30 01 14

Bernard

"D'emblée, notre histoire a mal commencé: ils ont décidé de m'appeler Bernard"

La veine préférée de David Foenkinos est celle de la banalité dans sa plus extrême expression, de la vie dans sa plus affligeante normalité. Son héros de prédilection: l'anti-héros qui subit, en victime obligée, les aléas cumulés de la guigne. Tel Bernard, terne quinquagénaire, gestionnaire de fortune au sein d'une petite banque, marié à Nathalie, père d'Alice, leur fille unique, prête à quitter le nid...

" J'ai traversé cette soirée à la façon d'un souvenir dans la vie d'un amnésique"

Et voici que par un enchaînement inexorable de petites brimades et de grandes catastrophes, Bernard  perd emploi, épouse et le sou. Il se voit obligé d'échouer chez ses parents, un couple insipide et routinier - d'endosser patins à parquet et l'infantilisation inéluctable que la situation génère.

Enchaînant les déboires en séquences cocasses et incongrues, David Foenkinos nourrit sa plume d'images insolites, métaphores créatives qui en rendent la lecture des plus savoureuse.

La tête de l'emploi, David Foenkinos, roman, Ed J'ai Lu (Inédit -grand format), janvier 2014, 282 pp, 13.5 €

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28 01 14

Mise sur étal

entretien_cover.jpg

Sous le prétexte narratif d'un entretien avec un inspecteur de police, Lucille  délie, par bribes et flashs,  le fil de sa vie.

Une vie  de poupée, inconsistante,  focalisée sur sa seule beauté et la soumission à un mari brillant, macho et passablement détestable.

"  Le savoir-plaire était du savoir-vivre, y défaillir était déchoir.Dans mon cercle, les femmes étaient les premières instigatrices de cette mise sur étal érigée en système, sexes offerts à la convoitise masculine, qu'il convenait de voiler du non-dit"

Fustigeant les travers d'une société réduite à la dictature des apparences et contrats relationnels implicites , la narratrice découvre, par la rencontre avec Jean-Symphorien, un ambassadeur  veuf et fané, qu'il est une autre vie.  Une vie faite de culture et de relations vraies . Ce faisant, elle se réveille et révèle à elle-même .

Monologue vivant, joliment imagé, au rythme maîtrisé, transitions bien ficelées, le roman d'Ida Jacobs se déguste avec bonheur,  évoquant par bien des accents, la plume brillante et dense  de la regrettée Jacqueline Harpman.

Une belle découverte.

Apolline Elter

L'entretien, Ida Jacobs, roman, Ed. Caïra, oct.2013,  176 pp, 15 €

 Note d'acquisition: distribué dans une série de librairies desservies par les AMP (Messageries de la presse) - l'ouvrage peut être commandé - franco de port - auprès des éditions Caira : @ info@caira-editions.be 

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26 01 14

« La piu bella mamma nel mondo »...

Venise mariale 1.jpgRéputée pour avoir été fondée le jour anniversaire de l'Annonciation, le 25 mars 421, et placée dès l'origine sous la protection de la Vierge, Venise est indissociablement liée à la mère de Jésus. Nombreux sont les lieux, laïcs ou sacrés, qui y font référence et innombrables les œuvres d'art qui lui ont été dédiées ou qu'elle a inspirées au fil des siècles.

C'est ce trésor artistique unique que propose de découvrir l'historienne Noëlle Dedeyan dans Venise mariale, un guide splendide somptueusement illustré comme en témoigne l'image ci-dessous [1], à travers une série d'itinéraires thématiques (avec plans, index des lieux et des artistes) structurés autour des mystères du Rosaire, qui conduisent le lecteur-voyageur au plus près des richesses intimes et variées de la Sérénissime.

Une approche spirituelle tout autant qu'esthétique qui s'adresse à tous, croyants ou non, l'une renvoyant sans cesse à l'autre dans un double appel à la contemplation et à la beauté.

Bernard DELCORD

Venise mariale par Noëlle Dedeyan, Lausanne, coédition Favre/Les 3 Orangers, août 2013, 385 pp. en quadrichromie au format 13,2 x 21,2 cm sous couverture brochée en couleurs, 19,50 € (prix Suisse)

 

 

Venise mariale 2.jpg

L'Adoration des bergers (détail) par Paolo Caliari dit Veronèse (1528-1588),

chapelle du Rosaire, basilique Santi Giovanni e Paolo (Castello)



[1] Et au prière d'insérer fort bien rédigé, qui a fortement inspiré notre texte de présentation de l'ouvrage...

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26 01 14

L'été des lucioles, de Gilles Paris : tendre, sensible et lumineux!

CVT_Lete-des-lucioles_8133.jpeg« Ce monde, pour moi, est comme un énorme point d'interrogation. (…) Moi, j'ai envie de crier que j'ai besoin de tout comprendre. Et les dictionnaires qui trainent à la maison ne suffisent pas. » (P.106) Victor, du haut de ses neuf ans, est un petit garçon avide de connaissances, de découvertes sur le monde qui l'entoure. Un environnement très féminin, entre sa maman, libraire et blogueuse littéraire, Pilar, la compagne artiste peintre de cette dernière, et enfin Alicia, sa sœur ainée. « Je dois les protéger, car je suis le petit homme de la famille. » (P.61) Responsable, indiciblement touchant, notre petit homme pose sur l'existence un regard sensible, profond, dénué de préjugés. Le regard d'une âme pure.

Il a bien une esquisse de réponse sur la séparation de ses parents, mais tant d'interrogations restent encore en suspens, tant de mystères autour de lui demeurent à élucider. Pourquoi son papa reste t-il un éternel enfant? Pourquoi refuse t-il de les accompagner chaque été à Roquebrune? Pourquoi ses parents ne vivent-ils plus ensemble alors qu'ils éprouvent toujours des sentiments l'un pour l'autre?Pourquoi sa sœur collectionne t-elle les idylles comme des images Panini? Des « pourquoi » qui se succèdent dans une folle farandole.

Et cet été, lors des vacances à Rocquebrune, dans la résidence héritée de sa tante Félicitée, les points d'interrogation vont se bousculer. Pilar ne l'avait-elle pas averti en lui tirant les cartes? « Cet été tu devras te méfier de la mer et des orages » ? Se méfier, voilà qui est aux antipodes de l'état d'esprit de Victor, prompt à s'enflammer avec son copain Gaspard pour des balades sur des sentiers douaniers autrefois fréquentés par des pirates, pour les beaux yeux de la petite Justine, pour les mystérieux jumeaux Tom et Nathan ou pour les confidences de la bienveillante Baronne.

La prophétie de Pilar était pourtant exacte. La mer et les orages viendront troubler les vacances de Victor et de sa famille...

Avec L'été des lucioles, Gilles Paris nous offre un roman d'une sensibilité exquise, tendre au coeur, doux comme une caresse. Un conte initiatique empli de poésie.

Alors si vous avez envie de soleil, de vacances, de douceur, d'air marin, ne vous ruez pas dans votre agence de voyages mais dans votre librairie!!! Ce voyage au pays de l'enfance vous laissera des lucioles dans les yeux, le coeur et l'âme.

A lire absolument!!!

 

P.31 : Et si grandir, c'était essayer de rendre sa vie meilleure jour après jour?

P.106 : Les secrets, Victor, c'est comme les coquillages qui refusent de s'ouvrir, on ne sait jamais ce qu'il y a à l'intérieur.

 

Karine Fléjo

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26 01 14

Métamorphoses...

Voyage corsaire.jpgLe politologue italo-belge Giuseppe Santoliquido a fait paraître aux Éditions Ker à Hévillers un roman en abyme intitulé Voyage corsaire dans lequel « par une nuit sans lune, un écrivain fit un songe. Il rêva qu’il se réveillait en sursaut et, sous l’effet d’une modification physique inattendue, s’en allait rédiger les souvenirs d’un voyage au Cameroun auquel il n’avait jamais participé ».

Frédéric Verratti, alter ego de l’écrivain, y rencontre par l'entremise de son chauffeur de mystérieux personnages : un metteur en scène pasolinien qui, chaque année, avec l’aide d’acteurs issus de la population locale, monte l'Orestie d'Eschyle sur un radeau au cœur de la savane ; un chasseur qui s’apprête à affronter la mort ; ou encore une ancienne militante politique confrontée à la dispersion de ses idéaux.

Personnage central du récit, l'Afrique noire, métaphore des ténèbres de nos origines, mais aussi de la solidarité humaine, est prétexte à mille réflexions sur nous-mêmes, nos engagements et le sens de la vie.

Un livre profond, dans le prolongement d'œuvres emblématiques de Kafka, de Conrad, de Gide et des maîtres du réalisme magique...

Bluffant !

Bernard DELCORD

Voyage corsaire par Giuseppe Santoliquido, Hévillers, Ker éditions, novembre 2013, 194 pp en noir et blanc au format 11,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 12 €. Ce livre est également disponible en version digitale.

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25 01 14

Prix Rossel 2013

 

 Un titre qui fleure les collections enfantines à la Roger Hargreaves...

Un propos qui, sous le couvert de la fraîcheur, de la sobriété et d'une enquête méthodique sur ses origines familiales, rend bel hommage à la personnalité énigmatique et attachante du père de l'auteur, Chaïm Berenbaum, pharmacien, concepteur de potions miraculeuses.

Juif polonais,   constamment "persuadé de l'avenir radieux de la planète", celui qui se fera appeler Hubert Berenboom arrive en Belgique en 1928,  décroche diplôme de pharmacien et épouse la superbe  et opiniâtre Rebecca Bieniakonski , de 8 ans sa cadette. Sauvé de la persécution juive durant la guerre par emprunt de l'identité bien belge de Janssens et celui de multiples cachettes,  le couple donne naissance en 1947 à Alain, leur fils unique.

" Alors dites-moi comment je m'appelle. Et de qui je suis vraiment le fils?  Je me console en pensant que de tous les Berenbaum, je suis le Berenboom préféré de mon père. Berenbaum, une famille avec une identité à géométrie variable"

Décidé à s'en tenir scrupuleusement aux faits avérés d'un passé qui lui a été largement tu, Alain Berenboom invite le lecteur au coeur de sa quête identitaire, religieuse, au coeur palpitant  d'une histoire familiale, nourrie d'amour, de  souvenirs rares et  émouvants,  de paradoxes, d'énigmes et de supputations. Il use, pour ce faire, de son talent d'enquêteur, de conteur et cette simplicité joviale qui rendent la lecture de son témoignage particulièrement attrayante.

 Un Prix Rossel largement mérité

Monsieur OPTIMISTE,  Alain Berenboom, récit, Ed. Genèse, oct. 2013, 242 pp, 22.5 €

Billet de faveur

AE : Votre naissance, la flamandisation du patronyme Berenbaum  intègrent pleinement le couple de vos parents en leur terre d’élection. Une intégration que votre maman opérera tout aussi  farouchement par le biais de la table…

Alain Berenboom : Lorsque mes parents à la fin de 1941, furent obligés de se cacher pour échapper aux rafles, ma mère se lança dans une activité littéraire surprenante: elle écrivit un livre de recettes de cuisine. Des recettes de cuisine plus belge que nature, qui nécessitaient, pour leur préparation, des ingrédients absolument impossibles à trouver en pleine guerre et surtout dans la situation dans laquelle ils survivaient.

C'était le message que ma mère avait jeté à la mer: son appartenance à la Belgique par l'estomac."

 

 

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23 01 14

Un vrai Beauregard

"L'émotion est comme un ascenseur qui n'arrête pas de monter. Il n'y a que les larmes pour le faire redescendre."

Gilles Paris aime emprunter la plume de l'enfance, observateur bienveillant d'un monde adulte, de ses comportements et tourments.

Victor Beauregard, le narrateur  a 9 ans. Il vit à Bourg-en-Bresse, avec Alicia, sa grande soeur,  choyé de ses deux mamans, Claire, sa maman biologique, libraire et bibliophage acharnée et Pilar, peintre argentine. François, le père, vit à Paris, sorte de Peter Pan qui tente péniblement d'entrer dans le monde des adultes responsables.. Jamais il ne se rend au Cap-Martin où sa famille recomposée passe l'été.

Incarné par Tom et Nathan, un mystérieux couple de jumeaux, le passé de la résidence d'été, de sa propre famille,  va surgir à la conscience de l'enfant. Il tente d'en percer le secret, aidé de Gaspard Clerget, son nouvel ami, de  Justine de Vallon-Tonnerre, dont il est épris et des apparitions lumineuses de lucioles éphémères.

" Les secrets, Victor, c'est comme les coquillages qui refusent de s'ouvrir. On ne sait jamais ce qu'il y a à l'intérieur."

Empreint de fraîcheur, de tendresse et de la mûre indulgence de l'enfance, le roman se présente comme une passerelle avenante vers l'âge adulte.

L'été des Lucioles, Gilles Paris, roman, Ed. Héloïse d'Ormesson,  23 janvier 2014, 222 ppn 17 €

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19 01 14

« Marlborough s’en va-t-en guerre… »

Mémoires de guerre 1919-1941 (Churchill) 2013.jpgEn publiant récemment en version de poche – dans l'excellente collection « Texto » qu'il anime chez Tallandier à Paris – les Mémoires de guerre 1919-1941 de Winston Churchill (un second tome suit, couvrant la période de mars 1941 à mai 1945), le grand éditeur Jean-Claude Zylberstein (à l'origine des publications à succès de la maison 10/18) a fait œuvre triplement utile.

D’abord en donnant à lire un texte de l’un des plus grands et des plus talentueux auteurs du XXsiècle, lauréat du Prix Nobel de littérature en 1953 « pour sa maîtrise de la description historique et biographique ainsi que pour ses discours brillants pour la défense des valeurs humaines ».

Ensuite en remettant sur le devant de la scène, et de manière ô combien vivante, les tenants et les aboutissants de la plus formidable des tragédies humaines, qui vit accéder au pouvoir les deux plus infâmes tyrans que la terre ait jamais portés – Hitler et Staline – et qui provoqua les déchaînements de la plus effroyables des guerres.

Enfin en permettant au lecteur d’aujourd’hui d’apprécier (la traduction française est de belle qualité) la grande finesse d’esprit du plus spirituel et du plus enjoué des ministres qui, à travers les âges, servirent Sa Gracieuse Majesté.

Florilège :

« [Après la mort d’Hindenburg,] l’abîme s’ouvrit, et dans cet abîme s’avança un fou au génie féroce, dépositaire et incarnation des haines les plus virulentes qui jamais rongèrent des cœurs humains : le caporal Hitler. »

« [Un quart d’heure après l’annonce, en septembre 1939, du début de la guerre par le Premier ministre Chamberlain à son gouvernement,] nous nous dirigeâmes vers l’abri qui nous était assigné, armés d’une bouteille de cognac et d’autres remontants thérapeutiques appropriés. » 

« [Après avoir expliqué les bénéfices physiques qu’il retirait d’une courte sieste quotidienne] L’amiral Pound, premier lord de la mer, adopta ma technique dès qu’il l’eut comprise, à cette différence près qu’au lieu de se coucher réellement, il s’assoupissait dans son fauteuil. Il allait même plus loin, en s’endormant pendant les réunions du cabinet ; mais un seul mot au sujet de la Marine suffisait à le réveiller pour de bon. Rien n’échappait à son oreille vigilante et à son esprit perspicace ».

Le ton est donné… Celui de la passion de décrire, de dire et de faire l’Histoire !

Bernard DELCORD

Mémoires de guerre 1919-1941 par Winston Churchill, texte traduit, présenté et annoté par François Kersaudy, Paris, Éditions Tallandier, collection « Texto » dirigée par Jean-Claude Zylberstein, septembre 2013, 666 pp. en noir et blanc au format 12 x 18 cm sous couverture brochée en couleurs, 12,50 € (prix France)

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19 01 14

Les plantes du Bon Dieu...

Jardins de curé, jardins d'antan.jpgTradition millénaire déjà consignée dans le Capitulaire de Villis écrit vers 795 à Aachen (Aix-la-Chapelle) et attribué à Charlemagne ainsi que sur les plans du monastère de Saint-Gall où les plantes ont été commentées en 842 sous forme de poèmes dans l'Hortulus par le moine Walafried de Strabo (809-849), les jardinets ecclésiastiques font l'objet ces jours-ci sous la plume de deux horticulteurs passionnés, Claudie Mangold et Philippe Ferret, d'un bien bel album paru chez Flammarion à Paris sous le titre Jardins de curé, jardins d'antan, qui invite le lecteur à redécouvrir ces potagers fleuris qui permettaient tout à la fois de nourrir le prêtre, de soigner ses ouailles et d'orner l'autel.

La démarche des auteurs a des allures proustiennes, qui invite à retrouver des souvenirs d'enfance en recréant au mieux chez soi le charme suranné des jardins d'autrefois – un espace clos au cœur d'un village, une grille patinée par le temps, des poiriers adossés à des murs lézardés, des pivoines généreuses, des glaïeuls multicolores, des bordures de ciboulette et de fines herbes, ici ou là des aiguilles de Notre-Dame, des souliers du Bon-Dieu, de la monnaie-du-pape, des chapeaux d'évêque, de la barbe de capucin, de la salade de chanoine, des bâtons de Jacob, de l'herbe de Sainte-Cunégonde, des bourdons de Saint-Jacques, des étoiles de Bethléem et des croix de Jérusalem... – par le mariage harmonieux des plantes utiles et d'ornement dans un îlot de calme et de sérénité.

Des plates-bandes spirituelles, en somme...

Bernard DELCORD

Jardins de curé, jardins d'antan par Claudie Mangold et Philippe Ferret, photographies de Laurence Maillet, Paris, Éditions Flammarion, octobre 2013, 191 pp. en quadrichromie au format 19,8 x 24,6 cm sous couverture cartonnée en couleurs et à rabats, 24,90 € (prix France)

Pour vous, nous avons recopié dans ce recueil paisiblement vintage les lignes suivantes :

Un jardin plein de vie

La notion d'équilibre biologique était jadis évidente dans la vie de tous les jours, et dans la culture du jardin en particulier. Empiriquement, le jardinier connaissait l'importance des animaux nuisibles, comme celle de ses alliés. Les oiseaux, accueillis dans les arbustes et les haies, se chargeaient de détruire vers et escargots, secondés dans leur tâche par les hérissons réfugiés sous le tas de bois ; les raminagrobis, aidés des chouettes, s'attaquaient aux campagnols et musaraignes ; les bêtes à Bon Dieu (coccinelles) se gavaient de pucerons.

L'utilisation raisonnée des pesticides naturels permettait encore la prolifération des papillons et de nombreux insectes, qui pouvaient à loisir nicher et se nourrir dans les herbes folles, les orties, les haies sauvages. On rencontrait fréquemment des vers luisants et des lucioles, qui ponctuaient les visites nocturnes au jardin.

Cette faune active était religieusement respectée. Le rouge-gorge, éternel ami du jardinier, le ballet incessant des hirondelles faisant leur nid à l'abri des toits ou dans les dépendances, les troglodytes cocasses réfugiés dans les murs, les tourterelles roucoulant dans la ramée... offraient d'innombrables occasions d'observer la vie, rythmée par la ronde des saisons.

De nombreux trucs et tours de main étaient utilisés pour juguler maladies et parasites.

Les petits élevages étaient très courants. Ainsi, lapins, poules, canards et pigeons agrémentaient l'ordinaire, tout en fournissant une matière organique précieuse, une véritable manne pour nourrir et régénérer la terre, garantir de bonnes récoltes.

Quelques traitements biologiques efficaces au potager :

– Utilisez une décoction de prêle contre la cloque du pêcher.

– Percez la base des tiges de tomate avec un fil de cuivre que vous laisserez en place, afin de lutter contre les maladies cryptogamiques.

– Capturez les limaces et escargots avec des coupelles enterrées à ras du sol et remplies de bière.

– Placez les rameaux supprimés lors du pincement des tiges de tomate entre les feuilles des choux, leur odeur éloignera la mouche du chou.

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18 01 14

Une saga héroïque

Les Hommes de l'Aéropostale.jpgGermain Chambost est un ancien pilote de chasse, grand reporter à Sud-Ouest. Membre de l'Académie nationale de l'air et de l'espace, il a entrepris, en compilant divers témoignages dans Les Hommes de l’Aéropostale paru aux Éditions Omnibus à Paris, de raconter l’histoire de la légendaire compagnie aérienne dont les fleurons humains avaient entre autres pour nom Pierre-Georges Latécoère (1883-1943), Didier Daurat (1891-1969), Jean Mermoz (1901-1936), Antoine de Saint-Exupéry (1900-1944), Joseph Kessel (1898-1979) ou Henri Guillaumet (1902-1940).

Écoutons-le :

« En 1927, en un temps où chaque vol était une aventure à haut risque, quelques hommes qui n'avaient pas froid aux yeux lancèrent une ligne aérienne dont le but était de transporter le courrier depuis la France vers le Sud - jusqu'en Afrique d'abord, puis jusqu'en Amérique du Sud. Trente-deux millions de lettres furent ainsi transportées grâce à eux pour la seule année 1930. Victime de son succès, mais aussi d'un "lâchage" diront certains, l'Aéropostale est mise en liquidation en 1933, puis fondue au sein d'Air France, qui la possédera jusqu'en 2000.

Est-ce parce qu'un de ses pilotes s'appelait Antoine de Saint-Exupéry ? Est-ce parce que le grand Mermoz en fut un pionnier ? Ou parce que Guillaumet l'a hissée au rang d'expérience surhumaine ? C'est pour toutes ces raisons à la fois que l'Aéropostale est passée de l'histoire au mythe. Mais la gloire des héros a fini par effacer la réalité de l'aventure. Ce recueil de souvenirs rend la parole aux témoins, à ceux qui ont vécu l'Aéropostale depuis sa naissance jusqu'à sa disparition au sein d'Air France.

Pilotes, radionavigateurs, mécaniciens, chefs de station… Ils racontent les exploits, les accidents, les folies, les heures sombres, les haines, mais aussi les rencontres inoubliables et les images grandioses. (…)

Ils volaient au ras de l'eau et frôlaient les sommets. Leurs appareils tombaient souvent en panne – dans le Sahara, sur les plages du Brésil, dans les neiges de la Cordillère...

Il arrivait aussi que leurs ailes se brisent en plein vol ou que le pilote soit arraché de son siège par une bourrasque. Pourtant, ils ne renonçaient pas ; ils repartaient. "Le courrier doit passer" était leur devise.

Beaucoup sont tombés avec leur avion, mais heureusement, d'autres ont vécu assez longtemps pour raconter leurs incroyables souvenirs. Des "autres" parmi lesquels Joseph Kessel et Antoine de Saint-Exupéry, mais aussi de plus humbles témoins dont les récits ne sont pas moins exaltants, jusque dans l'ingénuité avec laquelle ils flirtaient avec la mort. »

Une aventure hors du commun !

Bernard DELCORD

Les Hommes de l'Aéropostale, ouvrage collectif présenté par Germain Chambost, Paris, Éditions Omnibus, juin 2013, 800 pp. en noir et blanc au format 13,5 x 20 cm sous couverture brochée en couleurs, 27 € (prix France)

Contenu de l’ouvrage :

Les témoins :

Les pilotes Mermoz, Vannier, Vedel, Delaunay, Guillaumet, Saint-Exupéry, le radionavigateur Dissac, les mécaniciens, Marcel Moré, Claude Mossé, le journaliste Kessel.

Les époques (1919-1933) :

– De la première ligne jusqu'à la traversée de l'Atlantique par Mermoz (racontée par lui-même).

– Vers Dakar. Saint-Exupéry et Courrier sud. Kessel se souvient, en hommage au plus vieux pilote de la ligne.

– L'Amérique du Sud. « C'est là qu'allait naître véritablement la légende. » De nouveaux pilotes et de nouveaux avions ; incidents et accidents spectaculaires. L'exploit de Guillaumet, raconté par lui-même (« Ce que j'ai fait, aucune bête ne l'aurait fait. »).

– La fin de l'Aéropostale : les difficultés, la liquidation, les déchirements. Les survivants donnent leur version des faits.