26 08 13

natsukashii

"Tokyo, c'est d'abord un rythme: celui d'une explosion parfaitement maîtrisée. Quand on y revient après une longue absence, on doit s'isoler quelques secondes en une sorte d'apesanteur pour réaterrir dans le tempo. Dès que les pieds sentent la pulsation, on y est."

 

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 Notre compatriote, célèbre romancière, prolixe épistolière, chère à notre blog  et à des millions de lecteurs ne manquerait son rendez-vous de la rentrée, sous aucun prétexte. Une hygiène de vie...et de courtoisie.

Quelle est donc cette nostalgie heureuse, cette natsukashii proustienne, qui saisit la narratrice de ce récit d'inspiration largement biographique ? 

"Je n'avais plus mis les pieds au pays du Soleil levant depuis décembre 1996. Nous étions en février 2012. Le départ était fixé au 27 mars"

Invitée par une équipe de télévision française à réaliser un reportage sur le Japon, terre de sa prime enfance, la narratrice sera percutée de plein fouet par un tsunami de souvenirs, de sensations, d'émotions difficiles à gérer.

"Tout le monde connaît cette expérience cruelle: découvrir que les lieux sacrés de la haute enfance ont été profanés, qu'ils n'ont pas été jugés dignes d'être préservés et que c'est normal, voilà."

Retrouvailles avec Nishio-san,  sa nounou, Rinri, son ex-fiancé, son pays d'adoption,  génèrent chez cette prêtresse du paradoxe, de l'hyperbole, une foule d'observations, un  déferlement d'affects sitôt décortiqués, soupesés, analysés, étudiés,  calfeutrés, ...avec une précision chirurgicale et cette courtoisie nippone, teintée d'humour, de dérision,  qui fait le sel de son écriture.

" Si je suis japonaise, c'est en cela: quand je sens que ma réaction émotionnelle va être trop forte, je me raidis. Mon corps rigide déambule dans la rue. On tend le micro vers moi, je dis une formule creuse sur l'écoulement du temps."

Au bonheur de lecture s'ajoutera la sensation d'avoir partagé un moment vrai, une conversation de l'âme avec la narratrice.

Apolline Elter

La nostalgie heureuse, Amélie Nothomb, roman, Ed. Albin Michel, août 2013, 156 pp, 16,5 €

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