12 02 15

Le poète sur son île

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Dans ce recueil, la plupart des poèmes sont composés dans des habits classiques avec pieds et rimes : c'est comme une promenade dans un parc fabuleux et reposant ; loin des gesticulations intellectuelles et d'avant-garde !

Plutôt que d'un parc, je devrais vous parler de la mer, qui est omniprésente dans « L'archet et la flèche » de Philippe Colmant.

La présentation d'Yves Bossut, par ailleurs un artisan du mouvement surréaliste belge, aux côtés de Scutenaire ou de Magritte, évoque en la personne du poète un violoniste : « Le poète effleure le sens des mots, les caresse, les organise : jeux d'assonances pour la modulation des voyelles, allitérations pour la sonorité des consonnes, et la rime, pour le retour du même son, et bien d'autres combinaisons encore. » Et de donner cet excellent conseil, valable pour toute lecture de poésie : « Ne pas se livrer à une lecture trop rapide, de la tête, sans le coeur. Y revenir et découvrir que sa poésie est harmonie et musique pour l'âme » !

D'emblée le premier texte nous emporte. « Qui peut voir ? » commence ainsi :

« Qui peut voir ondoyer les graciles oyats,

Posés tels des cils sur les paupières des dunes... »

 Je vous l'ai dit, la mer, l'océan, les bateaux, l'enfance... et ces jeux autour des mots : « un navire à marées » ou « T'attendre / Envers et contre tout. / T'attendre/ En vers et contre tous. »

 

Ne manquez pas la description magnifique de « La grande marée » !

 J'aime qu'il soit poète d'aujourd'hui avec les problèmes du monde, comme « L'exode ».

 J'aime qu'il soit poète de toujours avec l'évocation de ses frères dans la poésie : Rimbaud, Verlaine, Eluard... dans « Poésieland ».

 Quelques reflets sur les vagues des poèmes ?

 « Je sais bien que la nuit, toutes les chansons grisent. »

 « Au pays des dragons, des sampans et des jonques,

 Où la mer se noircit comme à l'encre de Chine, »

 Et puis le poète isolé au milieu de la mer qu'il crée :

 « Sur mon île,

 Dont je suis l'éternel nomade,

 Les arbres poussent dans mes mots

 Et dansent sous les vents d'ailleurs. »

 Pour l'instant, celui qui m'emmène le plus efficacement hors du temps s'appelle « Les amis décousus », dont voici la première strophe :

 « Te souviens-tu des jours où nous chantions voix nue,

 Où cet air voyageait jusqu'aux ciels d'Amérique,

 Portés par des vents bleus, têtus et chimériques,

 Qui gardaient nos accents et repoussaient la nue ? »

 Ce poète est né à Bruxelles. Il dit vivre aujourd'hui dans « le jardin des mots », ce lieu secret qu'il nous laisse entrevoir un moment !

 

Jacques MERCIER

 

« L'archet et la flèche », Philippe Colmant. Préface de Yves Bossut. Poèmes. 2014. 82 pp. 12 euros. Philippe.colmant@gmail.com

 

 

 

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