29 09 15

Bon anniversaire, Mylène Demongeot

Résultat de recherche d'images pour "mes monstres sacrés demongeot"Ce jour célèbre l'anniversaire , la vie et filmographie riches,  rayonnantes,d'une comédienne généreuse, qui fut l'épouse de Marc Simenon, fils aîné du du célèbre... père du Commissaire Maigret. L'idylle de 35 ans prit fin avec le décès accidentel de Marc Simenon en 1999.

Elle publiait en mai dernier un ouvrage de portraits et souvenirs, tendres, espiègles, un zeste piquants, relatant les rencontres avec tout ce que les media comptent de "people", des années 50 à nos jours :Pierre Lazareff,  Jean Gabin, Charles Trenet, Jean Marais, Henri Verneuil, Alain Delon, Jean-Paul Belmondo, Jacques Chazot, Yves Montand et Simone Signoret, Brigitte Bardot, Jean Yanne, Johnny Hallyday, Daniel Gelin, Louis de Funès,  Salvador Dali, Henri Salvador, Coluche, Pierre Richard, Didier Long, Boris Cyrulnik, Gérard Depardieu et Bernard Weber et même SM Le Prince Charles d'Angleterre . Vous en aurez toruvé  le compte rendu   en notre édition de septembre de l'Eventail ainsi que l'interview que Mylène Demongeot nous a si aimablement accordée.

 

Mes monstres sacrés, Souvenirs et portraits, Mylène Demongeot, récit, Préface de Dominique Besnehard, Ed. Flammarion, mai 2015, 244 p

Écrit par Apolline Elter dans Récits | Commentaires (0) |  Facebook | |

29 09 15

"Escaut ! Salut... Une splendeur !

 

escaut.jpg« J'ai donné au poète une carte, il en a fait un territoire, de lettres et de mémoire mêlés », écrit l'éditeur Thomas Joiret pour Opium éditions! On connaît des ouvrages qui joignent photographie et poésie, mais celui-ci est particulier : Il s'agit d'un voyage entre Antoing et Anvers, au fil de l'Escaut. Ce sont l'image et le texte qui nous prennent par la main, qui nous font glisser d'un lieu à un autre ; avec un incroyable talent, dans cette Belgique si bien ressentie :

« La Belgique est un

grand entonnoir

et partout où il pleut

c'est un peu la

Belgique »

Nous sommes en Picardie et nous arriverons, transformés, à l'embouchure de l'Escaut, dans cette ville où le poète Werner Lambersy est né d'une mère francophone. Une « voix majeure de la littérature poétique de langue française » :

« En ville repose

la dormeuse à peine

pubère de l'eau

qui s'agite dans la littérature

de son rêve et

montre

son épaule

ombreuse parmi

un frou-frou de nuée »

Le photographe, Romain Mallet, propose avec ses photos : « un partage d'instants inestimables ».

N'hésitez pas à vous immerger dans cette beauté pure :

« Le fleuve

tricote la longue

écharpe tranquille que

portent au cou

les cygnes qui vont du

parc aux écluses »

Il existe deux volumes, l'un est bilingue, dans une traduction de Guy Commerman : « Schelde ! Gegroet ». Saluons aussi le travail magnifique de l'éditeur qui « ose » la poésie et le beau-livre !

 

Jacques MERCIER

 

« Escaut ! Salut », Werner Lambersy et Romain Mallet, poésie et photographie, Opium éditions, 2015, 64 pp. 60 euros. Www.opiumeditions.fr

 

Écrit par Jacques Mercier dans Beaux Livres, Jacques Mercier, Poésie | Commentaires (0) |  Facebook | |

26 09 15

Une ré-vé-la-tion

 

 

" L'éternité a duré un nuit." 

Le titre est pascalien: il évoque la fameuse nuit du 23 novembre 1654, qui saisit  d'extase et de joie, le très rationnel penseur Blaise Pascal. Ce dernier a 31 ans, il vient d'échapper à un accident de circulation.

Agé de 28 ans, en 1989,  Eric-Emmanuel Schmitt, participe à une expédition dans le Sahara algérien, aux fins d'écrire le scénario d'un film sur Charles de Foucauld. Egaré dans le froid de la nuit, après l'ascension euphorique du Mont Tahat, il se sent envahi, ravi, d'une force irrépressible et bienfaisante à la fois, qui commue l'angoisse de sa situation en une vision confiante de l'éternité.

" Tout a un sens. Tout est justifié."

Un bouleversement existentiel pour ce jeune philosophe, agnostique, épris de rationalité.

Une révolution spirituelle qui nourrit son rapport à la vie, ses écrits, toujours croissante, plus de vingt-cinq ans après l'événement. Gardée longtemps secrète - "Je tremble qu'on se méprenne sur ma confidence..." - la foi - la joie - que le célèbre écrivain a contractée cette fameuse nuit, s'exprime désormais au grand jour, nourrie de simplicité, d'humilité, de mots qui sonnent juste et rendent le témoignage sublime, singulièrement percutant, optmiste, apaisant...

"Si on me demande: "Dieu existe-t-il? ", je réponds: "Je ne sais pas", car, philosophiquement, je demeure agnostique, unique parti tenable avec la seule raison. Cependant, j'ajoute: "je crois que oui".  La croyance se distingue radicalement de la science. Je ne les confondrai pas. Ce que je sais n'est pas ce que je crois. Et ce que je crois ne deviendra jamais ce que je sais."

Une lecture lumineuse. Grandiose. Et je pèse mes mots.

Apolline Elter

 La nuit du feu, Eric-Emmanuel Schmitt, témoignage, Ed. Albin Michel, août 2015, 190 pp

Billet de ferveur

AE :  Un quart de siècle est passé, depuis ce bouleversement existentiel – l’expérience reste pourtant d’un présent inouï – vous nous en faites …présent (et nous vous en sommes reconnaissants)  Pourquoi avez-vous attendu si longtemps pour la consigner ?

Eric-Emmanuel Schmitt : J’ai mis du temps à considérer que cette expérience, quoique personnelle, devait devenir publique. Lorsque je l’évoquais parfois, les yeux des mes interlocuteurs s’arrondissaient et un grand silence s’installait pour m’écouter. J’ai compris que je devais colporter ce message : la vie est plus riche que nous l’imaginons, elle nous surprend et nous comble parfois, nos certitudes restent malléables,  il faut être prêt pour la révolution… et la révélation ! Une fois que j’eus décidé d’écrire ce livre, j’ai mis longtemps à en trouver la forme exacte,  celle d’un voyage à pied -  une expédition dans le Sahara – qui se double d’un voyage spirituel. Et puis, avant de rédiger ce récit initiatique, il a fallu faire sauter l’ultime résistance : dire « je » ! J’ai publié quarante livres – romans, pièces, nouvelles – sans jamais dire « je » ! Or je ne voulais pas tendre mon portrait au lecteur, mais lui tendre un miroir où il peut se voir et se découvrir lui-même.

 

AE : Avez-vous confronté cette révélation mystique à l’expérience de moines contemplatifs ?

Eric-Emmanuel Schmitt : Dans mon cas, les contemplations succèdent à la révélation. Tout un champ d’expériences m’a été ouvert pas cette nuit. Le retrait du monde, propre aux moines contemplatifs me pose néanmoins un problème : lorsqu’on a reçu la grâce, il me semble qu’on ne doit pas se retirer du monde mais au contraire, s’y engager pour témoigner, améliorer ce qu’il est possible de changer. Ma nuit au désert a fait de moi un optimiste actif, un militant de la joie. Naturellement, je respecte ceux qui contemplent et prient pour nous, ceux qui nous accueillent pour nous permettre de retrouver la paix de l’âme, mais je suis plus « séculier » que « contemplatif ».

AE : Le projet initial de film sur l’ermitage de Charles de Foucauld at-il vu le jour ?

Eric-Emmanuel Schmitt : Malheureusement, ce beau scénario ne fut jamais tourné. Le producteur s’est désengagé suite à des problèmes d’argent et le metteur en scène venait de connaître un échec avec son dernier film. Le cinéma… Rude métier ! Moi, à l’époque, je ne comptais pas car j’étais inconnu. Votre question me rappelle que, maintenant que j’ai dirigé plusieurs longs métrages, j’aimerais bien, un jour, tourner l’épopée de Charles de Foucauld. Rendre au désert ce qu’il m’a donné…

24 09 15

Delicioso allegro

Résultat de recherche d'images pour "Petits plats de résistance"

Les éditions Le Dilettante nous dénichent souvent d'exquises nouvelles plumes. 

Elles ne faillissent pas à leur réputation avec ces Petits plats de résistance, épicés, farfelus, drôles... au menu d'un roman assez caustique.

Conseillère Pôle emploi, la mignonne autant que féroce Sandrine Cordier est aussi une excellente cuisinière. Son rêve: ouvrir un restaurant dans un loft abandonné de Montmartre. Surgissent dans son entourage professionnel, résidentiel et même familial, une série de personnages aux caractères bien ou trop peu trempés, qu'elle va enrôler avec un infaillible sens de la persuasion quand ce n'est un zeste de chantage...

Satyre d'une certaine société urbaine, le roman enchaîne portraits et situations loufoques en une intrigue bien ficelée, un tempo delicioso allegro...

Une lecture savoureuse

Apolline Elter

Petits plats de résistance, Pascale Pujol, roman, Ed. Le Dilettante, août 2015, 254 pp

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Rentrée littéraire | Commentaires (0) |  Facebook | |

22 09 15

« La musique peut rendre les hommes libres. » (Bob Marley)

60 questions étonnantes sur la musique.jpgLes Éditions Mardaga à Bruxelles ont lancé en septembre 2015 une nouvelle collection de psychologie, « In psycho veritas », dont l’un des premiers titres publiés est 60 questions étonnantes sur la musique et les réponses qu’y apporte la science, un amusant – et passionnant – petit essai paru sous la plume de Valentine Vanootighem, docteure en psychologie et chercheuse à l'Université de Liège.

Très active dans le domaine de la vulgarisation scientifique, l’auteure est aussi chroniqueuse pour Psychologies Magazine Belgique et elle collabore au projet Psychopium.com, qui diffuse la psychologie scientifique au plus grand nombre. Elle est également passionnée par la musique, qu'elle pratique depuis sa plus tendre enfance.

Dans son ouvrage, elle répond, sur une double page et dans un langage accessible, en se basant sur des recherches scientifiques récentes, à des questions comme :

Comment se débarrasser d'un air qui vous trotte en tête ? Chante-t-on faux parce que l’on entend mal ? Les bébés préfèrent-ils les chants a capella ? Est-il dangereux de chanter au volant ? À quel âge faut-il commencer la musique ? Jouer d’un instrument améliore-t-il la mémoire ? La musique du restaurant peut-elle faire grimper l’addition ? Pourquoi la musique des films d’horreur nous angoisse-t-elle ? Faut-il écouter de la musique dans un bus bondé ? La virtuosité est-elle un don du ciel ? Étudier en musique mène-t-il à la réussite ? Faut-il écouter de la musique au travail ? Les émotions musicales sont-elles universelles ? Jouer d'un instrument rend-il plus intelligent ? La musique aide-t-elle à bien dormir ? Faut-il écouter de la musique après une attaque cérébrale ? La musicothérapie est-elle utile face à l’autisme ?

Si on se le demandait… Eh bien, maintenant on le sait !

Bernard DELCORD

60 questions étonnantes sur la musique et les réponses qu’y apporte la sciencepar Valentine Vanootighem, illustrations de Philippe de Kemmeter, Bruxelles, Éditions Mardaga, collection « In psycho veritas », septembre 2015, 144 pp. en bichromie au format 13,5 x 19 cm sous couverture brochée en couleurs, 14,90 €

22 09 15

Musique : rythme et émotion

 

 

 

_musique beuzen.jpgL'auteur, Jean-Noël Beuzen, est violoniste dans l'Orchestre symphonique du rail, mais est psychiatre, ancien attaché à l'hôpital Sainte-Anne ! Il nous propose un extraordinaire voyage aux confins de trois territoires : la musique, l'émotion et la folie.

 

Tout d'abord, soulignons le style direct et simple ; loin des périodes littéraires et des métaphores. L'auteur définit d'ailleurs son ouvrage comme un album de photos qui montreraient les moments de rencontre entre une folie et une musique.

 

J'aime que le livre commence par le carnaval ! En place de l'explication traditionnelle du mot (carrus navalis, ce bateau porté en procession), il nous livre : « Une autre explication, qui paraît plus crédible, lui donne pour origine la locution « carnem levare » (en italien « carne vale », « adieu la viande »!), se rapportant à la tradition médiévale de clore la période précédant le carême par des fêtes et des libations, avant de faire quarante jours de pénitence par le jeûne et les privations. »

 

Voici quelques extraits pris dans la lecture :

 

« Nous n'avons pas d'émotions « gratuites », pour notre simple plaisir, détachées d'un contexte, d'une trajectoire. Nos émotions s’inscrivent dans une longue histoire qui débute dans la nuit des temps, et la musique les accompagne depuis le début. »

 

Plus étonnant encore :

 

« Pour la musique, nos deux cerveaux sont impliqués : le cerveau gauche prend en charge le rythme, tandis que la mélodie et l'harmonie sont du ressort du cerveau droit. »

 

« Le plaisir est ainsi fait qu'il est difficile de l'en passer une fois qu'on l'a connu. »

 

La musique est-elle universelle ?

 

« Un des critères qui fait que la musique est universelle est le rythme. Le battement est universel. Tout bat et tout est rythmé dans l'univers. »

 

Et de nuancer :

 

« Si la musique occidentale véhicule des émotions, la musique, dans d'autres cultures, possède des fonctions différentes : elle accompagne les rituels ou rythme le travail. »

 

A propos de la sonate de Vinteuil, que Marcel Proust écoutait durant son enfance :

 

« Pour Proust, le compositeur exprime dans chaque phrase, dans chaque thème, une véritable idée qui permet l'accès à un univers à la fois éternel et personnel, profond, enfoui, inaccessible à l'intelligence mais bien réel, celui de l'art qui dure, contrairement à l'amour. »

 

Une des plus belles définitions de l'audition de la musique :

 

« Écouter de la musique, c'est comme marcher dans un paysage familier, dans lequel pourtant tout peut changer en permanence sans que, pour autant, le paysage devienne étranger. »

 

« La musique est un pont entre les hommes, elle est aussi un pont entre soi et ses mondes, l'actuel et les imaginaires, en nous mettant en résonance avec eux. »

 

On trouve aussi dans le livre des analyses de morceaux célèbres, évidemment des avis sur le jazz et d'autres réflexions fort pertinentes sur l'influence de la musique sur nos comportements. Ainsi une analyse des ventes dans les grandes surfaces selon le genre de musique et le rythme...

 

Pour conclure, une citation de Shakespeare dans «  Le marchand de Venise » : « L'homme qui n'a pas de musique en lui et qui n'est pas ému par le concert des sons harmonieux est propre aux trahisons, aux stratagèmes et aux rapines. »

 

Jacques MERCIER

 

« La musique, entre génie créateur et vertu thérapeutique », Essai, Jean-Noël Beuzen, Odile Jacob, 2015, 284 pp. 24 euros.

 

21 09 15

« Willy Bal, l’Africain »…

Enjeux et atouts du français en Afrique noire.jpgIntroduit par le grand écrivain et universitaire congolais Valentin-Yves Mudimbe [1] et édité par le professeur Jean Germain de l’Université Catholique de Louvain-la-Neuve chez L’Harmattan à Paris sous le titre Enjeux et atouts du français en Afrique noire, un recueil d'articles rédigés entre 1966 et 2006 par feu le grand linguiste belge Willy Bal fait un exposé passionnant des caractéristiques du français tel qu’on le parlait et le parle encore en Afrique centrale.

Voici la présentation de l’ouvrage par Jean Germain :

« Willy Bal (1916-2013), nommé professeur en 1956 à l'Université de Lovanium (Kinshasa), est chargé d'y fonder une section de philologie romane, la première en Afrique. Parachuté dans un continent dont il avoue ignorer presque tout à l'époque, il va s'initier à la linguistique africaine et ouvrir des domaines nouveaux pour la recherche : le sort du français en Afrique et le contact des langues sur ce même continent.

Wallon "wallonnant" et "tiers-mondialiste", selon ses propres termes, il aime expliquer que cette paysannerie dont il est issu lui a fait découvrir bien des vérités en Afrique. Francophone militant, respectueux des langues et des spécificités africaines, il milite non pas pour défendre un français de puristes, mais avant tout pour que le monde de la francophonie devienne un monde de solidarités. "Solidarité par le français pour le développement", tel est son credo.

À travers une douzaine de ses articles gravitant autour du français en Afrique noire, publiés au lendemain de la décolonisation et s'échelonnant sur 40 années (1966-2006), c'est toute l'histoire et la conception de l'enseignement de la langue française en Afrique subsaharienne qui sont rappelées ici, ainsi que la cohabitation tout aussi essentielle avec les langues africaines indigènes et l'apport indéniable du français d'Afrique au français universel.

Un témoignage de premier plan sur la francophonie africaine, par celui qui présida le conseil scientifique de l'Inventaire des particularités lexicales du français en Afrique noire. »

 

Table des matières :

Préface de Valentin-Yves Mudimbe

Introduction au recueil et à l’homme par Jean-Germain

Articles de Willy Bal :

Politique linguistique en Afrique noire (1966)

L'enseignement du français en Afrique (1967)

Contribution à l'étude des opinions exprimées par l'élite africaine au sujet des rapports entre les langues nationales et le français (1979)

Quelques données et réflexions à propos du français en Afrique noire (1981)

Sur l'acceptabilité de particularités lexicales du français en Afrique noire (1984)

À propos des particularités lexicales du français en Afrique noire (1984)

Présentation de l'Inventaire des particularités lexicales du français en Afrique noire (1984)

Coopération au développement, la chance du français (1985)

Frontières politiques et variations du français en Afrique subsaharienne (1986)

Crise en francophonie africaine ? (l987)

Néologie et africanité (2006)

Confidences d'un Wallon « wallonnant » et « tiers mondialiste » (l990)

De la dialectologie wallonne aux problèmes linguistiques du Tiers-Monde (1991)

Bibliographie sélective de Willy Bal

 

Un ouvrage de référence !

Bernard DELCORD

Enjeux et atouts du français en Afrique noire par Willy Bal, préface de Valentin-Yves Mudimbe, Paris, Éditions L’Harmattan, mars 2014, 265 pp. en noir et blanc au format 13 x 21,5 cm sous couverture brochée en couleurs, 27 € (prix France)


[1] Né en 1941 à Likasi, il a enseigné à l’université de Lubumbashi puis aux États-Unis, au Haverford College en Pennsylvanie et à l’université Stanford de San Francisco. Il enseigne actuellement à l’université Duke en Caroline du Nord.

19 09 15

L'heure de son abdication

product_9782070767847_195x320 (1).jpg" Il pensa alors qu'il n'était guère autre chose que l'acteur d'un rite de passage, celui auquel ses grands-parents s'étaient livrés en lui léguant les attributs de son règne: une couronne, quelques symboles de pouvoir, des traditions, et cette affection indéfectible pour le duché de Bourgogne. "

Tandis que ses chères horloges sonnent enfin l'heure de son abdication - nous sommes fin octobre 1555 - Charles Quint décide de  reposer ses membres épuisés d'une longue vie de cheval, de rhumatismes et de combats, d'achever sa vie dans le monastère hiéronymite de Yuste en Espagne (Estrémadure)

Sitôt conclues la cession des pouvoirs et territoires en faveur de son fils Philippe  II et .....la faveur de la météo  le long convoi s'engage pour la longue  et périlleuse  route, de Bruxelles à  Yuste. Outre  sa  riche collection, l'empereur emmène une mystérieuse pendule noire qui semble chargée de malédiction

 

Mox etiam periculosum esset mundi secreta revelare

Alliant à des événements méconnus,  le rythme et la tension d'une fiction à suspens, d'une  écriture fluide et maîtrisée, Amélie de Bourbon Parme signe un roman ...impérial.

Je vous le recommande

Apolline Elter

 

Le secret de l'empereur,  Amélie de Bourbon Parme, roman, Ed. Gallimard, août 2015, 320 pp

  Billet de faveur

AE; Amélie de Bourbon Parme, chaque fois qu'apparaît un personnage historique dans un roman, le lecteur tente de faire le départ entre les événements avérés et la fiction. Qu'en est-il de la passion de Charles Quint pour les pendules ? Qu'en est-il de cette mystérieuse horloge noire?

 

Amélie de Bourbon Parme: Charles Quint était réellement passionné par les horloges. Ce n’est pas une invention de romancier et je ne me serais pas permis d’inventer quelque chose d’aussi original.  Tous les duc de Bourgogne étaient des collectionneurs d’horloges, objets fascinants mais aussi objets d’art de grande valeur.  La vraie histoire est pleine de ressources pour le romancier !  Charles Quint était un personnage de la renaissance, fasciné par la science et la cosmologie, tout en étant prisonnier encore de certaines croyances issues du monde médiéval.  Pour autant, j’ai inventé l’histoire de cette horloge particulière dont le fonctionnement lui résiste. Alors qu’il renonce au monde à cause de ses défaites politiques et de son épuisement, l’horloge noire est le symbole de l’inaccessible : ce que l’on ne peut comprendre, ni maîtriser.

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15 09 15

Les Tweets sont des chats !

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Avec ce joli titre : « Les tweets sont des chats », Bernard Pivot propose aujourd'hui en version poche ce recueil original pour un vrai littéraire. Il s'en explique d'emblée dans l'avant-propos : « On se doute que je ne suis pas favorable à la tricherie qui consiste à abréger les mots et à se ficher de l'orthographe. »

Il définit ce lieu d'échange : « Twitter ou les brèves d'un gigantesque comptoir. » Et il se justifie : « Pourquoi les vieux s'interdiraient-ils d'utiliser avec fantaisie ou gravité les plus géniales inventions des nouvelles générations ? »

Enfin, l'Académicien Goncourt propose un choix de ce qu'il a écrit durant les mois précédents.

 Le titre se trouve expliqué : « J'aime les tweets parce qu'ils partent en silence, circulent en silence et arrivent en silence. Les tweets sont des chats. »

Voici un florilège qui vous donnera l'envie de tout découvrir, et peut-être aussi, de le suivre aujourd'hui sur ce réseau social :

« Les tweets sont utiles et précieux parce qu'ils sont la petite monnaie de la communication. »

« J'ai cru assez longtemps que c'était le même verbe qui permettait d'épeler les mots et les pommes de terre. »

« La littérature ne répond pas aux questions de ses lecteurs, elle les suscite. »

« Les écrivains sont de vieux écoliers qui n'auront jamais fini d'apprendre à écrire. »

« Les bons photographes ont un oeil ; les bons romanciers ont un regard. »

« La vraie réussite, c'est d'être jalousé pour ses qualités et admiré pour ses défauts. »

« Il me semble que, du temps de mes grands-parents, le monde entier, à commencer par eux, étaient en noir et blanc. »

« A quoi reconnaît-on que l'on est mort ? A ce que cette question ne nous vient pas à l'idée. »

« Est-ce une preuve de l'existence de Dieu que l'on en cherche des preuves toute sa vie sans les trouver ? »

Même en 140 signes, on a l'occasion de placer de cpourtes citations :

« Ecrire est la seule vérification que j'aie de moi-même » Françoise Sagan.

« Elle embrassait comme si elle avait soif » Alessandro Baricco.

 

Et enfin cette merveilleuse dernière pour la route !

« Des astronomes ont-ils découvert la bonne étoile sous laquelle ils sont nés ? »

Un vrai bonheur dans le rythme rapide mais maîtrisé de notre époque !

 

Jacques MERCIER

« Les tweets sont des chats », Bernard Pivot, Ed. Livre de Poche 2015. 160pp. 5 euros.

 

12 09 15

Tableau de famille

«

  

 « Ils habitaient un palais et vivaient comme  des clochards. On aurait tort de réduire ce mélange de vagabondage, de disette, de crasse, d’avarice à des lubies de grands bourgeois excentriques. Leurs conduites  bizarroïdes dénotaient un rejet des bonnes manières et des conventions. Elles exprimaient une révolte à l’égard de leur milieu. Elles créaient aussi un entre-soi, une coupure avec le monde extérieur, et avaient, en ce sens, quelque chose de pathologique. » 

Tableau d'une famille hors normes et d'un hôtel parisien, « La Rue-de-Grenelle"  dont "la cache" abrita son grand-père, durant la Seconde guerre, le récit de Christophe Boltanski est tout simplement fabuleux. Sa lecture vous aspire d'un souffle bienfaisant, vous enveloppe d'un cocon protecteur, à l'instar de la rocambolesque Fiat Lusso 500 de "Mère-Grand".

Personnage central,  fantasque et attachant de la dynastie Boltanski, romancière à ses heures (NDLR: sous le nom de plume d'Annie Lauran), la grand-mère du narrateur voit sa mobilité entravée par une polio contractée dans sa jeunesse. " Impotente et omnipotente" elle ne se produit à l'extérieur qu'au volant de sa voiture ou prolongée des membres de sa famille qui font office de béquilles et de curieux "mille-pattes" . Ame de la "Rue-de-Grenelle", elle soude  mari et cellule familiale en une vie de bohême, de vaudeville et de fusion ...sidérantes.

«  Elle s’estimait pareille aux autres. Elle était une femme, soucieuse de son apparence, attentive à sa toilette, aimant plaire, sortir, voyager. Au-dedans d’elle-même, tout fonctionnait. Son esprit galopait. Elle débordait d’énergie. Elle ne tenait pas en place. Elle se débattait, non pas comme un animal blessé, mais comme un fauve pris dans des rets. Elle était invalide qu’aux yeux des bien portants. »

Marie-Elise sauve son mari,le professeur de médecine, Etienne Boltanski, de la répression antisémite nazie, orchestrant de façon notoire leur divorce et le cachant vingt mois durant dans un réduit aménagé sous le palier de « l’entre-deux » [étages] Ce dernier développe par la suite, un attachement pour ce lieu, l'englobant, curieusement,  dans la dépendance affective qui le lie à son épouse, "Femme qui boite contre homme en boite"...

Alliant une écriture factuelle, fluide à un sens de la formule et du génie des situations..., Christophe Botanski signe un récit familial remarquable. De ceux qui vous imprègnent durablement, dont vous regrettez d'achever la lecture.

Je vous la recommande plus que vivement.

Apolline Elter 

 La cache, Christophe Boltanski, roman, Ed. Stock, août 2015, 340 pp

Billet de faveur

AE. On ne sort pas indemne, Christophe Boltanski, de la « Rue de Grenelle », d’une telle famille d’une telle emprise utérine, matriarcale. La quitter, prendre son indépendance, c’est affronter une seconde naissance ?

CB : C’est une seconde naissance, c’est aussi une petite mort. On quitte cette maison-matrice, ce grand ventre protecteur, ce huis clos, bien sûr, pour être libre. En m’échappant de ce lieu, j’ai aussi perdu aussi une liberté que je n’ai jamais retrouvée ailleurs. Je dis qu’une part de moi souhaitait une vie sans murs. Une autre part ne se sent bien qu’une fois le porche de cet hôtel très particulier franchi. Ce livre est une tentative pour faire revivre, pour reconstruire ce monde en partie disparu. Il est conçu comme une maison de poupée, comme une maquette miniature, avec des petites briques posées les unes sur les autres.

AE. Vous décrivez les joyeux, quoique frugaux repas familiaux. En quoi consiste votre madeleine proustienne ?

CB. Je pense que c’est cette soupe rouge écarlate, curieux mélange de vinaigre, de betterave, de chou et de poitrine de bœuf, que l’on appelle le bortsch. Un plat populaire en Ukraine, mais chez-nous symbole de fête. Ma grand-mère le préparait dès la veille au soir. Il lui ressemblait un peu avec son goût aigre doux, son chaud et froid (on ajoute une grosse cuillère de crème fraîche et on mange avec un pâté brioché à la viande). C’est peut-être moins élégant qu’une madeleine, mais tout aussi roboratif. 

Écrit par Apolline Elter dans Apolline Elter, Rentrée littéraire | Commentaires (0) |  Facebook | |