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« Je regarde la grammaire comme la première partie de l'art de penser. » (Étienne Bonnot de Condillac)

Le bon Usage (16e édition).jpgOffrant 3 mois d’accès gratuit à la version électronique de l’ouvrage, la 16e édition du Bon Usage de Maurice Grevisse et André Goosse parue chez De Boeck supérieur à Louvain-la-Neuve constitue, on le sait, la grammaire française de référence qui apporte une réponse nuancée [1] à toutes les difficultés que l’on peut rencontrer.

C’est aussi la grammaire de l’usage, à travers l’observation constante de l’évolution du français actuel, dont témoignent 40 000 citations de 2 500 auteurs (mentionnés en couleur dans le texte et repris dans un index, ce sont deux nouveautés), issues d’œuvres littéraires et de la presse écrite.

C’est enfin l’outil de travail incontournable des écrivains, correcteurs, traducteurs, journalistes, rédacteurs, professeurs de français… ainsi que des étudiants et des amoureux de notre langue.

Rappelons au passage que les auteurs de cette somme monumentale sont belges.

En effet, né à Rulles près de Habay en 1895, Maurice Grevisse fut successivement instituteur, professeur de français puis docteur en philosophie et lettres à l’Université de Liège (1925). À partir de 1927, il enseigne à l’École royale des Cadets à Namur. Ayant accepté de refondre une grammaire scolaire existante, il rédigea une œuvre originale, Le Bon Usage, qui parut en 1936 et devint la préoccupation de toute sa vie. Les plus grands grammairiens et écrivains de l’époque, dont André Gide, ont salué ce travail minutieux. Plusieurs distinctions ont ponctué sa carrière admirable, comme le prix De Keyn de l’Académie royale de Belgique en 1939 et la médaille d’or de l’Académie française en 1946. Il a été nommé officier de la Légion d'honneur en 1971 et est décédé à La Louvière en 1980 après avoir confié les rênes à son gendre, André Goosse.

Celui-ci, né à Liège en 1926, a fait des études de philologie romane à l’Université catholique de Louvain où il a rencontré Marie-Thérèse Grevisse, fille de l’illustre grammairien. Ils se marieront en 1950. Professeur dans l’enseignement secondaire puis dans son université, il est entré à l’Académie royale de langue et de littérature françaises de Belgique en 1976. Il en deviendra le secrétaire perpétuel de 1996 à 2001. Très vite associé à son beau-père, il a pris la succession afin d’assurer la pérennité du Bon Usage. Depuis, il continue à actualiser et enrichir ce gigantesque tableau de la langue française.

En son temps, la renommée de Maurice Grevisse était immense, et nous en voulons pour preuve une anecdote amusante que nous confia Marcel Jullian (1922-2004), qui devint directeur littéraire de la maison Plon en 1967 et fut l’éditeur des Mémoires d’espoir de Charles de Gaulle.

Jullian avait engagé dans son équipe de relecteurs l’écrivain belge Robert Poulet (1893-1989), fort tatillon en matière de style et qui n’hésitait pas à intervenir dans le texte du général. Celui-ci, estomaqué, demanda qui se permettait pareille audace…

N’osant expliquer qu’il s’agissait d’un ancien (injustement à notre sens, mais c’est une autre histoire…) condamné à mort pour collaboration avec les Allemands durant la Seconde Guerre mondiale, Jullian expliqua qu’il s’agissait d’un Liégeois.

« Et alors ? », demanda de Gaulle.

« Maurice Grevisse est liégeois », répliqua l’éditeur.

« Dans ce cas… », répondit de Gaulle.

Comme quoi…

Bernard DELCORD

Le Bon Usage (16e édition) par Maurice Grevisse & André Goosse, Louvain-la-Neuve, Éditions De Boeck supérieur, juillet 2016, 1750 pp. en bichromie au format 13,5 x 19,8 cm sous couverture cartonnée et jaquette en couleurs, 89 €

 

[1] Car jamais elle n’impose, mais suggère, en donnant les différents usages suffisamment courants pour être pris en considération.

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