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L'idée de Dieu, l'idée de l'âme

_vieilliard baron tourpê.jpgCe n'est pas un livre facile, mais quel bonheur de suivre ce dialogue entre le docteur en philosophie, Emmanuel Tourpe, et le professeur émérite de philosophie, en particulier la philosophie de la religion, connu pour ses travaux sur l'idéalisme allemand (Novalis, Hördelin), sur Bergson et Lavelle, qu'est Jean-Louis Vieillard-Baron. « L'idée de Dieu, l'idée de l'âme » passe en revue sa vie, ses études, ses oeuvres, ses idées.

Voici ce qu'il dit de la religion : « La religion chrétienne a joué un rôle dans ma vocation philosophique ; car elle avait deux atouts à mes yeux, sa doctrine, intellectuellement très attrayante, très axée sur les mystères de l'existence, et très spéculative aussi avec la prodigieuse élaboration de la Trinité, et la prière comme exercice spirituel, dépouillement de l'âme devant Dieu. J'étais beaucoup moins sensible, à tort certainement, à l'aspect communautaire, à l’Église comme union institutionnelle des croyants, à l'aspect sacramentel aussi. »

Il est intéressant de suivre et de comprendre aussi sa manière d'étudier. Il dit « Concentrer son attention, c'est cela qui est une vraie décision philosophique. » Et ceci qui est superbe : « Très tôt j'ai eu la chance de me jeter à l'eau pour apprendre à nager, tant bien que mal, souvent mal, mais parfois bien. Au moins, j'ai eu la satisfaction, comme Montaigne, de me faire une vérité à moi. Je pressentais que je ne pouvais être sage que par moi-même. Il a fallu beaucoup de temps pour y parvenir. »

A propos du temps : « Mais, entre le temps physique des choses et le temps vécu de la conscience, il y a deux intermédiaires instructifs : le temps biologique, qui est le temps de la croissance et du vieillissement, et le temps social, qui est le temps de la vie en commun. Le premier nous ouvre vers le temps cosmique ; le second nous oriente vers l'histoire des hommes. »

« C'est le passé qui, s'il est évoqué, et quand nous le rappelons, devient présent. »

Bien sûr à propos de l'âme : « Nous avons à faire une essence de l’existence qui nous est donnée. »

Et surtout : « En fait, c'est tout au cours de notre vie qui nous constituons notre âme et l'éternisons. Plus nous sommes engagés dans les affaires du monde et plus nous nous éloignons de notre âme. Il faut une certaine sagesse pour savoir prendre sa place dans l’éternité. »

Tout ce qui concerne l'art et les artistes m'a particulièrement intéressé, voici, par exemple : « Je ne suis pas certain que les artistes soient bien conscients de tout ce qu'ils mettent dans leur art. Mais je suis certain d'une chose : c'est que les artistes médiocres n'attachent d'importance qu'à la technique de leur art, alors que les vrais artistes ont une pensée personnelle vigoureuse et profonde. »

Et : « L'appréciation des oeuvres d'art est difficile et exigeante ; certains n'aiment ni les musées ni les salles de concert. »

Et : « Dans ce domaine, la connaissance ne nuit pas à l'émotion, heureusement. »

Et surtout : « Dans notre univers médiatique, la culture reste l'élément le plus déterminant de l’émancipation individuelle et collective. »

Cette phrase de Rainer Maria Rilke dans « Lettres à un jeune poète », que vous connaissez peut-être, devrait nous apparaître à tout moment de doute dans nos métiers de création : « La critique est la pire ennemie de l'art, car ce qui convient aux œuvres d'art, ce n'est pas la critique, mais l'amour. »

Bonne découverte ! Je ne vous donne encore qu'une phrase essentielle :

« C'est à nous qu'il appartient d'avoir une âme en réalisant notre vocation personnelle. »

 

Jacques MERCIER

 

« L'idée de Dieu, l'idée de l'âme », Essai, Jean-Louis Vieillard-Baron et Emmanuel Tourpe. 192 pp. Les dialogues des petits Platons 2014. 18 euros.

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