24 04 15

La liberté, c'est la poésie !

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Le mot « liberté » est un mot sacré qui n'est jamais si bien utilisé que par les poètes. Philippe Colmant est un poète. On trouve dans ce recueil deux des plus belles définitions de cet état, de cette vocation, de ce vice impuni : « Les poètes sont des nomades / Dans les sables mouvants / Du temps qui fuit sans cesse », mais aussi « Poètes, / Va-nu-pieds qui marchez / Sur les tessons de verre/ De vos cœurs éclatés » !

 

>Les poèmes sont souvent de facture classique, parfois ce sont de courts textes inspirés qui s'évadent de ce cadre. Et cela donne des instants de jubilation : « Aimer l'arbre / Lui parler »...

 

Les poèmes sont aussi des jeux autour des mots, des rapprochements de sens, de syllabes, de racines. Car c'est bien la poésie qui s'occupe le mieux de la langue française, du langage, de la recherche profonde du sens : « La nuit tombe sur ces tombeaux » ou « Et je ris de me voir / Si gai en ce mouroir » ou « Le fruit vert de nos pêchers de jeunesse » ou cette magnifique trouvaille « Le phare tourne de l’œil » ou enfin « Trop de censure / Trop de sang sur / Les murs ». Remarquables mouvements des mots qui remuent nos âmes.

 

Notons, au passage, que si le surréaliste Yves Bossut compara le poète Philippe Colmant à un violoniste « qui effleure le sens des mots, les caresse, les organise », on en retrouve ici un écho : « En posant l'arc-en-ciel / Sur les cordes de pluie / Du violon des jours ».

 

De temps à autre le poète se fait chair et parle de « toucher les seins nus de l'indicible » ou évoque « votre corps aux courbes devinées ». Mais l'essentiel est consacré aux barbelés qui entourent et blessent la liberté : les génocides, les camps, la diaspora des peuples, les fusillés, « les hurlements du souvenir ». Le poète est alors terriblement humain et solidaire. Il met ses armes au service pacifique de la mémoire. Et tous les grands thèmes, le temps qui passe et la solitude, par exemple, apparaissent alors dans les écrits : « Le temps est barbelé et déchire les chairs ». Nous savons que pour un arbre soit majestueux et superbe, il faut soigner ses racines autant que ses branches.

 

Du premier au dernier poème, nous vibrons avec l'auteur, je dirais « naturellement ». Tout est déjà dit dans le premier texte : « A la dérive » , car on y trouve avec ce langage unique qu'est la poésie – qui montre, suggère, explicite, bien mieux que de longs essais – notre situation d'être humain, ici, sur cette terre.

 

Mais tout n'est pas encore dit avec le dernier texte « Vouloir », car il faut « rebâtir des ruines un palais / Pour vivre comme un roi et non plus un valet. » Par la fenêtre ouverte, c'est un nouveau paysage qui s'ouvre sous nos yeux. Le livre nous a changés, nous sommes différents, c'est l'alchimie de la belle poésie de Philippe Colmant !

 

Jacques MERCIER

"Chants barbelés", Philippe Colmant. 2015. 70 pp. Philippe.colmant@gmail.com

 

Écrit par Jacques Mercier dans Jacques Mercier, Poésie | Commentaires (0) |  Facebook | |

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