22 01 13

Un humaniste souriant...

Mémoires (Amadou Hampâté Bâ).gifAnticipant involontairement la guerre qui déchirerait son pays, les Éditions Actes Sud en Arles ont fait paraître en mars 2012, dans leur belle collection « Thesaurus », les Mémoires du grand écrivain malien Amadou Hampâté Bâ né vers 1900 à Bandiagara (Mali) et mort le 15 mai 1991 à Abidjan (Côte-d'Ivoire). Au conseil exécutif de l'Unesco, où il siégeait, et à travers ses différents ouvrages, toujours consacrés à la tradition et aux civilisations africaines, il s'est rendu célèbre pour son inlassable activité au service des cultures orales.

Le prière d'insérer de l'ouvrage est d'une précision limpide :

« Voici, pour la première fois réunis en un unique volume, les Mémoires d'Amadou Hampâté Bâ, le grand défenseur des cultures orales africaines et du dialogue entre les civilisations. Ce témoignage (qui couvre les années 1900 à 1933), d'une ampleur et d'une richesse exceptionnelles, constitue certainement l'œuvre la plus importante de l'auteur.

Loin de s'attacher à la forme habituelle de l'autobiographie, Amadou Hampâté Bâ, servi par la prodigieuse mémoire des peuples de tradition orale, revisite les souvenirs d'une enfance et d'une adolescence bousculées par des événements familiaux et bientôt politiques.

Dans Amkoullel l'enfant peul, il présente ainsi la vie des Maliens (nourris de l'enseignement du français en même temps que des principes de l'Islam), alors aux prises avec les contraintes de la colonisation. On y voit défiler une étonnante galerie de portraits, d'Africains comme d'administrateurs français dépeints avec verve.

Au début du second volume, Oui mon Commandant !, l'auteur, alors âgé de vingt-deux ans, entame sa carrière au sein de l'administration coloniale. De Ouagadougou à la Haute-Volta, il apprend à côtoyer ses supérieurs hiérarchiques. C'est durant cette période qu'il se marie, fonde une famille et voyage en commençant à noter tous les récits oraux dont il deviendra peu à peu le dépositaire. L'ouvrage s'achève en 1933 lorsqu'à son retour au Mali, en homme mûri, il retrouve son maître Tierno Bokar.

À la fois roman d'aventures, document sociologique et vaste fresque historique, ces Mémoires portent la marque d'un humanisme et d'un esprit de tolérance qui leur confèrent une véritable dimension universelle et en font sans doute l'une des œuvres maîtresses d'Amadou Hampâté Bâ.

À travers ce témoignage unique, où l'humour surgit à chaque page, et où la curiosité et la soif de savoir sont omniprésentes, on peut comprendre la trajectoire qui mènera un jour l'enfant de Bandiagara jusqu'à l'Unesco où il lancera, pour appeler au sauvetage des traditions orales, la phrase que l'on sait : "En Afrique, quand un vieillard meurt, c'est une bibliothèque qui brûle" ».

On ne peut mieux dire !

Bernard DELCORD

Mémoires par Amadou Hampâté Bâ, préface de Théodore Monod, photographies de Philippe Dupuich, Arles, Éditions Actes Sud, collection « Thesaurus », mars 2012, 854 pp. en noir et blanc au format 14 x 20,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 28 € (prix France)

Pour vous, nous avons repris dans cet ouvrage plein de sagesse les quelques lignes suivantes :

PENSÉES

« Même s'il n'est qu'une petite mare de brousse, chacun d'entre nous peut essayer de maintenir pure et paisible l'eau de son âme, afin que le soleil puisse s'y mirer tout entier. »

« Sache ô néophyte !, que le savoir est plus précieux que l'ambre pur et le corail blanc. Il vaut mieux que l'or sans mélange et le diamant sans altération. Pourquoi ? Parce que le savoir est l'unique fortune que l'on peut entièrement donner sans en rien la diminuer. »

« Si tu sais que tu ne sais pas, tu sauras. Si tu ne sais pas que tu ne sais pas, tu ne sauras pas. »

« Même si l'or est enveloppé dans un chiffon souillé et jeté sur un "village d'ordures", cela ne diminue en rien la valeur de l'or. »

« Les caprins, ovins et bovins et leurs maîtres peuls sont presque frères. Mais à bien regarder les choses, ce sont les Peuls qui semblent avoir été créés pour servir le troupeau et non les bêtes pour profiter aux Peuls. »

« Qu'est-ce que Dieu sinon un potier, et en même temps un casseur de pots ? »

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