifs sur le site ;

– en fin de chapitre, une synthèse qui relie les points clés dans un ordre rationnel, des questions de révision et des questions de discussion, ainsi qu’une bibliographie.

Un manuel limpide et précis qui met le marketing à la portée de tous...

Bernard DELCORD

Le marketing. Des fondamentaux à la pratique contemporaine par Paul Baines, Chris Fill & Kelly Page, adaptation française et avant-propos par Jacques Dioux, traduction française de Nathalie Tramonte, préface de Jean-Watin-Augouard, postfaces de Patrick Gabriel & Emmanuelle Le Nagard, Louvain-la-Neuve, Éditions De Boeck, juillet 2012, 775 pp. en quadrichromie au format 11 x 17,5 cm sous couverture brochée en couleurs et à rabats, 59,50 €

27 12 12

Sang pour sang historique

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Fin d'année sanglante pour le sympathique animateur de l'émission "Au coeur de l'Histoire" ( chaque jour de la semaine, de 13 h à 14h, sur Europe 1) . Persuadé que "le sang versé atteste de l'humanité du récit ", nous en rend les protagonistes plus proches parce que plus humains, Franck Ferrand prend son bâton de pélerin pour évoquer quelque trente  - vingt-huit précisément - épisodes de notre Histoire, écrits à l'encre écarlate.

La mort suspecte d'Emile Zola, le meurtre de Jean-Paul Marat par Charlotte Corday, La fameuse nuit des longs couteaux (juillet 1934) qui ne doit ni à la nuit ni aux couteaux  l'extermination des chefs SA, le massacre de la Saint- Bathélemy dont Catherine de Médicis se repentira,  la "ratonnade"parisienne d'octobre 1961, qui précipita des dizaines d'Algériens dans la Seine ...sont tant d'hémorragies qui, aujourd'hui encore, posent question. 

La relation des faits se conclut, à chaque chapitre, d'une analyse des plus intéressante.

A découvrir sang restriction..

 

AE

Du sang sur l'Histoire. Petits et grands meurtres de l'émission "Au coeur de l'Histoire", Franck Ferrand, Flammation, octobre  2012, 352 pp, 21 €

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Histoire | Commentaires (0) |  Facebook | |

26 12 12

« Quid novi sub sole ? Nihil... » (Quoi de neuf sous le soleil ? Rien...)

Lettre à mon frère pour réussir en politique.jpgNé à Arpinum, à 100 km au sud-est de Rome, Quintus Tullius Cicero (103/2-43 av. J.-C.) est le frère cadet de Marcus, le fameux avocat Cicéron. Ayant reçu à l'instar de aîné une solide formation intellectuelle en droit, rhétorique et philosophie, il gravit le cursus honorum (questure, édilité) et devient légat de Pompée en Sardaigne (57) puis de César en Gaule (54).

En 64, il avait rédigé une Lettre à mon frère pour réussir en politique (parue dans sa traduction française aux Éditions Les Belles Lettres à Paris), un petit manuel de campagne électorale (Commentariolum petitionis) dans lequel il expose 58 astuces pour être élu à Marcus qui prépare alors sa candidature au consulat (Cicéron sera d'ailleurs brillamment élu l'année suivante à la magistrature suprême).

Les conseils qu'il y dispense demeurent d'une actualité brûlante et l'on ne peut qu'être grandement admiratif à leur lecture tant l'auteur a fait preuve de clairvoyance, d'intelligence, de subtilité – et de pérennité.

Qu'on en juge par ces mots : « ... il faut parler de cette autre part de l'activité d'un candidat qui consiste à s'assurer la faveur du peuple. Cela exige que l'on connaisse les électeurs par leur nom, qu'on sache les flatter, qu'on soit assidu, qu'on soit généreux, qu'on excite l'opinion, qu'on éveille des espérances politiques. D'abord, le soin que tu prends de bien connaître les citoyens, fais-le paraître à tous les yeux, et perfectionne cette connaissance chaque jour. Je crois qu'il n'y a rien qui rende plus populaire et dont on vous sache plus gré. Ensuite, dis-toi bien que ce qui n'est pas dans ta nature, tu dois savoir feindre assez pour avoir l'air de le faire naturellement. Par exemple, l'aménité, celle qui convient à un homme bon et aimable, ne te fait pas défaut, mais cela ne suffit pas, la flatterie s'impose : elle a beau être mauvaise et avilissante dans la vie ordinaire, elle n'en est pas moins, quand on est candidat, une nécessité. Elle est coupable, en effet, quand elle corrompt l'homme à qui elle s'adresse ; quand elle le rend plus bienveillant, elle est moins à blâmer, et elle constitue vraiment une nécessité pour le candidat dont l'air, la physionomie, le langage doivent être changeants et s'adapter aux façons de penser et de sentir de tous ceux qu'il aborde ».

Cela ne vous fait penser à personne ?

À la mort de César, le triumvirat (Lépide, Marc-Antoine et Octavien) décide la proscription des deux frères et Quintus est assassiné sur la route qui le mène de Tusculum à Arpinum, à la fin novembre ou au début décembre 43.

Ce qui n'arrive plus guère, convenons-en, à nos élus.

Vous avez dit : « Dommage... » ?

Bernard DELCORD

Lettre à mon frère pour réussir en politique par Quintus Cicéron, traduction de L. A. Constans, Paris, Éditions Les Belles Lettres, janvier 2012, 101 pp. en noir et blanc au format 8 x 11 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 2,80 € (prix France)

25 12 12

Des foudres de guerre...

Les Mercenaires.gifAprès avoir ressorti en 2011 Les Centurions [1] de Jean Lartéguy (dont l’édition originale date de 1960), les Presses de la Cité à Paris ont remis Les Mercenaires sur le métier (le roman avait paru en 1954 sous le titre Du sang sur les collines), et c'est une bonne nouvelle pour les amateurs de récits pleins de sang, de sueur et de larmes.

On se souviendra qu'ancien officier de commandos dans l’Armée française de libération durant la Seconde guerre mondiale puis correspondant de guerre du Paris Match de la grande époque, Prix Albert Londres 1955, Jean Lartéguy, narrateur remarquable, couvrit successivement la révolution d'Azerbaïdjan (1945), les conflits de Palestine (1948, 1956, 1967), de Corée (1950-53), d’Indochine (1946-54), d’Algérie (1954-62) puis du Viêt Nam (1959-65) et enfin différentes révolutions en Amérique Latine (années 60-70).

Dès l'incipit, l'auteur donne le ton : « Les mercenaires que j'ai rencontrés et dont parfois j'ai partagé la vie combattent de vingt à trente ans pour refaire le monde. Jusqu'à quarante ans, ils se battent pour leurs rêves et cette image d'eux-mêmes qu'ils se sont inventée. Puis, s'ils ne se font pas tuer, ils se résignent à vivre comme tout le monde, mais mal, car ils ne touchent pas de retraite, et ils meurent dans leur lit d'une congestion ou d'une cirrhose du foie. Jamais l'argent ne les intéresse, rarement la gloire, et ils ne se soucient que fort peu de l'opinion de leurs contemporains. C'est en cela qu'ils diffèrent des autres hommes ».

Ces mercenaires au destin héroïque et pitoyable sont le capitaine Lirelou, ses camarades et son mentor Faugât, un Auvergnat communiste rencontré en 1936 dans les Brigades internationales durant la guerre d'Espagne. On suit ces hommes sur les principaux théâtres de guerre du milieu du XXe siècle, de la guerre d'Espagne à la Seconde Guerre mondiale dans les premiers commandos parachutistes, puis en Indochine au sein d'un maquis contre le Viêt-Minh, jusqu'à la guerre de Corée où des Français combattirent sous mandat de l'ONU.

Loin d'être une apologie de la guerre, ce texte apporte une réflexion sur les thèmes de l'engagement, de la résistance, de la fidélité à ses camarades et du sens de l'honneur du soldat pour qui parfois la désobéissance est la seule façon de rester fidèle à ses engagements [2].

C'est le roman de la fierté nationale déçue, des énergies qui n'ont pas trouvé leur emploi, des sacrifices sans foi et sans cause. Plus encore que les centurions, ces mercenaires sont pour la plupart des aventuriers à l'état pur, inoubliables figures d'hommes, les fils maudits d'un siècle de violence...

Bernard DELCORD

Les Mercenaires par Jean Lartéguy, Paris, Presses de la Cité, novembre 2012, 443 pp. en noir et blanc au format 14 x 22,5 cm sous couverture brochée en quadrichromie, 21,50 € (prix France)


[1] http://lireestunplaisir.skynetblogs.be/archive/2011/12/18/un-grand-roman-a-la-kessel.html

[2] http://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Mercenaires_%28roman%29

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