02 10 15

Jean-Marie Rouart : un enchantement !

rouart amis.jpgDe temps à autre, la discussion de cet ancien directeur du Figaro littéraire m'enchante sur France 24 dans « Une comédie française » de l'excellente Roselyne Febvre. Jean-Marie Rouart aime passionnément la littérature, qui l'accompagne depuis toujours et même lui aurait la vie. Il rassemble dans « Ces amis qui enchantent ma vie » 120 écrivains avec une présentation subjective et un extrait choisi de l’œuvre. C'est un régal !

Si on trouve les grands noms d'hier et d'aujourd'hui (de Rabelais à Carson McCullers), ils sont justement très connus ou parfois moins. J'adore aussi les titres donnés aux chapitres qui les rassemblent : dans « Les fracasseurs de vitres », on trouve Rousseau et Céline, dans « Les magiciens » Cocteau ou Pierre Louÿs ou dans « Les monuments qu'on visite » Balzac, Simenon ou Proust.

Dans sa préface, Jean-Marie Rouart écrit : « Je pressentais le grand mérite des histoires : en troquant sa vie avec celle des autres, on ne gagnait pas forcément au change, mais on cessait de geindre sur la sienne. » ou « Je demandais aux livres : comment fait-on pour vivre, pour aimer, pour être heureux ? ».

Mais aussi, ce merveilleux hommage aux créateurs : « Une autre séduction m'attirer dans les livres : la passion vibrante de leur auteur pour exister. »

L'auteur s'interroge évidemment sur la trace qu'on laisse, comment et pourquoi, dans quelles circonstances ? Et d'écrire : « On n'existe que par des preuves, que ce soient des pierres taillées ou alors des mots. » ou « N'existe que ce qui a été raconté. »

Voici trois parmi de si nombreux extraits que j'aurais pu faire, mais que je vous engage à retrouver dans le livre :

Une phrase de Paul-Jean Toulet (classé dans « Les Magiciens ») : « Ce que j'ai aimé le plus au monde, ne pensez-vous pas que ce soient les femmes, l'alcool et les paysages ? »

A propos de l'effacement peut-être provisoire de Henry de Montherlant (classé dans « Les Moitrimaires ») dans l'univers littéraire actuel : « Notre époque veut que les artistes apportent, par leur existence et leurs actes, un certificat d'authenticité de leurs œuvres. »

Je retiens aussi (dans « Les Polémistes à poil dur »!), André Rouveyre et son « Discours d’expulsion de M.Paul Valéry à l'Académie française : « Il n'y pas de meilleur endroit pour accorder aux courtisans âgés sans propriété indépendante, un abri et des roses. » Ce qui prouve que Jean-Marie Rouart, académicien lui-même, est intelligent et possède un solide sens de l'humour et de l'autodérision.

Si je puis faire une petite parenthèse personnelle, je trouve un parallèle intéressant avec le choix des livres aimés et proposés par l'auteur et mon propre personnage du roman « Maître Gustave », qui définissait sa vie par les citations marquées dans les livres de sa bibliothèque !

Jean-Marie Rouart nous donne ici une nouvelle forme d'autobiographie, des reflets de ses propres idées et de ses convictions intimes. Une formidable façon d'entrer dans l'univers littéraire !

 

Jacques MERCIER

 

« Ces amis qui enchantent la vie » « Passions littéraires », Jean-Marie Rouart (de l'Académie française) ; édition Robert Laffont, 2015. 905 pp. 24 euros.

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