04 01 15

Un roman magistral

Derrière la colline.jpgParu chez Belfond à Paris en 2000, Derrière la colline de Xavier Hanotte (né en 1960) a été réédité dans la collection nationale belge « Espace Nord » à Bruxelles, ce qui met durablement ce roman exceptionnel à la disposition du public, et ce n’est que justice.

L’ouvrage a pour cadre la bataille de la Somme durant la Première Guerre mondiale et, comme l’a fort bien résumé Carmelo Virone sur le site de la Promotion des Lettres [1], il « met en scène un jeune lettré anglais du nom de Nigel Parsons, poète à ses heures sous le pseudonyme de Nicholas Parry, qui vient de se voir refuser la place d'enseignant qu'il postulait.

Poussé par un dépit amoureux et par le militarisme ambiant (l'Angleterre doit voler au secours de la Belgique, dont la neutralité vient d'être violée), il va s'engager dans l'armée en même temps que William, un jardinier avec qui il s'est lié d'amitié. Nous vivrons avec eux les heures glauques de l'attente, dans les tranchées boueuses infestées par les rats et les poux ; nous sui­vrons sur leurs pas les moments d'horreur de la bataille, en ce jour chaotique et funeste du 1er juillet 1916 où 40 000 soldats anglais alignés comme à la parade moururent sous les feux allemands.

Entre Nigel et William, entre l'homme de lettres et celui de la terre, s'est glissé un miroir infidèle, qui renvoie à chacun son image inversée : doubles, jumeaux, frères, amis, différents par la naissance et le destin. L'un périra au combat, l'autre cultivera la mémoire du disparu ».

L’histoire commence d’ailleurs le 30 juin 1948 et, si elle constitue un flash-back apparemment classique, elle est aussi une interrogation sur la restitution des événements non seulement à travers les filtres de la mémoire, mais aussi par le biais des techniques du récit –extraordinairement maîtrisées par l’auteur – qui mènent le lecteur au cœur d’un monde illusoire dont les forces sont supérieures à celles de l’univers réel.

Il s’agit là de ce que le fameux critique français Edmond Jaloux (1878-1949) avait baptisé en 1931 du nom de « réalisme magique » dans les colonnes de l’influent quotidien parisien Le Temps s’agissant d’un autre roman belge dont l’action est située durant la Grande Guerre, Handji de Robert Poulet (1893-1989), avec lequel Derrière la colline présente, mutatis mutandis, bien des similitudes.

Un véritable tour de force littéraire !

Bernard DELCORD

Derrière la colline par Xavier Hanotte, postface de Jérôme Duhamel, Bruxelles, Éditions Les Impressions Nouvelles, collection « Espace Nord », novembre 2014, 399 pp. en noir et blanc au format 12 x 18,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 10 €



[1] http://www.promotiondeslettres.cfwb.be/index.php?id=derrierelacollinehanotte.

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