04 05 15

Le dernier Mystère de Sollers !

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Pour définir ce dernier ouvrage de Philippe Sollers « L'école du mystère », il suffit de vous détailler les titres de toutes ses parties (des chapitres?) : Messe, Fanny, Jazz ( « Le Saint-Esprit souffle où il veut, à travers tous les instruments et toutes les syllabes »), école, obscénité, dieux, exclusion, feu, tombeau, Manon, Marilyn, sport, duras, fumée, tippi, singuliers, appels, Odette, nervure, société, critiques, sans-souci, muse, prière.

C'est un foisonnement intelligent et passionnant. Il n'est pas étonnant que l'écriture soir au centre des réflexions : « Presque personne ne semble se douter que l'écriture, comme l'amour, la musique, les échecs, les mathématiques, est un sport de haut niveau. »

Pas surprenant non plus de retrouver ses auteurs favoris : « Lisez attentivement cette phrase, et, même, apprenez-la par cœur : « Ce tintement rebondissant, ferrugineux, intarissable, criard et frais de la petite sonnette. » (la porte du jardin de Combray, dans Proust « à la recherche du temps perdu »)

Mais je recopie quelques phrases du « chapitre » « Nervure » pour vous donner l'envie de découvrir, à votre manière personnelle, avec vos propres références, le tout ! : « La « nervure » consiste à savoir se déplacer à travers les cinq sens. Le mouvement d'abord : se faufiler, se glisser, s'éclipser, devenir invisible (en se montrant parfois à l'excès), faire volte-face, tourner casaque, déserter, mentir. Marcher souvent pieds nus dans le noir, écouter les murs, les parquets, les tapis, les dallages. Choisir des angles de vue selon les couleurs, toucher du bois, discerner les odeurs, saisir des parfums de femmes dans le cou ou derrière les oreilles. Éprouver en profondeur la toile, le coton, la soie, les feuilles, les galets, le velours. Écouter, du plus près possible, la main gauche d'un grand pianiste. Entrer dans le noir nocturne des arbres, pour mieux voir leur vert des matins d'été : Être assis négligemment au bord de la fosse qu'on a fait creuser pour vous enterrer, et, là, surprise dans le film, allumer une cigarette. Être somnambule très tôt, noter ses rêves, s'endormir n'importe où en trois minutes, être sourd quand il faut, mais rester attentif au moindre changement d'accent dans les mots. Être familier de toutes les fenêtres et de toutes les portes. Garder son enfance au bout des doigts, surtout, mystère de la foi. »

Jacques MERCIER

« L'école du mystère », Philippe Sollers. Gallimard 2015. 158 pp. 17,50 euros.

 

 

 

Écrit par Jacques Mercier dans Jacques Mercier, Philippe Sollers, Romans | Commentaires (0) |  Facebook | |

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