29 09 13

Pierre mélodieuse

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Fuyant Rome et l'énigmatique décès d'Andréa, un jeune moine, parangon de beauté, Michelangelo Buonarroti, le célèbre Michel-Ange (1475-1564) rejoint Carrare et ses carrières de marbre.. Nous sommes en avril 1505, le  sculpteur trentenaire  doit exécuter une commande monumentale à la (future) gloire funéraire du pape Jules II.

"Le tombeau sera une des oeuvres maîtresses de sa vie. L'envergure de cette commande lui permettre d'exprimer tous les aspects de son talent: de la conception jusqu'aux sculptures, en passant par le choix du matériau, ce marbre si précieux, le statuario; Il aura enfin la gloire qu'il mérite"

Avec pour viatique, la Bible  d'Andréa et un livre de Canzones de  Pétrarque offert par Lorenzo de Medici, Michelangelo enfourche son cheval et galope à la rencontre des carriers.

" Le sculpteur se plaît à passer du pape à ces gens simples. Il a toujours détesté les corporations si fermées des peintres, des sculpteurs ou des architectes Ces confréries d'artisans lui déplaisent, il aimerait être tout à la fois. Poète aussi. Car il considère l'art comme un ensemble harmonieux où les proportions d'une coupole se rapprocheraient de celles d'un crâne, où le bleu du lapis-lazuli écrasé s'unirait aux vers de Pétrarque."

Mélodieux, ponctué en leit-motiv de la quête, par tous les sens, de la figure maternelle - Miche-Ange a perdu sa mère, jeune, " C'est ainsi qu'à six ans, il devient orphelin de mère et de mémoire" - ce beau roman nous projette au coeur du processus de création. Au coeur de cette pierre vivante et majestueuse qu'est le marbre de Carrare et de la  personnalité riche, multiple et sensible et tourmentée d'un homme qui incarne si bien l'esprit de la Renaissance italienne. Qui de la pierre fait jaillir la vie.

Apolline Elter

Pietra viva, Leonor de Récondo, roman, Ed. Sabine Wespieser, août 2013, 228 pp, 20 €


 

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28 09 13

Un artiste aux mille talents !

Marcel Broodthaers Livre d'images.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 28/09/2013 de l'édition belge du magazine MARIANNE :

Les Éditions Flammarion à Paris ont publié, conçu par sa fille Marie-Puck, un splendide album en couleurs intitulé Marcel Broodthaers – Livre d'images consacré à l'œuvre du grand artiste plasticien bruxellois qui aurait eu 90 ans le 28 janvier prochain (né en 1924, il est décédé en 1976).

L'immense talent et l'humour bien belge de ce météore du surréalisme s'exprimèrent de cent façons (poésies, manuscrits, typographies, gravures, sculptures, peintures, assemblages, accumulations, ready-mades, photographies, montages de diapositives, films...), en ce compris les expositions qu'il concevait comme des happenings tout à la fois forts et éphémères, occasions de réfléchir à l'art de montrer et de voir.

Ses variations sur des casseroles de moules – l'une de ces casseroles devenant à l'occasion Moule de moules –ou bien sa platée de frites noires en bois, par exemple, ou encore son fémur d'homme belge (un os aux couleurs du drapeau de Ce Pays), frappèrent le public et demeurent désormais dans les musées internationaux – ainsi que dans toutes les mémoires.

Et les 500 magnifiques illustrations de cet ouvrage sont, elles aussi, très bellement et très joyeusement percutantes !

Une bien agréable façon de muser dans un musée imaginaire...

Bernard DELCORD

Marcel Broodthaers – Livre d'images, par Marie-Puck Broodthaers, textes de Wilfried Dickhoff et Bernard Marcadé, Paris, Éditions Flammarion, septembre 2013, 280 pp. en quadrichromie au format 22 x 28,8 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 65 € (prix France)

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28 09 13

Ridiculus politicae…

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Le texte ci-dessous a paru dans la livraison du 28/09/2013 de l'édition belge du magazine MARIANNE :

Fruit du travail d'une vie de collectionneur, les Perles parlementaires de Paul Quimper, dont la 4édition vient de paraître aux Éditions Horay à Paris (elles intègrent des bourdes proférées en France), demeurent d'une belle actualité, tant l'éloquence des politiciens continue de laisser à désirer.

Révision de quelques classiques :

« Dire qu'il faut faire payer les riches est une affirmation gratuite ! »

« Les producteurs de lait sont en ébullition ! »

« Vous allez ouvrir la boîte des pandores... »

« La lutte contre le tabac est une œuvre de longue haleine ! »

«S'agissant de la natalité, monsieur le ministre, le ballon est dans votre camp ! »

« Le couperet est tombé sur les bourses ! »

« On laisse implanter des usines là où elles pourraient être implantées ailleurs ! »

« On assiste à un boom du gaz ! »

« Vous enfoncez des portes ouvertes en annonçant davantage de procédures d'expulsion... »

« Les statistiques, c'est comme la mini-jupe : ça cache l'essentiel et ça donne des idées ! »

« Nous sommes d'accord pour n'être pas d'accord ! »

« Je suis un élu du peuple, j'ai le droit de dire n'importe quoi ! »

En effet ! Comme d'habitude... Et comme en Belgique, sûrement !

Bernard DELCORD

Perles parlementaires par Paul Quimper, Paris, Éditions Horay, 4édition, septembre 2013, 132 pp. en noir et blanc au format 12 x 12 cm sous couverture brochée en couleurs, 5,99 € (prix France)

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26 09 13

« Science sans conscience n'est que ruine de l'âme. » (Rabelais)

Hitler et les professeurs.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la newsletter de septembre 2013 des guides gastronomiques belges DELTA avant d'être mis en ligne sur leur site (www.deltaweb.be) :

Les Éditions Les Belles Lettres à Paris ont fait paraître ces jours-ci la traduction française de Hitler et les professeurs, un essai historique remarquable et inégalé paru en 1946 à New York en yiddish puis en anglais sous la plume de l'éminent linguiste juif Max Weinreich (1894-1969).

Écoutons l'éditeur :

« Dans cet ouvrage, Max Weinreich s'attache à montrer que "la science allemande a fourni les idées et les techniques qui ont conduit à un massacre sans précédent et l'ont justifié" (Hannah Arendt, Commentary). Et ceci non seulement à partir de la prise du pouvoir de Hitler en 1933, sous la férule d'un régime autoritaire, mais dès les années 1920, par la manipulation idéologique des discours érudits des différentes disciplines.

Le livre se partage en deux parties, la première qui traite de la "planification et de la préparation", et qui va jusqu'à la guerre, la seconde qui s'intitule "expérimentation à grande échelle". C'est dire que Weinreich relie directement le soubassement théorique élaboré par l'élite intellectuelle allemande et la mise en œuvre pratique de l'extermination à l'échelle européenne. L'étude montre tout d'abord comment le régime nazi a travaillé sans relâche à la conquête des universités et des universitaires, établissant de nombreux instituts scientifiques ad hoc, afin de fonder, mener et justifier sa " solution de la question juive ".

Bien avant que certains de ces instituts deviennent des officines du ministère de la Propagande du Reich sous la houlette de Goebbels, des penseurs allemands, des professeurs et des savants se sont jetés avec enthousiasme dans ce processus d'élaboration idéologique qui est devenu une arme aux mains du régime nazi. Une des parties de cette étude apporte aussi un éclairage sur les institutions de recherche anti-juive créées sur le modèle allemand en Italie, France, Lituanie, Croatie, Danemark et Hongrie.

Max Weinreich insiste sur le rôle joué par ces constructions pseudo-scientifiques lorsque commencent les massacres de masse des populations juives qui accompagnent l'invasion de l'Union soviétique en juin 1941. Max Weinreich a examiné des milliers de documents qui ont été ramenés dès les premières victoires des Alliés au YIVO, acronyme yiddish du Yiddisher visnshaftlekher institut, institut de recherche consacré à l'étude de la vie juive en Europe de l'Est ainsi qu'à la langue et la culture yiddish, qui ouvre en 1925 à Vilna et sera réinstallé à New York à partir de 1939. Certains d'entre eux étaient classés confidentiels, d'autres étaient des écrits largement publiés et diffusés, dont 5 000 publications allemandes du temps de guerre.

L'appareil critique du livre fait apparaître l'océan bibliographique de la science raciale nazie, élaborée par des sommités universitaires travaillant d'arrache-pied et se répandant dans une multitude de publications à prétention scientifique. Tout au long de l'étude, Weinreich cite un nombre impressionnant de textes issus de toutes les disciplines des sciences humaines et des sciences naturelles : anthropologie physique et culturelle, philosophie, histoire, droit, économie, géographie, démographie, théologie, linguistique, médecine, biologie, physique.

Le travail de Max Weinreich révèle aussi à quel point l'objectif suprême de la "solution de la question juive" a toujours été placé par les dirigeants nazis et les factions qui s'affrontent à travers différents instituts et organes de presse, notamment les différends entre Walter Frank et Alfred Rosenberg, au-dessus des luttes pour le pouvoir qui les divisent, anticipant en cela les travaux d'historiens ultérieurs.

Pionnier de la recherche sur le rôle des élites intellectuelles allemandes dans la construction des théories raciales, le livre de Weinreich est également resté indépassé par l'ampleur de la documentation examinée. Certaines de ses conclusions ont été présentées et utilisées lors des procès de Nuremberg. Elles anticipent aussi les travaux d'historiens ultérieurs. »

Un livre habité de passion et de colère, certes, mais ô combien justifiées !

Bernard DELCORD

Hitler et les professeurs par Max Weinreich, Paris, Éditions Les Belles Lettres, traduit de l'anglais et de l'original yiddish par Isabelle Rozembaumas, avant-propos de Samuel Kassow, préface de Sir Martin Gilbert, août 2013, 393 pp. en noir et blanc au format 16 x 24 cm sous couverture brochée en couleurs, 25,50 € (prix France)

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26 09 13

Un grand art de la rue

Le rap français – Dix ans après.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la newsletter des guides gastronomiques belges DELTA avant d'être mis en ligne sur leur site (www.deltaweb.be) :

Dans Le rap français – Dix ans après Anthologie paru aux Éditions de la Table Ronde à Paris, le journaliste littéraire et musical français Jean-Claude Perrier fait le point sur les textes d'un art de la rue qui, au fil du temps, a conquis ses lettres de noblesse et s'est parfois élevé au rang de poésie pure.

Né dans les soubresauts d'un malaise social ayant engendré une violence omniprésente (à l'école, à l'hôpital et dans la cité) sur fond de racisme, de fanatisme religieux et de communautarisme, le rap a navigué sur les vagues de la crise, mené par trois nautoniers insubmersibles, MC Solaar, IAM et NTM, chacun chantre à sa manière des lames de fond de l'histoire urbaine contemporaine.

C'est ce que montre avec justesse l'ouvrage de Jean-Claude Perrier qui, tout en rassemblant des textes d'artistes consacrés, s'ouvre à ceux de nouveaux talents prometteurs comme Oxmo Puccino, Passi ou Busta Flex.

Bernard DELCORD

Le rap français – Dix ans après Anthologie par Jean-Claude Perrier, deuxième édition revue et corrigée, Paris, Éditions de la Table Ronde, collection « La petite vermillon », janvier 2010, 412 pp. en noir et blanc au format 11 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 10 € (prix France)

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26 09 13

Un nouvel outil d'apprentissage

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Le texte ci-dessous a paru dans la newsletter des guides gastronomiques belges DELTA avant d'être mis en ligne sur leur site (www.deltaweb.be) :

Rares, très rares sont les francophones et les apprenants de la langue française qui n'ont pas eu un Bescherelle de conjugaison entre les mains pour déjouer les arcanes de l'usage des verbes dans la langue de Molière.

Et plus rares encore sont ceux qui savent que ce célébrissime manuel a été inventé en 1843 par les frères Louis-Nicolas et Henri Bescherelle, par ailleurs auteurs d'un dictionnaire de la langue française, et édité en 1913 par la maison Hatier, ce qui en fait un centenaire très fringant, puisqu'il est vendu chaque année à un million d'exemplaires.

Le succès appelant le succès, l'ouvrage a ensuite donné naissance à une collection, avec les Bescherelle de grammaire et d'orthographe françaises, avec des versions destinées aux juniors puis avec des déclinaisons dans diverses langues (italien, espagnol, portugais, anglais allemand, arabe, chinois et même latin), sans oublier le numérique.

Pour fêter le centenaire de cette success story, la maison Hatier a fait paraître en juin 2013 sous la plume d'Adeline Lesot, une brillante agrégée de lettres modernes ayant relevé le défi avec brio, un Bescherelle – Le vocabulaire pour tous qui constitue un remarquable outil de référence sur l'histoire et le fonctionnement du lexique de notre langue, mais aussi un guide pratique qui aide à enrichir son vocabulaire.

La démarche s'articule autour de six objectifs :

– Décrire, classer les mots.

– Comprendre l'histoire du lexique.

– Former les mots.

– Connaître le sens des mots.

– Employer le mot juste.

– Déjouer les pièges.

Nul doute que cet excellent livre de référence rencontrera un franc succès !

Bernard DELCORD

Bescherelle – Le vocabulaire pour tous par Adeline Lesot, Paris, Éditions Hatier, juin 2013, 284 pp. en quadrichromie au format 14,2 x 19,6 cm sous couverture cartonnée en couleurs, 9,35 € (prix France)

26 09 13

Un témoignage courageux

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" Ma fille s'appelle Amaal et comme tout bon père qui se respecte, je n'en suis pas peu fier."

Pas facile de parler de stérilité masculine. Il ne faut être ni homme ni grand clerc pour le deviner. Brisant le tabou - et toute pudeur -  qui entoure généralement la tristesse de se découvrir infertile, Olivier Poivre d'Arvor offre un témoignage percutant, clinique et précis sur l'azoospermie.

S'il est intéressant pour hommes et couples qui s'interrogent sur leur fécondité,  le témoignage du journaliste s'adresse aussi à  ceux pour qui la conception ne pose problème, qui obéissent, sans  le réalisern à un déterminisme social et biologique. Intéressant enfin, pour ceux qui refusent la procréation.

" La question était donc bien celle de la volonté de l'individu, cette volonté d'affronter l'imprévisible de l'autre et d'espérer en même temps le prolongement de soi-même, [...]"

Le choix de l'adoption ne facilita pas le parcours (du combattant) d'Olivier Poivre d'Arvor car, quinquagénaire,  résolu à demeurer célibataire, du moins sans attache affective, il ne présentait pas le profil du candidat idéal.

Volet logique de ce désir irrépressible de fonder famille, la suite du récit s'ouvre sur l'Afrique "dont le ventre, si fécond, et le coeur, si ouvert, et la mémoire, si durablement fidèle, permettent, aujourd'hui encore, d'exceptionnelles rencontres." La rencontre, le 16 septembre 2009,  avec Amaal, Togolaise de 7 ans et son adoption scellent le destin et le bonheur d'un père ..émerveillé.

J'écris, guidé par mon enfant. Comme précédé par une canne d'aveugle en pleine nuit. J'écris pour ma mère qui m'a donné la vie, cette vie que je veux redonner à Amaal."

Apolline Elter

Le jour où j'ai rencontré ma fille, Olivier Poivre d'Arvor, témoignage, Grasset, août 2013, 256 pp, 18 €

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24 09 13

Livrés à leur (injuste) sort

cvt_Au-revoir-la-haut_9324.jpegCertaines amitiés sont animées d'un sentiment de dette. Tel s'enclenche l'attachement d' Albert Maillard, soldat à la face lunaire à Edouard Péricourt, dont la  face a été mutilée par l'éclat d'un obus. 

S'estimant redevable envers lui de sa vie, Albert va se dévouer corps et âme à ce fils de famille à ce point déprimé qu'il préfère se faire passer pour mort aux yeux des siens. Une entreprise qui lui donnera bien des soucis.

" Il savait qu'on se remet de tout, mais depuis qu'il avait gagné la guerre, il avait l'impression de la perdre un peu plus chaque jour."

Bouvard & Pécuchet  ruinés d'une après-guerre désastreuse, les compères montent alors une ...colossale escroquerie aux monuments de commémoration funéraire. Juste vengeance d'un destin qui ne les épargna pas? 

"Ce qui se produisit à partir du 13 juillet pourrait figurer au programme des écoles d'artificiers ou de démineurs comme excellent exemple de situation explosive à allumage progressif."

Maîtrisant avec brio tension,  effet narratifs et quelques doses d'humour bien distillées,  Pierre Lemaître dénonce  l'abandon des Poilus par les Autorités, au sortir de la guerre 14-18. Il le fait de façon plaisante, offrant à notre lecture un roman - de facture sans doute plus masculine -  drôlement bien ficelé.

Un coup de coeur de la rentrée littéraire.

Au revoir là-haut, Pierre Lemaître, roman, Albin Michel, août 2013, 570 pp, 22.50 €

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21 09 13

Un livre courageux...

Le livre noir de l'occupation israélienne.jpgLe texte ci-dessous a paru dans la livraison du 21/09/2013 de l'édition belge du magazine MARIANNE :

Véritable coup de tonnerre, Le livre de noir de l'occupation israélienne à paraître en octobre prochain chez Autrement à Paris rassemble, préfacés par le grand historien juif Zeev Sternhell et recueillis par l'ONG Breaking the Silence fondée à Jérusalem en 2004 par des vétérans de Tsahal, 145 témoignages de soldats et d'officiers israéliens relatifs à l'action quotidienne et aux crimes de guerre commis par l'armée de l'État hébreu en Palestine.

Et tout y passe : réveil d'un village en pleine nuit à coups de grenades pour faire régner la terreur, destruction de maisons au motif de rechercher des armes dont on sait qu'elles ne s'y trouvent pas, soutien brutal à des pique-niques (!) de colons, arrestation d'enfants, passage à tabac de prisonniers menottés, annexion de terres, interdictions de passage aux check-points pour les enfants et les adultes atteints de jaunisse ou de cancer, actes de pillage, de violence gratuite et de vandalisme, exécutions sommaires pour lesquelles on est félicité...

On est donc bien loin de l'image pieuse d'un Israël démocratique luttant contre le terrorisme palestinien pour protéger ses habitants des sauvageries (bien réelles, elles aussi) du Hamas.

Considérés comme des traîtres dans leur pays parce qu'ils mettent au jour ce que leurs compatriotes savent tous mais ne veulent pas reconnaître, ces témoins pour l'Histoire sont en réalité des Justes dont il faut soutenir l'action en faveur de la paix par une large diffusion du  récit de ce qu'ils ont vu...

Quitte à se faire taxer d'antisémite par les va-t-en-guerre extrémistes à la botte du Likoud, d'Israel Beytenou  et des colons ultra sionistes.

Comme d'hab'...

Bernard DELCORD

Le livre noir de l'occupation israélienne, ouvrage collectif, préface de Zeev Sternhell, Paris, Éditions Autrement, octobre 2013, 399 pp. en noir et blanc au format 15 x 23 cm sous couverture brochée en couleurs, 22 € (prix France)

21 09 13

Jubilatoire

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Sur la terrasse d'un restaurant parisien,  un groupe disparate, réuni par la seule amitié qu'il porte à Paul attend que celui-ci débarque, héros du jour et de l'anniversaire-surprise que Marguerite, son épouse, lui a concoctée.

Oui mais voilà, à l'autre bout de Paris, vêtu d'un jogging flasque, d'une humeur adaptée et de la furieuse envie de suivre un match de foot à la télé, Paul résiste à toutes les tentatives qu'opère Marguerite pour l'extraire de son fauteuil.  Nous sommes fin juin, Paul est natif de février, quadragénaire, casanier, plutôt déprimé ..il est à mille lieux - quelques  kilomètres exactement - de se douter de l'amical complot dont il est l'objet. L'occasion idoine  pour faire le bilan de sa vie et d'une tyrannie conjugale dont il se lasse soudainement.

" Les couples se construisent aussi dans la violence, tout cela n'est rien d'autre, doit penser Marguerite, qu'un épisode un peu plus constructif que les autres. Elle a dû se convaincre, Marguerite, que rien de très grave ne s'est produit ce soir,  qu'on ne peut détruire Rome en une fois, comme ça, alors qu'on devait aller danser." 

Observatrice malicieuse, drôle et  farfelue, anthropologue  d'une comédie humaine parfaitement contemporaine, Maria Pourchet, alterne les scènes - d'intérieur,  en l'appartement de Marguerite et de Paul - d'extérieur, sur le toit-terrasse du restaurant. Elle prend le lecteur à parti et l'invite au spectacle d'un couple qui se déchire, d'un microcosme social qui tente tant bien que mal de passer le temps de l'attente... mêlant, pour ce faire, les styles narratif, direct et  indirect en un cocktail subtil, acrobatique et réussi.

" Le rituel se poursuivait dans le strict respect du contrat signé entre Marguerite et l'hôtelier, sans considération pour le fait qu'elle ne fût pas là. C'est aussi que personne n'avait songé à prévenir les cuisines de ce raté de l'organisation. Bientôt, transporté par une serveuse embarrassée de ne savoir à qui l'adresser, le gâteau d'anniversaire fit son entrée. Une sorte de fraisier hérissé de bougies  tempête. La serveuse conservait une expression interrogative, de plus en plus crispée aussi, du fait du poids de la charge. L'assemblée  considérait intensément les bougies tempête dont le pouvoir hypnotique est réel. Le temps passait, les yeux brillaient."

 Un deuxième roman.

Une toute belle découverte  de la rentrée littéraire

Apolline Elter

 Rome en un jour, Maria Pourchet, roman, Gallimard, août 2013, 180 pp, 16.9 €

 

Billet de faveur

AE : Après un premier roman remarqué, vous …avancez d’un cran, Maria Pourchet, dans le panthéon littéraire. Quels sont vos auteurs de prédilection ?

Maria Pourchet : Dans le désordre, Gary, Perec, Aymé, Giono, Faulkner ... mais je crois qu’aucun d’entre eux n’est au Panthéon.

AE : L’accueil réservé à Avancer (NDLR :  Gallimard, rentrée  littéraire 2012) a-t-il facilité l’écriture de ce deuxième roman ?

Maria Pourchet : L’écriture du deuxième roman est déjà désencombrée de bien des poids qui ralentissent l’écriture du 1er : un éditeur me lira t-il ? Suis je vraiment un auteur ? Y aura t-il des lecteurs au rendez-vous ? Toutes ces questions sont résolues. Et l’accueil fait à Avancer a aussi beaucoup compté oui. Pour avoir rencontré bien des lecteurs l’année dernière, je pouvais les identifier, savoir davantage pour qui, voire à qui, j’écrivais.Très stimulant, plus que ce que j’aurais imaginé.

AE : L’image des « quadras » véhiculée par Marguerite et Paul n’est pas très engageante… Est-ce la vision que vous avez de cette décennie ?

Maria Pourchet : Non, pas vraiment. J’ai davantage l’impression de proposer des caractères singuliersqu’une caricatured’une généralité générationnelle. Et je préfère les nuances au généralité. Mais ces caractères (Paul, Marguerite et les autres) sont réalistes et disent quelque chose de leur temps en revanche, ça oui.

AE : Question rituelle de nos billets de faveur, quelle est votre madeleine de Proust ?

Maria Pourchet :L’odeur du hêtre. Dist comme ça, ça fait un peu « jambon fumé » mais vraiment : rien ne me renvoie aussi loin en arrière que l’odeur de l’écorce des hêtres.

 

 

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