07 09 13

Poignant et lumineux

 

OLMI Veronique - la nuit en verite.jpg

 

 " Le souffle de la nuit ne s'adresse pas aux gens sérieux, il vient visiter les crânes fracassés qui laissent passer les courants d'air."

Enzo Popov a douze ans. Il habite un corps obèse et un vaste appartement, rue de Rivoli. Sa mère, Liouba, en a vingt-neuf. Elle délave à force de l’asticoter l'appartement qu'elle entretient pour le riche couple qui en est propriétaire et peut y débarquer à toute heure du jour et de la nuit.

Mère-Courage, immature et maladroite, elle endure l'humiliation de sa condition à la seule fin de maintenir l'inscription de son fils dans le collège huppé du quartier.

Raillé par ses condisciples, Enzo saisit tôt le poids d'origines obscures,  d'une condition sociale modeste et la vulnérabilité d'une maman dont il se fait le protecteur. Il cherche dans l'apaisement de la nuit, le secret de ses racines.

« C’est alors qu’il comprit que le souffle de la nuit était tout près. Que cela faisait longtemps qu’il courait après lui, cherchant à l’atteindre, et que peut-être il devait arrêter de s’en défendre. »

Centré sur le passage -initiatique, cruel et émouvant - d'un jeune garçon à l'adolescence et sur la poignante relation qui l'unit à sa mère , le roman de Véronique Olmi explore  sans concession les thèmes de l'exclusion sociale, de la solitude, l'obésité et l'humiliation corolaires, le déterminisme malfaisant d'une certaine bourgeoisie.. 

 Confirmant la veine narrative puissante, subtile et douloureuse , d'un Bord de mer , Véronique Olmi partage avec son lecteur, une part de coeur faite d'une vraie empathie.

Une oeuvre forte. Un grand roman.

Apolline Elter

La nuit en vérité, Véronique Olmi, roman, Ed. Albin Michel, août 2013, 310 pp 19 €

 

Billet de faveur

AE : Sous ses aspects durs, injustes et cruels, la quête d’Enzo tend vers la  lumière, une lumière bienfaisante et rédemptrice qui, paradoxe, lui vient de la nuit…

Véronique Olmi : ce sont des nuits lumineuses pour qui ose affronter le mystère, comme le fait Enzo. Enzo sait que les choses n’existent pas seulement si on les voit. Il affronte ses peurs et accepte que le temps ne soit pas une ligne droite et rigide, mais qu’il y ait une porosité entre hier et aujourd’hui.

 AE : il y a une tendresse sobre et maternelle dans le regard porté à Enzo. Une empathie aussi, le narrateur semble s’être fondu en lui, dans l’encombrement de son corps et la pureté de son âme :

Véronique Olmi : J’ai mis beaucoup de moi dans Enzo, ce jeune garçon de 12 ans en surpoids m’a permis d’avancer masquée, et il porte mon aversion pour le groupe, mes souffrances scolaires passées, mon sauvetage par la littérature et l’imaginaire, ma sensibilité aux mystères de l’invisible.

 

 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Rentrée littéraire | Commentaires (0) |  Facebook | |

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