20 01 16

Michel Onfray ou l'intuition du monde

 

_onfray analyse.jpgIl ne m'étonne pas que Adeline Baldacchino, poétesse elle-même, auteure d'un ouvrage sur Max-Pol Fouchet, entre autres, se soit intéressée à Michel Onfray, philosophe et poète. Dans Michel Onfray ou l'intuition du monde, l'auteure explore trois aspects de l’œuvre : poétique, érotique et éthique.

Au début du livre, dans le chapitre « Genèse », Adeline Baldacchino explique qu'elle a voulu « prendre par la main les néophytes pour les « conduire jusqu'au secret des œuvres » ». Pourquoi lier philosophie et poésie ? Elle écrit : « La philosophie et la poésie, quand elles ne renoncent pas à être populaires, quand elles n'ont pas honte de s'offrir au commun des mortels, atteignent au plus haut de leur mission. »

Ou encore : « Procédant d'un même ressort initial, poètes et philosophes tentent pourtant d'accéder par des voies divergentes au même objectif : mieux vivre, qui est à la fois mieux sentir et mieux comprendre. »

Voici ce que cherche la poésie : « D'abord vivre ; pour écrire ensuite. » dit Onfray. A propos d'une forme de poésie, j'adore cette image de Michel Onfray : « Pour écrire des haïkus, il faut être dans le monde, présent au monde comme on surveille le lait sur le feu – dans l'attente du débordement. »

On sait combien Michel Onfray est particulier, tellement qu'il est devenu une cible visée de partout, ou plutôt des milieux « autorisés », comme on disait, et dans les médias surtout. Au point que l'auteur a refusé d'y passer pour la promotion de son prochain livre. Pour avoir vu quelques interviews de lui, je le comprends. L'agressivité qu'on a à son encontre n'a d'égale que la force de son propos. (Comme j'ai adoré « Cosmos », première partie de sa grande œuvre!)

« Michel Onfray est suspect, gênant parce qu'il lit trop et trop vite, écrit trop et encore plus vite. »

Mais évidemment, il s'agit de Michel Onfray, le plus grand philosophe français vivant, ô combien vivant !

« Chacun sent confusément qu'il n'est pas besoin de renoncer à la douceur pour atteindre à la puissance, à la rêverie pour se revendiquer de la rigueur, à l'imaginaire pour enquêter sur le réel. »

Onfray est un cas à part, non assimilable aux autres. L'auteure écrit : « Foncièrement différent car il tentait ce coup de force d'être à la fois un pédagogue au sens le plus classique de l'éducation populaire, un philosophe engagé dans la vie de la cité au sens le plus politique du terme et un écrivain au sens le plus littéraire et poétique du mot. »

Vous découvrirez avec volupté je pense cet essai passionnant et jubilatoire. Avec des citations superbes comme :

« Les poètes n'ont pas de pudeur à l'égard de leurs sentiments : ils les exploitent. » (Nietzsche)

« Le temps ne dure qu'en inventant. » (Gaston Bachelard)

« La poésie fait ramifier le sens du mot en l'entourant d'une atmosphère d'images. » (Bachelard)

« Les impostures de la poésie : Il s'agit de dire ce que tout le monde éprouve, mais d'une façon dont personne ne l'ait encore fait et qui en même temps parle avec éloquence au cœur de chacun. » (Roger Caillois)

Cette réflexion encore : « Écrire s'installe toujours dans l'espace d'une déchirure. » !

A mes débuts, je fus reçu par Alain Bosquet, qui serait un jour « intellocrate » à Paris. Il avait aimé mes poèmes. Un autre jour, Raymond Devos, natif de Mouscron comme moi, me fit l'apologie de Bachelard et j'achetai trois ou quatre de ses ouvrages magnifiques. C'est pourquoi cette anecdote rapportée dans le livre me touche beaucoup :

Un jour, Bachelard écrit au poète Alain Bosquet : « A vous lire, s'exaspère ma boulimie cosmique ».

Merci à Adeline Baldacchino pour cette approche superbe de ce grand philosophe. « Le propre des grandes œuvres » dit-elle « est de dégager un sentiment de générosité » ! Tellement juste.

 

Jacques MERCIER

 

« Michel Onfray (ou l'intuition du monde) », Adeline Baldacchino, Le Passeur éditeur 2016, 240 pp, 18 euros.

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