15 08 16

Riquet à la houppe, le nouveau roman d'Amélie Nothomb

 

 

amelie-riquet-houppe.jpgVoici le 25e roman d'Amélie Nothomb : « Riquet à la houppe » ; et voici donc 25 ans que nous nous connaissons ! Entre autres, en étant chaque année une invitée exceptionnelle du « Jeu des Dictionnaires ». On connaît mon enthousiasme pour ses écrits, mais j'ajoute que je n'ai jamais été déçu par eux. Cette re-création du conte de Charles Perrault (paru en 1697!) se joue sur le thème de la laideur et de la beauté ; un thème qui apparaît si souvent dans les romans d'Amélie.

« Le très laid suscite parfois un peu de compassion ; le très beau irrite sans pitié. La clef du succès réside dans la vague joliesse qui ne dérange personne. »

« Elle savait d'expérience combien le monde haïssait la beauté et ne demandait qu'à la traduire en sottise. »

Et de citer Barbey d'Aurevilly : « Le profil est l'écueil de la beauté ou son attestation la plus éclatante.»

 

Il s'agit de l'histoire parallèle de deux enfants, un laid : Déodat et une beauté : Trémière.

 

Et bien sûr voici les caractéristiques habituelles des romans de Nothomb : Le choix des prénoms tout d'abord.

« La mère de Rose s'appelait Passerose, autre nom de la rose trémière. »

« Pour qui aime, découvrir que l'aimée porte un prénom admirable équivaut à un adoubement. »

 

On découvre aussi quelques mots inusités, que l'auteure parsème toujours dans ses livres :

« Sardanapalesque », digne de Sardanapale par le caractère luxueux et débauché.

« Des chausse-trapes » (avec un seul p, comme se doit de l'écrire toute bonne académicienne !)

« Le tadorne de Belon », le plus grand des canards en France.

Et le retour des gossettes, de l'enfançon et de la déréliction, ce sentiment de solitude et d'abandon, que l'on retrouve souvent sous sa plume.

En passant, on saura tout sur les roses, sur l'arrivée du langage dans le cerveau (« Toute intelligence est aussi faculté d'adaptation. »), sur sa lecture récente de tous les volumes de la Comédie humaine de Balzac, sur l'amitié («L'amitié n'apparaît pas pour combler un appétit. Elle surgit quand on rencontre l'être qui rend possible cette relation sublime. »)...

 

J'aime aussi ses réflexions sur les oiseaux :

« Pourquoi inventer la figure de l'ange alors que l'oiseau existe ? »

« Il y aurait une thèse à écrire sur le besoin qu'a éprouvé le français de ridiculiser ces animaux splendides. (Dinde – en anglais turkey ; canard – en japonais kamo ; grue, en japonais tsuru) »

« De tous les animaux sauvages, l'oiseau était le seul que l'on côtoyait au quotidien, chaque jour de l'année. »

 

J'aime aussi son avis éclairé sur la télévision :

« (Devant le téléviseur) Il suffisait de se laisser emporter par ce tapis volant de lumière et de son, on était embarqué dans un monde peuplé de personnages fabuleux, dont les péripéties étaient racontées à une vitesse supersonique, avec des onomatopées étranges et des refrains au goût de bonbon. Au nom de quoi le privait-on de cet enchantement ? »

« Et il n'exclut pas que l'omniprésence de la télévision ait joué un rôle dans cette affaire. Non que les programmes soient forcément en cause. C'était comme si l'appareil lui-même avait capturé la volonté d'Axel. »

 

Enfin, cette phrase, pour clore ces quelques lignes destinées à vous inciter à la lecture de ce nouveau roman :

« Il détestait se sentir orphelin de livres, comme si aucun bouquin n'avait voulu de lui : il demeurait persuadé que c'était les ouvrages qui adoptaient leurs lecteurs et non le contraire. »

 

Jacques MERCIER

 

« Riquet à la houppe », Roman, Amélie Nothomb, Albin Michel, 190 pp, 16,90 euros.

 

 

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