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Quatre étoiles

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"Les premiers clients arrivaient. Les talons aiguilles de dames joyeusement agrippées à leurs compagnons trébuchaient sur les graviers. Le directeur s’inclinait avec élégance, et les serveurs accouraient. »

Construit par un Juif, au début du XXe siècle, l'Hôtel Mahrajane voit converger touristes fortunés, membres de la bonne société de Nari et regards admiratifs des habitants de la station balnéaire égyptienne.  Il stigmatise  la coexistence pacifique qui règne entre les communautés musulmane, chrétienne et juive de la ville.

 Pétri d'admiration et de fascination pour le luxe qui se déploie en ce palace, le narrateur, adolescent de petite bourgeoisie chrétienne, va assister, fin des années cinquante et toute la décennie suivante, à la détérioration progressive du climat de tolérance,  aux départs successifs des résidents non-musulmans, au déclin inexorable de ce lieu mythique. Il consigne observations,  événements et portraits - dont celui de Louca, son jeune oncle, aussi entreprenant, créatif, qu'attachant - en une succession de tableaux de lumineuse facture.

" Si Louca battait les records de la légèreté et de la fantaisie, il n'avait pas le monopole de l'insouciance. Avec le recul, l'attitude des adultes qui nous entouraient me déconcerte. Ils vivaient dans une bulle - une bulle mélangée, cosmopolite, mais une bulle quand même."

Et le lecteur de retrouver la plume sobre, précise, fluide, en un mot magistrale des romans de Robert Solé, la tension narrative imparable qui la caractérise.

Un pur joyau de lecture

Je vous le certifie.

 Apolline Elter

Hôtel Mahrajane, Robert Solé,  roman, Ed. Seuil, oct. 2015, 264 pp

Billet de faveur

AE : la tendance littéraire est à l’autofiction ; partant, nous sommes tentés de voir dans le regard du narrateur,  celui que vous portez vous-même à l’Egypte de votre enfance. Un regard dénué d’amertume, empli de tendresse pour un paradis perdu…

Robert Solé : Disons que cette famille, comme celle du Tarbouche, aurait pu être la mienne… Nari est une ville imaginaire, et l’hôtel Mahrajane n’a existé que dans mes rêves. Mais, pour écrire ce livre, je me suis naturellement inspiré de souvenirs d’enfance : à Héliopolis, la ville magnifique où j’ai grandi, dans le désert du Caire ; et à Alexandrie et ses environs où nous passions nos grandes vacances d’été. C’est un paradis perdu, en effet. J’ai tenté de l’oublier pendant une vingtaine d’années, avant d’être rattrapé par lui. Grâce à la littérature en quelque sorte : les recherches entreprises pour écrire mes premiers romans m’ont conduit peu à peu à faire de l’Égypte un objet d’étude. Je ne cesse de la scruter sous tous les angles, essayant de la comprendre. Et de comprendre pourquoi l’univers cosmopolite de mon enfance s’est évanoui. J’éprouve de la nostalgie, pas de l’amertume. Je retourne régulièrement en Égypte, que je vois avec d’autres yeux. Ce pays a beaucoup changé. Mon regard aussi…

 

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